Alma Latina

Dans son blog Alma latina, Cristina L'Homme vous donne rendez-vous avec des Latino-Américains, écrivains, poètes, universitaires, journalistes, économistes, chercheurs, anthropologues, sismologues… qui vous raconteront leur continent. Indianité, migrations économiques, procès contre les dictatures, la propriété de l’eau, tremblements de terre…

Bolivie : l'Etat reconnaît la justice communautaire

Cristina L’Homme
Journaliste
Publié le 03/03/2011 à 14h59


Autorités juridiques de l’Ayllu (Claude Le Gouill)

Un seul pays peut-il posséder plusieurs systèmes de justice ? La Bolivie, fer de lance dans la reconnaissance des droits des peuples indigènes, répond « oui ». Dorénavant, les citoyens boliviens peuvent faire appel à la justice ordinaire ou à la justice communautaire.

En effet, la loi de Deslinde juridiccional, votée en décembre 2010, reconnaît aux autorités indigènes le droit d’appliquer la justice communautaire. Une justice gratuite et rapide, dont les mouvements indigènes démontrent depuis longtemps l’efficacité puisqu’elle cherche non à exclure le coupable mais à le sanctionner et à l’intégrer ensuite au sein de sa communauté.

Nous avons interviewé un jeune Français à ce sujet. Claude Le Gouill vit dans le nord Potosi depuis six ans, et étudie l’organisation politique et la prise de pouvoir des communautés indigènes.

Cristina L’Homme : Dans quel contexte est votée la loi qui reconnaît la justice communautaire au même titre que la justice ordinaire ?

Claude Le Gouill : La lenteur de la justice étatique, les corruptions de la police et des juges, mais aussi l’incapacité de l’Etat bolivien à se rapprocher des communautés indigènes, ont poussé ces derniers à maintenir leur système de justice communautaire basé sur des valeurs millénaires (bien qu’influencées par la colonisation et le catholicisme), et qui est direct, gratuit et rapide.

La nouvelle loi de Deslinde juridiccional montre que l’Etat accepte que les autorités locales indigènes aient le droit d’exercer leur propre justice sans faire appel à une structure étatique. La justice communautaire se retrouve ainsi au même niveau que la justice ordinaire aux yeux de la Constitution.

Les deux justices sont-elles pour autant égales dans l’application ?

Pas tout à fait. La loi dit que la justice communautaire ne peut sanctionner que des délits mineurs. En cas de viol, d’assassinat, d’inceste, le cas est automatiquement traité par la justice ordinaire. En d’autres termes, les deux justices, égales sur le papier, ne le sont pas dans la réalité.

Ça a été très mal pris par les peuples indigènes lors d’une réunion de la Conamao qui a dénoncé la soumission de leur justice à la justice ordinaire. Pourquoi seraient-ils incapables de sanctionner les cas les plus graves ? C’est un principe contraire aux principes de la Constitution bolivienne qui les considère comme « égales ».

Pourquoi fait-on cette différence entre délits majeurs et délits mineurs ?

Parce que toute l’opposition à Evo Morales, qui ne supporte pas l’idée qu’une justice communautaire puisse être reconnue, crie partout que la justice communautaire se résume à des lynchages et à des peines de mort abusives. Ce qui est complètement faux.

Les lynchages qui ont fait scandale ont eu lieu dans les zones urbaines ; ces actes, qui naissent le plus souvent spontanément, regroupent des individus qui dénoncent la corruption de la police, la justice et l’Etat. Ils n’ont aucune confiance dans la justice ordinaire.

Le lynchage, dans ce contexte, est un acte hautement symbolique qui exprime le rejet d’une justice corrompue. Ce n’est pas une méthode employée par la justice communautaire. Mais le MAS, le parti d’Evo Morales, a eu peur de l’opposition et a donc limité la justice communautaire aux délits mineurs.

Comment est-ce que ça se passe ? Peut-on par exemple, porter plainte deux fois ?

CLG : Non. On ne peut passer que par un système juridique pas par les deux. Par exemple, je connais un cas où, pendant un Tinku, une bagarre rituelle, un jeune de 20 ans a tué un jeune de 18 ans. La famille de l’assassin avait beaucoup d’argent, a trouvé un très bon avocat et voulait faire appel à la justice ordinaire, mais la famille de la victime, pauvre, n’avait pas d’avocat, ne pouvait s’adresser qu’à la justice communautaire.

En d’autres termes, les deux justices se sont retrouvées en concurrence. Finalement, la justice communautaire l’a emporté, la famille de la victime ayant officiellement demandé l’arrêt de la procédure ordinaire qui la fragilisait et aurait été injuste.


Autorités juridiques de l’Ayllu (Claude Le Gouill)

Comment fonctionne cette justice communautaire ?

Elle est basée sur trois règles : Ama Sua, Ama Qella et Ama Llulla. Ce qui veut dire : ne sois pas voleur, ne sois pas menteur, ne sois pas fainéant. Le principe de la justice communautaire étant que le coupable puisse reconnaître sa faute. Ce sont les autorités traditionnelles qui appliquent cette justice.

La philosophie de la justice communautaire est basée sur l’idée que l’autorité doit faire en sorte que règne l’harmonie sociale et empêcher qu’il y ait des ruptures des relations entre individus, car tous ont besoin les uns des autres.

Si quelqu’un a fait quelque chose de mal, il faut qu’il le reconnaisse, qu’il soit sanctionné et qu’il soit ensuite réintégré dans la communauté. L’autorité juridique doit également veiller à ce que la communauté des hommes soit en harmonie avec la nature. Un principe « écologique » bien avant l’existence du terme... Résoudre et retrouver l’harmonie : voilà la base de la justice communautaire.

Combien de personnes forment une autorité ?

Chaque communauté est orchestrée de manière différente. Dans une communauté, il existe une autorité juridique. Dans l’Ayllu où je travaille, l’autorité juridique est composée de dix personnes qui se réunissent tous les dimanches. Les gens viennent leur exposer leurs problèmes.

La plupart du temps il s’agit de questions de terres, un individu accusant un autre de lui avoir pris quelques mètres de terre sur son champ de patates. Les dix sont chargés de faire une enquête, vérifier les titres de propriétés, voir qui a raison, et trouver une solution. Toute la communauté participe au débat et parvient finalement à un consensus. L’autorité doit suivre ce consensus.

Si le cas n’est pas résolu, on s’adresse à l’autorité supérieure. C’est-à-dire à l’autorité de l’Ayllu (un ensemble de communautés forme un Ayllu), à la Marka (un ensemble d’Ayllus forme une Marka) ou à la nation.

