Zoom avant

Dans son blog Zoom avant, Olivier De Bruyn observe principalement l'actualité du cinéma sous tous ses aspects : esthétique, économie, politique... Il aime aimer et, à l'occasion, ne pas aimer et le dire. Il ne s'interdit pas de fureter dans d'autres territoires quand l'envie lui en prend : télévision, musique, sport... 

Matt Damon, GI perplexe prisonnier de la « Green zone »

Olivier De Bruyn
Journaliste
Publié le 12/04/2010 à 10h39


Capture d’écran de la bande annonce du film « Green Zone » (DR).

Le cinéma n’en finit pas d’autopsier la guerre en Irak et les hypocrisies de la politique américaine. L’excellent Paul Greengrass, réalisateur de « Bloody sunday » et de « La Mort dans la peau », dirige aujourd’hui Matt Damon dans « Green zone », un film d’action aussi efficace que corrosif. État des lieux.

On ne peut pas ne pas s’en souvenir... La guerre du Vietnam, en son temps, inspira les meilleurs cinéastes américains, entre autres Francis Ford Coppola pour « Apocalypse now », et Michael Cimino pour « Voyage au bout de l’enfer ».

Des décennies plus tard, la guerre en Irak donne matière à fiction pour les metteurs en scène. Depuis « Les Rois du désert » de David O’Russell (1999), les films s’amoncellent, souvent passionnant : « Redacted » de Brian de Palma, « Jarhead » de Sam Mendes, « Dans la vallée d’Elah » de Paul Haggis, « Démineurs » de Kathryn Bigelow, et on en passe.

Cette semaine, un nouveau film US percutant déboule sur les écrans : « Green zone ». Une fiction qui confirme l’inspiration et l’intelligence critique de son auteur, l’Anglais Paul Greengrass, installé depuis plusieurs années aux Etats-Unis. (Voir la bande annonce)

Depuis la saga Jason Bourne, le cinéaste a redonné des couleurs excitantes au film d’action, mais n’a jamais sacrifié sur l’autel du box-office des ambitions politiques auxquelles il reste fidèle depuis ses débuts, à la télévision et au cinéma (« Bloody sunday » sur le « conflit » en Irlande du Nord).

Welcome to Bagdad

2003, Bagdad. Le dénommé Roy Miller, un sous-officier de l’armée US, obéit en bon soldat aux ordres de sa hiérarchie. Objectif : dénicher les armes de destruction massive censées légitimer l’intervention américaine.

Le sous-off’ et ses troupes enchaînent les missions périlleuses dont ils reviennent toujours les mains vides. Vides et ensanglantées. Progressivement, Miller s’aperçoit qu’il cherche des armes qui n’existent pas.

Il s’agite. Fait part de sa perplexité à sa hiérarchie. Se retrouve intimidé par les uns et manipulés par les autres. En toile de fond, les magouilles des services secrets et un pays qui s’enfonce dans le chaos. (Voir la bande annonce).

Action, réflexion

Mené à un rythme d’enfer et faisant preuve d’une invention constante rayon mise en scène, « Green zone » évolue dans un genre, le thriller en temps de guerre, propice à toutes les surenchères.

Par chance, contrairement à ce que laisse redouter la bande annonce, l’efficacité du film ne sert pas de paravent à la vacuité du script ou à l’absence de point de vue.

Inspiré du récit « Dans la zone verte : les Américains à Bagdad » de Rajiv Chandrasekaran, ancien responsable du Washington Post en Irak, « Green zone » s’appuie sur une documentation solide et un gros boulot d’enquête.

Comment se construit un mensonge d’Etat ? Comment verrouille-t-on l’information ? Pourquoi une telle confusion porte en germe les désordres à venir ?

Fidèle au geste « dénonciateur » de certains auteurs américains des années 1970 tels Lumet ou Pakula, Greengrass signe une fiction dont les attraits spectaculaires ne prohibent pas la réflexion.

Son style frénétique irritera peut-être les puristes, convaincus que la pédagogie n’est pas soluble dans le film de genre. Mais « Green zone » confirme l’importance d’un metteur en scène qui, couronné de succès avec ses divertissements musclés, peut se permettre de tourner des films polémiques au cœur du système de production US.

