Chez Gilles Bridier

Les réflexions sur l'actualité économique de Gilles Bridier, président de l'agence d'information Apidoc et ex-directeur de la rédaction délégué de La Tribune.

Guerre économique : stratégie double pour les fonds souverains

Gilles Bridier
Journaliste
Publié le 25/08/2008 à 17h42

En décidant d’encadrer les prises de participation de fonds étrangers au capital d’entreprises allemandes, le gouvernement du chancelier Angela Merkel a relancé le débat sur les fonds souverains, qui sont les premiers visés. Ces fonds de placements financiers sont détenus par des Etats. Ils sont donc publics, la plupart du temps alimentés par les dollars du pétrole et du gaz lorsqu’ils viennent d’Abou Dhabi, d’Arabie saoudite, du Koweit ou du Qatar, mais aussi de Norvège, de la Russie ou même de la Lybie. Ils sont aussi originaires de Corée du Sud, de Singapour… Et de Chine.

Ces fonds disposent d’une force de frappe globale de quelque 3 000 milliards de dollars. La crise économique qui contamine toutes les économies du monde leur ouvre un boulevard pour aller investir dans des grandes banques ou grosses multinationales en quête d’argent frais, surtout dans les économies les plus ébranlées des pays occidentaux -les pays les plus riches mais aussi ceux dont les économies sont les plus essoufflées. Du coup, les gouvernements craignent que certains de leurs plus grands bastions de la finance, de l’industrie ou des services ne passent sous le contrôle de ces fonds. D’où la décision de l’Allemagne, en ligne avec la position adoptée aux Etats-Unis… qui n’ont de toute façon jamais été très libéraux en la matière.

Quand le monde des affaires retourne sa veste

Le plus croustillant de l’affaire, c’est que cette décision a déclenché une levée de boucliers d’une partie du monde des affaires allemand qui accuse le gouvernement d’Angela Merkel de protectionnisme et de frilosité. Pourtant, le même monde des affaires, en Allemagne et ailleurs, a toujours combattu l’ingérence des Etats dans le fonctionnement de l’économie et milité en faveur des dénationalisations. On pourrait donc s’étonner qu’ils soit maintenant favorable à l’arrivée d’actionnaires qui sont tout autant publics qu’autrefois, mais d’autres nationalités.

Seulement, lorsqu’ils réclamaient le retrait de l’Etat et les dénationalisations, c’était pour pouvoir acquérir des actifs et les faire fructifier. Aujourd’hui aux abois à cause d’une crise née d’un système qu’ils ont eux-mêmes mis en place, ou simplement pour se développer avec les moyens disponibles, ils sont prêts à accueillir des actionnaires publics sans craindre les contradictions. La « real-économie » fonctionne ainsi. Mais en période de guerre économique, doit-on se contenter d’ouvrir les bras ? Les fonds souverains sont le bras séculier des Etats dont ils sont originaires. On pourrait analyser longuement les stratégies affichées. Mais les déclarations officielles ne valent que pour ceux qui les écoutent. S’agissant de fonds d’Etat, les seules stratégies qui méritent d’être prises en compte sont celles des Etats concernés. A ce titre, tous les fonds de pension ne sont pas logés à la même enseigne.

Voyons la Russie. Le conflit avec la Géorgie, intervenant après l’affaire du gaz en Ukraine, en dit long sur le type d’influence que Moscou compte développer hors de ses frontières. Or, un fonds public de placements financiers allant s’investir à l’international peut très vite avoir une fonction dictée par des objectifs géopolitiques.

Quelles stratégies de conquête ?

