Alma Latina

Dans son blog Alma latina, Cristina L'Homme vous donne rendez-vous avec des Latino-Américains, écrivains, poètes, universitaires, journalistes, économistes, chercheurs, anthropologues, sismologues… qui vous raconteront leur continent. Indianité, migrations économiques, procès contre les dictatures, la propriété de l’eau, tremblements de terre…

Interdiction de l’avortement thérapeutique : une « torture » pour les Chiliennes

Cristina L’Homme
Journaliste
Publié le 11/09/2012 à 10h55

« Toutes les religions du monde, que ce soit le judaïsme, l’islam, le bouddhisme ou les églises chrétiennes protestantes – méthodiste, presbytérienne, anglicane, luthérienne – autorisent l’avortement thérapeutique dans le cas où il y a une malformation de l’embryon incompatible avec la vie, lorsque la vie de la mère est en danger ou lorsque la mère a été violée. Seule l’église catholique l’interdit au Chili. »

C’est ce que dénonce dans une exposition itinérante de collage de photos et de messages écrits, Andrea Schilling, médecin gynécologue obstétricienne chilienne.

Cette femme, militante active de la dépénalisation de l’avortement thérapeutique au Chili, cherche à la fois à informer et à créer une prise de conscience.


Obliger les femmes à porter des enfants qui vont mourir, c’est de la torture (Andrea Schilling)

Le sujet avait été débattu et rejeté au Sénat en avril 2012 : dépénaliser l’avortement thérapeutique n’est pas un sujet de discussion acceptable par le Sénat chilien !

Le poids de l’église catholique sur l’exécutif, transparaît dans cette prise de position. En vingt années de gouvernements post-Pinochetistes, aucun n’a osé se lancer dans la bataille d’un changement véritable.

Les rares femmes ministres, qui ont montré qu’elles allaient se battre pour qu’un avortement thérapeutique soit possible au Chili (de gauche comme de droite), n’ont pas mené le projet à bout.

Dans ce pays, il manque désespérément une femme-députée aussi décidée que Simone Veil, qui en 1975, est allée jusqu’au bout, dépassant les attaques, les menaces et les tabous. Interview d’Andrea Schilling.

Rue89 : Qu’est-ce qui se passe au Chili lorsque la contraception ne fonctionne pas et qu’une femme ne veut pas être enceinte ?

Andrea Schilling : L’avortement est complètement interdit. Mais ce qui est bien pire encore, c’est qu’en cas de malformation qui rende impossible une survie hors de l’utérus, ou encore si la mère risque de mourir ou qu’elle a été victime d’un viol et qu’elle ne veut pas avoir cet enfant-là, la loi lui interdit d’avorter. Et cela depuis 1989. A mes yeux, il s’agit là d’une atteinte aux droits humains.

En 1989 ? Vous voulez dire que la dictature a fait voter une loi juste avant de quitter le pouvoir et que celle-ci n’a jamais été changée ?

Oui. C’est l’amiral Merino – l’un des co-auteurs du coup d’Etat du 11 septembre 1973 – et l’église du cardinal Medina, qui se sont chargés de changer le code sanitaire qui, depuis 1931 permettait d’avoir accès à l’avortement thérapeutique.

L’argument, à l’époque, était que l’évolution et les avancées de la médecine rendaient l’avortement thérapeutique obsolète. L’église catholique est ainsi entrée dans le lit de tous les chiliens…

Vous vous battez pour la dépénalisation ou pour la légalisation de l’avortement ?

La dépénalisation est différente de la légalisation. Dépénaliser, signifie que si vous avortez, vous ne serez pas attaquée par un tribunal, et que vous n’irez pas en prison pour cela. Lorsque l’avortement – thérapeutique – est légal, comme en France, cela signifie que l’Etat prend en charge l’acte médical. Il s’agit d’un service assuré par l’hôpital public. Nous sommes très loin de cela… Ici, nous demandons « juste » la dépénalisation pour avancer.

Pourquoi parlez-vous de torture ?