Matt Damon, que du bon

Pour mener à bien sa tâche, Paul Greengrass utilise à merveille son acteur principal : Matt Damon, déjà héros de la saga Jason Bourne et comédien dont le C.V. impressionne (Gus Van Sant, Scorsese, Soderbergh etc.).

Avec « Green zone », la collaboration entre les deux hommes s’impose définitivement comme l’une des plus fructueuses de l’époque. À peine sorti de son aventure politico-rugbystique avec Clint Eastwood ( »Invictus « ), Damon confirme son étonnant talent de caméléon, sa faculté à incarner des rôles physiques auxquels il prête une singulière ambivalence.

On retrouvera bientôt l’acteur dans de nouvelles aventures chez Eastwood ( “Hereafter”) et Greengrass (nom de code : “Jason Bourne 4”). On ne s’en plaint pas. Comme quelques-uns de ses confrères (Depp, Clooney, Pitt...), Matt Damon paraît plus que jamais soucieux de ne pas tourner dans n’importe quoi avec n’importe qui. Une bonne idée.

► “Green zone”, de Paul Greengrass, avec Matt Damon, sortie le 14 avril.

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  • alberich
    alberich
    fumiste
    • Posté à 11h06 le 12/04/2010
    • Internaute 84604
      fumiste

    Tous les films inspirés par le guerre d’Irak ont fait des bides à l’écran.

  • LTulasne
    LTulasne
    Technicien Géomètre entre deux (...)
    • Posté à 11h14 le 12/04/2010
    • Internaute 14857
      Technicien Géomètre entre deux (...)

    Bonjour,

    Outre le film (que je n’ai pas encore vu), je vous recommande chaudement le livre qui en est à l’origine. A priori, c’est plus un récit qu’un roman ... Green Zone de Rajiv Chandrasekaran (en poche au Seuil, collection Points), un journaliste. C’est un constat édifiant de ce qui s’est passé en Irak, après l’offensive américaine. Un ouvrage aussi éclairant qu’édifiant !

    Cdlt.

    Laurent

  • Inpou
    Inpou
    J'enfonce le clou
    • Posté à 12h49 le 12/04/2010
    • Internaute 92671
      J'enfonce le clou

    « Progressivement, Miller s’aperçoit qu’il cherche des armes qui n’existent pas. »

    Perspicace ce Miller !

  • getzo-
    getzo-
    Bukowski, Jazz et Werder Bremen
    • Posté à 13h08 le 12/04/2010
    • Internaute 78744
      Bukowski, Jazz et Werder Bremen

    Je l’ai vu en anglais sous-titré en arabe !

    Paul Greengrass est un virtuose : scénario intelligent, rythme enlevé, Matt Damon au sommet de sa forme...Enfin un très bon film de guerre qui raconte de l’intérieur comment les Etats-majors « fabriquent » des mensonges et envoient les pauvres soldats à une mort certaine.

    Les rapports au Sénat sont bidon, l’action commencée doit être « finie » même si le retour du terrain est négatif, il faut exécuter, faire du chiffre, produire des « héros » morts au combat...

    L’un des meilleurs du genre depuis « Blackhawk down » (la chute du faucon noir) de Ridley Scott sur la guerre en Somalie.

  • Anonyme

    « ...le cinéaste a redonné des couleurs excitantes au film d’action, mais n’a jamais sacrifié sur l’autel du box-office des ambitions politiques auxquelles il reste fidèle depuis ses débuts... »

    tenteriez-vous de manipuler et de faire oublier le très pitoyable « Vol 93 »... ?
    Même si on peut à juste titre apprécier Greengrass, il convient de rester lucide.

    Tout comme avec « Démineurs » de Bigelow... où la vertueuse Amérique tente de se redonner bonne consience à peu de frais, il faut glorifier le courage, l’abnégation, le dévouement pour sauver d’autres vies, .... en oubliant la réalité, comme c’est fréquemment le cas dans les films très hollywoodiens. (ce n’est pas par hasard si une récompense lui été décernée par les étatsuniens des Oscars)

    J’irai voir ce « Green Zone » bien entendu, mais avec un gros doute dans un coin de la tête. Faire un film qui dénonce le mensonge des ADM n’est-ce pas aussi dire « vous voyez notre pays magnifique est libre puisqu’on a le droit de critiquer ».

    Quant à aller plus loin en jugeant les menteurs... c’est une histoire qui n’est même pas envisagée.

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