Les autorités juridiques sont en quelque sorte redevables à la population. Si elles ne font pas leur travail, elles peuvent aussi être sanctionnées. J’ai assisté à une réunion où l’autorité juridique de l’Ayllu avait été sanctionnée pour avoir laissé pourrir un conflit entre deux familles.

Comment se déroule un débat ?

Toutes les personnes qui assistent aux assemblées communautaires mâchent la feuille de coca. Cela donne à l’assemblée un côté cérémonial très fort parce que toute la communauté partage le rituel. Cette mise en scène rituelle symbolise, d’après de nombreux anthropologues, la présence des esprits des ancêtres et de la Pacha Mama, l’esprit de la mère-terre. Dans la cosmovision andine, l’âme des ancêtres, la Pacha Mama et le monde des vivants forment un tout uni.

Quelles sont les sanctions appliquées ?

Dans ma communauté, qui est très pauvre, la sanction passe le plus souvent par le fouet, le chicote, symbole du pouvoir de l’autorité. Trois coups de fouet. Le 3 étant un symbole très fort qui régit le monde andin (division de l’espace, règle de justice...). Ailleurs, on fait payer une amende ou réaliser des travaux communautaires, reconstruire ou nettoyer l’école, labourer un champ...

Si le délit est trop fort et que la réintégration de l’accusé est jugée impossible (en cas d’assassinat, de viol, d’inceste), il faut se séparer de lui. La personne est généralement exclue de la communauté. Dans le passé, et seulement dans des cas extrêmes, la peine de mort pouvait être appliquée, mais elle a été interdite par la loi.

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  • Léonard
    Léonard
    chercheur (errer humanum est)
    • Posté à 16h21 le 03/03/2011
    • Expert 24584
      chercheur (errer humanum est)

    Merci pour ce très intéressant article.

    Toutes les possibilités n’ont pas encore été explorées dans la justice des hommes et la réparation des fautes – contrairement à ce qui est souvent répété. Il y a beaucoup à apprendre.

    En ce sens, cet article donne de l’espoir.

  • Super Pouic-Pouic
    Super Pouic-Pouic
    Adorateur de Cthulhu.
    • Posté à 16h28 le 03/03/2011
    • Internaute 120188
      Adorateur de Cthulhu.

    Le fouet ? Est ce que ça remet les idées en place ?

    Pas trop envie d’y gouter à cette « justice » communautaire...

    • ingélunette
      ingélunette répond à Super Pouic-Pouic
      Ingénieur presta
      • Posté à 16h45 le 03/03/2011
      • Internaute 145692
        Ingénieur presta

      Il est écrit dans l’article que toutes les communautés n’appliquent pas les mêmes peines, donc le fouet n’est pas la règle...

  • mat_fr
    mat_fr
    Doctorant
    • Posté à 16h59 le 03/03/2011
    • Internaute 106142
      Doctorant

    C’est intéressant mais cela souligne aussi la volonté de s’appuyer d’abord sur les communautés plus que sur « la communauté » nationale.
    C’est inimaginable en France par exemple, où on ne considère qu’une seule communauté devant la république (les citoyens).

    • Troll errant
      Troll errant répond à mat_fr
      vieux con, comme vous plus tard
      • Posté à 18h07 le 03/03/2011
      • Internaute 118213
        vieux con, comme vous plus tard

      En quoi ceci est-il inimaginable, le livre appelé ’constitution’ n’ayant été dicté par aucun dieu, on peut a tout moment l’amender voir le réécrire entièrement. Seuls certains, a l’esprit étriqué, pensent impossible toute atteinte a leur texte sacré. D’autant que ce système existe pour certaines communautés « conseil de l’ordre », et crois moi un médecin se voyant interdire l’exercice de son métier, préférerait certainement une peine avec sursis assortie d’une amende.
      Pour ce qui est de cette forme de justice elle a les avantages du système étasunien, justice au plus prés, apte a prendre en compte les usages locaux, juste en plus intelligent. Avec quelques adaptations, il est tout a fait possible de la généraliser.

  • adrienl
    adrienl
    researcher
    • Posté à 17h03 le 03/03/2011
    • Internaute 42640
      researcher

    intéressant phénomène que la liberté des peuples...

  • Tiger
    Tiger
    bavard
    • Posté à 17h42 le 03/03/2011
    • Internaute 142845
      bavard

    Difficile de juger à l’emporte-pièce sans connaître précisément la situation bolivienne, mais accepter la coexistence de systèmes judiciaires différents ressemble quand même à une grosse régression.

    Une démocratie moderne, c’est un système qui présuppose l’autonomie et l’égalité de droit de tous les invidus. Evidemment c’est plus un concept qu’une réalité, mais c’est cette représentation qui permet au système de fonctionner et lui donne un sens. Quand on accepte une justice communautaire à côté d’un système universel, on pose que l’individu est défini par son appartenance à un groupe. On admet qu’il puisse exister un système de valeurs différent, valable uniquement pour une communauté spécifique. Ca revient à reconnaître symboliquement que les individus appartiennent à leur communauté, que dans l’attribution de leurs droits celle-ci prime sur leur qualité d’individu. C’est le contraire de l’émancipation individuelle, et le fait que ça soit une demande des indigènes n’y change rien.

    La politique d’Evo Morales est difficile à lire avec la grille d’interprétation européenne. On le situe à gauche, mais cette décision va totalement à l’encontre de la conception de l’individu que celle-ci porte chez nous.

    Après, ça peut aussi apporter un mieux sur le terrain, vu que ça permet de répondre à des problèmes comme la nécessité d’avoir confiance dans la justice rendue. Pragmatiquement, ça peut aussi encadrer quelquechose qui existe déjà, en ce sens ce n’est pas forcément un énorme changement. Mais ça risque quand même de se faire au prix d’une régression sur la tradition tribale, dans un pays qui vit déjà pas mal en décallage avec son époque, pour le meilleur ou pour le pire.

    • Troll errant
      Troll errant répond à Tiger
      vieux con, comme vous plus tard
      • Posté à 18h16 le 03/03/2011
      • Internaute 118213
        vieux con, comme vous plus tard

      Un Allemand n’est pas jugé dans les mêmes conditions qu’un Anglais ou un Français, c’est déjà de la justice communautaire au niveau Européen, il suffit de l’étendre vers le bas et le tour est joué.

    • Tristian
      Tristian répond à Tiger
      moi-même
      • Posté à 19h37 le 03/03/2011
      • Internaute 121503
        moi-même

      HA HA HA, évidemment qu’Evo Morales est un OPNI (objet politique non identifié).

      C’est vrai que pour une personne qui est convaincue que le centre de l’univers, c’est Paris, imaginer l’existence d’un système qui ne soient pas « universel », ca doit être perturbant.