Beaucoup de gens ici, pensent que lorsque les femmes parlent d’avortement thérapeutique, il s’agit de supprimer un bébé tout rond, tout beau, tout sain. Ils sont complètement désinformés sur ce que sont les malformations incompatibles avec la vie. C’est la raison pour laquelle j’ai fait cette exposition où je montre ce que sont les malformations. Il suffit de voir ce qu’est une anencéphalie ou encore le syndrome de Potter (absence totale de reins), la trisomie 13 et la 18… toutes incompatibles avec la vie, pour comprendre qu’on ne peut pas obliger à mener de telles grossesses jusqu’au bout.

Obliger une femme à terminer une grossesse malgré ce genre de maladie, sachant que le bébé va mourir, c’est une véritable torture. Et la torture n’est pas esthétique.

Sentir un bébé dans son ventre et savoir qu’une fois né il ne pourra pas vivre, ou à peine quelques heures, c’est terrible. Certaines femmes appartenant à des communautés de croyants disent que c’est un « cadeau de Dieu » et elles sont capables de le supporter, mais pour le reste, pour la plupart des femmes, c’est une torture !


Dépénaliser ne signifie pas obliger à avorter (Andrea Schilling)

D’autres cas de grossesses, comme l’extra-utérine ou la molaire, posent un problème légal, dites-vous…

Oui, si on n’interrompt pas une grossesse extra-utérine ou une grossesse molaire, c’est la vie d’une femme qui est en danger. Or, la loi chilienne dit qu’on ne peut pas interrompre la gestation et qu’il faut constater l’absence de battements du cœur du fœtus pour interrompre la grossesse.

Cependant, la plupart des obstétriciens interviennent dans le cas d’une grossesse extra-utérine… en d’autres termes, ils agissent hors la loi. Mais ils respectent la bioéthique.

Nous, médecins, avons les moyens de faire un diagnostique, mais en cas de malformation, tout nous est interdit. C’est ça aussi la torture.

L’Etat chilien ne donne aucun choix à ces femmes. Il les oblige à aller jusqu’au terme de la grossesse.

Depuis quand est-ce qu’il y a des personnes au Chili qui essayent de changer cette loi ?

En fait, ça fait longtemps que des groupes de personnes de la société civile, des groupes de féministes surtout se sont battus pour que ça change. Je veux dire pour que l’avortement thérapeutique soit dépénalisé – je ne parle même pas d’un avortement tout court.

Mais les médecins, eux, ne se sont pas mobilisés. Sans doute par peur, parce qu’ils pensent que si quelqu’un en parle, il va être catalogué de défenseur de « l’avortement tout court » [très mal vu, ndlr]. C’est interdit, donc on n’en parle pas.

Il y a même pire : des médecins qui dénoncent les femmes qui avortent. Un livre très intéressant écrit en anglais, décrit cet état de fait : « Women behind bars » mais il n’a pas été publié ni vendu au Chili...

Voir le document

(Fichier PDF)

Visiblement, à l’époque du gouvernement Bachelet il y a eu des réflexions sur ce sujet, et une volonté de faire comprendre aux médecins qu’ils devaient arrêter de dénoncer.

En avril 2009, le ministre de la Santé, Alvaro Erazo de la Torre, a envoyé à tous les chefs de service, une lettre, expliquant qu’on ne pouvait pousser une femme à avouer un avortement, un acte illégal, au moment où elle faisait appel au corps médical à cause d’une complication due à l’avortement en question. Parce qu’une femme est dans ce cas protégée par la « Convention contre la Torture » des Nations-Unies.

Ensuite, c’est une femme, une ministre de la Santé de Michèle Bachelet, María Soledad Barría, qui s’est avancée. Elle était porte-parole du réseau Miles, une association qui se démène énormément pour que l’interruption de grossesse soit légalisée au Chili. C’était un début. Mais ça n’a pas eu de suite… Dernièrement c’était Evelyn Mattei, ministre du Travail du gouvernement Piñera, qui s’est prononcée pour l’avortement thérapeutique surtout lorsque la grossesse met en danger la vie de la mère.

Une chose est sûre : tant qu’il n’y aura pas de dépénalisation, personne ne créera un centre où l’avortement thérapeutique pourra se faire dans des conditions de sécurité nécessaires.

Les femmes qui veulent avorter le font quand-même ?

