Alma Latina

Dans son blog Alma latina, Cristina L'Homme vous donne rendez-vous avec des Latino-Américains, écrivains, poètes, universitaires, journalistes, économistes, chercheurs, anthropologues, sismologues… qui vous raconteront leur continent. Indianité, migrations économiques, procès contre les dictatures, la propriété de l’eau, tremblements de terre…

Mineurs au Chili : « Il y a eu un relâchement du côté de la sécurité »

Cristina L’Homme
Journaliste
Publié le 23/08/2010 à 17h42

Les preuves de vie des 33 Chiliens coincés dans une mine depuis dix-sept jours au Chili, inespérées, ont soulagé le pays. Mais cet accident pose la question des problèmes de sécurité des petites entreprises minières, qui ne sont un secret pour personne.

Le Chili est un pays de tradition minière : 100 000 personnes environ ont un emploi directement lié aux mines. La mine de Chuquicamata, à ciel ouvert, va bientôt devenir souterraine. Le besoin d’ingénieurs est en plein boom.

Dans un pays si marqué par l’industrie minière, pourquoi les médias chiliens donnent-ils l’impression d’en découvrir les dangers seulement maintenant ?

Réponse avec Mario Duran, directeur du Centre minier de l’école d’ingénierie, à l’université catholique du Chili.

Pourquoi, dans un pays de tradition minière, a-t-on l’impression qu’on ne parle de sécurité qu’au moment où se produit un accident grave ?

Je crois qu’il s’agit d’une crise de l’organisation de l’Etat chilien qui relève du besoin de sa modernisation. De la même manière qu’on a découvert, lors du tremblement de terre du 27 février dernier, que l’Onemi, le bureau chargé de gérer l’urgence en cas de tremblement de terre, était une catastrophe (parce qu’il n’a pas donné l’alerte au tsunami, n’avait pas de téléphone satellitaire et même pas d’hélicoptère pour permettre au président de la République de se déplacer), on découvre aujourd’hui le dysfonctionnement d’une certaine industrie minière.

Il faut d’abord dire que la législation de l’industrie minière possède des vides incroyables : la plupart des compagnies minières au Chili font des études géomécaniques, mais la loi ne l’exige pas ! Il faut donc la mettre à jour de toute urgence. Comme il faut aussi changer les lois concernant les hommes : on voudrait des lois qui aident à prévenir ce genre d’accidents, des lois qui obligent à protéger les gens. Ça ne sert à rien d’avoir des lois qui punissent seulement, parce qu’elles arrivent trop tard.

Pouvez-vous nous parler de ce monde qu’est l’industrie minière chilienne ?

Au Chili, il existe trois catégories d’industries minières bien distinctes : les petites mines, les moyennes et les grandes.

Les grandes compagnies minières, il y en a une dizaine, dont Codelco (entreprise nationale), Asma (Antofagasta Minerals de la famille Luksic), BHP, Angloamerika... En dehors des deux premières qui sont chiliennes, les autres sont toutes des compagnies étrangères.

Les mesures de sécurité y sont époustouflantes. Les protocoles de contrôle très sévères. Nous ne les visitons pas avec nos élèves, parce que pour arriver aux endroits que l’on veut observer, c’est trop long : à la mine de El Teniente, par exemple, il faut parcourir 80 à 100 km à l’intérieur de la mine, souvent en petits chemins de fer, pour arriver à l’endroit où on extrait le minerai.

Parmi les sites de taille moyenne (nous en visitons fréquemment sept ou huit près de Santiago avec nos élèves du Centro de minería), les conditions de sécurité sont très bonnes, sinon nous n’irions pas. Restent les petites mines, qui devraient s’organiser en coopératives pour pouvoir offrir des conditions de sécurité satisfaisantes.

Que veut dire une mine « bien » sécurisée ?

Ça veut dire qu’il y a :

  • des groupes de secouristes, des pompiers ;
  • au moins quatre systèmes d’accès à la mine bien écartés les uns des autres ;
  • des systèmes de communication robustes, en temps réel et de façon continue, qui ne vont pas se casser parce qu’il y a une coupure en un point ;
  • de multiples systèmes de ventilation ;
  • et une consolidation systématique des tunnels : je veux dire que lorsque vous creusez la terre, il faut renforcer avec des barres d’acier, du béton.

Il semble que dans la mine San José, le site s’est fracturé en raison d’absence de fortifications, la communication était absente. Et il n’y avait qu’un accès à la mine.

Que pensez-vous de ce qui s’est passé à la mine San José ?

C’est simple, le prix du cuivre a flambé pour se retrouver au-dessus de 3 dollars la livre. C’est un énorme business. Je pense qu’il y a eu un certain relâchement du côté de la sécurité. Ne pas savoir où se trouvent les travailleurs, c’est grave. Ça ne devrait pas avoir lieu.

Cet accident terrible est un avertissement : il faut faire passer de toute urgence des nouvelles lois sur la sécurité dans la petite et la moyenne industrie. Il ne devrait pas y avoir de problème, puisque l’argent est là : il s’agit de dépenser quelques millions de pesos pour la sécurité, dans un business mesuré en milliards de dollars !