      Mais, il faut dire qu’après presque 200ans de reigne républicain (entièrement calqué sur le modèle parisien), qui a permis au pays le plus riche du monde de devenir celui le plus pauvre du continent, il y a comme le sentiment que le modèle est assez foireux.

      • Tiger
        Tiger répond à Tristian
        bavard
        • Posté à 11h33 le 04/03/2011
        • Internaute 142845
          bavard

        « universel » ça ne recoupe pas un contenu (ce que vous semblez me reprocher) mais une vocation, une portée. Il ne s’agit donc pas d’aller transposer un modèle français là-bas - je m’en fiche, ils font comme ils veulent - mais juste de remarquer qu’un système judiciaire différencié selon les communautés est sur le principe contestable.

        Cette tentation existe aussi en Europe : il y a eu un débat en Angleterre sur le fait d’autoriser des tribunaux communautaires dans certaines communautés musulmanes. Le contexte est très différent, mais en théorie le problème posé est similaire.

         
        • Tristian
          Tristian répond à Tiger
          moi-même
          • Posté à 04h58 le 05/03/2011
          • Internaute 121503
            moi-même

          Il se trouve, et c’est justement le problème, que le système du centralisme républicain à la francaise à été imposé à la Bolivie.

          Et, aussi, la fameuse école francaise, de comment faire parler un arabe, même si il n’a rien à dire.

          Mais , c’est vrai, un francais n’arrivera jamais à comprendre comment un pays peut avoir des autorités législatives, exécutives, judiciaires et même scolaires, différantes et indépendantes, d’une région à l’autre.

          Pourtant, le systême qui tente de se mettre en place, en Bolivie, basé sur la cosmovision andine, est assez « universel » et démocratique.

          La peine la plus importante, l’exil, permet au coupable de devenir un individu, en perdant son identité communautaire. Libre à lui de vivre sa vie dans un monde où c’est chaqu’un pour sa gueule, et où la justice est aveugle et sourde.

          Mais, dans la plus part des cas, le coupable comprend très bien le pourquoi de la peine qui le touche, et l’accepte, car il s’agit du bien de sa communauté (dont il fait partie).

          Dans les syndicats de chauffeurs (bus et taxi), par exemple, si une grève ou un blocus a été décidé, si une personne décide de profiter de la chose pour aller travailler en faisant payer beaucoup plus chère ses services, il sait et accepte, si il se fait attraper, de se faire fouetter en public, et souvant, de se faire casser le parbrise de son véhicule.

          Les règles sont connues et acceptées par tous.

          La justice ordinaire, par contre, celle des kh’ara, elle est très compliquée et favorise les plus riches, qui arrivent, avec des bons avocats et/ou la corruption, à gagner n’importe quel procès.

          Au moins, dans la justice communautaire, un coupable riche, en payant un dédomagement financier juste à la victime, ca permet de conserver une certain harmonie. Le pauvre a, au moins, le sentiment d’avoir été écouté.

          Bon, je rêve du jour où la justice ordinaire arrive à fonctionner relativement bien, du jour où il y aura beaucoup moins d’innocents en prison et de coupables blanchis (oui, j’ai envie d’y croire).

          Je suis sûre que ce jour là, les deux justices vont pouvoir très bien travailler ensemble.

          J’immagine volontier que n’importe quel communauté puisse s’occuper de la peine de certaines personnes déclarées coupables par la justice ordinaire.

          Il y a, dans les pays occidentaux, beaucoup trop de gens en prison, qui arriveraient beaucoup mieux à s’en sortir, en vivant une autre réalité de celle-ci.

        1 autres commentaires
    • Cyril.
      Cyril. répond à Tiger
      Coopération et Agroécologie
      • Posté à 21h27 le 03/03/2011
      • Internaute 79073
        Coopération et Agroécologie

      « justice communautaire à côté d’un système universel »

      Qui dit que la justice ordinaire occidentale est universelle ? ?

      Reconnaître « qu’il puisse exister un système de valeurs différent, [c]’est le contraire de l’émancipation individuelle »...

      Vous rendez-vous compte à quel point vous croyez que l’Occident et son mode de pensée est universel et si meilleur que les autres...

      Cherchez « postcolonialité » et « poscolonialidad » (en espagnol y’a surement plus de choses à lire) sur google...

      Un peu d’humilité ne ferait pas de mal, et n’oubliez pas qu’en face de vos espoirs de faire triompher l’universalisme occidental, il y a la légitimité des peuples de vivre dans des sociétés qui ont leurs propres valeurs et modes de fonctionnement...

      Le fait de parler de « tradition tribale » montre votre méconnaissance triste et tragique de ce sujet. Pensons un individu social, communautaire, avant d’idéaliser un individu « individualiste » que vous portez dans votre coeur.

      Pardon pour la légère agressivité de mon propos. Mais je ne supporte pas ce genre de commentaires plein de supériorité et d’ignorance occidentales, et c’est ce qui fait que je ne rentrerai pas en France avant de nombreuses années... voire jamais...

      • Cédric Courage
        Cédric Courage répond à Cyril.
        Éditeur
        • Posté à 07h35 le 04/03/2011
        • Internaute 129209
          Éditeur

        Je ne pense pas qu’il ait prétendu que l’Occident soit supérieur au reste du monde.

        Sans les connaitre suffisamment, je pense savoir que les institutions étatiques boliviennes sont d’inspiration « occidentale » comme vous l’écrivez. La justice « ordinaire » repose ainsi sur un principe universel qui avance l’égalité de tous devant la loi. Ce principe universel s’oppose à un traitement particulariste où telle communauté décide de telle sanction pour tel délit. Si je vis dans un village B et que je dérobe une télévision, je ne risque pas la même chose que dans le village C, l’égalité n’existe que dans des communautés restreintes distinctes des citoyens de l’État-nation.

        Vous pouvez vous réjouir de l’augmentation du pouvoir des communautés (garantie par une loi cependant, donc tenue d’être respectée par les boliviens selon les règles de la justice « ordinaire »), mais j’aimerais savoir d’où vous tenez que l’on puisse penser, par défaut, un individu communautaire dans la modernité...

         
        • Cristina L’Homme
          Cristina L’Homme répond à Cédric Courage
          Journaliste
          • Posté à 18h37 le 04/03/2011
          • Journaliste 107052
            Journaliste

          Le problème vient du fait que la justice ordinaire bolivienne ne repose pas sur le principe de l’égalité de tous devant la loi. Au contraire. Et la justice « communautaire » (ici ça veut dire « indigène »), est majoritaire en Bolivie. Parce que la population indigène est majoritaire. L’Amérique latine est très différente de l’Europe... on ne peut pas lui appliquer nos théories.