Oui, de manière clandestine, et c’est l’une des principales causes de décès de femmes dans le monde. C’est très injuste, parce que les femmes qui ont de l’argent et qui veulent avorter, elles prennent l’avion, vont en Uruguay ou à Miami aux Etats-Unis, elles se font avorter dans une clinique dans des bonnes conditions, elles font leur shopping et elles reviennent.

Alors que les autres, qui n’ont pas les moyens, elles n’ont accès qu’aux moyens clandestins qui profitent d’elles, et risquent fort de mourir. Bien sûr, il y en a qui font ça pour aider ces femmes, mais bien souvent, la clandestinité attire des gens qui en profitent. Qui profitent de leur malheur.

L’avortement après un viol, est également interdit…

Il y a deux positions concernant l’avortement suite à un viol : certains soutiennent qu’il s’agit de grossesses « normales » et qu’on ne peut donc pas poser la question d’un avortement, et d’autres pensent que l’impact psychologique sur la femme doit être pris en compte et que les études démontrent que ces enfants sont davantage victimes de maltraitance par la suite ou de négligence, parce qu’ils rappellent constamment à la femme qu’elle a été violée.

Pour ces derniers, un avortement après un viol devrait être possible. Cependant, si le sujet est discuté au niveau mondial, il ne l’est pas au Chili.

Les gens qui ont vu votre exposition, vous ont dit qu’ils « admiraient votre courage »…

Les seuls moments où l’on parle de ce sujet c’est pendant les campagnes présidentielles… et ce qu’on remarque c’est que ceux qui en parlent, comme l’ex-président Frei l’a fait en 2009, au moment de la campagne, n’ont rien fait lorsqu’ils étaient au pouvoir.

Ici, la bonne société considère que si on vit dans un milieu aisé, on doit se taire. Il n’y a que les étudiants et les Mapuche (amérindiens autochtones) qui protestent, disent-ils. Du coup, si vous ouvrez la bouche, on vous dit que vous êtes aigri... Et bien, moi, je me donne la possibilité de protester pour ceux qui ne peuvent pas le faire.

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  • Bad Lieutenant
    Bad Lieutenant
    Bisounours de combat
    • Posté à 11h17 le 11/09/2012
    • Internaute 190065
      Bisounours de combat

    « Mais ce qui est bien pire encore, c’est qu’en cas de malformation qui rende impossible une survie hors de l’utérus, ou encore si la mère risque de mourir ou qu’elle a été victime d’un viol et qu’elle ne veut pas avoir cet enfant-là, la loi lui interdit d’avorter. »

    Un Loi passée par l’extrême droite de pinochet juste avant de tomber interdisant totalement l’avortement, le gars il avait vraiment que ça à foutre, à croire que pour les fascistes le droit de mourir en faisant des enfants est totalement inaliénable.

    C’est bizarre tout de même que les nouveaux gouvernants ne bougent pas plus certainement rebutés à l’idée de s’opposer aux paroles divines diverses, ou quand la religion se mêle de la politique l’horreur n’est jamais vraiment loin.

    « Ici, la bonne société considère que si on vit dans un milieu aisé, on doit se taire. Il n’y a que les étudiants et les Mapuche (amérindiens autochtones) qui protestent, disent-ils. Du coup, si vous ouvrez la bouche, on vous dit que vous êtes aigri... “

    Finalement les méthodes utilisées pour que les gens se taisent, ne s’opposent pas à l’application de la pensée unique, sont un peu partout les mêmes...

    Merci beaucoup je commençais à l’attendre impatiemment votre article.

  • spleenlancien
    spleenlancien
    Merde à l'or
    • Posté à 12h14 le 11/09/2012
    • Internaute 78672
      Merde à l'or

    Grâce au Vatican et à ses sbires ensoutanés, son ombre plane encore sur le Chili.
    Mais heureusement, tous les Chiliens ne se taisent pas et savent montrer leur colère.
    Emeute lors d’une marche en commemoration avec les victimes de l’ere Pinochet – Santiago, 9 septembre 2012

  • unhommede52
    unhommede52
    Je me dépèche à petits pas pour (...)
    • Posté à 11h46 le 11/09/2012
    • Internaute 78576
      Je me dépèche à petits pas pour (...)

