Chez Mouloud Akkouche

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Pourquoi Cantat ne foulera pas non plus les planches canadiennes

Publié le 11/04/2011 à 12h25

Au Québec, l’invitation de Bertrand Cantat par le dramaturge Wajdi Mouawad à participer au spectacle « Des femmes » a soulevé une vague de protestations. Le contrat de travail de Bertrand Cantat n’est-il pas en règle ?

Cantat ne peut entrer sur le territoire canadien qu’en 2017

En fait, La Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés interdit en territoire canadien toute personne reconnue coupable, à l’étranger, d’un crime punissable au Canada « d’un emprisonnement maximal d’au moins 10 ans ». Une permission peut être obtenue cinq ans après la peine.

Sa montée sur scène au Canada, sauf en cas d’exception à la loi n’est donc légalement possible qu’en 2017. La fameuse devise sur les plaques d’immatriculation québécoises « Je me souviens » devient pour les ex-taulards « On n’oublie rien ».

Au-delà de l’aspect juridique, qui sont au fond ceux qui veulent interdire à Bertrand Cantat de monter sur les planches ? Des citoyens furieux qu’un meurtrier puisse se produire au théâtre du Nouveau Monde de Montréal, ou au Centre national des arts, salle de spectacle subventionnée par l’Etat. Pas l’unique raison

La notoriété de Bertrand Cantat est un frein à sa réinsertion

Pourquoi n’aurait-il pas le droit de travailler ? Pourquoi n’est-il pas possible d’envisager une exeption à la loi canadienne ? Son acte criminel est odieux, mais comme n’importe quel individu ayant purgé sa peine, il a payé sa dette et devrait pouvoir théoriquement se réinsérer.

Apparemment, ceci n’est pas facile du tout pour le chanteur. Sa notoriété est un vrai frein à sa réinsertion dans la société. Doit-il, en plus du poids et conséquences dramatiques de son crime, renoncer à son activité socio-professionnelle ?

Un boulanger, condamné pour crime passionnel, pourra remettre les mains dans le fournil. Quoique la réinsertion n’est jamais simple comme l’illustre le très beau film : Deux hommes dans la ville. Une fiction à programmer aux ministères de l’Intérieur et de la Justice !

Sorti de prison, la peine devient suspicion à perpétuité

Ce cas médiatique éclaire sur les pressions subies par les anciens taulards. Aujourd’hui, les anciens détenus ne sont pas uniquement condamnés pendant leur détention.

A leur sortie de prison, la peine se transforme en suspicion à perpétuité. Surtout quand un récidiviste a défrayé la chronique. Dans le contexte actuel, la réinsertion des ex-prisonniers devient de plus en plus difficile.

Nul ne peut ignorer la douleur de la famille Trintignant

Nul ne peut ignorer la douleur sans fin de la famille de Marie Trintignant. Et on peut tout à fait comprendre la décision de Jean-Louis Trintignant de ne pas aller au festival d’Avignon où est programmé une pièce avec le meurtrier de sa fille.

Même si elle est regrettable, la haine souvent inextinguible de la famille d’une victime est inévitable et compréhensible. Pas celle de milliers d’individus au bord du lynchage médiatique.

« le Parti conservateur ne laissera pas Cantat entrer au pays »

Ce n’est pas par hasard que nait cette polémique autour du chanteur. Selon le journal québécois La Presse :

« S’il est réélu, le Parti conservateur ne laissera pas Bertrand Cantat entrer au pays ».

Nul doute qu’au Québec comme en France, les adeptes d’une justice dure et impitoyable sont redevenus légion.

Fort à parier que la majorité française agirait de même. La loi Badinter n’aurait certainement pas été votée sous l’actuel quinquennat. Que donnerait un référendum sur la peine de mort en France ?

Bertrant Cantat, quant à lui, a décidé de ne pas se produire à Avignon. Selon le journal canadien Le Droit, il est :

« Déjà établi que les représentations canadiennes, prévues en 2012 au CNA (Centre national des arts), puis au Théâtre du Nouveau Monde (TNM), à Montréal, se dérouleront - si elles ont lieu - sans la présence controversée de Bertrand Cantat. »

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  • Narcys89
    Narcys89
    Michel Morin
    • Posté à 21h28 le 11/04/2011
    • Internaute 150615
      Michel Morin

    Un article intéressant, évidemment engagé dans la voie du pardon pour ceux qui à un moment de leur vie ont eu un geste, inqualifiable dans le fond, qu’ils regrettent sans doute davantage intérieurement que la condamnation, la peine ou la dette, que la loi de l’état, celle des citoyens, leur a appliqué.