La question se pose aussi pour la Chine : avec la fin des Jeux olympiques, elle vient de se tailler une forme de légitimité nouvelle pour intervenir sur les marchés internationaux -ce qui était bien, à travers le sport, le but recherché. Certes, un pays dont la population représente le cinquième de la planète a vocation à sortir de ses frontières ; c’est déjà le cas, mais à visage plus ou moins masqué. Malgré l’affaire tibétaine, les JO 2008 lui auront ouvert la porte du grand large. Mais avec quelle stratégie de conquête ? Doit-on mettre sur un pied d’égalité un fonds souverain russe, voire un fonds souverain chinois, et un fonds norvégien, qatari ou koweïtien ? Pas de procès d’intention : un fonds public d’investissement n’est pas forcément un plus mauvais parti qu’un fonds privé, et les grandes économies occidentales n’ont pas de leçons à donner. Tout dépend des stratégies. Mais celles des fonds souverains ne peuvent être dissociées de celles des Etats. Le monde des affaires occidental a pour l’instant décidé de s’affranchir de cette distinction. Est-ce une raison pour que les gouvernements optent pour l’immobilisme et marginalisent le rôle du politique alors que les Etats avec leurs fonds souverains ont précisément l’attitude inverse ? L’émergence de ces fonds souligne la nécessité d’inventer des outils adaptés à un nouvel ordre économique mondial. Pour équilibrer les rapports de forces dans cette guerre économique.

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  • pablico
    pablico
    galoufa - chapacan
    • Posté à 18h10 le 25/08/2008
    • Internaute 14278
      galoufa - chapacan

    quid de la France ?

    • désinscrit-
      désinscrit- répond à pablico
      • Posté à 22h12 le 25/08/2008
      • Internaute 736

      En France on a un tréfond souverain : -D

      • Gotch
        Gotch répond à désinscrit-
        • Posté à 17h07 le 27/08/2008
        • Internaute 15306

        « Je dirai même plus ! »

        Le budget français a un bas-fond sous vérins (niak niak niak)

        =>Je sors !

    • uclu
      uclu répond à pablico
      • Posté à 11h42 le 26/08/2008
      • Internaute 14420

      CAISSE DES DEPOTS ET CONSIGNATIONS
      il y avait eu une tv avec lagarde ockrent etc qui en parlaient

  • Fifidou
    Fifidou
    Post Doc
    • Posté à 18h13 le 25/08/2008
    • Internaute 48893
      Post Doc

    Comme quoi, moi qui m’était persuadé qu’il n’y avait pas pire système que celui de l’actionnariat type « fond de pension », symbole de la régulation du monde uniquement par le fait de pouvoir empocher d’énormes bénéfices à court terme, sans ce soucier d’enjeux type sociaux ou écolos, pour tout dire, durables. Je découvre l’existence du « pognon pour assoir un pouvoir ». N’est ce qu’une impression ou la séparation « pouvoir politique - pognon » est à la base de l’idée même de démocratie au même titre que la séparation judiciaire ?

  • aissachris
    aissachris
    techelec s/of
    • Posté à 18h23 le 25/08/2008
    • Internaute 29395
      techelec s/of

    il n y a que les idiots qui ne changent pas d avis. Peut etre est ce la bonne strategie pour limiter le pouvoir de seigneurs multinationales d entreprises qui jouent a monopoly au detriment des peuples, le gvt de chaque pays a droit de replacer les limites a ses propres fonds souverains, mais pour le citoyen lambda il convient d expliquer ce qu est ce jeu de milliards de dollars epargnés, vivement Sophie et sa rubrique eco.

  • LeSultanDeBruni
    • Posté à 18h24 le 25/08/2008
    • Internaute 32613
      .

    Les liquidités financières ont changé de camp : avant on avait la Norvège et le Canada qui investissaient chez nous sans que cela nous pose de problèmes.
    Maintenant on a les Pays du Golf qui veulent réinvestir leurs pétro-dollards, mais aussi des pays comme la Chine ou la Russie avec un passé tartempion qui leur colle aux fesses.
    La croissance mondiale est passée de pôles bien identifiés à une situation de commerce avec des pays qu’on connaît moins (ou trop) et qui forcément inquiètent.

    • moresby
      moresby répond à LeSultanDeBruni
      enseignant
      • Posté à 18h33 le 25/08/2008
      • Expert 49728
        enseignant

      Les investisseurs des pays du « Golf » remplacent, en somme, ceux des pays du Tennis !

