Alma Latina

Dans son blog Alma latina, Cristina L'Homme vous donne rendez-vous avec des Latino-Américains, écrivains, poètes, universitaires, journalistes, économistes, chercheurs, anthropologues, sismologues… qui vous raconteront leur continent. Indianité, migrations économiques, procès contre les dictatures, la propriété de l’eau, tremblements de terre…

« La Mine du Diable » : Germinal au XXIe siècle en Bolivie

Cristina L’Homme
Journaliste
Publié le 09/04/2011 à 10h36


Affiche docu

Rares sont ceux qui pénètrent dans les entrailles d’une mine souterraine pour la filmer, la photographier ou la raconter. Parce qu’il faut avoir le cœur bien accroché pour « descendre » quand on n’est pas mineur de métier.

La mine n’est pas un lieu anodin, les mineurs le savent, qui y côtoient la mort, l’angoisse, le manque d’oxygène, la peur de l’explosion... au quotidien.

Le documentaire « La Mine du Diable » (à voir dimanche 10 avril à 14h45 sur France 5) n’est donc pas un témoignage comme un autre. Parce qu’il a fallu s’aventurer dans le ventre du Cerro Rico de Potosí, dans cette montagne noyautée par les galeries depuis des siècles, et donc prête à s’écrouler du jour au lendemain.

Germinal bolivien

« L’histoire est celle de Germinal au XXIe siècle », explique Jean Queyrat, le réalisateur. Mais cette fois, on se focalise sur l’histoire d’un jeune homme bolivien, Eduardo Mamani, âgé de 22 ans.

Un gamin dont la chambre est encore tapissée de posters de « La Guerre des étoiles ». La caméra le suit physiquement, qui descend en rappel par les boyaux de la mine, jusqu’à 200 mètres sous terre, là où l’oxygène se fait rare.

« Elle suit sa pensée, sa peur, à la fois sa lucidité et sa poésie. » Et à travers son regard et ses paroles, on découvre sa main qui tremble, ses lèvres sèches et la sueur noire qui lui rentre dans la peau. On déchiffre sa révolte, ses croyances et ses rêves.

La révolte d’Eduardo par rapport à un patron de coopérative qui ne le paye pas toujours alors qu’il se gausse d’être comme ses employés, et de venir lui-même du fond de la mine.


Eduardo dit

Un patron qui affiche fièrement avoir créé de l’emploi, des conditions de travail « dignes », l’accès à la santé, mais qui laisse ses mineurs travailler avec un matériel rouillé, à bout de souffle, sans masque à oxygène, et de la dynamite artisanale, peu stable, peu fiable... tout en roulant dans une énorme 4x4 rouge pour afficher sa réussite.

Etre mineur en Bolivie à 22 ans

Alors Eduardo, qui sait que la poussière et l’arsenic qu’il avale risquent de le tuer très vite, qui sait que s’il reste, il est condamné comme tous les autres mineurs à une mort lente et douloureuse, et qui est malgré tout, fier d’être mineur... alors Eduardo rêve.

Il rêve de tomber sur une bonne veine pour pouvoir à son tour, acheter un gros Hummer rouge comme celle de son patron, et une maison dans la plaine, où il emmènera sa fiancée respirer de l’air frais et humer le parfum des fleurs.

Cette plongée dans « La Mine du Diable » permet d’entrer dans le cœur de la Bolivie. Un pays riche en minerai qui intéresse nos industries pour son lithium, son argent, son zinc... un pays où les mineurs travaillent encore dans des conditions inhumaines, indécentes, oubliés de tous. Des hommes qui, tous les jours, entrent dans un trou noir sans savoir s’ils verront la lumière au bout.

► « La Mine du Diable » - à voir sur France 5, dimanche 10 avril à 14h45

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  • kimka
    kimka
    Super Héro
    • Posté à 11h36 le 09/04/2011
    • Internaute 138439
      Super Héro

    Viva El Capitalismo !

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 11h47 le 09/04/2011
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    « Un patron qui affiche fièrement avoir créé de l’emploi, des conditions de travail “ dignes ”, l’accès à la santé, mais qui laisse ses mineurs travailler avec un matériel rouillé, à bout de souffle, sans masque à oxygène, et de la dynamite artisanale, peu stable, peu fiable… tout en roulant dans une énorme 4x4 rouge pour afficher sa réussite ».

