Chez Jean Matouk

Un blog sur l’économie, la finance, et quelques autres sujets d’actualité, par Jean Matouk.

Le photovoltaïque, illustration du naufrage industriel français

Jean Matouk
Economiste
Publié le 28/07/2011 à 11h02

S’il fallait un seul exemple de notre incapacité à développer une filière industrielle, celui de l’énergie photovoltaïque en France est éloquent. Nous sommes en train de passer complètement à côté du développement, pourtant facile et évident, de ce secteur d’avenir.

En 2006, le gouvernement Villepin, pour dynamiser le solaire, à l’instar des Allemands, a créé un écart plus important entre le prix auquel EDF achète le courant photovoltaïque et le prix ordinaire. Pour les particuliers, et les petites installations, ce prix a doublé, atteignant 60 centimes le kilowatt/heure, contre un prix de revente par EDF d’environ 10 centimes.

Mais pour les centrales solaires au sol, le prix incitatif reste de 37,68 centimes dans le Nord de la France et de 31,4 dans le Sud. Ce écart, qui est un surcoût pour EDF, est couvert par un supplément de prix imposé aux consommateurs ordinaires d’électricité, qu’on appelle pudiquement « Contribution au service public de l’électricité » (CSPE).

EDF favorisé par la règlementation

Première fausse route (remonte à l’origine de l’énergie photovoltaïque) : imposer EDF comme client unique des producteurs. Autant l’électricité des centrales, quelque soit le combustible, implique une centralisation de la production, suivie d’un acheminement jusqu’aux entreprises et particuliers, autant l’électricité photovoltaïque (comme d’ailleurs l’éolienne) n’implique aucunement la recentralisation au profit de EDF. Au contraire ! Le principe sain, comme pour nombre d’autres biens , notamment les fruits et légumes, c’est de produire le plus près possible d’où l’on consomme, pour éviter les transports.

Le schéma idéal, ce sont les panneaux solaires installés sur chaque maison ou entreprise, et alimentant directement celles-ci. On peut évidemment regrouper les panneaux en « mini-centrales » pour un immeuble collectif, un village, un quartier. Ainsi on peut assurer le chauffage d’un immeuble ou d’un quartier, directement à partir de l’énergie géothermique. De la même façon, les groupes d’éoliennes en mer, ou l’énergie thermique des mers, devraient approvisionner directement en électricité les régions côtières. Sans passer par EDF !

Un nouvel aménagement énergétique du territoire

Le passage aux énergies renouvelables doit donc être l’occasion d’un réaménagement énergétique du territoire, qui prendrait des décennies, mais qui aurait dû être fixé comme objectif.

Le branchement sur les réseaux ERDF actuels resterait nécessaire, pour pallier les sautes de courant liés au caractère naturel donc variable de ces énergies. Toutefois, à long terme, en multipliant les sources (biomasse, générateurs locaux pouvant fonctionner à partir de biocarburants de seconde génération, etc.), on peut imaginer atteindre un jour l’indépendance énergétique « locale » totale. On peut en tous cas viser cet objectif, qui serait en même temps l’indépendance énergétique de la nation.

Alors pourquoi le gouvernement a-t-il fait ce choix ? Pour deux raisons :

  • La volonté évidente de la technostructure d’EDF de garder le monopole de production et de distribution d’énergie électrique. Ce monopole gaz-électricité a été acquis, après la guerre, du fait de la nationalisation, impliquant le regroupement des sociétés privées de production d’énergie. Ce monopole a évidemment simplifié la construction des barrages et l’organisation centrale de la production et de la distribution du courant, à partir du binôme barrages – centrales thermiques. L’enjeu nucléaire a légitimé ce monopole et cette centralisation, qu’il serait naturel de dissoudre progressivement en passant du nucléaire aux énergies renouvelables .
  • Le système du rachat monopoliste du courant solaire et éolien – du monopsone diraient les économistes – était le plus simple pour favoriser le développement du solaire comme de l’éolien.

Le coût de production de l’énergie photovoltaïque est en effet, comme ceux des autres énergies renouvelables (hors hydraulique), bien plus élevé que ceux de l’énergie thermique ou combustible (soit le pétrole ou le nucléaire). Le surprix est donc indispensable. Toutefois, la hausse du prix du pétrole, les provisions pour démantèlement des centrales nucléaires et le surcoût des nouvelles centrales nucléaire réduisent quand même peu à peu l’écart.

En dehors du surprix, les investisseurs bénéficiaient d’une incitation : un crédit d’impôt de 50% du prix d’achat du matériel. Pour 20 m2 de capteurs par exemple, et un coût total de 16 000 € (matériel 14.000 € et installation , 2 000 €) l’avantage fiscal d’Etat était de 7 000 € auquel s’ajoutait les subventions variables des régions. Bref, le système était lancé, « à la française » !

Une réforme fiscale qui brise l’élan

Trois ans plus tard, patatras ! Le gouvernement se rend compte qu’il fonctionne « trop » bien. On devrait atteindre une puissance installée de 5 000 megawatts dès 2012, alors que le Grenelle de l’environnement avait prévu cette puissance en 2020.

Le crédit d’impôt a coûté 2,8 milliards en 2009, contre deux de prévus. Le gouvernement dénonce alors une « bulle spéculative ». Le rapport Charpin souligne que le « taux de rendement interne » – traduisez les profits – des installateurs atteignent quelquefois 20 %. Il décrète une baisse du prix de rachat, sauf pour les installations de particuliers de puissance inférieure à 3 kWc (kilowatts-crête), et, surtout, le crédit d’impôt pour les particuliers a été réduit de 50 % à 25 %.