    Enfin. Depuis ce matin, je cours tous les blogs, les flux, etc cherchant un mot, une image, un vague souvenir de ce 11 Septembre.
    Le mien (pour ceux de mon age) c’etait 1973.
    Nous étions plein de vie, de fureur d’envie d’en découdre. Certains sont allés jusqu’à la joie de lire, cherchant un hypothétique engagement pour une brigade internationale qui n’existat jamais !
    Y’a toujours des traces, des stigmates, plus profondes encore cf cet article !
    Dan Frank et ses calandes a reussi lui le grand saut entre l’Espagne et le Chili, enfin pour moi c’était évident.

    (note pour les rachos du bulbe : je n’ai pas dit que seul le 11/09/73 a droit de citer !)

  • sliwa
    sliwa
    xénophile
    • Posté à 11h53 le 11/09/2012
    • Internaute 147010
      xénophile

    Malgré l’horreur et l’intransigeance bigote rappelées par cet article (oui, je suis un bien-pensant, et je m’en moque), c’est toujours un plaisir de lire vos articles. Continuez, s’il vous plaît.

  • Matanapari
    Matanapari
    Woman inside
    • Posté à 12h16 le 11/09/2012
    • 182966
      Woman inside

    Monde débile où des personnes se permettent de dire aux autres se qu’ils doivent faire où ne pas faire avec leur corps !
    Ça apporte quoi d’interdire l’avortement ? Le plaisir jouissif de certains pervers de voir des femmes souffrir !

    Ce petit jeu de pouvoir sur les femmes va durer encore longtemps, y en a marre.

    • pablico
      pablico répond à Matanapari
      Co-NOBEL de la Paix
      • Posté à 12h31 le 11/09/2012
      • Internaute 14278
        Co-NOBEL de la Paix

      l’église catholique est dans la logique.

      a-t-on demandé la permission à Marie, pour qu’elle soit enceinte du petit Jésus.
      Selon la tradition non. Cela a été imposé, et elle a été mise devant le fait accomplit.
      elle n’avait plus qu’à se soumettre et dire merci.
      (provocation)

      • Matanapari
        Matanapari répond à pablico
        Woman inside
        • Posté à 12h35 le 11/09/2012
        • 182966
          Woman inside

         : p elle s’est fait baiser dans les deux sens du terme... ! (pareil petite provoc gentille, lol, bon je sors je vais me faire virer sinon)

    • anini
      anini répond à Matanapari
      terrienne de souche !
      • Posté à 14h46 le 11/09/2012
      • Internaute 51759
        terrienne de souche !

      Un certain Pinochet ou plus vraisemblablement ses sbires raffinait bien davantage !
      Pour punir les femmes osant penser à gauche , ils adoraient les faire jouir en introduisant dans leur vagin des rats vivants !
      Rigolo , n’est ce pas ?

      • Matanapari
        Matanapari répond à anini
        Woman inside
        • Posté à 11h58 le 12/09/2012
        • 182966
          Woman inside

        Ouaip je lis pas mal d’auteur(e) sud américaines et à leur lecture on peut y découvrir pas mal d’horreurs...

  • Reading Autist
    Reading Autist
    Nous sommes tous des Autists (...)
    • Posté à 13h03 le 11/09/2012
    • Internaute 192099
      Nous sommes tous des Autists (...)

    Malgré la loi inique , les avortements doivent bien continuer, au Chili comme ailleurs.

    Avez-vous des chiffres d’avortement clandestins, de problèmes sanitaires ou même de décès liés à cette loi ?

    • huutaa
      huutaa répond à Reading Autist
      Même pas avec des pincettes.
      • Posté à 16h05 le 11/09/2012
      • 183774
        Même pas avec des pincettes.

      Les études de l’OMS et de l’institut Guttmacher montrent que pour diminuer le nombre d’avortements réels, il ne faut pas les interdire mais au contraire les autoriser, et bien évidemment mettre en place une politique cohérente pour éviter ces situations, politique dont devrait découler une baisse des grossesses non désirées.

      l existe des statistiques reconnues dans le milieu scientifiquer, le taux d’avortement en Amérique latine était de 32 % (soit presque une grossesse sur trois) en 2008, le Chili ayant alors un des taux les plus hauts de toute l’Amérique latine. Sur 34 000 admissions annuelles pour fausse couche entre 2001 et 2005, 90 % seraient des avortements, selon le site de journalisme d’investigation Ciper.

