Booba clashe des Victoires de la musique fâchées avec le rap
Comme chaque hiver les Victoires de la musique viennent nous réchauffer les oreilles (ou chauffer, c’est selon) et comme chaque année, nous, auditeurs-enquiquineurs de rap, on n’est pas content. Booba non plus. Petit clash en quatre couplets.
Le rap relégué dans une sous-cérémonie avec les musiques de genre
L’organisation de la cérémonie en deux soirées distinctes prive encore une fois le rap français de l’exposition médiatique qu’il mérite.
La Victoire de l’album de musiques urbaines sera en effet remise ce soir sur France 4 (comme les autres musiques de genre) alors que les autres catégories (artiste féminin/masculin, album, chanson originale et concert) auront droit à France 2 le 1er mars.
Fini le bordel en première partie de soirée sur une chaîne de grande audience, comme celui dont 113 nous avait gratifiés en 2000 – pour couronner le tout, TF1 diffuse ce soir à la même heure le match amical France-Brésil. (Voir la vidéo)
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Pas invitée, Sexion d’Assaut paie toujours des propos homophobes
La Sexion d’Assaut (@sexiondasso) ne sera pas de la partie, après avoir été retenue dans les huit présélectionnés. « Il n’est pas rare qu’un groupe n’éclate pas pour un premier album », déclarait dans Le Monde du 4 février le directeur des Victoires Gilles Desangles.
Mon œil ! Le groupe a vendu 300 000 exemplaires de « L’Ecole des points vitaux », est disque d’or en Suisse et en Belgique et inonde les clubs de Montréal à Bamako. Qui dit mieux ? Même la star du rap américain Snoop Dogg et les partisans de Laurent Gbagbo – dans un autre genre – ont repris le titre « Désolé ».
Manager de la Sexion d’Assaut, Dawala est convaincu que son groupe paie encore les propos homophobes de l’un de ses membres publiés en juin 2010 dans un magazine spécialisé et repris à l’automne par les médias, notamment les plus racoleurs (@morandiniblog). « C’est sûr que c’est par rapport à ça », explique-t-il en parlant d’« acharnement ».
« Plus on faisait des gestes, plus on se faisait taper dessus »
L’interview leur à déjà valu de multiples annulations de concerts et les opportunistes radios NRJ et Fun Radio les avaient déprogrammés. Depuis le groupe s’est excusé et a rencontré à plusieurs reprises des associations homosexuelles. « Plus on faisait des gestes, plus on se faisait taper dessus », regrette Dawala, qui annonce un concert des solidarités le 1er mars à l’Elysée-Montmartre.
Si les Victoires boycottent la Sexion d’Assaut, pourquoi alors ne pas également écarter Abd al-Malik, dealer dans sa jeunesse, Booba, ex-taulard, ou David Guetta et ses tubes planétaires aussi sexistes que vulgaires ?
Le panel de professionnels n’aime pas non plus Casey
L’absence de la Sexion d’Assaut est à mettre au compte des 1 226 professionnels qui constituent l’« Académie Variétés ». Des « artistes, producteurs, agents, disquaires, critiques, programmateurs radio » qui n’ont pas jugé bon non plus de retenir Casey. Etonnement, cette dernière est aussi bonne rappeuse que critique envers les majors, l’industrie du disque et les rappeurs « vendus ».
C’est ce même panel de votants qui a élu Manau en 1999, Pierpoljak en 2001, Doc Gynéco en 2003 et Nâdya en 2005. Des connaisseurs, donc...
Depuis 1999, le rap intégré à des catégories bâtardes
Il a fallu attendre 1999 pour que soit créée une catégorie « rap/groove ». On a eu droit par la suite à des catégories bâtardes, le summum ayant été « l’album rap/ragga/hip-hop/R’n’B de l’année ». Une insulte aussi bien pour le rap que pour le reggae.
La catégorie a été renommée « Musiques urbaines » en 2006, ce qui a permis aux organisateurs d’y fourrer les stars naissantes du slam les années suivantes. Des artistes avec un certain talent - comme Abd al-Malik - mais bien moins dérangeants que le commun des rappeurs. Et puis surtout le slam, c’est pas du rap.
En 2009, Kery James avait boycotté la cérémonie pour protester contre l’absence d’une catégorie « spécifique » et l’emprise des majors sur la cérémonie. (Voir la vidéo)
Cette année Booba prend le relais. Il annonce aujourd’hui-même dans un communiqué qu’il ne participera pas à la cérémonie, dénonçant l’organisation des Victoires en deux soirées :
« Une telle “délocalisation” des musiques dites “spéciales” et des révélations à une soirée “secondaire”, témoigne, une fois encore, de Victoires de la musique “à deux vitesses”.
Notre désaccord est profond avec une telle approche de la musique qui ignore l’un des genres les plus populaires auprès du jeune public. »
Restent donc Soprano, Hocus Pocus et Abd ak Malik. Des concurrents loin d’être déméritants - disons-le quand même – et talentueux sur scène. Booba, lui, fredonnera sans doute « Fuck you, fuck la France, fuck Domenech » devant France-Brésil.