    Une voie bien entendue opposé à celle pour laquelle il n’y a pas de pardon pour le crime commis par Bertrand Cantat. Notamment ceux pour qui la peine, la punition qu’il a eu, est infinitésimale pour un tel acte, et pour qui sa dette vis à vis de la famille et du pays est incommensurable, pour qui son acte est inexpiable.

    Les voies extrêmes sont l’oubli total dans le premier cas, la peine de mort avec torture préalable dans le second.

    Bien sûr sa notoriété, sa célébrité, nuit à la continuation de son métier de chanteur. De même que la notoriété, la célébrité de Marie Trintignant y nuit aussi. Tout cela exacerbe les opinions.

    Il faut aussi rappeler que Bertrand Cantat est un homme, et Marie Trintignant était une femme. J’imagine que peu de femmes pourront lui pardonner, vu que bon nombre de français tabassent au quotidien leurs compagnes.

    Je ne sais rien sur la reconstitution des faits, car je n’ai rien lu sur ce qui s’est passé entre eux deux. Certains disent qu’il l’aurait « battue à mort », c’est à dire qu’il l’aurait frappé, frappé, encore et encore jusqu’à ce qu’elle rende l’âme. D’autres, comme je l’ai entendu aussi, disent que lors d’une soirée arrosée, enfumée, embrumée (elle et lui, tous les deux) ils se seraient disputés, qu’il aurait eu un geste malheureux, Marie serait tombée, se serait cognée, et qu’elle en serait morte.

    Avez-vous des informations sur ce point ?

    Dans les deux cas son geste n’ai pas excusable, mais l’acte n’est pas le même et la qualification de « battre à mort » mériterait d’être confirmée.

    Au delà de tout ça, ce qui retient le plus mon attention dans votre article, c’est plutôt le rôle de la justice. Est-elle là pour punir ou définir une dette afin de satisfaire ou soulager la famille ou la population ? ou bien est-elle là pour empêcher de tels actes, en mettant à l’écart, dans un premier temps, ceux qui ont des problèmes et des actes nuisibles, afin de comprendre la raison à cela et y remédier en leur apportant soins et assistance pour que ça ne se reproduise pas ?

    Notre loi se rapproche t’elle de la loi du talion ou bien est-elle plus évoluée ?

    Bertrand Cantat a t’il été contaminé par je ne sais quelle mauvaise graine qui ne saurait être extraite, ou bien sortilège ou mauvais oeil qui ne saurait être exorcisé ? Ou bien est-ce dans ces gènes comme saurait le dire notre actuel président ? Ce chanteur n’a t’il aucun regret ? doit-il se suicider ?

    Bref nous pouvons aller loin dans ce débat. Pour moi il ne s’agit pas d’oublier, mais de pardonner. Je comprends Jean-Louis Trintignant, bien entendu. Et je comprends que Bertrand Cantat s’efface, s’imposer aurait été une erreur.

    Bertrand le Maudit n’a pas été pardonné.

    Finalement vous avez raison, la société ne lui laissera sans doute pas l’occasion de se pardonner à lui-même. Il n’est pas un boulanger anonyme, et son ex-compagne, à laquelle il a donné la mort, n’était pas non plus une boulangère anonyme.

  • framboazz
    framboazz
    artiste peintre
    • Posté à 09h16 le 12/04/2011
    • Internaute 56226
      artiste peintre

    Ok il a payé (et encore 4 ans c’est léger), mais quand même, de là à s’afficher dans un spectacle intitulé « des femmes », c’est un peu provocateur. A moins que ce spectacle traite de la première cause de mortalité en France des femmes de 18 à 44 ans : la violence conjugale. si on comptabilises celles qui succombent aux coups de leur conjoint et celles qui sont victimes de leur ex, on arrive à plus d’une femme par jour qui meurt. Par accident ? Parce qu’elles sont hystériques ou infidèles ? Non, parce que notre société est encore trop machiste pour en faire une cause nationale.

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