Terrorisme : le nouveau défi lancé par Ben Laden à Obama

Jean-Pierre Filiu
Universitaire
Publié le 24/01/2010 à 19h53

« D’Oussama à Obama », voici comment le chef d’Al Qaeda ouvre sa mise en garde, aussi directe que menaçante, à l’attention du Président des États-Unis.

Ce bref message vocal, enregistré récemment, a été diffusé le 24 janvier 2010 par la chaîne panarabe Al-Jazira, qui en a certifié l’authenticité sur la base des nombreuses déclarations de Ben Laden qu’elle a relayées au fil des ans.

Le chef d’Al Qaeda prend date, quelques jours avant l’ouverture à Londres d’une conférence internationale visant à mobiliser et coordonner la lutte contre l’insurrection en Afghanistan, mais aussi la campagne contre-terroriste au Yémen.

Silencieux depuis quatre mois, Ben Laden, dont la capacité à jouer des médias est impressionnante, s’efforce ainsi de se replacer au centre de l’attention mondiale. Non seulement il revendique l’attentat manqué de Noël contre le vol Amsterdam-Detroit, mais il annonce de nouvelles attaques contre l’aviation civile et il exalte le précédent des « héros du 11 septembre ».

Ben Laden s’adresse à Obama

Ben Laden, qui adressait ses messages « au peuple américain » du temps de George W. Bush, prend cette fois directement à partie Barack Obama. Car l’actuel locataire de la Maison-Blanche représente un véritable cauchemar pour Al Qaeda :

  • le retrait américain hors d’Irak scelle le sort de ce qui fut longtemps la plus puissante branche de l’organisation de Ben Laden
  • le discours d’Obama au Caire en juin 2009 a pris la propagande jihadiste à contre-pied
  • les raids aériens de la CIA sur les zones tribales pakistanaises ont infligé de lourdes pertes à la direction d’Al Qaida.

Mais la tempête médiatique provoquée par la tentative d’attentat de Noël dernier, revendiquée depuis le Yémen par « Al Qaeda pour la Péninsule arabique », a contraint le Président des États-Unis à durcir le ton, à marteler son engagement à remporter cette « guerre » et à différer pour encore longtemps la fermeture de Guantanamo, dont le symbole inique est un des principaux arguments de recrutement des réseaux jihadistes.

Le moment est donc particulièrement bien choisi pour Ben Laden, qui s’invite par la voix, en ce dimanche d’hiver, dans tous les foyers américains.

Des problèmes d’organisation

Il faut cependant se garder, comme toujours avec Al Qaeda, de céder à la fascination. Ben Laden révèle que, loin d’inspirer une nébuleuse planétaire de cellules terroristes, plus ou moins dormantes, il doit gérer, dans des conditions plus délicates que jamais, une organisation incapable de frapper un territoire occidental depuis les attentats de Londres, en juillet 2005, et forcée d’assumer, d’abord au niveau de sa branche yéménite, puis à celui de Ben Laden lui-même, le fiasco de Noël dernier.

Al Qaeda prouve une fois de plus qu’elle a les lourdeurs et les prétentions d’une structure hiérarchisée, tempérée par un principe opérationnel original, alliant la centralisation dans la décision à la décentralisation dans l’exécution. En bref, Ben Laden assigne à l’ensemble de son réseau l’objectif renouvelé de l’aviation civile, tout en laissant aux responsables de tel ou tel secteur le soin de mener à bien l’attentat.

C’est ainsi que la branche yéménite a envoyé un apprenti-terroriste nigérian sur un vol de Northwestern Airlines, sans soutien tactique ni plan de repli. Les récentes alertes sur Indian Airlines peuvent indiquer d’autres planification terroristes en parallèle.

Ben Laden sait surtout qu’il est arrivé en bout de cycle, ce que je décris comme le terme des « neuf vies d’Al Qaeda » : s’il ne régénère pas son organisation par un coup d’éclat, elle continuera de décliner, tiraillée entre la fuite en avant sur différents théâtres de crise et le surinvestissement médiatique, surtout sur Internet.

Al Qaeda mise avec constance sur une intervention américaine directe qui, sur le modèle de l’invasion de l’Irak en mars 2003, relancerait la dynamique jihadiste, en termes de recrutement comme de radicalisation. Et la provocation terroriste vise à susciter des représailles des États-Unis, en pariant sur l’enlisement de leur corps expéditionnaire et sur la déstabilisation induite par une telle agression.

Le piège yéménite

Le piège tendu par Al Qaeda au Yémen n’a heureusement pas réussi à y attirer les forces américaines au sol, Ben Laden agite dès lors l’épouvantail d’un nouveau 11 septembre depuis son refuge pakistanais. La manœuvre est claire, mais il faudra tout le sang-froid de Barack Obama pour la déjouer.

