Rubrique a rap

Un blog pour se plonger dans la diversité du "rap game" hexagonal, avec le désir ne de pas s'attarder uniquement sur ses faits divers et sa dimension sociale comme le font trop souvent les médias généralistes. Un suivi de l'actualité, des analyses, des interviews et des reportages permettront de mieux comprendre les évolutions artistiques, l'industrie, les personnalités et la complexité d'une musique qui fêtera ses 20 ans de succès en 2010.

Avec son album live, Oxmo Puccino « envoie la sauce »

Fabien Offner
Journaliste
Publié le 16/11/2010 à 12h05


Oxmo Puccino en concert à La Cigale (DR).

Si vous aimez le rap français, il vous est sans doute déjà arrivé de citer Oxmo Puccino dans une conversation pour convaincre votre interlocuteur de la qualité de cette musique. C’est qu’au fil du temps, le rap du MC caféiné est devenu le chêne élégant qui cache la forêt d’épineux et de mauvaises herbes. Celui que l’on montre pour prouver que le bon rap existe aussi.

Car son envergure musicale est large, et la sève de son bic a un goût unique. Enregistré à La Cigale et dans les bacs depuis depuis lundi, « Minutes magiques » résume l’identité artistique hybride d’Abdoulaye Diarra, entre rap, rock, jazz et chanson, le tout métamorphosé pour l’occasion par la folie douce propre au live.

« C’est un souvenir à partager avec ceux qui ont vécu les disques avec moi sur scène », explique tout de noir vêtu le Black Popaye, serré dans le siège d’un bar d’Oberkampf, à quelques stations de métro du « 20-1 », comprendre le XIXe arrondissement de paris, où il a grandi.

De la Mafia K’1 Fry à Florent Pagny

Là-bas, à ses débuts, « les rappeurs étaient considérés comme des bouffons ». Il rejoignait donc souvent ses proches de la Mafia K’1 Fry à Orly où, à l’inverse, le hip-hop avait pris racine.

« Le taux d’Arabes et de Noirs, les influences musicales des anciens, le câblage ou non du quartier pour recevoir MTV » conditionnaient alors la perméabilité plus ou moins grande des cités à cette nouvelle culture.

Depuis ce solfège des trottoirs, Oxmo a écrit pour Matt Pokora, Alizée et Florent Pagny « par challenge ou par amitié », a invité Oliva Ruiz sur son dernier album studio et rappe sur scène en costard façon crooner, accompagné par son groupe, les Jazz Bastards. Etonnement, sa « street credibility » n’en a pas été écornée. Alpha 5.20, figure du rap indépendant et bourrin, l’atteste en le comptant dans ses rappeurs préférés.

« Je plains ceux qui débutent en 2010 »

Notre homme est donc tout terrain, artistiquement et socialement parlant. D’ailleurs dès son adolescence, son goût pour le vocabulaire précis et son élocution fort peu « lascarde » le distinguaient :

« J’ai toujours eu une manière particulière de parler. Avant de rapper, on me prenait pour un original. J’ai déjà eu des problèmes avec des gens parce qu’ils pensaient que je me foutais d’eux. »

« Ce que le public te reproche, cultive-le, c’est toi », disait Jean Cocteau. Oxmo Puccino est resté lui, et le voilà maintenant applaudi sur scène -il s’adjuge un « bien mais peut mieux faire » pour ses performances-, et récompensé par un disque d’or pour « L’Arme de paix ». Il goûte ce succès avec délectation et recul :

« Je plains ceux qui débutent en 2010. Avec tous les mecs qui ont des caméras, des ordinateurs, des comptes YouTube, faut s’accrocher pour attirer l’attention. Je suis bien content d’avoir fait mon nom avant. »

Toujours envoyer la sauce

« Black Popaye », « Amour & jalousie », « 365 jours »... Ses cinq albums ont droit à leurs minutes magiques dans ce nouveau disque. Y compris « L’Amour est mort » (2001), son second album peu vendu, « qui commence à être compris aujourd’hui ». On y trouve notamment « J’ai mal au mic », un classique irrésistible. (Voir la vidéo du concert à La Cigale)

Même s’il rappe la tristesse et la grisaille parisienne dans « Soleil du nord » et que ses euros lui ouvrent les cinq continents, Ox’ n’est pas prêt à quitter une ville où il a encore « beaucoup de proches », et « l’impression de ne pas avoir fini ce qu’[il] a à faire ». Quant aux euros, on est déçu :