Maladie chronique de notre système politique : les changements fiscaux à répétition. Comment des industriels peuvent-ils investir en sachant que les avantages fiscaux qui dynamisent leur marché peuvent être modifiés deux ans plus tard ? Le succès du solaire dépassait les prévisions ? Ennuyeux pour le budget ! Mais plus ennuyeux encore pour la jeune filière de l’énergie photovoltaïque.

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  • Psyfou
    Psyfou
    pas glop
    • Posté à 11h29 le 28/07/2011
    • Internaute 102931
      pas glop

    Sur le financement de l’électricité, un article éclairant publié dans le courrier international et, bien que parlant du Japon, transposable en France.
    Lien

  • kevangel
    kevangel
    Chercheur
    • Posté à 15h06 le 28/07/2011
    • Expert 24356
      Chercheur

    Je trouve que le titre ne reflète pas vraiment l’article. Pour moi, le naufrage industriel francais est montré par le fait qu’aucun panneau photovoltaique n’est fabriqué en France. On n’a que des entreprises installatrices, mais AUCUNE industrie productive dans le domaine. Il est là le naufrage de notre industrie et malheureusement l’article passe à coté.

  • Tommy.
    Tommy.
    Etudiant
    • Posté à 18h05 le 28/07/2011
    • Internaute 117532
      Etudiant

    Je suis en désaccord de A à Z avec l’auteur.

    Il est tout à fait possible de ne pas raccorder au réseau un panneau photovoltaïque. Par contre en effet si on le raccorde au réseau, on le revend forcément à l’EDF. Ce qui est d’ailleurs un scandale. Et ce pour une raison différente de celle avancée par l’auteur, mais plutôt parce qu’on a introduit artificiellement de nouveaux acteurs sur le marché de l’électricité. Pourquoi ces opérateurs qui se gavent n’auraient-ils pas à assumer le surcoût du photovoltaïque ?

    Il est dit que l’état veut conserver le monopole d’EDF... Mais je crois rêver. Cela fait quelques années que l’état français (officiellement sous injonction de la commission européenne) casse le monopole d’EDF pour la simple et bonne raison que ce secteur peut être très rentable pour le privé. Tout est fait pour que des actionnaires privés puissent se goinfrer dans ce secteur. La loi NOME en est l’exemple le plus criant : l’électricité d’origine nucléaire est vendue à PRIX COUTANT aux opérateurs tierces par EDF et ceux-ci revendent l’électricité à des prix faramineux (entre 30 et 70% plus cher que l’EDF). Qui plus est, ces opérateurs n’ont jamais financé la construction des centrales (supporté par EDF et le prix de l’électricité en France) ni provisionné pour leur démantèlement (ce que font l’EDF, Areva et le CEA).

    On dépense des fortunes pour supporter des panneaux photovoltaïques, je rappelle que le prix prévu par l’installation de 5GW de photovoltaique sur 20 ans par le Grenelle de l’environnement aurait un coût de 80 milliards d’euros (entre les crédits d’impôts et le surcout supporté par l’EDF) sur cette même période.
    On est en train d’installer des panneaux photovoltaïques de MERDE, disons le clairement, ils ne sont économiquement pas viables du tout. Pourquoi ne pas plutôt dépenser tout cet argent pour développer une vraie technologie photovoltaïque ? Pour développer une vraie filière française dans cette énergie ? Aider des entreprises vraiment innovantes qui fabriqueraient des panneaux efficaces EN FRANCE.
    Rien que pour 2009, il y a eu 2.8 milliards d’euros (j’avais 175 millions d’euros comme chiffre pour 2008, j’admets le chiffre de l’auteur de 2.8 milliards) de subventions publiques pour l’installation de la technologie actuelle et seulement 29 millions d’euros dans la recherche publique sur le photovoltaïque. N’est-ce pas scandaleux ?

    Alors non monsieur Matouk, je ne suis pas d’accord avec vous.
    Cessons de soutenir une technologie non viable (et même de merde je dirais) et qui profite en grande partie à des investisseurs peu scrupuleux (qui sont passés à la spéculation sur la dette des pays) et investissons ces fortunes pour développer une filière FRANCAISE de panneaux photovoltaïques efficaces.
    Nos chercheurs ne sont pas plus bêtes que d’autres. Donnons leur 80 milliards sur 20 ans et ils vous fabriqueront des panneaux compétitifs et de très grande qualité.

  • pemmore
    pemmore
    geek
    • Posté à 19h13 le 28/07/2011
    • Internaute 121073
      geek

    Le solaire a été la nouvelle marotte du gouvernement ,sauf que comme d’habitude l’installation devait être faite par un artisan ,et comme il n’y avait pas concurrence bricoleurs artisans les escrocs sont arrivés.
    Détails droles pour moi les panneaux chinois arrivaient par l’allemagne ,entre temps avaient doublé de prix.(vs alibaba.com)
    Quand au recrutement des métiers du photovoltaïque il fallait que le technicien soit couvreur,electricien,electromécanicien,électronicien, comme si un chirurgien dentiste devait être aussi cardiologue et kinésithérapeute !
    Je te cause pas les échecs et les pannes.
    Par contre dire que les panneaux ne durent que 30 ans ce n’est pas forcé un semi conducteur n’a pas de limite de vie (je possède des transistors de 1960 qui fonctionnent nickel) c’est l’environnement,la construction extérieure du module qui peut lacher et bien avant.
    Moi je crois à l’éolien dans nos régions de l’ouest très ventées et on se doit de bouter les réfractaires .
    Il est temps qu’en individuel on ne soit plus obligé de passer par un professionnel, nous sommes 60 millions de bricoleurs !

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