      Les avortements clandestins progressent-ils vraiment dans le monde ?

      L’étude publiée par l’Organisation mondiale de la santé et du Guttmacher Institute l’affirme hautement, et l’information est reprise en boucle dans les gros médias, assortie de son message principal : il faut légaliser l’avortement, le rendre « sûr et sans danger », afin de faire diminuer et le nombre de morts maternelles et celui des avortements. Car on nous explique aussi que le nombre d’avortements clandestins est le plus important dans les pays qui ont les législations les plus restrictives. Autrement dit : les gogos qui demandent l’abrogation des lois autorisant l’avortement favorisent l’augmentation des morts maternelles et encore davantage d’avortements.

      Le nombre d’avortements clandestins tend à progresser dans le monde, selon une étude de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et du Guttmacher Institute qui souligne l’effet pervers des « législations restrictives » dans les pays en développement.

      Alors que le taux d’avortement est resté globalement stable entre 2003 et 2008, la part des avortements « non médicalisés » clandestins, essentiellement pratiqués dans les pays en développement, a progressé, note cette étude, publiée jeudi dans la revue médicale britannique The Lancet.
      La proportion d’avortements « non médicalisés » pratiqués dans le monde, est passée de 44% en 1995, à 47% en 2003 puis 49% en 2008, selon les chiffres de cette étude.

      Au même moment, le taux mondial d’avortement qui se calcule en nombre d’avortements pour 1.000 femmes en âge de procréer (de 15 à 44 ans), est passé de 35 pour 1.000 en 1995 à 29 pour 1.000 en 2003 puis 28 pour 1.000 en 2008.
      Les avortements non médicalisés ont causé 220 décès pour 100.000 actes en 2008. « Cette mortalité se situe presque entièrement dans les pays en développement » indique dans un communiqué le Guttmacher Institute, institut basé aux Etats-Unis, spécialisé dans la reproduction et la sexualité. Selon l’étude, chaque année, environ 8,5 millions de femmes des régions en développement souffrent de complications d’avortement et parmi celles-ci trois millions ne reçoivent pas les soins nécessaires.

      « La mortalité et l’incapacité liées à l’avortement non médicalisé » seraient « totalement évitables », notamment avec des législations adaptées, a estimé l’un des signataires de l’étude, Iqbal H. Shah de l’OMS. Les législations restrictives en matière d’IVG ne sont pas associées à de moindres taux d’avortement, tout au contraire, relève l’étude. Les deux régions réputées les plus « restrictives », l’Afrique et l’Amérique latine, affichent des taux d’avortement élevés, de 29 et 32 pour 1.000 femmes en âge de procréer.

      Au contraire en Europe de l’Ouest où les interruptions volontaires de grossesse (IVG) sont généralement légales, le taux d’avortement n’est que de 12 pour 1.000.

      L’étude note toutefois une forte disparité régionale en Europe, avec un taux faible à l’ouest (12 pour 1.000) et au nord (17 pour 1.000) mais beaucoup plus élevé en Europe de l’Est (43 pour 1.000) « Cet écart s’explique par les niveaux relativement faibles des pratiques contraceptives modernes » à l’est, explique le Guttmacher Institute.

      A l’échelle mondiale, la baisse du taux d’avortement observée entre 1995 et 2003 ne s’est pas poursuivie en 2008, sans doute en conséquence d’une stagnation observée dans l’usage des contraceptifs, selon Gilda Sedgh, chercheuse au Guttmacher Institute et principal auteur de l’étude. « Sauf investissement accru dans des services de planification familiale de qualité, on peut s’attendre à ce que cette tendance persiste », observe-t-elle.

      Chili : la pilule du lendemain interdite car abortive

      Carte Chili avortementEn mars, 36 députés de droite ont réclamé un vote pour la suppression de la pilule du lendemain. Pour quelle raison ? Son effet abortif, selon le principe « du droit à la vie inscrit dans la constitution » et défendu avec ferveur, notamment par l’Eglise catholique au Chili. Face à cette requête de la part de la droite, la décision a été renvoyée devant le Tribunal Constitutionnel, la plus haute instance du pays. Elle s’est prononcée favorable vendredi dernier.