« La vie d’artiste, t’es toujours obligé d’envoyer la sauce. A moins de gagner au loto artistique, tu ne peux pas te permettre d’arrêter. »

Cela ne l’empêche pas de visiter de temps à autre le soleil du sud. Fin novembre, il sera l’invité du Festival Etonnants voyageurs de Bamako, au Mali, pays qu’il connaît bien pour y être né. Mais quand d’autres rappeurs font se mêler identité artistique et identité culturelle, lui évoque rarement ses origines en chanson :

« Je n’ai pas envie d’être un porte-drapeau ni qu’on soit pollué par des données qui ne sont pas si importantes que ça. Je veux qu’on ne retienne de moi que ce que j’ai à dire. Et puis quand on se rapproche de quelque chose, on s’éloigne d’autre chose, et j’ai envie de rester au centre. » (Voir la vidéo des coulisses de la tournée)


► Toute la semaine, retrouvez sur mon compte Twitter @fabienoff des extraits inédits de l’interview d’Oxmo Puccino.

Photo : Oxmo Puccino en concert à La Cigale (DR).

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  • casp
    casp
    Artiste
    • Posté à 12h23 le 16/11/2010
    • Internaute 51445
      Artiste

    Je réagis juste à la phrase, l’abre qui cache la forêt,
    on pourrait aussi citer, Abdel Malik, Hocus pocus, le Ministère des affaires populaires, Poumons noir ...

    Et je cite ceux là alors que je ne suis pas un très grand amateur de Rap, ils en existent donc bien d’autres pour les amateurs.
    Ceux que je cite là on l’avanatge d’avoir une touche particulière qui fera que quelqun qui n’aime pas le RAP pourra malgré tout aimé ce genre.

    je ne dis pas que les rappeurs improvisé ou commerciaux n’existe pas ... Mais de là à reduire tout à oxmo il y a une limite...

  • gounzor
    gounzor
    en lutte
    • Posté à 13h18 le 16/11/2010
    • Internaute 129458
      en lutte

    la meilleure chanson d’oxmo n’en déplaise à beaucoup, c’est la première chanson, de son premier album :

    « C’est parce que, depuis qu’je suis p’tit, je sais qu’t’es noir, t’a beau suer plus que les autres, les hommes veulent t’écraser.
    J’sais qu’j’suis d’la race la plus haïe du monde, ça fou les jettons,
    j’ai le monde entier plus les frères qui veulent que j’tombe. »

    Le plus grand défaut des textes d’oxmo, c’est leur manque de prise de positions sociales.

    Cette chanson est de loin ma préférée car c’est une des seules, ou il a des bribes de discours qui vont au delà de l’histoire fictive, du poème, de la vie, ou du quotidien (avec la chanson cachée de l’amour est mort, et l’interlude « peu de gens le savent »).
    Il ne joue jamais cette chanson en live, elle est enterrée. Pourtant cette chanson à imposé un auteur dans tout le rap français, dès la première chanson de son premier album, il a montré qu’il était de loin le meilleur écrivain du rap français.

    Des aspérités qu’il à gommé, effacé dans son expression artistique, pourtant ce type n’a pas eu la même vie que tout le monde, mais il n’en parle plus (mis à part dans « la petite leçon », dans la réconcialiation, qui est un texte écrit à ses début).
    C’est bien dommage, mais c’est comme ça, sa vie à surement changée, ses problèmes aussi.
    Mais aujourd’hui à part avec deux ou trois chansons par album, il n’arrive plus à me faire vibrer comme il l’a fait avec ses deux premiers albums.
    De beaux textes lisses, se vendent sûrement bien et gomment sûrement le traumatisme de l’échec cuisant de son meilleur album, l’amour est mort, mais ne restent pas dans l’histoire.
    Ce manque de fond, finira surement par le trahir un jour ou l’autre. Si j’avais un souhait, ça serait d’entendre encore une fois sa vision, sur la france d’aujourd’hui en chanson, dans un texte pas trop travaillé, avec toutes les aspérités réelles de la vie, car la vie d’oxmo, son avis sur son pays, en chanson, ça fait 12 ans qu’on l’a pas entendu.

  • Cloud
    Cloud
    héros en plastique
    • Posté à 13h30 le 16/11/2010
    • Internaute 113296
      héros en plastique

    Houu, merci Fabien, d’écrire sur ceux qui écrivent encore.