          • Cédric Courage
            Cédric Courage répond à Cristina L’Homme
            Éditeur
            • Posté à 19h33 le 04/03/2011
            • Internaute 129209
              Éditeur

            Est-ce que vous voulez dire que, dans les faits, la justice ordinaire ne s’applique pas également à tous les boliviens ou que, par principe, la justice ordinaire ne reconnait pas les mêmes droits et devoirs aux citoyens ? Si oui, sur quels critères ?

            Je ne raisonne pas en terme d’opposition Europe/reste du monde ou même Occident/reste du monde. Je ne me permets que de comparer des pays qui se développent dans la modernité (politique), dont un des symboles réside dans la rédaction de constitutions régissant la vie de l’État et de ses citoyens. Si la constitution de 2009 a pu soulever beaucoup de questions, elle en reste une, garante de l’unité de l’État bolivien et du statut de citoyen de ses habitants.

            • Cristina L’Homme
              Cristina L’Homme répond à Cédric Courage
              Journaliste
              • Posté à 20h38 le 04/03/2011
              • Journaliste 107052
                Journaliste

              Il faut comprendre que l’Etat n’a jamais été présent et n’est jamais intervenu dans ces régions rurales, dans ces communautés. La question n’est donc pas l’existence de cette justice communautaire, mais le fait que l’Etat bolivien la reconnaisse. Et que la Constitution considère les deux justices, l’une urbaine et l’autre rurale, comme « égales ». ça n’existe nulle part ailleurs que le système ordinaire respecte l’autre. En Colombie, en 1991, il y a eu un droit de faire justice en territoire indigène, mais ça n’a pas la même signification, ni la même application, ni la même portée.

              La loi de participation populaire, votée en 1994, a fait basculer le fait que le Corregidor, personne chargée de rendre justice, soit toujours un métisse urbain. Comment ?
              Le président Gonzalo Sánchez de Lozada fait voter cette loi de « participation populaire », sous prétexte de décentralisation. En fait, il voulait installer les élites d’origine européenne, les « vecinos », à la tête des municipalités et pénétrer ainsi les zones rurales qui échappaient complètement au contrôle de l’Etat. ça c’est la réalité bolivienne.
              Au début, les Ayllus, la communauté indigène traditionnelle locale et les organisations syndicales paysannes ont vu cette loi d’un très mauvais œil parce qu’il s’agissait d’une forme de pouvoir « néo-colonial », disaient-ils. Mais la situation a basculé et les indigènes ont montré une grande capacité à s’intégrer dans les structures de gouvernance politique, surtout dans les régions où des ONG leur ont donné accès à l’éducation. Le pouvoir, jusque-là dans les mains des « vecinos », a changé de camp. Et le poste de « Corregidor » (qui ne traitait pas les paysans Indigènes de la même manière que ceux qu’il considérait comme ses égaux) a souvent été pris par un Indigène.
              Voilà, pour le contexte. Et pour vous répondre.

              Depuis, ce qui est intéressant, dans l’évolution de ce pays, c’est que les Indigènes se soient appropriés de postes comme celui du Corregidor. Changeant le rapport de forces et enlevant au métisse urbain, son rôle traditionnel de dominant.

              C’est l’information que nous a transmis ce chercheur et que j’ai récoltée également auprès d’universitaires locaux.

              • Cédric Courage
                Cédric Courage répond à Cristina L’Homme
                Éditeur
                • Posté à 01h30 le 05/03/2011
                • Internaute 129209
                  Éditeur

                Merci pour ces éclaircissements !

                • Cristina L’Homme
                  Cristina L’Homme répond à Cédric Courage
                  Journaliste
                  • Posté à 15h05 le 05/03/2011
                  • Journaliste 107052
                    Journaliste

                  Merci à vous, de vous y intéresser. La Bolivie est un pays très intéressant à observer. Parce qu’elle remet en cause, profondément, le regard occidental sur les Indigènes. Personnellement, j’apprends beaucoup à travers ces chercheurs qui ont une tête claire, bien faite, qui ramassent des informations surtout, des observateurs. Je trouve ça fantastique de pouvoir vous les transmettre.

              • Cyril.
                Cyril. répond à Cristina L’Homme
                Coopération et Agroécologie
                • Posté à 00h05 le 06/03/2011
                • Internaute 79073
                  Coopération et Agroécologie

                En fait, selon ce que je sais de la justice communautaire en Colombie (où je suis) et en Bolivie, je crois que c’est très similaire.

                Ici, les Autorités traditionnelles (un groupe de personnes -el Cabildo-, parmi lesquelle le Gouverneur du Territoire Indigène -Resguardo-) jugent une infraction commise par une personne indigène (ou non-indigène d’ailleurs, ce qui créé des problèmes juridiques énormes) avec l’Assemblée de ce territoire (c’est-à-dire, toutes les personnes indigènes qui y vivent), et décident de sanctions.

                La même chose que ce qui est décrit dans l’article. En Colombie en particulier, le problème, c’est que c’est la justice ordinaire qui a le dernier mot pour décider si un cas lui revient ou si ce cas doit être traité par la justice communautaire. C’est souvent la cause de décisions motivées politiquement et qui visent à réduire le périmètre de la justice communautaire et essayer d’intimider les Gouverneurs indigènes pour qu’ils se désistent des cas d’infractions commises sur le territoire indigène.

                Y’a même un cas très grave actuellement dans l’organisation où je travaille où lors d’une manifestation indigène pacifique, un agent de l’agence de renseignements (DAS, super corrompue) infiltré dans la manifestation a été sanctionné par quelques coups de fouet je crois (à part ca il a été bien traité, alimenté, etc.) par 3 liders élus (par des modes d’élection propres a cette organisation, également reconnus par la Constitution) de l’organisation départementale (reconnue comme organisation indigène, donc avec les droits qui vont avec) et qui aujourd’hui sont inculpés par la justice ordinaire de TORTURE, et risquent des dizaines d’années de prison...

                C’est un peu plus compliqué que ca, je vous évite les détails...

                • Cristina L’Homme
                  Cristina L’Homme répond à Cyril.
                  Journaliste
                  • Posté à 16h49 le 06/03/2011
                  • Journaliste 107052
                    Journaliste

                  Bonjour Cyril, oui, j’avais entendu parler du fait qu’en Colombie, il existe, depuis 1991, un droit de faire justice au sein des territoires indigènes. Mais je n’avais pas entendu parler de reconnaissance, par l’Etat. ça m’interresse. Vous pouvez nous en parler plus longuement ?