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Etudiant
Etudiant
Je ne peux pas rester sans réaction face au point numéro 2 de l’article.
Peut-être que l’hypocrisie des organisateurs des Victoires de la Musique qui ne reconnaissent pas forcément les véritables raisons de la non nomination de Sexion d’Assaut peut provoquer ce genre de commentaires de votre part.
Mais je pense qu’il est important de noter quelque chose de fondamental. Il y a une ENORME différence entre « Abd al-Malik, dealer dans sa jeunesse, Booba, ex-taulard, ou David Guetta et ses tubes planétaires aussi sexistes que vulgaires » et Sexion d’Assaut sur ce point. Tout d’abord, si les propos vulgaires étaient bannis des récompenses musicales, alors je pense que plusieurs groupes de rap ne pourraient y prétendre, autant sûrement que de groupes de production commerciale. L’image répandue des groupes est plutôt des clips débordant de femmes en bikini, string etc qui se trémoussent et des mots vulgaires à toutes les phrases. Même si, je vous l’accorde tout à fait, TOUS les groupes de rap ne sont pas à mettre dans le même panier, et tous ne s’expriment pas de la même façon.
Bref, je disais donc qu’il y avait une différence fondamentale à noter dans la différence de traitement que vous dénoncez dans cet article. Le groupe Sexion d’Assaut a tenu des propos qui sont répréhensibles par la loi, et qui incitent à la haine ! Rien de plus normal que leurs chansons soient boycottées !
« Je crois qu’il est grand temps que les pédés périssent, coupe leur le pénis, laisse les morts, retrouvés sur le périphérique“(extrait des paroles de la chanson ‘On t’a humilié’).En plus d’inciter à la haine, cela incite au meurtre ! Remplacez ici le mot ‘pédé’ par le mot ‘juif’ ou ‘arabe’ ou ‘noir’, et personne ne trouvera rien à redire au fait que les concerts du groupe soient annulés, leurs chansons boycottées, etc.
‘Lointaine est l’époque où les homos se maquaient en scred. Maintenant, se galochent en ville avec des sappes arc-en-ciel. Mais vas-y bouge, vas-y bouge. Toutes ces pratiques ne sont pas saines, Nos corps ne seront qu’un tas de cendres, la mort ne sera qu’une passerelle.’ (extrait des paroles de la chanson ‘Cessez le feu’). Critiquer l’acceptation encore difficile des homosexuels dans la société n’est pas non plus exemplaire, parce que, reprenant la même analogie, le monde entier serait choqué de voir un groupe critiquer avec une telle violence par exemple l’acceptation des noirs dans la société américaine (je prends cet exemple par rapport à la violence mondialement connue qui faisait rage avant que les gens se rendent compte que rien ne changeait entre un noir et un blanc si ce n’est que sa peau n’était pas de la même couleur...)
De même, il n’y a pas de différence dans la constitution cérébrale, physique, psychique d’un homosexuel, d’un hétérosexuel, d’un transsexuel, d’un bissexuel, autant qu’il n’y a pas de différence entre l’essence humaine d’un asiatique, d’un arabe, d’un africain, d’un américain, d’un européen, quelle que soit la couleur de sa peau. (Le masculin est ici utilisé dans un sens générique, mais cela vaut également pour le féminin bien entendu).
Je ne comprends vraiment pas pourquoi il serait plus acceptable d’être choqué par le fait qu’un groupe soit boycotté pour ses propos homophobes sous prétexte qu’il ne connaissait soi-disant pas la définition du mot ‘homophobie’ (ce qui est d’ailleurs une bien piètre défense) alors qu’il s’est clairement reconnu homophobe dans une interview... Que par exemple les propos que tient Jean-Marie Le Pen à propos de la communauté juive, personne ne l’excuserait s’il prétendait ne pas connaître la signification réelle du mot ‘antisémite’, autant que ne sont pas acceptables les propos de Brice Hortefeux même s’il prétendait ne pas connaître la signification réelle du mot ‘racisme’.
Le rap, qu’il soit français ou non, touche un grand nombre de jeunes, dont je ne fais pas partie, mais il me semble tout à fait acceptable et même complètement normal, et le contraire serait franchement inacceptable, qu’on refuse l’accès aux Victoires de la Musique à un groupe qui a tenu de tels propos alors que l’homophobie continue de faire des victimes (1200 témoignages d’homophobie subie en 2010 par SOS Homophobie et un risque de 7 à 13 fois plus élevé de se suicider chez les jeunes. )
Je ne dis pas que le groupe doit être interdit, privé de récompenses etc à vie, mais il faut prendre en compte le fait que c’est grave. Et que l’année où leurs propos sont mis en exergue par la presse (par Morandini autant que par le Monde), il est normal que des instances telles que les Victoires de la Musique soient frileuses.




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