Dépénaliser les drogues en Amérique du Sud ? Le débat avance sur le continent
« La guerre contre le trafic de stupéfiants doit être complètement revue et corrigée. La stratégie américaine de la guerre anti-drogue, mise en place par Nixon en 1971 et basée sur l’affrontement des organisations, la militarisation des régions de production, la mise en place de radars et des centaines de milliers d’hectares de plantations de coca passées à l’herbicide… entre autres, est obsolète. Il est temps de penser à autre chose ».
C’est la réflexion de certains présidents sud-américains, pendant le 6e sommet des Amériques, qui s’est tenu à Carthagène en Colombie les 14 et 15 avril 2012.
Pourtant, le sujet n’était pas facilement discutable, le président Barack Obama ayant annoncé clairement, avant le sommet, qu’il s’opposait à toute dépénalisation des drogues.
Les chiffres sont parlants : 50 000 assassinats liés au narco-trafic au Mexique en cinq ans, 20 000 morts en Amérique centrale en 2011, sans parler des dizaines de milliers de morts violentes dans les villes sud et nord américaines où est consommée la pasta base de cocaïne.
Le président du Guatemala, Otto Pérez Molina avait lancé le débat deux mois avant le sommet de Cartagène en déclarant que continuer la même guerre contre le narco-trafic, signifiait ne plus être dans le coup, parce qu’il est temps que cette guerre frontale contre les cartels avoue son échec. Que l’idée que l’on puisse éradiquer le marché de drogues est une complètement fausse. Qu’il faut tenter de dépénaliser les drogues comme cela a été fait pour l’alcool en ouvrant le débat sur la régularisation de la production, le transport, le commerce et la consommation. Et qu’il ne s’agit pas d’un problème de justice pénale mais de santé publique.
Le président colombien Juan Manuel Santos a emboité le pas, exprimant son intérêt à discuter des divers scénarios possibles pour augmenter l’efficacité de la guerre contre le trafic des drogues.
Pourtant, si l’idée de dépénaliser les drogues semble mettre d’accord des pays comme le Guatemala et la Colombie, ce point de vue n’est concordant qu’en apparence et les raisons de chacun sont en fait très différentes, comme nous l’explique Fernando Villamizar, professeur de droit universitaire, Colombien qui a longtemps vécu au Guatemala.
La dépénalisation des drogues est aujourd’hui dans le discours des présidents guatémaltèque et colombien. Ont-ils les mêmes raisons de demander ce changement de stratégie ?
« Non. Pour le Guatemala, qui n’a pas accès aux mêmes moyens que le Méxique par exemple pour mener la guerre contre les narcos, la dépénalisation des drogues est une proposition qui répond à un problème pratique. Les autorités guatémaltèques n’ont pas les moyens policiers de répondre à une délinquance organisée comme celle des trafiquants de drogue. La police nationale civile, mise en place après les accords de paix de décembre 1996, est trop corrompue et insuffisamment formée pour être efficace. C’est donc l’armée, elle aussi peu ou pas formée, qui assure la sécurité citoyenne. Le système judiciaire guatémaltèque est complètement dépassé, au point que l’ONU a chargé une commission internationale d’enquêter sur les délits. Aux yeux de Otto Pérez Molina, dépénaliser est un moyen de sonner l’alarme et de dire : nous n’avons pas les moyens pour contrecarrer la menace.
La Colombie, elle, a mis les moyens ?
Oui. Pour la Colombie, c’est l’inverse. La Colombie a mis en œuvre de gros moyens pour lutter contre les narcos. Et pourtant, ces moyens se sont avérés inefficaces. La Colombie veut changer de stratégie parce que l’ancienne ne sert à rien. La réalité quotidienne du pays le prouve. Et les autorités estiment qu’on ne peut pas considérer la question de l’offre sans tenir compte de la demande, surtout celle des Etats-Unis.
On dit souvent en Colombie : “ quand les gringos (les Nord-américains) fument la drogue, nous les Colombiens comptons les morts ”. Il est vrai que chaque fois qu’une star hollywoodienne droguée est coincée par la police aux Etats-Unis, on l’envoie peindre des murs alors que nous, en Colombie, on compte les morts.
Pourquoi le président Obama s’oppose-t-il à la dépénalisation des drogues ?
