89th Street

Entre l'Upper East Side et l'Upper West Side, séparée par un Central Park envahissant, 89th Street, c'est la Rue89 new-yorkaise sous (presque) toutes ses coutures.

Un gardien à New York : « Les gens pensent qu'ils sont mieux que nous »

Valentine Pasquesoone
Etudiante en journalisme
Publié le 05/10/2011 à 15h29

Un pied dans l’immeuble, un pied sur la rue, ils attendent, debout, entre huit et seize heures par jour. Chaque matin, les « doormen » de la 89th street arrivent du Bronx, de Queens ou de Staten Island pour travailler dans une rue qui, elle, appartient souvent aux plus aisés. Deux mondes new-yorkais, en sorte, qui se côtoient au quotidien.

Nous sommes au numéro 4. A droite, Central Park, la Cinquième avenue et le musée Guggenheim. A gauche, la partie est de la 89e rue, une longue étendue vers l’East River. Au milieu, Flavio, argentin d’origine. Ce samedi, il garde l’entrée d’un immeuble qui, de l’extérieur, paraît déjà huppé. C’est son métier depuis dix ans. Les dimanche et lundi, il est chargé de la sécurité au musée voisin.

Flavio : « Nous connaissons tous les petits secrets »


Flavio (Valentine Pasquesoone)

« Les Rockefellers habitent là-bas, Mel Brooks est juste au coin, Woody Allen vit à deux rues d’ici », affirme-t-il avec tout le naturel d’un habitué du quartier. Une rue « upper-middle class » de l’Upper East Side, comme il la décrit.

Flavio voit défiler des dentistes, des avocats – parfois de célébrités –, des psychiatres. « L’immeuble, c’est un vrai soap opéra », raconte t-il en souriant.

« Nous connaissons tous les petits secrets des résidents. Alors, forcément, tout le monde se doit d’être sympathique avec nous. »

Car l’attitude des habitants peut parfois s’avérer « à double tranchant » estime le gardien.

« Quelques-uns semblent gentils sans l’être. On parle, mais tout cela reste cordial, purement professionnel. Pas question d’être proche d’un résident. »

A l’arrivée de plusieurs d’entre eux, Flavio arbore un grand sourire. Mais de tous ceux qui entrent, le gardien n’engage une discussion amicale qu’avec une baby-sitter, employée dans l’immeuble.

Angelo : « De gros bonus pour Noël ! »

« Les relations sont cordiales. Ils sont assez sympathiques, vous donnent de gros bonus pour Noël ! » raconte Angelo, gardien au numéro 317. Nous voilà cette fois-ci sur le côté ouest de la 89e, à quelques mètres de Riverside Drive.


Angelo (Valentine Pasquesoone).

Ce natif new-yorkais, d’origine porto-ricaine et sicilienne, raconte qu’ici, la population est plus diversifiée qu’à l’Est. Mais la majorité reste « high-class » : « des cadres, des artistes, des gens travaillant au Stock Exchange ; 60% de Blancs », estime-t-il.


Ralph (Valentine Pasquesoone)

A cette autre extrémité de la rue, la parole des doormen se répète à plusieurs reprises. Oui, ils s’entendent bien, voire très bien avec les résidents. Mais la distance est marquée. Pure conscience professionnelle diront certains, comme Ralph, du Bronx depuis toujours, âgé de 59 ans. « Pas d’amis, que des bonnes ententes », est sa règle de travail numéro un. Dans l’immeuble où il exerce depuis dix ans, certains appartements atteignent presque le million de dollars.

Hermin : « Avec les habitants, ça reste les affaires »

Pour d’autres, la distance est aussi affaire de différences. Différences de salaires, d’éducation, de niveau de vie. « Je n’aimerais pas vivre ici, c’est trop “upper-class” pour moi », confie Hermin au numéro 250. Il aime pourtant beaucoup cet endroit. Diversifié, familial, sûr.

« Mais parfois, les gens pensent tout simplement qu’ils sont mieux que vous. Ils arrivent et vous lancent un “attrape mon sac” sans dire “s’il vous plaît”. Ils ont plus d’argent, alors ils se le permettent », reconnaît le gardien.