      Cette contraception d’urgence est légale depuis seulement 6 ans au Chili, et en septembre 2006, Michelle Bachelet, présidente socialiste de la République du Chili avait notamment réussi à faire passer un décret qui permettait aux jeunes filles de 14 ans de se voir délivrer cette pilule sans autorisation préalable des parents.
      La pilule du lendemain. Rappelons-le, puisque certains jouent sur cette confusion : ce n’est pas une pilule abortive mais bien une pilule contraceptive, puisqu’elle ne peut plus agir si la fécondation a eu lieu. Elle est autorisée depuis 2006, sur ordonnance uniquement. S’il existe depuis quelques années une pilule dite du « surlendemain », EllaOne, efficace jusqu’à 5 jours après le rapport sexuel non ou mal protégé (durée de survie des spermatozoïdes), elle n’est pas disponible au Chili. La pilule du lendemain, pour être efficace (à 95 %), doit être prise dans les 24h. Il faut donc consulter dans une situation d’urgence, et payer non seulement le médicament mais aussi la consultation.

      Autre point qui peut paraître annexe mais qui est révélateur de la place et des droits donnés à la femme dans une société, et du risque qu’elle court, entre autres conséquences, d’être confrontée à une grossesse non désirée : la manière dont sont traités les rapports sexuels entre majeurs et mineurs. La CEDAW recommande que soient mises en place des « poursuites judiciaires contre les hommes qui ont des rapports sexuels avec des filles mineures ».

      Dans le même ordre d’idée, l’âge « nubile », celui auquel on peut contracter un mariage, est abaissé à 16 ans en 2004, et on est en droit de considérer cela comme un recul, dans la mesure où le mariage devrait être une décision d’adulte responsable, c’est-à-dire de personne majeure (18 ans au Chili).

      Cela rappelle cette situation tout aussi dangereuse où il y a encore peu en France, l’âge nubile était de 18 ans pour les hommes, et 15 ans pour les femmes. Où sont la liberté et l’égalité quand les dérives sont rendues possibles par l’incohérence de la loi ?

      • anini
        anini répond à huutaa
        terrienne de souche !
        • Posté à 19h00 le 11/09/2012
        • Internaute 51759
          terrienne de souche !

        Merci pour votre collaboration et vos explications , les régressions envers le droit à l’avortement partout où nous l’avions obtenu sont très inquiétantes ,elles révèlent par leur problématique mêmes le retour du poids des conservateurs et le raidissement de la religion envers le corps des femmes , partout , y compris là où cela ne devrait plus poser problème .
        Rien n’est jamais acquis , n’en déplaise aux personnes qui considèrent que les féministes n’ont plus rien à transmettre dans la société française !

         
        • huutaa
          huutaa répond à anini
          Même pas avec des pincettes.
          • Posté à 20h58 le 11/09/2012
          • 183774
            Même pas avec des pincettes.

          Pour votre série bricolage

          Pour Delphy, l’oppression des femmes n’est pas le produit de la société de classe en générale, ni du capitalisme en particulier.

          Elle résulterait plutôt d’un système qu’elle nomme patriarcat, c’est-à-dire la domination des femmes par les hommes qui caractérise les sociétés industrielles :

          « On constate l’existence de deux modes de production dans notre société : la plupart des marchandises sont produites sur le mode industriel ; les services domestiques, l’élevage des enfants et un certain nombre de marchandises sont produites sur le mode familial. Le premier mode de production donne lieu à l’exploitation capitaliste. Le second donne lieu à l’exploitation familiale, ou plus exactement patriarcale. »

          Lien
          Le blog est pénible dans la gestion des archives.

          Un texte critique de son travail
          Féminisme ou marxisme ? Bourdieu et Delphy sur l’oppression des femmes
          Lien

        1 autres commentaires
    • Cristina L’Homme
      Cristina L’Homme répond à Reading Autist
      Journaliste
      • Posté à 17h02 le 11/09/2012
      • Journaliste 107052
        Journaliste

      une étude de FLACSO donne quelques chiffres parlants :
      Lien

      • anini
        anini répond à Cristina L’Homme
        terrienne de souche !
        • Posté à 19h06 le 11/09/2012
        • Internaute 51759
          terrienne de souche !