C’est, je crois, une question de prestige. Pour les Etats-Unis ce n’est pas facile d’assumer qu’ils ont perdu la guerre contre le narco-trafic. Ils veulent poursuivre ce qu’ils ont fait jusqu’à aujourd’hui, il y a trop de ressources et d’intérêts bureaucratiques en jeu. Mais ils ne peuvent plus faire la sourde oreille à ceux qui leur demandent de reconsidérer, de reformuler la vieille stratégie devenue obsolète.
Peut-on envisager la dépénalisation des drogues en Amérique latine comme cela a été fait au Portugal ?
Si on suivait le modèle de dépénalisation du Portugal, cela signifierait pouvoir utiliser les moyens jusqu’ici utilisés dans la guerre frontale contre les narcos dans la santé, l’éducation, les infrastructures. Et dans ce sens, ce serait bénéfique puisqu’en créant les conditions d’une vie meilleure, on s’attaquerait directement au besoin de consommation de drogues.
Reste que la consommation en Amérique latine n’est pas la plus importante dans le monde. Le marché des drogues en Amérique latine voit sans doute passer beaucoup d’argent, mais il n’est pas aussi puissant que l’Américain. Les grands consommateurs se trouvent en Europe et aux Etats-Unis surtout. C’est là que le débat sur la dépénalisation prend tout son sens.
Le débat est ouvert. Et les Etats-Unis se disent prêts à participer à la discussion.
à suivre...
- 10676 visites
- 38 réactions











Même pas avec des pincettes.
Même pas avec des pincettes.
C’est, je crois, une question de prestige.... Pourquoi le président Obama s’oppose-t-il à la dépénalisation des drogues ? Mais le débat est ouvert. Et les Etats-Unis se disent prêts à participer à la discussion.
On peut se poser la question d’une opposition systématique ans la volonté d’une dynamique de discussion. C’est peut être oublier que la question de la guerre à la drogue loin d’une préoccupation sanitaire est le fondement d’une entreprise de domination des USA leur leur zone d’influence géographique mais aussi à l’intérieur même de leur territoire.
Sont notamment dénoncés ses effets discriminatoires catastrophiques à l’encontre des catégories sociales les plus défavorisées et des minorités ethniques. Il a été ainsi démontré que la « guerre à la drogue » a largement contribué à l’explosion sans précédent de la population carcérale américaine. Plus de 2,1 millions de personnes sont actuellement enfermées dans des milliers de geôles, dont près de 300 sont aux mains d’intérêts privés, un peu partout aux États-Unis. Et comme plus de la moitié des prisonniers sont des Noirs, de nombreux Américains sont convaincus que la « guerre à la drogue » est un moyen implicite de ségrégation raciale. Les détracteurs de la « guerre à la drogue » font valoir que celle-ci s’attaque aux symptômes les plus visibles de « l’apartheid social », de la pauvreté et de la répartition inégale des richesses qui règnent aux États-Unis, mais en aucun cas à leurs causes, qu’elle ne fait que renforcer, que l’ampleur des moyens alloués à la mise en application des lois antidrogues contrastent fortement avec l’indigence de la lutte contre le blanchiment d’argent et la criminalité financière, et que les financements de la « guerre à la drogue » ont été pris sur les budgets de l’éducation, de la santé et des affaires sociales. En Amérique latine, cette « guerre à la drogue » est avant tout perçue comme un instrument de domination, d’ingérence et de recyclage des armées locales, en mal de mission après la disparition de la menace communiste. Avec, là encore, une kyrielle de violations des droits de l’Homme. Si encore ces « effets pervers » étaient le prix de l’efficacité... Mais malgré un budget de plusieurs milliards de dollars en augmentation constante depuis 20 ans, et quoiqu’en disent ses promoteurs, la « guerre à la drogue » n’est pas parvenue à réduire la consommation et le trafic de drogues de manière significative. Quant à la production de drogues, en Amérique latine comme dans le reste du monde, elle a plus que doublé en 20 ans.
pour le Département d’État, un certain nombre d’organisations armées incarnent cette nouvelle menace, sont désormais étiquetées « narcoterroristes » et inscrites sur une liste noire désignant cinq zones d’intervention potentielle, dont l’Europe[3] :
• Amérique latine : FARC, ELN, AUC, Sentier Lumineux, « Groupes islamiques de la Triple Frontière »[4] ;
• Asie du Sud et ex-URSS : Al Qaida, « Groupes militants du Cachemire », LTTE, Mouvement islamique d’Ouzbékistan ;
• Asie du Sud-Est : UWSA, Groupe Abu Sayyaf ;
• Moyen-Orient : Hezbollah (Liban), Jihad Islamique palestinienne ;
• Europe : PKK, Real IRA, ETA.