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  • Autist Reading -
    Autist Reading -
    In enculo cum vibro
    • Posté à 18h14 le 23/08/2010
    • Internaute 73535
      In enculo cum vibro

    Il n’y a pas d’université laïque, au chili ?

    La Codelco ne devrait-elle pas racheter les petites mines, plutôt que de les faire vendre au plus « offrant » (pas grand chose) pour cause de « pas les moyens de mettre aux normes » ?

    • Cristina L’Homme
      Cristina L’Homme répond à Autist Reading -
      Journaliste
      • Posté à 00h58 le 24/08/2010
      • Journaliste 107052
        Journaliste

      Bien sûr qu’il existe de nombreuses universités laïques au Chili. Mais Mario Duran n’est pas ici interviewé ici en tant que curé. C’est l’un des professionnels de la mine qui a parlé de sécurité aux médias d’une manière intelligible et sans langue de bois, et ça, c’est plutôt rare... C’est pour cela que je l’ai joint. D’ailleurs, il m’a raconté qu’il était de la famille de l’un des chanteurs de Inti Illimani. ça ne fait pas du groupe, un représentant de l’Eglise catholique non plus. Le langage pro, c’est ce qui prime dans ce choix. J’avoue ne même pas avoir remarqué qu’il était à l’Université « catholique », jusqu’à ce que je me trouve dans les locaux de la-dite université. A mon avis - mais ce n’est « que » mon avis - les Chiliens ne regardent pas l’UC comme une université « catho ». C’est avant tout une université. J’ai entendu parler des profs qui y travaillent et qui sont tout sauf catho... en d’autres termes, ce n’est pas considéré comme une étiquette comme ça peut l’être ailleurs.

      • Autist Reading -
        Autist Reading - répond à Cristina L’Homme
        In enculo cum vibro
        • Posté à 05h16 le 24/08/2010
        • Internaute 73535
          In enculo cum vibro

        Je vous taquine en faisant mon français, mais je sais bien qu’on ne choisit pas toujours son employeur, même au Chili...

        Mais quand même, il faudrait nationaliser les petites mines, pour investir dans la sécurité tout en garantissant l’emploi... (en français dans le texte...)

         
        • Cristina L’Homme
          Cristina L’Homme répond à Autist Reading -
          Journaliste
          • Posté à 15h34 le 24/08/2010
          • Journaliste 107052
            Journaliste

          Oh... la question de nationaliser ou pas, est ici hautement politique. N’oubliez pas que le Chili (tous gouvernements confondus !) a choisi une économie libérale, donc une privatisation à tout va. ça m’étonnerait qu’ils nationalisent les petites mines. Au contraire... mais pourquoi ne pas écrire à Codelco, en appuyant vos conseils sur une logique économique, à mon avis, ils répondront... si vous voulez, je vous trouve l’adresse du siège. Qu’en pensez-vous ?
          Sinon, j’ai vu que le propriétaire de la mine San José a le culot de faire annoncer à son avocat, que les conditions de sécurité étaient bonnes, parce que dans le cas contraire, les mineurs seraient morts. Et ils annoncent qu’ils vont demander des subventions pour continuer à exploiter le site et ne pas faire faillite, pour garantir l’emploi. ça, c’est vraiment écoeurant...

          • Autist Reading -
            Autist Reading - répond à Cristina L’Homme
            In enculo cum vibro
            • Posté à 14h54 le 25/08/2010
            • Internaute 73535
              In enculo cum vibro

            Non à la nationalisation, oui aux subventions.

            Çà marche comme en europe...

            Pour ce qui est d’écrire à la Codelco, j’imagine que les communistes du quartier l’ont déjà fait, mais c’est gentil de me l’avoir proposé.

            • Cristina L’Homme
              Cristina L’Homme répond à Autist Reading -
              Journaliste
              • Posté à 16h18 le 25/08/2010
              • Journaliste 107052
                Journaliste

              Je ne pense pas que le citoyen chilien soit habitué à écrire à une entreprise -nationale ou privée -, et encore moins les communistes qui doivent se faire rares. Je dirais que l’intérêt pour le politique est devenu, au Chili comme ailleurs, le privilège des politiciens. Les citoyens, eux, s’en éloignent beaucoup.
              Les moyens de râler, même pour un consommateur spolié, sont encore rares ici. Se plaindre auprès d’une société n’est pas une habitude. C’est l’habitude en France, par contre. C’est pourquoi une lettre aurait certainement une réponse... surtout si elle vient de l’étranger ! car il existe un vrai questionnement du Chilien vis-à-vis de l’étranger.

        3 autres commentaires
  • alangaja
    alangaja
    "Bank brother is watching you"
    • Posté à 19h41 le 23/08/2010
    • Internaute 93690
      "Bank brother is watching you"

    « un certain relâchement du côté de la sécurité. »
    depuis le temps que l’homme creuse des mines, il sait très bien quelles mesures de sécurité sont indispensables. il ne reste que le facteur économique pour vraiment expliquer ce que vous attribuez à du « relâchement »...

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