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Le blog de François de Rugy, député Verts.

Retraites des parlementaires : Accoyer sous la pression du Web

François de Rugy
Député Verts
Publié le 21/10/2010 à 11h05


Jean-François Copé, Xavier Bertrand et Bernard Accoyer, conseil national de l’UMP à Paris, le 30 janvier (Audrey Cerdan/Rue89).

La « cyberdémocratie » a parfois des fonctionnements étonnants.

Le 9 septembre, lors du débat sur les retraites à l’Assemblée, je défendais, dans une indifférence médiatique la plus totale, un amendement au projet de loi sur les retraites qui visait à l’alignement du régime accordé aux députés, sénateurs et membres du gouvernement sur le droit commun.

Seul à le défendre, au nom de mes collèges écolo, et seul à le voter, face à des députés UMP qui, à la demande conjointe du rapporteur et du ministre se sont exprimés contre, tandis que mes collègues des autres groupes présents dans l’hémicycle regardaient ailleurs. (Voir la vidéo)

Depuis, plus rien.

Et puis voilà qu’il y a une dizaine de jours, j’ai commencé à recevoir des messages fort sympathiques de responsables syndicaux, ou de salariés en lutte contre la réforme des retraites, qui me remerciaient pour avoir tenté de faire respecter un minimum d’éthique.

D’avoir pensé que les parlementaires pouvaient imposer à des millions de Français des dispositions drastiques, tout en s’exonérant de l’effort leur paraissait légitimement incompréhensible, et pour tout dire inacceptable.

Dans ma boîte, des e-mails d’encouragement ou de colère

Renseignements pris, j’ai découvert que l’amendement et le compte-rendu des débats avaient commencé à circuler sur la toile, et notamment sur des listes de discussion syndicales.

Cet emballement n’était encore rien au regard de ce qui se produit depuis que Rue89 a publié un article, agrémenté de la vidéo des débats.

Depuis le week-end dernier, aux messages d’encouragement ont succédé dans ma boîte e-mail des messages de colère adressés à tous les députés par des citoyens qui, découvrant l’info, ont voulu faire savoir à tous les députés leur écœurement devant un tel corporatisme parlementaire.

A chacun, j’ai répondu, en rappelant les faits. Je n’entends pas, alors que je suis, avec mes collègues écolos, l’auteur de l’amendement, être mis dans le sac de ceux qui l’ont rejeté !

Un collègue député : « Internet, c’est vraiment la plaie ! »

Cela m’a valu des réponses en retour, notamment celle d’une électrice qui, alors que son message d’origine s’intitulait « décidément, tous pourris ! » me dit : « Désolée, je n’avais pas réalisé que vous étiez à l’origine de cette initiative, bravo pour votre action ! »

Un collègue à qui je raconte l’anecdote me rétorquait tout à l’heure :

« Tu vois, sur ces sujets, c’est le risque de l’antiparlementarisme. Pour ça, Internet, c’est vraiment la plaie ! »

Curieux raisonnement, qui accuse l’outil plutôt que de s’attacher au fond des choses.

Je demeure pour ma part persuadé que le meilleur allié de l’antiparlementarisme, c’est l’opacité et la loi du silence. C’est en adoptant des règles claires et justes, et en assumant devant le peuple les éléments de leur statut, en les alignant autant que de possible sur le droit commun, que les élus redeviendront crédibles et respectés.

Du reste, je note avec attention que les mobilisations sur la Toile commencent à porter leurs fruits : alors que nous n’avions pas de nouvelles du groupe de travail sur le statut des députés et leur retraite, voilà que mercredi, dans l’improvisation la plus totale, Bernard Accoyer, le président de l’Assemblée, annonçait que des mesures seraient étudiées lors de la prochaine réunion du bureau de l’assemblée, mercredi prochain.

La conjonction du silence et de la résignation

Peu importe que, pour faire croire à un processus normal et contrôlé, Accoyer ait cru bon d’affirmer qu’il avait transmis ses propositions de réformes aux présidents de groupe -ce qui est faux !

L’essentiel, c’est, qu’enfin, ça bouge ! Et, sur ce sujet -sur lequel les députés écologistes l’avaient saisi dès le mois de juin- comme sur ceux de l’usage des indemnités de frais de mandat, ou d’autres éléments du statut de députés, il reste encore à faire pour rétablir la confiance entre le peuple et ses représentants.

J’ai publié il y a quelques mois un dossier sur ces sujets -car il est vrai que circulent souvent sur le Net des informations très approximatives, et parfois malveillantes. Mais plutôt que de condamner le média Internet, c’est à la transparence que les élus devraient consacrer leurs efforts.

Et si le web et les cybermobilisations peuvent contribuer à faire progresser cette ambition, ma foi, c’est tant mieux.

Ce n’est pas de l’excès de débat ou de participation que crèvent les démocraties, c’est de la conjonction du silence complice des uns et de la résignation des autres.

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  • mick69
    mick69 répond à Leto Atréides
    • Posté à 12h35 le 21/10/2010
    • Internaute 2907

    En écoutant la com gouvernementale sur Europe1, mes parents ont compris que les sénateurs avaient une retraite de 2000€/mois

    Personne ne leur a expliqué que c’est 2000€ après un seul mandat de 6 ans de cotisations, 4000€ après 12 ans de cotisations , 6000€ après 18 ans de cotisations, etc

  • Pierre Serisier
    Pierre Serisier
    Journaliste
    • Posté à 13h00 le 21/10/2010
    • Journaliste 19811
      Journaliste

    Ce qui est vraiment chiant avec internet, c’est que ça permet de faire circuler un maximum d’informations à destination d’un maximum de gens en un minimum de temps.
    Du coup, ça devient difficile de faire les choses en douce. Il est fini le temps où quelques contestataires totalement isolés dans leur coin criaient au scandale. Ils étaient plutôt sympathiques, voire exotiques à leur manière et pas bien dangereux puisque personne ne les écoutait.
    Désormais, leur voix (à ces contestataires) est, non seulement entendue mais en plus elle est relayée par d’autres.
    Sincèrement, ça complique vraiment les choses quand on pratique l’entorse de conscience.

  • LG240
    • Posté à 13h26 le 21/10/2010
    • Internaute 23978

    A-t-on déjà vu un général s’imaginant gagner la guerre alors qu’il a annoncé qu’il attendrait la fin de la bataille le cul dans un jacuzzi à bulles pendant que les troufions pataugeraient, seuls, dans la boues des tranchées ?

  • affreuxjojo
    • Posté à 13h35 le 21/10/2010
    • Internaute 29421

    Qui sème des privilèges récolte des révolutions.

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