    • Sylvain85
      • Posté à 22h20 le 25/08/2008
      • Internaute 49955

      Pour compléter votre remarque, je dirai :

      Avant, on avait le Canada et la Norvège dont les fonds sont transparents et un objectif clair (faire fructifier un capital pour préparer les retraites futures - gestion en « père de famille »).

      Ensuite on a eu, les états du golf dont les objectifs étaient un peu plus ambigues : faire un maximum d’argent pour préparé l’après-pétrole, faire en sorte que les sociétés stratégiques restent très bien capitalisées. La logique économique restant prédominante (ces fonds sont assez doués pour faire de très bonnes affaires).

      Maintenant les derniers fonds sont chinois et russes. Là pas de quartiers, on achète les biens stratégiques pour acquérir rapidement position sur les marchés et savoir-faire technologique. Les dimensions technologiques et politiques sont plus importantes que la logique purement économique.

      La grosse différence ? Avec ces derniers fonds, on casse la logique économique qui régit(ssait ?) notre société capitaliste. Avant c’était trimez plus pour préparer notre avenir, maintenant c’est trimez plus pour préparer votre fin annoncée.

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 19h05 le 25/08/2008
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    Au moins , ces fonds , on sait d’ OU ILS VIENNENT !

  • parousnik
    • Posté à 20h09 le 25/08/2008
    • Internaute 18991

    La dette des états Unis de 50 000 milliards de dollars finra par couler bon nombres d’économies... c’est pour cela que certains n’hésitent pas a trahir leur propre conviction ultra librale pour demander asile et refuge a ces bons peuples toujours prét a être obligé et contraint de payer pour des économies parasites qui ne font que nous ruiner... Secourir ceux des humbles travailleurs qui perdront leurs jobs est une chose normale et solidaire mais soutenir des financiers qui continueront a rouler en Rolls... là moi je dis stop.
    Depuis quarante ans les gouvernements successifs ont soldé notre héritage commun de nos anciens a quelques ploutocrates hypercapitalistes et gros actionnaire alors c’est a eux seuls de payer cette dette abyssale... Nous nous avons déjà payé eux NON...

    • Sylvain85
      Sylvain85 répond à parousnik
      • Posté à 22h25 le 25/08/2008
      • Internaute 49955

      Je suis partiellement d’accord avec vous : c’est vrai qu’il y en a marre de voir les mêmes dirigeants faire des bourdes pas possibles et à la fin repartir avec leur parachute doré.
      Mais bon, laisser couler les banques ? En effet les dirigeants repartiront les poches un peu moins pleine, mais ce qui se feront avoir ce seront les salariés, les épargnants et aussi les emprunteurs.

      On est pieds et mains liés, la banque ne perd jamais, même si elle fait les pires bourdes. Sic !

  • jyeden
    jyeden
    khmer vert ( age des caverne, (...)
    • Posté à 20h10 le 25/08/2008
    • Internaute 20631
      khmer vert ( age des caverne, (...)

    pourquoi dire ça ?

    « Certes, un pays dont la population représente le cinquième de la planète a vocation à sortir de ses frontières »

    dans son histoire la chine a rarement été expansioniste au dela de son « empire »

    au contraire un pays qui représente un cinquièeme de la planète en population peut avoir une economie tournant en autarcie
    comme les pays européens qui effectuent a peu pres 70% de leurs echanges entre eux

    reste les matières premières bien sur

    • karlM
      karlM répond à jyeden
      Précaire
      • Posté à 21h32 le 26/08/2008
      • Internaute 21378
        Précaire

      100% ok ;
      l’Europe premier marché mondial doit plus se fermer, Russie, Chine, Pays du Golfe ne respectant ni la terre ni les terriens encore plus que nous.
      pour les matières premières :
      - plan de rénovation des bâtiments ;
      - décroissance, économie à reterritorialiser.
      - éolien, solaire.
      - attirer les touristes, on a le plus beau pays du monde si une centrale nucléaire ne pète pas (hélas, c’est mal parti)

  • el Chiquito
    el Chiquito
    en promenade
    • Posté à 20h44 le 25/08/2008
    • Internaute 45214
      en promenade

    Il devrait y avoir une position européenne sur ce sujet, pourquoi les allemands peuvent-ils prendre seuls la décision d’encadrer les fonds étrangers alors que si un pays européen veut soutenir ses pêcheurs il faut l’accord de tous ? No comprendo !