« Ici, les relations amicales ne sont qu’entre portiers. Avec les habitants, cela reste les affaires. »

A l’est, même schéma. Beaucoup utilisent les termes « agréable, calme et sûr » pour décrire la rue. « Ici, je n’ai pas à faire attention, ni à craindre quoi que ce soit », réplique l’un des doorman, le seul, parmi ceux que nous avons rencontré, à habiter là où il travaille. Son père est le gérant de l’immeuble, il ne paie donc pas de loyer.


Freddy (Valentine Pasquesoone)

« Moi je suis bien là où j’habite », répond Freddy Rosario, au numéro 335. L’une des résidentes, grand sourire, vient lui parler en espagnol en récupérant un colis à l’entrée de l’immeuble. Ce New-Yorkais d’origine porto-ricaine vit dans le Bronx, où il a acheté son appartement il y a déjà dix-huit ans.

Quand on lui demande s’il vivrait dans le quartier – qu’il d’écrit, lui aussi, comme amical et tranquille – le gardien dit non. Raison financière oblige : « C’est trop cher ici » ; 2 800 dollars par mois pour un studio, jusque 4 000 pour un deux pièces.

Même réaction pour Francisco, au numéro 525. Habitant du Queens, il apprécie pourtant beaucoup l’endroit, « aux airs de campagne ». Le gardien travaille ici depuis onze ans et demi.

« C’est un peu comme une grande famille que vous obtenez. Vous dites bonjour à tout le monde. Certains résidents ne feront pas attention, ou ne vous répondront pas. Mais dans l’ensemble, ce n’est pas si mal. »

Aller plus loin
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  • zzzut
    zzzut
    étudiant
    • Posté à 16h33 le 05/10/2011
    • Internaute 78406
      étudiant

    que de révélations ! et puis le titre reflète bien le contenu de l’article et la pensée des gardiens, je trouve. c’est professionnel et pas aguicheur.
    allez, je suis sure que tu peux faire mieux.

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 16h37 le 05/10/2011
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    « Quelques-uns semblent gentils sans l’être. On parle, mais tout cela reste cordial, purement professionnel. Pas question d’être proche d’un résident. »

    Il pense peut-être qu’entre la caissière d’une supérette et le client, il en est tout autrement et que la convivialité est flagrante ?

    Tout le monde n’est pas DSK... donc, pour la promiscuité, faut repasser !

    Et puis franchement, est-elle vraiment souhaitable ?

  • yalla bina yalla
    yalla bina yalla
    je ne juge pas, je situe
    • Posté à 17h22 le 05/10/2011
    • Internaute 172403
      je ne juge pas, je situe

    cool projet, d’arpenter la 89th.. et c’est notamment la rue du siège du New York Road Runners on the East side... ! The club organisateur des courses du weekend à CP et du fameux Marathon. Un haut-lieu de la culture urbaine new yorkaise...

  • ledaron
    ledaron
    observateur intéressé
    • Posté à 18h04 le 05/10/2011
    • Internaute 95994
      observateur intéressé

    Pas besoin d’aller aussi loin pour constater le comportement des « possédants » vis à vis des autres.A Paris par exemple,,livrer un colis dans une société ( il en va de même pour les ouvriers du batiment ou le personnel de nettoyage qui y officient) , génère bien souvent de la part du personnel ( hotesses,employés etc..) en uniforme ou costume,une forme de dédain (lié à la représentation symbolique de la fonction ?) vis à vis de ceux qui sont considérés comme comme les « rats des champs » ,mal « fagotés »,sentant la sueur ( parfois) et surtout représentant un corps de métier non noble ( sous entendu,un métier manuel).La communication verbale,quand il y’en a, reste basic, peut être pour ne pas se faire « contaminer » par les « castes inférieures ».Il est amusant d’observer les attitudes des uns ou des autres et de constater que décidemment, l’orgueil est une des caractéristiques humaine la plus répandue.

    • fabricenord
      fabricenord répond à ledaron
      Facteur
      • Posté à 22h09 le 06/10/2011
      • Internaute 142904
        Facteur

      moi les possédants si ils s’amusent à me dédaigner je leur rentre dedans....( verbalement bien sûr ). je livre des colis tous les jours. point de castes chez moi juste de la communication réciproque positive.