Ben Laden joue une fois de plus son joker en jetant la tragédie palestinienne à la face du Président américain : Gaza. Il avait déjà accusé Barack Obama, avant même son investiture, d’être responsable de l’offensive israélienne de janvier 2009 contre la bande de Gaza. Ben Laden sait combien l’impuissance de Washington sur ce dossier mine tous les espoirs nés depuis le discours du Caire.

Mais Al Qaeda est violemment rejetée par le nationalisme palestinien et le Hamas a réprimé sans merci les sympathisants de Ben Laden dans le territoire sous son contrôle. Cette hostilité entre le Hamas et Al Qaeda étant insurmontable, Ben Laden en est réduit à répéter en janvier 2010 la même formule qu’il assénait en octobre 2001, depuis sa célèbre grotte afghane :

« L’Amérique ne connaîtra pas la paix tant que la paix ne régnera pas en Palestine. »

Comme durant l’hiver 2001-2002, Ben Laden combat pour sa survie et celle de son organisation. Obama est, quant à lui, déterminé à « finir le travail » laissé inachevé par son prédécesseur. Le défi est lancé, il y aura un vainqueur et un vaincu.

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  • thierry reboud
    • Posté à 20h07 le 24/01/2010
    • Internaute 20923

    Du point de vue de la menace militaire (si l’on ose dire) sur des cibles occidentales, Al-Qaïda, ça n’est plus grand chose ou peu s’en faut. Qu’est-ce qui leur reste ? Tout simplement à faire mousser la marque par une campagne publicitaire (dont les supports sont gratuits et, au prix de la minute de pub, ça n’est pas négligeable). Le bénéfice est certain, puisque son produit joue plus sur les fantasmes du type chéri-fais-moi-peur que sur des réalités tangibles. Ben Laden est décidément plus un génie de la publicité que du terrorisme.

  • Anonyme

    Exercice d’intox avec méthode classique, quelques vérités et au milieu autant de mensonges qui pourraient passer inaperçus. Exemples :

    « le retrait américain hors d’Irak scelle le sort…. »
    Oui mais… ce retrait n’interviendra au mieux (et donc l’utilisation du présent ne s’impose pas) qu’à fin août 2010 (si il a lieu)… et encore il est déjà décidé que 50000 hommes resteront pour des « missions d’encadrement » ! ! Comme retrait, Obama peut mieux faire…

    « Mais la tempête médiatique provoquée par la tentative d’attentat de Noël dernier, […], a contraint le Président des États-Unis à durcir le ton, […] et à différer pour encore longtemps la fermeture de Guantanamo, […] »

    Ah ben on vous y prend ! quel gros mensonge !
    Dès le 29 septembre 2009, Le Monde écrivait : « Guantanamo : la fermeture du centre de détention sera sans doute retardée » « Cela va être difficile », a reconnu, dimanche 27 septembre, le ministre de la défense, Robert Gates.
    Et le 23 décembre 2009 (le 23 !) Jason Ditz pouvait déjà écrire : Guantánamo Closure Delayed Another Year - 2011 ’At the Earliest’ . Une année de plus, 2011 au plus tôt !

    Mais le 23 c’était avant « l’attentat » non ? ?

    Enfin :
    « Le piège tendu par Al Qaeda au Yémen n’a heureusement pas réussi à y attirer les forces américaines au sol »

    Là aussi magnifique ! on pourrait presque y croire.
    Al Qaida aurait tendu un piège au Yémen ? Par l’intermédiaire des Houthis Chi’ites qui se sont révoltés peut-être ? Ou bien n’est-ce pas l’Arabie Saoudite qui s’est alliée temporairement avec quelques représentants d’Al Qaeda pour contrer ces chi’ites ?

    Vous lisez la presse de temps en temps ?
    Trois drones américains s’écrasent au Yémen (presse) le 20 février 2009
    Troubles et tendances séparatistes dans le sud 15 mai 2009
    Plus de 140 rebelles chiites tués par l’armée à Saada (©AFP / 20 septembre 2009 13h17)
    EU-Yémen : Accord de coopération militaire Lejdd.fr - 11 novembre 2009 - Le Yémen a signé mardi (10/11) un accord militaire avec les Etats-Unis dans les domaines du renseignement et de la formation
    Même Petraeus y est allé de sa p’tite visite..
    Un p’tit dernier pour la route ?
    « Opérations américaines au Yémen – 21/12/09
    Les Etats-Unis auraient envoyé un détachement de forces spéciales au Yémen, afin d’assurer l’entraînement de son armée nationale. Le président Obama aurait également approuvé l’appui des forces yéménites lors d’un raid sur deux camps de combattants liés à Al-Qaïda. Cet appui aurait été fourni sous la forme de renseignements fournis aux autorités, mais également par un bombardement de missiles de croisières. - Daily Telegraph , ABC News, New York Times »

    Aux dernières nouvelles, l’Arabie Saoudite déplore 133 morts dans les rangs de son armée…
    mais ces morts ne sont pas le fait d’AlQaida.

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