    • sinclair
      sinclair répond à el Chiquito
      • Posté à 09h17 le 26/08/2008
      • Internaute 2580

      Personne n’empêche la France de faire pareil. Mais faut pas mélanger les torchons et les serviettes les pécheurs et les agriculteurs sont encadres par l’Europe (avec ou sans jeu de mots), l’entreprise et la finance non, LIBERTE du CAPITAL. Celle des peuples et autres artisans commerçants est autre chose.
      C’est une question de volonté politique et pas plus. Voir a ce sujet Airbus Eads comme vous voudrez. Il y a une volonté économique nationale du gouvernement allemand qui n’existe pas en France. De même en ce qui concerne l’évasion fiscale (voir l’affaire du Luxembourg qui n’a reçu que peu d’écho pour les Français concernes, d’ici que cela fasse surface si toutefois cela arrive un jour il se passera des années)

  • Aryuless
    • Posté à 23h10 le 25/08/2008
    • Internaute 36487

    Les Etats s’assimilent désormais à des spéculateurs lambda.

    Vive les derives du capitalisme ! ! Et qu’on aillent tous mourir à la guerre économique !

  • Grégory
    • Posté à 06h46 le 26/08/2008
    • Internaute 12569

    D’un stricte point de vue pacifiste, il me semble que ce sont précisément ces mélanges qui sont souhaitables. Si l’alternative est de rester bien cloitré dans notre oligarchie à nous qu’on a, et qu’on connait bien pour ce qu’elle vaut, a-t-on tellement à perdre ?

  • Tophee
    Tophee
    en haut a gauche
    • Posté à 15h46 le 26/08/2008
    • Internaute 2159
      en haut a gauche

    L’auteur semble confondre fonds souverains et fonds de pensions. Ce qui me semble etre une erreur.

    Pour le reste, en d’autre temps plus éclairés et surtout, moins vénaux, les extrémiste-capitalisme aurait ete qualifie de traite a la nation. Prêt a compromettre les intérêts de leur pays dans le but de réalisé un profit a court terme.

    Quand on voit les dommages que la finance et le capitalisme a outrance font sur notre économie et sur les entreprises, veut-on vraiment faire de même a l’échelle des pays ?

  • A déménagé le 25 octobre
    • Posté à 10h42 le 27/08/2008
    • Internaute 33755
  • BobLaMouche
    BobLaMouche
    subversion+construction= (...)
    • Posté à 11h45 le 28/08/2008
    • Internaute 29754
      subversion+construction= (...)

    L’auteur semble croire que les fonds souverains constituent un nouveau modèle de guerre économique entre les états. Mais ça fait maintenant plus de trente ans que l’économie est mondialisée, et cela de manière irréversible : qui peut me dire quelle proportion d’objets (et même de services) de sa vie quotidienne pourraient être produits disons à 95% par des personnes et des matériaux issus du territoire national, compte-tenu des infrastructures existantes ou réalistiquement envisageables en quelques années ? La marge de manoeuvre des états est donc ridiculement réduite, puisqu’ils sont en interdépendance mutuelle quasi-totale. François Partant l’avait montré dès 1978 dans Que la crise s’aggrave Lien.

    Cette guerre économique, bien réelle, ne fait pas s’affronter entre eux les états mais les individus : la dynamique concurrentielle omniprésente met en guerre chacun contre tout le monde. Et ce n’est pas les riches contre les pauvres (ça a peut-être été le cas à certains moments des deux siècles derniers, et encore), ce sont surtout les pauvres contre les pauvres, cassant toutes les solidarités qui pouvaient auparavant les unir et leur permettre de s’organiser contre et hors du mode de vie capitaliste.

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