  • pelicano
    pelicano
    intermittent
    • Posté à 18h15 le 05/10/2011
    • Internaute 156246
      intermittent

    ya deux trois scènes marrantes avec un doorman dans Ghost Town de Koepp, sur un scénario de lui même, avec Ricky Gervais et l’excellente Tea Leoni, à voir ce film passé inaperçu en France, assez marrant dans l’ensemble.

  • Waldeck
    Waldeck
    Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)
    • Posté à 19h05 le 05/10/2011
    • Internaute 36864
      Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)

    -« Un gardien à New York : “ Les gens pensent qu’ils sont mieux que nous ”

    Pas très différent de ce qui se passe en France : les employés et cadres du tertiaire sont persuadés appartenir au dessus du panier, et que cette supériorité s’étend à toute leur personne : culture, mentalité, séduction innée, au prétexte qu’ils viennent bosser en costard-cravate ...

    Alors que ce ne sont que de tristes bouffons !

    ( On peut même en rencontrer sur Eco89 ... )

  • Miko1331
    Miko1331
    de la classe "moyenne"
    • Posté à 19h46 le 05/10/2011
    • Internaute 160584
      de la classe "moyenne"

    Intérêt de l’article ?

    Merci de m’aider j’ai du mal là...

    • TienTien
      TienTien répond à Miko1331
      impavide devant les ruines de (...)
      • Posté à 21h29 le 05/10/2011
      • Internaute 86881
        impavide devant les ruines de (...)

      « Intérêt de l’article “ : nul, nada, zéro, du remplissage...
      Mais surtout un remplissage qui évite soigneusement d’aborder de vrais sujets, voire même ( ô audace !) des sujets qui pourraient fâcher le ‘système’ . Rien qu’aujourd’hui, glané sur divers sites, dont le dangereux gaucho-anarchiste Figaro :
      - Les ‘indignés’ de N-Y rejoints par des vétérans du corps des marines.
      - Les héritiers Wildenstein enfin mis en examen pour de possibles fraudes fiscales de grande ampleur.
      - La possible disparition de plusieurs milliers de missiles sol-air des arsenaux llibyens, déplorée par ces messieurs de l’OTAN.
      Etc etc etc......

      • merle-moqueur
        merle-moqueur répond à TienTien
        GRRRRRRRRRRRR (...)
        • Posté à 07h25 le 06/10/2011
        • Internaute 17922
          GRRRRRRRRRRRR (...)

        « 

        J’attends vos articles avec impatience...

  • jmc06
    jmc06
    chasseur de gorille
    • Posté à 08h28 le 06/10/2011
    • Internaute 75030
      chasseur de gorille

    allez voir dans dans l’ghetto du VXI ème

    dite leurs qu’il vas y avoir des log’ments sociaux dans leurs ghetto

    vous allez avouère une émeute

    • Albufera
      Albufera répond à jmc06
      Observateur.
      • Posté à 10h22 le 06/10/2011
      • Internaute 29241
        Observateur.

      Il n’ y a pas que dans le XVIéme... Pour ma part, j’ habite le centre de Paris, je ne suis pas spécialement fortuné mais je prends très rarement le métro et je ne franchis jamais le périphérique sauf à bord d’ un TGV ou pour rejoindre un aéroport (je n’ ai pas de voiture) pour me rendre dans le centre d’ une autre capitale. Lorsque je prends un RER (en rentrant de Roissy par exemple et en arrivant gare du nord), je redécouvre à chaque fois des mondes que je ne vois jamais dans mon quotidien avec le sentiment que la brèche se creuse. J’ ai lu avec attention les réactions des lecteurs pour savoir si « ça » allait taper sur New-York et les USA sans balayer devant notre porte : la société française est composée de mondes parallèles avec une part de pauvres de plus en plus importante, de moins en moins visibles, notamment de la soit-disant élite économico-politique qui -comme moi, car tout est fait pour ça- vit dans un cocon.

  • deserteur
    deserteur
    Service Athée
    • Posté à 18h27 le 06/10/2011
    • Internaute 62084
      Service Athée

    dans le monde ouvrier (voir Zola) le mépris des « larbins » allait de soi.
    l ouvrier était fier de son ouvrage.il avait tendance à vomir les concierges et les domestiques.
    fierté devenue aujourd’hui plutôt un sentiment de honte devant le mépris affiché pour les professions manuelles.

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