        7 autres commentaires
      • Tiger
        Tiger répond à Cyril.
        bavard
        • Posté à 12h37 le 04/03/2011
        • Internaute 142845
          bavard

        « Vous rendez-vous compte à quel point vous croyez que l’Occident et son mode de pensée est universel et si meilleur que les autres... »

        Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire. Un « système universel », ça veut juste dire que ça doit s’adresser à toute la population d’un pays, pas à toute l’humanité, et ça ne porte pas de jugement sur ce que doit être le contenu des valeurs universelles. Je l’emploierais comme on parle de « couverture universelle » pour l’assurance maladie, par exemple. Je pense que vous avez lu mon commentaire avec un filtre sur le sens des mots, ou alors je me suis mal exprimé.

        Après si la question est de savoir s’il est souhaitable que ce soit la communauté et la tradition qui priment sur l’individu (un concept occidental, certes), la réponse dépendra aussi de chacun. Les sociétés traditionnelles accordent moins d’importance à l’individu tel que nous le définissons, ou considèrent que son accomplissement passe par l’intégration dans un groupe. Je ne peux pas porter de jugement de valeur contre une telle conception même si je ne souhaiterais pas qu’on me l’applique. Cependant, je pense en savoir assez sur la Bolivie pour dire que ce n’est pas ça la vraie question. La Bolivie n’a rien d’une sorte d’eden indigène, c’est au contraire un Etat directement issu de l’occident. Son histoire, son système politique tel qu’il a fonctionné et existe aujourd’hui, ce qui fonde la légitimité de la lutte pour l’émancipation des indigènes : tout ça relève de l’occident. Les communautés indiennes boliviennes d’aujourd’hui ont mélangé les héritages et ne sont pas juste des incas paumés au XXIème siècle. Ce qu’ils veulent, c’est des droits reconnus, ne plus voir une minorité capter la richesse, moins de corruption, et un niveau de vie décent (avec le « confort occidental », que ça vous plaise ou pas). Pas gratter le sol pour toujours en priant Pachamama pour incarner une vision de carte postale qui n’existe déjà plus.

        Les suspicions de postcolonialisme se retournent facilement. Je suis souvent assez surpris de voir de bonnes âmes trouver très bien que des populations « indigènes » conservent leurs traditions au nom d’une sorte d’idéalisation de leur mode de vie traditionnel. Les mêmes trouvent naturel de se battre pour l’émancipation vis à vis des communautés ou des religions dans leur pays. Autrement dit, la liberté individuelle c’est bon et nécessaire pour nous, on est plutôt contents de moins subir qu’autrefois certaines oppressions (l’Eglise catholique, le patriarcat, etc...), mais là-bas défendons plutôt les systèmes d’il y a des siècles, qui sont tellement plus pittoresques et suggèrent qu’on a l’esprit ouvert.

         
        • Cyril.
          Cyril. répond à Tiger
          Coopération et Agroécologie
          • Posté à 14h47 le 04/03/2011
          • Internaute 79073
            Coopération et Agroécologie

          Cédri et Tiger,

          Merci pour vos réponses qui éclairent un peu vos positions.

          Oui, je réagis en général au quart de tour, quand je lis des choses comme « universel », « émancipation individuelle ».

          Non, universel ne fait pas référence à un cadre étatique. Universel c’est une prétention occidentale depuis quelques siècles, avec différents discours successifs (aujourd’hui, ce sont les droits humains qui sont universels, et le droit d’ingérence, avant c’était le catholicisme, etc.)

          Oui, le cadre étatique bolivien est « occidental », donc d’autant plus illégitime pour dicter des lois et des modes de pensée (dont la justice fait partie) à des minorités qui ont su les conserver, mais bien sur, la conception actuelle de la « tradition » à conserver a clairement été « sincrétisée » depuis 5 siècles. Pas d’essentialisme, de naturalisme, de ma part.

          Il se trouve que je travaille avec une des organisations indigènes les plus anciennement créées du continent latino-américain, et je ne défends pas un idéal indigène, mais bien des revendications qui mélangent des droits acquis dans la Constitution de 1991, des revendications territoriales, de justice communautaire, d’économie communautaire.

          Pour terminer, je suis bien d’accord que dans la pensée « moderne », (de la modernité), il est difficile de trouver un individu communautaire, sinon dans les sociétés « arriérées », « traditionnelles », etc.

          C’est pourquoi sur un plan théorique, je milite pour la création d’un individu « individuel » ET communautaire, et cela passe par la reconnaissance de la pertinence et de la légitimité des conquêtes des peuples indigènes sur le plan juridique, territorial, culturel, et autres domaines... Et j’espère que l’Occident saura évoluer dans cette direction, même s’il est plus que probable que ca n’arrive jamais, ou peut-être dans 100 ou 200 ans...

          Enfin, une autre caractéristique : dans un même village B, 2 personnes qui commetent un même délit ne recevront probablement pas la même sanction, car la justice communautaire prend en compte des critères « sociaux » (les raisons du délit, les effets, les causes internes et externes) pour juger une personne, et ne chatie pas pour se venger, mais donne une sanction pour rétablir l’équilibre et l’harmonie dans la communauté.

          Et c’est très bien comme ca. Je ne comprends pas votre amour pour la justice supposément « universelle » (en réalité étatique si je vous comprends bien). Et profitons-en pour dépasser le cadre étatique que nous avons dans la tête...

          L’égalité, c’est aussi que les gens soient sanctionnés selon leur manère de penser, vous ne croyez pas. Est-ce l’égalité parfaite quand pour moi et ma communauté, une sanction appliquée par la justice ordinaire n’a pas de sens et ne rétablit pas l’harmonie sociale ? Est-ce juste ? C’est ca la justice ? Obliger des personnes vivre dans un système qui n’est pas le leur ?

          Plutôt que de critiquer la justice communautaire, concentrons-nous sur la délimitation culturellement acceptée des deux types de droit, de justice, et pensons cette « zone d’intersection », les relations entre les deux types de justice, qui est le problème concret dans ces pays. Le problème n’est pas la justice communautaire en soi, mais la relation entre les deux systèmes.

          • Tiger
            Tiger répond à Cyril.
            bavard
            • Posté à 16h57 le 04/03/2011
            • Internaute 142845
              bavard

            Merci pour votre réponse, très intéressante.

            c’est vrai que j’ai du mal à imaginer que la justice puisse aller de pair avec l’acceptation d’une différence de traitement entre les gens. Maintenant bien malin qui pourrait dire ce qu’est la Justice (avec un grand « J »), et dans la pratique elle s’entend comme la résolution acceptable d’un conflit par une société, la victime, voire le coupable. En ce sens, le concept peut aboutir à des applications très différentes d’une société à l’autre, et qui évoluent dans le temps. Un concept « universel » (pour le coup, je crois qu’il l’est) n’exclut pas des applications très différentes.