    D’écrire sur la face ignorée de la chanson française. Sur le rap qui appartient à la même famille que les Bénabar, Fantazio, -M- ou Loic Lantoine..
    Sur ces auteurs, gratteurs, ruineurs de Bic et casseurs de Mic.
    On n’oublie que trop le travail des Rohff, Fabe, La Rumeur, Medine ou Despo Rutts. On ne parle jamais assez de Keny Arkana ou du dingue Mister You, parce que leur boulot reste relégué à la branche Rap Français. Et cette branche inquiète, fait rire ou se trompe, mais ne se fait pas entendre ailleurs que sur ses disques.
    Les revues spécialisées sont pléthore, lues par des « concernés » qui font la différence entre un Hip Hop de Détroit de 1990 et un tube du bon Jay Z.
    Mais si tout le monde ne mélange pas tout, la majorité française ignore ou tourne le dos à cette parole qui vient d’ici, une parole qui vient pour souvent de ceux qui ne la trouvent pas ailleurs.

    Alors Rue 89, c’est bien, parlez nous du rap.
    Parlons Parole, parlons Maintenant. Nous avons affaire à un des thermomètre des plus actuels et des plus disponibles de notre société artistique, poétique et politique. Ne la boudons pas.

  • pseudohopif
    pseudohopif
    webmaster
    • Posté à 16h17 le 16/11/2010
    • Internaute 62657
      webmaster

    Guitare électrique, batterie, bass...
    Seules les textes demeurent hip hop le reste a était oublié. Dommage, aucun DJ pas de bit funky, un style tiré à quatre épingles...

    Définitivement la rue est loin, définitivement le hip hop se meurt ...
    Les puristes versent une larme, les autres savourent leur victoire commercial sur un des piliers du rap français, tristesse.

    Stratégie marketing web sur daily, pourvu que ça se vende au moins il n’aura pas tout perdu...

    Oxmo est mort, vive Oxmo. Longue vie à ce nouveau cru tout de même, toujours aussi pertinent c’est vrai mais bien moins underground musicalement hélas.

    Après tout vieillir c’est aussi s’assagir et enterrer sa colère... Si le Hip Hop est un cri de colère alors tout aussi percutant soit il, Oxmo n’est plus un rappeur mêms si il est toujours un poète !

  • Kilwaxoni
    Kilwaxoni répond à Cloud
    NYC DIESEL YUM YUM
    • Posté à 18h36 le 16/11/2010
    • Internaute 92406
      NYC DIESEL YUM YUM

    Hum le principal problème en France : Notre éducation musicale.

    Nous sommes incapables de :

    1. Faire de la musique de qualité.
    2. Nous y intéresser.

    Seuls quelques uns y arrivent.. Et la encore ca reste bancal et incohérent comme Hocus Pocus par exemple.

    Les anglais eux avec la Grime on parfaitement réussit a se créer une identitée propre face au rap.

    Nous ? On copie, Avec 10 ans de retard et en moins bien.

    Bref le principal problème vient de la pour moi : l’éducation.

  • buffalo_soldier667-
    buffalo_soldier667- répond à pseudohopif
    Célibertin
    • Posté à 19h08 le 16/11/2010
    • Internaute 88424
      Célibertin

    Tu as une vision sectaire de la musique.
    Être Hip-Hop c’est pas une façon de s’habiller.
    La musique évolue, et les artistes avec.
    Certains utilisent des beats funky, d’autres des beats rock, ou encore des beats Soul etc. Et heureusement, sinon cela serait ennuyant si tout le monde faisait la même chose.

    Je vois pas ce qu’il y a de mal à faire de l’argent avec sa musique.
    Vendre ne signifie pas qu’on dénature sa musique.

    Oxmo est toujours un rappeur. Rapper ça veut dire parler sur la musique. Et le rap existe depuis très longtemps. Et comme tu le vois il évolue.

    Bref, les puristes sont comme les puritains (lol les mots se ressemblent), ils ne veulent pas progresser. Avec des gens comme toi, le hip-hop n’aurait jamais embrasé le monde.

    Regarde comment se s’habillait Grand Master Flash à l’époque, si on suit ton raisonnement de puriste, on devrait tous s’habiller encore de la même manière.

    Le rap c’est pas un cliché de révolté pour petit bourgeois bien planqué. il existe tellement de genre qu’on ne peut pas enfermer le rap.

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