        Et le papa , qu’est-ce qu’il fait pendant ce temps , il joue à la baballe ?

  • Auroralucie
    Auroralucie
    Collectionneuse de rognures d' (...)
    • Posté à 13h24 le 11/09/2012
    • Internaute 124160
      Collectionneuse de rognures d' (...)

    Porter en son ventre un enfant voué à la mort à la naissance est purement abominable.
    Qu’y a-t-il de pire pour une mère _ et un père _ que de perdre son enfant ?
    Le perdre après une grossesse sue non viable pour la vie.

    En France, l’avortement est légalisé, mais il y a encore des femmes persécutées par l’ordre médical suite à leur désir d’avorter. C’est pourquoi, j’ai avorté par mes propres moyens, deux fois avec des méthodes alternatives, avec l’aide de plantes médicinales.

    Un enfant différent, un « monstre », en terme scientifique (tératologie), pourrait vivre heureux, si la société l’acceptait comme auparavant, durant des siècles.

    Ce ne sont pas seulement les lois qu’il faut changer vis à vis de l’avortement thérapeutique, ou classique, mais les mentalités.

    J’offre tout mon courage et ma compréhension envers cette dame qui milite pour le droit fondamental à l’avortement thérapeutique.

    • anini
      anini répond à Auroralucie
      terrienne de souche !
      • Posté à 14h52 le 11/09/2012
      • Internaute 51759
        terrienne de souche !

      Vous utilisez une couverture de Causette en référence , journal que j’achète de temps en temps , mais journal beaucoup trop « bien pensant “ à mon avis et qui ne fait qu’effleurer les problèmes féminins !
      ‘Gentil’ quoi ! ......Sage , bien représentatif de notre univers !

  • anini
    anini
    terrienne de souche !
    • Posté à 14h39 le 11/09/2012
    • Internaute 51759
      terrienne de souche !

    Dans le rétro , demandez les religions et la droite dite bien pensante et , hop , on repart à l’envers ......
    En réalité comment on peut être encore une femme de droite , je ne parle pas de croire ou de ne pas croire en Dieu , y a que les mecs religieux qui ont accès à sa parole « divine » ! .....les femmes n’étant partout que ses humbles servantes !

  • huutaa
    huutaa
    Même pas avec des pincettes.
    • Posté à 16h08 le 11/09/2012
    • 183774
      Même pas avec des pincettes.

    Le délit d’avortement en 2012

    Voilà donc la loi à laquelle sont confrontées les personnes concernées.

    Le Code pénal (version du 14 janvier 2004) fait relever l’avortement des « Crimes et délits contre l’ordre familial, contre la morale publique et contre l’intégrité sexuelle ». L’article 344 stipule : « La mujer que causare su aborto o consintiere que otra persona se lo cause, será castigada con presidio menor en su grado máximo. Si lo hiciere por ocultar su deshonra, incurrirá en la pena de presidio menor en su grado medio. »

    La femme qui causera son avortement ou consentira à l’intervention d’autrui pour le faire sera donc punie d’une peine d’emprisonnement, qui sera minorée si elle le fait pour cacher son déshonneur.

    Peu importent la souffrance de la femme, sa mort éventuelle, et moins encore celles de l’enfant, parfaitement occultées. En revanche, la question de « l’honneur » est une circonstance atténuante. Comment les tribunaux l’apprécient-ils ? Elle est établie dans les cas où la femme affirme avoir avorté de peur d’être rejetée par son milieu social et économique (décision de la cour d’appel de Santiago).

    On peut considérer ça comme un manque grave de quelque chose de l’ordre de la proportion chez le législateur. Ou comme la seule échappée possible. Aujourd’hui, une femme qui avorte s’expose à une peine de 3 à 5 années de prison. Ceux qui lui prêtent leur concours, de 541 jours à 3 ans de prison.
    Lien

    • anini
      anini répond à huutaa
      terrienne de souche !
      • Posté à 19h26 le 11/09/2012
      • Internaute 51759
        terrienne de souche !

      Oh , l’ironie se place partout ! Jugez-en vous même :
      Je trouve votre lien fort intéressant , je décide de le garder dans mes signets favoris afin de le consulter plus tard , on me propose de le placer parmi le rayon : BRICOLAGE ! Choix de ma machine , si même les robots prennent des initiatives de ce style ! .......
      Même chose pour le problème de la prostitution , il existe depuis toujours ,il est acquis de toute éternité au bon vouloir de l’homme , ce n’est pas la peine d’essayer de les convaincre du contraire .