            Je suis d’accord pour dire qu’en temps que mode de régulation, la justice ne se limite pas au système judiciaire d’un Etat. Plein de conflits sont tranchés par d’autres instances (les familles, les communautés, etc...), et ce que ce soit officiellement reconnu ou non. C’est vrai aussi bien en Europe qu’en Amérique Latine. Il faut aussi avoir confiance dans le système pour l’accepter. D’ailleurs ce besoin de reconnaître officiellement la justice communautaire en Bolivie n’existerait peut-être pas (même sans doute pas) si les indiens pouvaient faire confiance au système étatique. En ce sens, le fait d’accorder un statut reconnu à ce système judiciaire ne fera peut-être qu’encadrer une pratique qui n’a de toute façon pas attendu pour exister. Le débat théorique reste ouvert, mais dans la pratique c’est défendable.

            Après je crois aussi qu’on se sent tous obligés de se demander « ce qui est bien pour eux ». Chacun apporte une réponse subjective qui dépend de sa compréhension des choses et de ses valeurs. Le mieux est bien sûr qu’ils choisissent le mode de vie qui leur convient - ça suppose pour ça qu’ils aient les moyens d’un vrai choix, collectif ou individuel. J’essaye donc de me demander comment offrir ce choix. Or je pense que les sociétés traditionnelles ne peuvent pas permettre ce choix, car dès lors qu’elles sont entourées par un monde occidental dominant, elles n’ont plus que deux options : se mêler à lui et devenir folkloriques pour peu à peu disparaître, ou se recentrer sur leurs traditions, quitte à les exacerber. Que ce soit en Amérique Latine ou ailleurs, j’ai souvent été frappé par l’état d’esprit « assiégé » qui prédomine dans la plupart des cultures non-occidentales, et surtout quand elles sont noyées dans une aire culturelle différente comme les indiens en Amérique Latine. Etre placé en position d’encerclement culturel a un énorme effet sur la façon dont les gens perçoivent et vivent leur culture, si bien qu’on ne peut plus examiner celle-ci de façon autonome.

            Malgré tout le respect et la protection que l’occident peut apporter à ces cultures, que ce soit par conviction authentique ou par culpabilité, je ne pense pas qu’il y ait d’autres options pour elles que d’aller vers l’occidentalisation ou péricliter dans un état figé. Etat figé qui n’était d’ailleurs pas celui de ces communautés avant l’arrivée de l’occident : elles évoluaient aussi. Je ne dis pas que c’est bien (ça ne l’est sans doute pas), je crois juste que c’est comme ça, et que maintenant il n’y a plus de retour possible. C’est pour ça que je déplorais dans un commentaire avant que la Bolivie adopte des modes de fonctionnement qui l’éloignent de l’occident, car je pense qu’il n’y a pas d’avenir prometteur pour elle dans cette direction.

            • Cyril.
              Cyril. répond à Tiger
              Coopération et Agroécologie
              • Posté à 17h15 le 04/03/2011
              • Internaute 79073
                Coopération et Agroécologie

              La réponse qu’adopte nombre d’organisations indigènes en Amérique Latine, c’est la récupération de la culture, du territoire, de la langue, de l’économie communautaire, de la justice communautaire, mais tous ces concepts ne sont pas « originaux », « purs » et vierges de « contamination » occidentale, et en général ces organisations sont bien conscientes de ce point.

              C’est triste de penser que le seul futur pour les communautés indigènes, c’est de devenir occidentaux ou de mourir (comme cultures et sociétés distinctes). Je ne partage pas ce point de vue.

              Je crois que les organisations et communautés indigènes savent que leur salut passe non seulement par la récupération (ou « RÉ-CRÉATION ») de leur culture, mais aussi par la création de cadres juridiques (d’où l’obsession avec les Etats pluriéthniques et plurinationaux) qui permettent l’interculturalité, c’est-à-dire le respect de chacune des civilisations et types de société (occidentale, non-occidentale) et surtout l’intersection, la réunion, l’ARTICULATION de ces formes distinctes... Comment créer une société qui permet des formes economiques capitalistes et non-capitalistes, qui permet des systèmes juridiques différents, des langues différentes, etc.

              Mais pour pouvoir travailler pour une réelle interculturalité (si l’Etat le permet, ou n’y fait pas obstacle), c’est d’abord de « consolider » sa propre culture, même si ce n’est plus la culture « pure » d’avant la colonisation...

              • Cyril.
                Cyril. répond à Cyril.
                Coopération et Agroécologie
                • Posté à 16h18 le 05/03/2011
                • Internaute 79073
                  Coopération et Agroécologie

                L’autonomie comme revendication des organisations indigènes du continent latino-américain pour défendre, re-construire et consolider :

                - la Justice et l’économie COMMUNAUTAIRES, les Autorités et la médecine TRADITIONNELLES, entre autres choses.

                Sur la médicine traditionnelle, Lien est surement intéressante pour comprendre la nécessaire récupération et valoration des savoirs traditionnels, et la création d’une « médecine multiple », tout comme ici on parle de « systèmes juridiques différentes co-existants »...

            • Tristian
              Tristian répond à Tiger
              moi-même
              • Posté à 19h13 le 05/03/2011
              • Internaute 121503
                moi-même

              HA HA HA, est-ce que vous connaissez un peu la Bolivie ?

              Les cultures aymara et quechua sont très fortement implantées et sont de moins en moins face à un monde occidentale dominant.

              Mais, je me souviens très bien d’une époque où rien qu’être un fils de nazi ou d’oustachi, avoir un nom de famille qui ne soit pas « Quispe », « Mamani » ou autres, avoir une couleur de peau plus claire, ou parler un espagnol de la ville, offrait, à la base, un favoritisme évident.

              Je sais de quoi je parle : grâce à ma couleur de peau, je pouvais très facilement crier sur un policier indigène et c’était lui qui se sentait obligé de baisser la tête (en y repensant, ca me fait honte de l’avoir fait). Aujourd’hui, les choses ont changé, c’est devenu, même, le genre de comportements à éviter, si on ne veut pas chercher à avoir des problèmes.

              Avant l’élection d’Evo Morales, les indigènes avaient honte de dire qu’ils savaient parler quechua ou aymara (en plus du castillano), et les negritos des yungas ne sortaient jamais de leurs villages. Ca m’a surpris de voir comment le simple fait qu’un « indio de mierda » puisse arriver à la présidence à permis de changer le mode de pensée des gens.