    Un Patron fanfaron et pédant, comme il y en a beaucoup en somme !
    ET PAS SEULEMENT EN BOLIVIE.

    Beaucoup de « Gros » Patrons qui pensent avoir crée les bonnes conditions de travail, des emploi convenables, dignes, - assortis de toute protections utiles...en ont en fait été obligés par les lois....

    . . . ce ne sont pas des préoccupations qui leur viennent spontanément !

  • KIKI21000
    KIKI21000
    retraité
    • Posté à 12h36 le 09/04/2011
    • Internaute 53190
      retraité

    « Zola revient Germinal n’est pas fini » lu sur des tees shirts pendant des manifs de précaires.

  • PGC
    PGC
    Impair Impasse89
    • Posté à 13h24 le 09/04/2011
    • Internaute 147266
      Impair Impasse89

    Le prolétariat existe encore, mais il n’ y a que dans nos pays repus que l’on ne le trouve plus, qu’on ne le voit plus plutôt.
    On a filé le sale boulot de ce genre aux étrangers sans pap ou avec, que l’on n’oublie pas de remercier chaleureusement lors des campagnes électorales et les discours de la majorité présidentielle.

  • Danielle29
    Danielle29
    Soutien à amonhumbleavis
    • Posté à 14h16 le 09/04/2011
    • Internaute 30791
      Soutien à amonhumbleavis

    L’espérance de vie des mineurs est de 10 ans en moyenne à partir de leurs débuts dans la mine.
    Comment supporter que certains humains ne sachent plus combien ils possèdent et que faire de leur argent, tandis que d’autres se saignent pour survivre ?

  • mick69
    • Posté à 15h17 le 09/04/2011
    • Internaute 2907

    Sur le même sujet, il y a eu en 1969 un film de Dominique Dubosc, « Les jours de notre mort » / Los dias de nuestra muerte » , qui montre non seulement la mine mais aussi la vie des villageois et mineurs de l’Altiplano bolivien.

    Le titre est lié au fait que les mineurs et leur famille évoquent avec une sorte de fatalité la mort certaine qui les attend.

    Lien

    • Cristina L’Homme
      Cristina L’Homme répond à mick69
      Journaliste
      • Posté à 17h06 le 11/04/2011
      • Journaliste 107052
        Journaliste

      Merci pour ce lien qui nous montre l’oeuvre d’un cinéaste engagé depuis longtemps et qui connaît visiblement bien le continent sud-américain des années 70. A lire aussi, sur ce site, l’interview que Dominique Dubosc donne aux cahiers du cinéma au sujet de son tournage et son impression d’avoir été « transparent » au milieu des danses...

  • Marcantoines
    Marcantoines
    trouveur
    • Posté à 16h05 le 09/04/2011
    • Internaute 55044
      trouveur

    L’impasse sur la sécurité, sur la santé, sur l’environnement, par cupidité. Cupidité non seulement des propriétaires de la mine, mais aussi des pouvoirs publics, mais aussi du peuple Bolivien, et même finalement du pauvre Eduardo...
    Tous responsables !
    Cela me fait penser aux coureurs cyclistes qui n’hésitent pas à compromettre leur santé en se droguant afin de monter sur le podium...
    La société doit définir des règles strictes pour responsabiliser l’ensemble des acteurs, mineurs et exploitants, avant que les catastrophes ne surgissent.
    La lutte des classes, le germinal bolivien, est largement surpassée par une irresponsabilité qui frise la bêtise collective.
    Tous coupables !

  • jeanandré
    jeanandré
    papy
    • Posté à 08h35 le 10/04/2011
    • Internaute 134603
      papy

    Des mines de bronze ! ! ! ! , oups un nouveau type de minerais le « bronze » .

    • Cristina L’Homme
      Cristina L’Homme répond à jeanandré
      Journaliste
      • Posté à 17h26 le 10/04/2011
      • Journaliste 107052
        Journaliste

      Oups, merci. Où ais-je la tête. Quand on énumère, on fait des goures. C’est comme l’acier...

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