      • huutaa
        huutaa répond à anini
        Même pas avec des pincettes.
        • Posté à 19h29 le 11/09/2012
        • 183774
          Même pas avec des pincettes.

        Löl. Désactivez le filtre « ménagère de moins de 50 ans ». : -))

         
        • anini
          anini répond à huutaa
          terrienne de souche !
          • Posté à 19h38 le 11/09/2012
          • Internaute 51759
            terrienne de souche !

          Pas si sur , le bricolage , ça peut servir mais parfois , ça n’est pas super solide et ça s’écroule ! .......
          Faut donc se remettre sans cesse à l’ouvrage !

        1 autres commentaires
  • diviendres
    diviendres
    ex-tradé
    • Posté à 16h27 le 11/09/2012
    • Internaute 75133
      ex-tradé

    Pour information, en Españe le PP (Partido de Putero) est en train de revenir sur toutes les formes d’avortements, y-compris le thérapeutique.
    Une crise ? Non, une mise á jour de tous les calendriers réactionnaires de l’Europe.

  • huutaa
    huutaa
    Même pas avec des pincettes.
    • Posté à 16h53 le 11/09/2012
    • 183774
      Même pas avec des pincettes.

    Comment l’économie de marché actuelle met à profit l’organisation patriarcale de la sexualité. La prospection publicitaire réifie les femmes en marchandises et mène à une destruction sexiste de leur estime de soi. En parallèle, nous assistons à un marketing agressif des industriels de la prostitution et de la pornographie qui pourvoient à la sexualité patriarcale des hommes. C’est ainsi que les intérêts capitalistes et néolibéraux s’ajustent à l’économie patriarcale de l’échange économico-sexuel. Il semble que l’expropriation de la sexualité des femmes au bénéfice des hommes s’industrialise et se mondialise. La marchandisation de la sexualité de service des femmes, loin d’être une libération, n’est que la libéralisation du droit sexuel absolu que les hommes ont sur les femmes dans un régime patriarcal.

    l’égalité étant déjà là16, les femmes n’ont de sexualité que par plaisir. L’expansion économique et idéologique de l’échange économico-sexuel implique donc que sa violence soit doublement requalifiée : les actes imposés par l’argent deviennent la sexualité de la femme qui la vend, et cette subordination devient un acte d’empowerment, comme l’est toute aliénation de sa force de travail selon l’idéologie néolibérale. L’extorsion marchande et sexiste est donc promue comme un modèle de notre sexualité et de notre libération. Cette idéologie crée une nature féminine : la « salope qui au fond aime “ça” » et en tire profit.
    Lien

  • evemarie
    evemarie
    informaticienne
    • Posté à 14h49 le 12/09/2012
    • Internaute 42286
      informaticienne

    « s conditions, elles font leur shopping et elles reviennent. »
    c’est ce genre de phrase débile qui discrédite tout un article ..... Pourquoi les femmes qui en aurait les moyens iraient faire du shopping après un avortement ? Parcequ’on a les moyens d’avorter qu’on est insouciante, sans émotions ? Alors en France chaque femme qui avorte , va faire des courses ? puisque nous on ne paye pas et c’est légale . Le lien entre argent et manque de conscience ne semble pas établi, j’ai vu des femmes pauvres avorter sans conscience .

    • Cristina L’Homme
      Cristina L’Homme répond à evemarie
      Journaliste
      • Posté à 21h49 le 12/09/2012
      • Journaliste 107052
        Journaliste

      Au contraire. Ce genre de phrase a un sens dans la bouche d’une femme chilienne : les femmes qui en ont les moyens, prennent l’avion pour aller faire leurs courses à Miami et en Uruguay ou à Buenos Aires. Un peu comme les femmes du Golfe, vont faire leur shopping à Paris et à New York : ça n’a rien d’insultant par rapport aux femmes qui font leur shopping, mais ça vous explique quel genre de femmes vont à Miami et en Uruguay et dans quel contexte. ça ne concerne qu’un petit pourcentage de la population.

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