              Depuit que les élites blanches, qui s’indentifient à Homer Simpson, n’ont plus accès à tous les postes à responsabilité (grâce aux nombreux diplômes que leur papa leurs avait acheté), il y a des changements sociaux et économiques important, dans le pays.

              Je dirais que bien la moitié des commerces sont tenu par des aymaras, dans l’ensemble du pays. Ceux qui se sentent assiégé, c’est les cambas de la media luna. Et c’est une réalité qui date d’avant la venu d’Evo Morales. Ceux qui ont fait de Santa Cruz la capitale économique du pays sont très clairement les migrants, autant aymara que quechua.

              J’aime bien dire des aymaras que c’est les juifs andins (signifiacation basée sur la litérature francaise du XIXème siècle). Il faut dire que quand je vivais dans le département du Beni (Amazonie), j’ai même entendu le commentaire (de la part d’une femme de « bonne » famille), qu’Hitler n’aurait jamais dû chercher à tuer tous les juifs, alors qu’il aurait pu s’attaquer aux aymaras.

              Vous allez voir : mettez un holandais, un chinois, un juif, un libanais et un aymara, en compétition commerciale, c’est les quatre premiers qui finissent sans un sous en poche, à la fin de la compétition.

              Il y a une diaspora aymara importante, en Amérique du Sud, en particulier dans les grands centres économiques comme Sao Paulo, Buenos Aires et Lima.

              Et qu’est ce que vous pensez de l’occidentalisation de la Chine, qui a unifié le meilleurs du communisme et du capitalisme, en rejetant leurs valeurs (parce qu’attardées) ?

              • Cyril.
                Cyril. répond à Tristian
                Coopération et Agroécologie
                • Posté à 23h36 le 05/03/2011
                • Internaute 79073
                  Coopération et Agroécologie

                Cher Tristian,

                Je ne comprends pas vraiment cette exclamation qui suppose une opposition d’idées entre nous deux, alors que je partage tout votre argument (sauf la dernière phrase)...

                Il se trouve que oui j’ai connu la Bolivie, lors d’un séjour de plusieurs mois dans les premiers mois du premier mandat d’Evo Morales (accompagné de mon amie bolivienne métisse de La Paz, à une époque où les choses n’avaient pas encore changé en profondeur), et que j’y suis retourné il y a peu, en mars dernier, et j’ai pu noter certaines différences.

                Je peux donc confirmer que j’ai vécu le même type de situations que vous décrivez (lors de mon premier séjour), et que j’ai vu également la désillusion de nombreuses organisations indigènes sur ce gouvernement, en particulier les organisations représentatives du peuple aymara.

                Je ferais une distinction importante entre quechua et aymara, et pour connaître plusieurs d’entre eux personnellement et avoir lu abondamment sur le sujet. Je vous recommande Raúl Zibechi : « Dispersar el poder. Los movimientos como poderes anti-estatales », qui décrit et analyse très pertinemment les soulévement AYMARA lors de la guerre du gaz (pas indigenes, pas boliviens, mais bien aymara).

                Les aymara ont une identité beaucoup plus « forte » que les quechuas, et beaucoup plus « autonome ». Nous sommes bien d’accord.

                Par contre, je dois dire que ma perspective est plus générale et ne se limite pas à la Bolivie (qui est le sujet de cet article) mais à d’autre pays, comme la Colombie où je travaille justement avec une organisation indigène depuis un certain temps, qui dispose d’un cadre juridique assez favorable en principe (pour la justice communautaire), et puis citons aussi le Mexique, et l’Etat d’Oaxaca, ou les 3/4 des municipalités sont régies par les « usos y costumbres » garantis para la Constitution Fédérale et de l’Etat d’Oaxaca.

                Sur votre dernière phrase, j’ai justement un débat permanent avec un très bon ami qui me répète à tout bout de champ que la Chine s’est occidentalisée. Je ne partage pas ce point de vue. Je ne nie pas que l’expansion économique chinoise actuelle est semblable à l’expansion économique occidentale du dernier millénaire et en particulier des 5 derniers siècles (oui la Chine est dans l’OMC et est fière de l’être), mais je dis que la Chine ne s’est pas complètement occidentalisée, et que son comportement interne et externe (géopolitique) n’est pas « occidental » sur tous les plans. Du moins pas occidental comme en Occident...

                A ce sujet, écoutez un très bon débat intitulé « Lien “ (avec un sinologue qui parle de l’occidentalisation éventuelle de la Chine).

                Je ne vous félicite pas pour les valeurs chinoises ‘attardées’, qui ont pourtant tenu une civilisation beaucoup plus avancée que la civilisation occidentale/européenne pendant des siècles... Un peu de modestie, et de respect pour les autres cultures...

                • Tristian
                  Tristian répond à Cyril.
                  moi-même
                  • Posté à 03h28 le 06/03/2011
                  • Internaute 121503
                    moi-même

                  he he, avec ma dernière phrase, effectivement, je cherchais à faire passer le message exactement opposé de ce que j’avais écrit. Il me semble que beaucoups sont assez d’accord de dire que « l’occidentalisation » de la Chine montre le pire visage possible du capitalisme et du communisme. J’ai le secret espoir de voir se dévoiler certaines valeurs chinoises, le jour venu, qui puissent prouver à tous que l’expérience millénaire de la culture chinoise offre de bien meilleurs réponses à certaines problématiques que nous ne sommes que sur le point d’entrapercevoir.

                  Je n’ai pas la chance de connaître la Colombie, que tout le monde me décrit comme un pays peuplé de gens vraiment fabuleux. Il faut dire que déjà rien que la Bolivie, entre les différents climats et régions, c’est un monde qui demande bien plusieurs vies, pour l’explorer.

                  J’ai vécu aussi à El Alto, une ville que j’adore. Oui, les Aymaras sont vraiment des gens fabuleux, qui cachent une force qui ne demande qu’a se réveiller.

                  Là, je vis dans le matriarcat de Cochabamba, marié à une fille des valle bajo. C’est vrai qu’ils sont moins bien organisé que les aymaras, mais, chaque fois que je pense à l’épisode de la guerre de l’indépendance, avec les héroines de Cochabamba, je plains les espagnols, qui pensaient pouvoir reprendre facilement la ville, parce que tous les hommes étaient à la guerre, ailleurs.

                  Je ne peux que vous conseiller : « el pocholo y su marida », pour que vous puissiez comprendre ce que je veux dire (un film qui vient de ma llarta, bien sûre)

              • Cristina L’Homme
                Cristina L’Homme répond à Tristian
                Journaliste
                • Posté à 15h25 le 06/03/2011
                • Journaliste 107052
                  Journaliste

                Interressant . les Aymara en Bolivie, ont-ils pris de l’importance au niveau du commerce comme au niveau des PME ? Dans quels secteurs sont-ils davantage représentés ? Auriez-vous des exemples ? Rivalisent-ils avec les entreprises qui traditionnellement étaient dans les mains des vecinos ?

