American Ecolo

Les débats sur l'environnement vus par Hélène Crié-Wiesner, spécialiste française vivant en Caroline-du-Nord.

Une gentille « novlangue » pour parler du climat aux Américains

Publié le 31/07/2009 à 20h36

Alors que la loi écolo d’Obama doit passer l’étape du Sénat, une étude propose d’adoucir le vocabulaire afin de ne plus effrayer.


Slogan « Save our Earth » inscrit sur une plage en Floride pour la Journée de la terre 1998 (Reuters)

Oubliez le spectre des « changements climatiques », dites plutôt « notre atmosphère abîmée ». Pour transmettre la sensation de l’urgence écologique, votre langage doit être positif, inspiré, susciter l’envie d’agir.

C’est ainsi que vous pourrez expliquer les enjeux écologiques et climatiques aux millions d’Américains que ces sujets rebutent ou effraient. A ceux qui ont peur d’une augmentation d’impôt, ou de devoir modifier leur façon de vivre. Ne jouez surtout pas cartes sur table. Soyez pé-da-go et tout miel.

Tel est le conseil donné au gouvernement, au monde associatif et aux acteurs du « green business » par le groupe de relations publiques (à but non lucratif) ecoAmerica, qui a étudié la meilleure manière de sensibiliser une population indécise ou sceptique.

Même si les problèmes sont d’ordre scientifique, évitez les mots précis justement trop précis : ils pourraient n’être pas « bien » compris par un grand public globalement ignare, ou paresseux, ou tellement polarisé politiquement que l’information deviendrait contre-productive.

Ne dites pas énergies « renouvelables », mais « qui ne s’épuisent pas »

Oubliez par exemple l’expression « échange des permis d’émission » ; parlez de « dividendes de l’énergie propre ». Troquez les énergies « renouvelables » ou « alternatives » contre des énergies « qui ne s’épuisent pas », des énergies « qui ne se brûlent pas ».

Le concept « d’économies d’énergie » terrorise-t il certaines personnes qui se voient plongées dans l’obscurité perpétuelle ? A celles-là, faites miroiter « des économies financières pour un avenir meilleur ». EcoAmerica s’en explique sur son blog :

« Ceux qui se battent en faveur du climat ont besoin d’apprendre à passer du langage des spécialistes à celui de la table de cuisine. »

Or donc, dans les chaumières états-uniennes, qu’est-ce qui est le plus susceptible d’emporter les convictions ?

« Les grands idéaux de l’Amérique ! Brandissez les valeurs de liberté, de prospérité, d’indépendance, d’auto-suffisance. Evitez à tout prix le jargon et les détails politiques, scientifiques, économiques et technologiques. »

« Pour certains Américains, le réchauffement climatique est connoté extrême gauche »


Ces recommandations passent mal auprès des militants, outrés de ce qu’ils voient comme une façon cynique de vendre la crise écologique à l’instar d’une vulgaire marque de dentifrice. Leur courroux a été relayé en mai par plusieurs journaux qui avaient mis la main sur des extraits de l’étude d’ecoAmerica, alors encore non publiée. Le New York Times, quant à lui, titrait ironiquement :

« Pour sauver la planète, utilisez un dictionnaire des synonymes. (“Seeking to save the planet, with a thesaurus”) »

Le directeur d’ecoAmérica explique ainsi la démarche de reformulation :

« Dans ce pays, quand on parle de réchauffement climatique, la plupart des gens y voient un argument politicien. Certains Américains pensent qu’il s’agit d’une expression codée induisant extrême gauche, mariage homosexuel, et autres trucs dans ce genre-là. D’où la nécessité de recadrer les mots employés. »

La loi écolo d’Obama doit encore passer l’étape du Sénat

La stratégie actuelle de l’administration Obama, qui tente de faire passer une loi nationale limitant les émissions de gaz à effet de serre, semble s’inspirer en droite ligne des recommandations d’ecoAmerica : ne pas présenter les problèmes sous un angle anxiogène.

(Petit rappel : en juin, la Chambre des représentants a voté pour un texte fixant un nouveau comportement énergétique aux Etats-Unis. Cette loi, qui ne satisfait pas les écologistes, doit, pour entrer en vigueur, être adoptée par le Sénat, lequel n’entend pas du tout la voter telle quelle. Les choses risquent de traîner encore un bon moment.)

Un virulent article publié cette semaine par le site d’informations environnementale Grist se félicite ironiquement du contretemps : quelques mois supplémentaires accordés aux élus et au gouvernement ne peuvent que leur donner le temps d’améliorer une loi tellement faible !

Pour le système de santé, la Maison-Blanche ose appeler un chat, un chat

Mais Grist s’insurge contre l’hypocrisie des initiateurs de la loi, qui refusent d’appeler un chat, un chat :

« Quand il s’agit de notre système de santé défaillant, la Maison-Blanche n’a aucun problème pour expliquer au public et aux médias la myriade de conséquences catastrophiques qui affecteraient le pays si on ne votait pas la réforme (des millions de gens supplémentaires sans couverture médicale, une nouvelle catastrophe économique, l’explosion des cotisations sociales...).

