« Entropa » : derrière le scandale européen, une affaire tchèque
En installant l’oeuvre Entropa, prétendument réalisée par « 27 artistes européens », au siège du Conseil européen à Bruxelles, le gouvernement tchèque a voulu traduire dans les actes la devise qu’il s’était fixée pour sa présidence. Le phrase en question, « Evropě to osladíme » (littéralement : « on va adoucir l’Europe ») peut en effet aussi être traduite en « on va rendre à l’Europe la vie plus difficile ».
La semaine dernière, lors de l’inauguration de l’immense mosaïque représentant les Etats membres de l’Union, Alexander Vondra, vice-premier ministre tchèque chargé des affaires européennes, s’est empressé de promettre d’avance d’en enlever les parties qui toucheraient la susceptibilité d’une quelconque nation.
Il faut dire que l’oeuvre ne fait pas dans la dentelle : la France est représentée barrée d’une banderole « En grève », les Pays-Bas sont submergés par les eaux (d’où émergent cinq minarets) et un « rainbow flag », tenu par un groupe de prêtres, est planté sur la Pologne. Huit jours plus tard, en censurant le WC à la turque représentant la Bulgarie, Prague a lancé un happening à suivre.
Grâce à cet acte de persiflage international, Cerny se fait connaître
Entropa n’est pas une œuvre d’arts comme une autre, c’est avant tout de la « provoc ». Il n’est pas très difficile de deviner la motivation du créateur de l’œuvre, le plasticien tchèque David Cerny qui aime le goût du scandale. L’affaire a d’ailleurs commencé par une imposture : Cerny avait fait croire qu’il avait fait appel à 27 artistes de l’UE pour réaliser les oeuvres, alors qu’il a tout fait lui-même.
Dans les pays tchèques, il avait gagné sa notoriété en 1991 en repeignant en rose un char soviétique, exposé à l’époque sur une place praguoise en l’honneur de la libération de 1945.
Mais grâce à cet acte de persiflage international, parrainé par Prague, il se fait enfin connaître par l’Europe entière.
Il est un petit peu moins évident de deviner les mobiles du gouvernement tchèque, commanditaire de l’œuvre qui aurait offensé Bulgares, Slovaques, Estoniens, Allemands, Français ( ?) ainsi que le président en vigueur Vaclav Klaus. Dans l’affaire, le gouvernement tchèque fait figure d’éléphant marchant dans de la porcelaine.
La vraie cible de la provocation, c’est le président tchèque
L’argument avancé par Alexander Vondra, le « M. Europe » tchèque, selon lequel l’installation témoignait de la capacité des Tchèques à rire d’eux-mêmes, est un peu hypocrite.
La partie de l’oeuvre représentant la Tchéquie met en dérision le Président de la République, or s’il y a quelque chose qui rapproche le Premier ministre Topolanek, le ministre Vondra et l’artiste David Cerny, c’est justement -pour rester diplomate– leur manque d’enthousiasme pour le président Klaus.
Depuis plusieurs mois, ce dernier ne manque pas une seule occasion de dénigrer publiquement le gouvernement, qui n’a jusque-là pas pu riposter. En demandant au Premier ministre de prendre publiquement ces distances, le président Klaus a réagit sous le coup de l’émotion, mais a très bien compris que la vraie raison d’être de l’œuvre n’était celle avancée par son auteur, à savoir rire des préjugés liés à diverses nationalités européennes.
Ces derniers ont en fait servi de prétexte aux promoteurs de l’installation pour combler leur envie irrésistible d’humilier Klaus l’eurosceptique au siège de l’Union à Bruxelles.
Sincère sur ce plan, David Cerny ne fait aucun secret de sa haine pour son président. Lors de l’inauguration de son oeuvre à Bruxelles, il a dit sans ambages :
« Si j’ai voulu offenser quelqu’un, c’est Vaclav Klaus. Car Klaus offense les Tchèques. »
Photos : David Cerny devant son oeuvre ’Entropa’, exposée au Conseil de l’Europe (François Lenoir/Reuters) - L’installation « Entropa » (DR).
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Il faut aussi rappeler le contexte artistique tchèque. David Černy n’est pas le seul à provoquer de la sorte, bien qu’il soit le plus illustre (j’aime particulièrement ces bébés qui marchent sur le phalus de Prague*).
C’est une marque de fabrique nationale. L’amusant étant de constater que cette utilisation sans retenue de la provoc’ est aussi une des raisons pour laquelle Vaclav Klaus, président ultra médiocre, est détestée...
Le groupe Ztohoven (encore un « subtil » jeux de mot provocateur) est pas mal dans le genre. Prenez par exemple une interlude France 3, avec son joli panorama sur la nature et ses papillons qui virevoltent. Incluez-y dans le fond, coincée entre deux moyennes montagnes, une explosion nucléaire avec champignon atomique, et c’est le standard téléphonique de France 3 d’exploser avec.
Ils ont aussi pastiché la campagne pour les Jeux Olymiques à Prague en 2016 en remplaçant les personnalités illustres qui vantent les mérites des JO par de célèbres gangsters et mafieux.
Bref, je n’étais pas étonné de cette superbe supercherie de Černy. Mais ce qui m’étonne le plus est le fait de lui avoir confié cette production...
À noter enfin que l’art moderne tchèque s’inscrit durablement dans le contexte actuel de marasme économique et de mépris du peuple. Ils sont beaucoup plus en avance que les nations occidentales endormies par plus de 50 années de société du spectacle.
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