                • Tristian
                  Tristian répond à Cristina L’Homme
                  moi-même
                  • Posté à 20h14 le 06/03/2011
                  • Internaute 121503
                    moi-même

                  Je ne suis qu’un modeste spectateur de la réalité de Bolivie. Quand je vivais au Beni, la plus part des commerces vendant des produits venant d’autres régions ou de l’extérieur, étaient entre les mains d’aymara. Dans les marchés, par exemple, seul ceux qui vandaient la viande et les spécialités culinaires du coin étaient des gens originaire de l’Amazonie.

                  Presque tous les conducteurs de camion sont, soit aymara, soit quechua (supportant des heures de conduite grâce à la feuille de coca), sur des routes étant dans un état déplorable.

                  Même à Cochabamba, beaucoup de revendeurs sont aymara, dans les marchés. On raconte qu’entre eux, ils parlent aymara, pour se mettre d’accord sur les prix (d’achat et de vente), savent parler, aussi, couramment le quechua, pour négocier avec les paysans des fertiles vallées de la région, et le castillano, comme tous les Boliviens.

                  Les vecinos, c’est triste à dire, ont pris en main, il y a 200ans, le pays le plus riche du monde, et en ont fait un des pays le plus pauvre du continent. Si leurs entreprises fonctionnaient, ca se saurait.

                  Dans la construction, par exemple, il y a de plus en plus de simples maçons qui deviennent « contratistas », qui engagent un achitecte juste pour signer les plans. Il faut voir El Alto, comment cette ville se construit.

                  Je n’ai pas de données issues d’études universitaires, je ne parle de que de ce que je vois de la Bolivie, de se qui se passe, depuit plus d’une dizaine d’année.

                  Les vecinos, ca fait trop longtemps qu’ils se sont habitués à ce que tous leurs privilèges leurs soient donné, sans avoir rien à prouver. Ils me font penser, un peu, aux sudistes de la guerre de sécession.

        9 autres commentaires
  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 18h18 le 03/03/2011
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Trop bien, je veux la même chose en France. Ça doit être génial d’être jugé par ses potes.
    Plus jamais emmerdé pour avoir fumé un joint, pour être totalement déchiré, pour baiser dans la rue, pour se balader à poil, pour fermer seulement à l’aube et pour mettre des pains aux emmerdeurs.

    En plus, les peines sont chouettes, un bon coup de fouet c’est quand même mieux qu’un jour en taule, personne ne perd de temps.
    Et l’esclavage c’est encore mieux : t’as fait une connerie, tu rembourses la société.

    • Tristian
      Tristian répond à Keldan
      moi-même
      • Posté à 21h30 le 03/03/2011
      • Internaute 121503
        moi-même

      T’as raison : il faut absolument intégrer le concepte de « travail d’intérêt général » comme étant de l’esclavage, et le considérer comme un crime contre l’humanité.

      Ca fait beaucoup de pays qui devraient payer d’importantes indemnités aux pauvres victimes des justices iniques.

      • Keldan
        Keldan répond à Tristian
        Now future & karpe diem
        • Posté à 13h53 le 04/03/2011
        • Internaute 5164
          Now future & karpe diem

        Travailler pour pas un rond et sans pouvoir refuser, c’est de l’esclavage.

        On peut chipoter sur les mots, chercher la frontière entre le bien et le mal et faire un concours de bite de victimes, le concept restera toujours le même : être obligé de bosser uniquement pour le profit d’autres personnes.

         
        • Tristian
          Tristian répond à Keldan
          moi-même
          • Posté à 20h23 le 06/03/2011
          • Internaute 121503
            moi-même

          Dans la justice communautaire, il me semble que le coupable a le droit de refuser, et de prendre sur lui la peine la plus lourde : l’exil.

          En Europe aussi, une personne peut remplacer une peine de travail d’intérêt général (ou l’amende), par une peine de prison ferme.

          Sauvé, la justice reste juste.

        1 autres commentaires
  • Autist Reading -
    Autist Reading -
    In enculo cum vibro
    • Posté à 19h59 le 03/03/2011
    • Internaute 73535
      In enculo cum vibro

    « Un seul pays peut-il posséder plusieurs systèmes de justice ? La Bolivie, fer de lance dans la reconnaissance des droits des peuples indigènes, répond “ oui ”. “

    C’est beau l’équité...

    Mais j’aime mieux que la loi soit la même pour tous.

    Çà fait plusse République, plusse Liberté, Égalité, Fraternité...

    • nanabel
      nanabel répond à Autist Reading -
      1ère version
      • Posté à 07h50 le 04/03/2011
      • Internaute 97292
        1ère version

      « Mais j’aime mieux que la loi soit la même pour tous. »

      Ah bon ! Vous pensez que la loi est la même pour tous ? Si vous volez 1000 €, vous serez jugé et condamné, mais si vous êtes élu du peuple et que vous le voliez de plusieurs millions, vous bénéficierez d’une immunité judiciaire. Drôle de conception de la justice universelle. Et les banques qui ont des filiales dans les paradis fiscaux ne sont jamais inquiétées, essayez de détourner un euro et vous allez voir si la justice est aussi clémente avec vous.

      • Autist Reading -
        Autist Reading - répond à nanabel
        In enculo cum vibro
        • Posté à 10h24 le 04/03/2011
        • Internaute 73535
          In enculo cum vibro

        Ah bon.

        Alors vous trouvez normal les coups de fouet.
        Et les cultures où ont fouette les enfants aussi.

        En fait, vous êtes une islamo-pédophile hitlero-trotskyste ! ! !

        Hein ? Quoi ? je m’emballe ?

        Ah oui, pardon...

         
        • nanabel
          nanabel répond à Autist Reading -
          1ère version
          • Posté à 10h39 le 04/03/2011
          • Internaute 97292
            1ère version

          Ahahah !

          « Alors vous trouvez normal les coups de fouet.
          Et les cultures où ont fouette les enfants aussi. »

          Un petit coup de trique de temps en temps, ça fait circuler le sang. C’est donc bon pour la santé, d’après le gros con qui habite au bout de ma rue. Il applique cette méthode éducative à ses mômes, mais pas sur son clébard, parce que lui, il se rebiffe. : -)

          « En fait, vous êtes une islamo-pédophile hitlero-trotskyste ! ! ! » Ascendant anar du côté de ma mère.

        1 autres commentaires
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