En revanche, il est interdit de prédire ouvertement les épouvantables catastrophes qui vont nous tomber dessus si on n’agit pas pour l’environnement. On a seulement le droit de parler des énergies propres et des emplois verts à la clé.

Non que ce message-ci ne soit pas bon, au contraire, mais il ne peut à lui seul justifier la nécessaire réduction de 42% des émissions pour les vingt prochaines années, encore moins les 83% sur quarante ans, sans compter les lourdes réglementations qui iront avec ces objectifs. »

Amérique ou France, même combat

Pour motiver les Américains à faire des sacrifices, il faudrait donc leur dire clairement les choses au lieu de tourner autour du pot. Quoiqu’avec le mot « sacrifice » on soit déjà mal barré...

(Pour clore cette histoire de rhétorique qui m’a bien fait rire tout au long du printemps, je tiens à préciser une chose aux riverains tentés de railler ces pôvres grands enfants d’Américains : pendant les années 80 et 90 au cours desquelles j’ai écrit dans la presse française sur l’environnement, mes chefs et autres éditeurs m’ont toujours suppliée d’éviter « les détails et infos trop pointus », censés décourager les citoyens. Décourager d’agir, ou décourager de lire les papiers ?)

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  • affreuxjojo
    • Posté à 21h19 le 31/07/2009
    • Internaute 29421

    Sur la question écologique, visiblement, il faut rester dans le politiquement correct. De même qu’on ne dit pas « noir » mais « afro-américain », on ne dira plus « énergies renouvelables » mais « énergies qui ne s’épuisent pas ». Cela signifie que les racistes ont tellement insultés les noirs que le mot noir est devenu péjoratif. Et que les républicains ont tellement tapé sur l’écologie que le langage et les concepts de l’écologie sont devenus péjoratifs au yeux de nombreux Américains. Cela signifie également que les combats politiques se font d’abord et avant tout sur le terrain du langage. Dans « 1984 » Orwell disait cela mieux que moi.

  • vermisseau
    vermisseau répond à alekse
    étudiant ingénieur en (...)
    • Posté à 21h21 le 31/07/2009
    • Internaute 26276
      étudiant ingénieur en (...)

    on balance beaucoup sur les américains, une façon sûrement de nous croire au dessus du lot
    il ne faut pas oublier que les américains nous ont précédé dans plusieurs domaines, en particulier je pense à cet article de Rue89 sur l’autofinancement des économies d’énergies aux USA qui ne se fait pas en France

    avant de cracher outre atlantique, passons déjà le balai chez nous, il y’a tant à faire...

  • tweesty
    tweesty
    Gaucher et contrarié
    • Posté à 22h40 le 31/07/2009
    • Internaute 83901
      Gaucher et contrarié

    Pendant les huit années qu’a duré l’ère bush, les Américains ont pris 25 ans de retard niveau écologie. J’ai tout de même de la peine à croire qu’on ne puisse plus les avertir et les motiver sans utiliser un vocabulaire formaté.
    Ils en ont peut-être marre d’être pris pour des imbéciles par des cabinets d’audit qui n’ont pas compris que bush (sans majuscule), c’est fini !
    Ceux que j’ai pu rencontrer savaient se faire violence et se remettre en question.
    Et puis, un certain nombre d’Américains s’intéresse de près à l’écologie (le succès des films « la 25ème heure » et « une vérité qui dérange » ou encore les humiliations répétées de Sarah Palin en sont la preuve.
    Bien sûr Obama veut -et doit- bénéficier de l’image positive et optimiste de a campagne, mais pas à n’importe quel prix.

  • brothe
    brothe
    chercheur Postdoc
    • Posté à 03h32 le 01/08/2009
    • Expert 53510
      chercheur Postdoc

    Que veux dire cet article ? C’est assez original de faire un article sur la langue americaine en traduisant tous les termes en francais ... mais ca ne veux plus rien dire ! donner au moins la liste des mots utilises aurait ete sympa

  • Anastaze
    Anastaze
    inconsolable
    • Posté à 08h12 le 01/08/2009
    • Internaute 53186
      inconsolable

    ... et oui, le problème des dinosaures, c’est qu’ils ne connaissaient ni le merchandising, ni le marketing, ni le return on investment... alors ils en sont réduits à gazouiller bêtement dans les arbres (quand il en reste) !

  • Hélène Crié-Wiesner
    Hélène Crié-Wiesner répond à brothe
    Binationale
    • Posté à 13h25 le 01/08/2009
    • Internaute 57
      Binationale

    Tous les originaux sont en lien. Soit vous téléchargez l’étude complète en pdf, soit vous lisez l’article du NYT, lui aussi en lien.

  • vermisseau
    vermisseau répond à sitoihien
    étudiant ingénieur en (...)
    • Posté à 14h39 le 01/08/2009
    • Internaute 26276
      étudiant ingénieur en (...)

    « Théoriquement les américains devraient faire plus d’efforts que les européens ; »

    ah oui c’est sûr ils doivent réduire leur train de vie par 6
    mais nous on doit quand même réduire le notre par 3
    je propose qu’on ne les attende pas trop pour commencer ; -)

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