Les critères utilisés pour élaborer cette liste sont flous, voire arbitraires. On note surtout l’absence de l’Alliance du Nord, organisation armée afghane impliquée dans le trafic de drogue mais alliée des États-Unis. Rappelons au passage que le complexe afghano-pakistanais de l’opium-héroïne est un pur produit de la guerre contre l’invasion soviétique de l’Afghanistan. Avant 1979, l’Afghanistan produisait des quantités minimes d’opium. Lorsque les Soviétiques se retirèrent, ce pays était devenu le premier producteur mondial d’opium, matière première de l’héroïne. C’est que les résistants afghans, du seigneur de la guerre ouzbek Dostom à l’intégriste pashtoun Hekmatyar, se lancèrent dans la culture et le trafic d’opium à grande échelle pour financer leurs achats d’armes. La résistance afghane était alors soutenue par la CIA, qui sous-traitait son appui logistique à l’Inter-Services Intelligence (ISI), le renseignement militaire pakistanais. Les camions affrétés par l’ISI se rendaient en Afghanistan chargés de matériels militaires, et en revenaient bourrés d’opium, de morphine ou d’héroïne... La campagne victorieuse contre les taliban, longtemps soutenus tacitement par les États-Unis, semble elle aussi avoir dopé la production d’opium en Afghanistan. Les Nations Unies annonçaient récemment qu’en 2002 la récolte afghane d’opium atteindrait le chiffre record de 3 400 tonnes, permettant théoriquement de fabriquer 340 tonnes d’héroïne...
Les liens entre trafic de drogues et organisations armées subversives ou étatiques n’ayant rien de nouveau, la « nouveauté » réside bien ici dans leur instrumentalisation par l’Exécutif américain afin de justifier officiellement la poursuite de la « guerre à la drogue » au nom de la lutte antiterroriste. Cette posture permet de redorer le blason de la DEA et, plus largement, de restaurer la légitimité de toute la composante répressive de l’appareil transnational antidrogues américain. La DEA se dit ainsi prête pour ce « nouveau » rôle, dans lequel elle voit des possibilités d’expansion. Asa Hutchinson, toujours lui, déclarait ainsi au Sénat, le 13 mars 2002 en plein débat budgétaire : « La DEA a des bureaux partout dans le monde [...] Afin d’améliorer l’efficacité de la DEA, plusieurs initiatives ont été proposées. Parmi elles, l’Operation Containment, une initiative de la DEA prévoyant notamment l’ouverture d’un bureau à Kaboul et l’expansion des bureaux existant dans certaines villes d’Europe et d’Asie, ainsi que la croissance des capacités d’interception et de renseignement de la DEA afin de soutenir les agences qui luttent contre le terrorisme en Amérique. » Mais la DEA n’est pas la seule à avoir « parfaitement compris » le bénéfice à tirer du « narcoterrorisme ». La concurrence aussi avance ses pions. C’est ainsi que le 14 mars 2002, le commandant des Gardes Côtes Jim McPherson déclarait au Washington Post : « Aujourd’hui, nous arrêtons des contrebandiers de drogues, mais il pourrait tout autant s’agir de terroristes [...] Il faut que nous repoussions la frontière au large ». Lien
La guerre contre la drogue peut être vue comme une posture morale mais l’exemple mexicain montre tout à fait autre chose.
Le pourrissement politique et judiciaire démontre un modèle de société, l’ultralibéralisme pour ne pas le nommer.
Dérèglementation, dérégulation, corruption, ingérence économique politique et militaire des, disparition des oppositions : partis, syndicats....
Au Mexique tous les indices démocratiques et de développement humain sont dans le rouge, mais les industries américaines ne se sont jamais aussi bien portées.
Dernier point le ca annuel de la maffia est estimé entre 120 et 150 milliards d’euros, milliards d’euros réinjectés dans l’économie officielle par l’intermédiaire des banques avec par la suite des prises de participation dans tout le secteur économique comme n’importe quel investisseur.
On peut se souvenir chez qui sarkosy a passé ses dernières vacances au Mexique.




Partager