American Ecolo

Les débats sur l'environnement vus par Hélène Crié-Wiesner, spécialiste française vivant en Caroline-du-Nord.

Prix du livre d'économie : Dominique Nora, « Les pionniers de l'or vert »

Publié le 04/12/2009 à 03h32


Des panneaux solaires pivotant pour suivre le soleil à Palo Alto, en Californie (Bsterling/Flickr)

Le prix du livre d'économie a été remis ce matin à la journaliste Dominique Nora, pour son livre « Les Pionniers de l'or vert », aux éditions Grasset. Il restait en compétition trois livres, les deux autres étant « L'effet sablier - vers la mort des classes moyennes » (Jean-Marc Vittori, Grasset aussi) et « La prospérité du vice » (Daniel Cohen, Albin Michel). Pascal Riché, rédacteur en chef de Rue89, est membre du jury. Nous republions pour l'occasion l'article que notre blogueuse Hélène Crié-Wiesner a consacré il y a quelques semaines à l'ouvrage de Dominique Nora.


(De nos archives) L'or vert... Depuis le temps qu'on nous bassine avec la richesse des poubelles ou la rentabilité des matériaux recyclés... Mais si c'était juste une question de méthode ? Aux Etats-Unis, certains reprennent tout à zéro.

Dans son nouveau livre «  Les Pionniers de l'or vert », la journaliste Dominique Nora raconte les enivrantes sagas de ceux qui exploitent le filon des énergies nouvelles. Ce sont les mêmes qui avaient cru aux semi-conducteurs dans les années 70, à la micro-informatique dans les années 80, et à Internet dans les années 90.

Ces premiers zinzins avaient transformé la Silicon Valley californienne en pépinière de start-up appelées à transformer le monde. Dominique Nora a narré l'histoire de ces visionnaires dans d'autres livres. Elle se penche là sur leurs fils spirituels, tout aussi allumés mais qui espèrent sauver la planète.

Les petits nouveaux, que Nora appelle des « american écolos » (merci pour la référence au nom de ce blog), entrent donc dans le tourbil

lon des « greentech » (technologies vertes), « cleantech » (technos propres) et « energytech » (technos de l'énergie), comme on voudra.

Sur les aspects les plus économiques de ces sujets, je cale. Pas Dominique Nora

Les technologies existent, ils veulent juste créer des conditions pour qu'elles décollent à grande échelle, qu'elles sortent des niches d'initiés où elles stagnent actuellement.

Leur terre de prédilection, c'est la Californie, dont le gouverneur Schwarzenegger, ami du business ET de l'environnement, a facilité leurs débuts.

Petite parenthèse : je m'évertue sur ce blog « American Ecolo » à raconter les rapports complexes des Américains avec la consommation, l'environnement, la planète. Des enjeux déterminants. Mais je cale dès qu'il faut pénétrer trop profond dans les aspects plus économiques de ces sujets et du coup, je n'analyse et ne comprends les phénomènes qu'à moitié.

Pas Dominique Nora. Egalement ingénieur, elle ne se laisse pas bluffer par des techniciens baratineurs. Et comme elle raconte bien les histoires, son bouquin est sidérant.

« Ils sont jeunes, millionnaires, brillants, et leurs projets -souvent utopiques à première vue- vont redessiner la carte économique et énergétique de la planète. »

Des entrepreneurs qui ne craignent ni le ridicule, ni l'échec

Nora parle ici des énergies vraiment nouvelles, pas des tentatives souvent farfelues de faire du propre avec le pétrole, le charbon ou le nucléaire. Soit notamment :

  • les voitures électriques de deuxième génération
  • le changement radical des techniques et matériaux de construction du bâtiment
  • les agrocarburants qui n'auront pas pour conséquence de faire disparaître les cultures d'aliments
  • les centrales solaires thermiques et les panneaux solaires dernier cri
  • les éoliennes devenues des monstres de puissance, ou au contraire des miniatures ultra-sophistiquéees

Mais ce qui frappe dans ce livre, c'est moins la découverte des technologies que l'approche politique et commerciale des acteurs. Leur vision globale. La plupart de ces entrepreneurs n'ont peur de rien, ni du ridicule, ni de l'échec, ni des pertes financières (l'argent n'est souvent pas le leur, mais celui de « capital risqueurs »).

Vinod Khosla, « le gourou du capital-risque vert » comme Nora le désigne, ex-fondateur de Sun Microsystems, qui a pour maxime cette phrase de Gandhi :

« D'abord ils vous ignorent, puis ils rient de vous, puis ils vous combattent... et puis vous gagnez. »

Guérir l'humanité de son addiction au pétrole

Parmi les innombrables projets exposés dans le livre, celui de Shai Agassi est incroyable. Il prétend faire basculer tout le parc automobile à l'électricité d'ici quelques années, sans surcoût pour le consommateur, sans cauchemar pour les fabricants de voiture, tout en douceur, mais très vite :

« Il a l'ambition démesurée d'ébranler deux des piliers de l'économie mondiale : le marché automobile (1 500 milliards de dollars) et le marché de l'essence à la pompe (1 500 milliards de dollars).

“Si j'ai raison, ne cesse-t-il de répéter, cette révolution va provoquer le plus grande rupture de l'histoire du capitalisme.” Il veut être l'homme qui aura guéri l'humanité de son addiction au pétrole. »

Et vous savez quoi ? En découvrant le personnage, ses antécédents, sa méthode, ses alliés politiques et économiques, on pense qu'il a de sérieuses chances d'y arriver.

Zéro investissement pour des économies d'énergie

Il y a aussi les frères Drive, de jeunes Sud-Africains qui ont imaginé un programme de financement pour que les particuliers puissent équiper leur maison en panneaux solaires... sans débourser un sou, tout en faisant d'emblée de considérables économies d'électricité. Le taux d'équipement a bondi dans la région.

Tous les secteurs d'activité où l'énergie est essentielle sont passés au scanner par Dominique Nora, seul l'éolien est un peu délaissé par l'auteur, peut-être parce que les bouleversements ont déjà eu lieu à la fin des années 90. Ou parce que la Californie n'est plus en pointe dans ce domaine.

Les petits génies américains sont lucides sur ce qu'ils ont entrepris. Ils voient la similarité avec la bulle de la nouvelle économie dans les années 90 :

« Il s'agit de prises de risques sur lesquelles il y aura beaucoup de perdants... et quelques gagnants. C'est pourquoi il est important de développer un large éventail de technologies, pour augmenter les chances d'en voir certaines adoptées sur un marché de masse. »

Un vaste monde entre les dot-com et l'énergie

Ils voient aussi -et Dominique Nora insiste sur ce point- qu'on ne peut pas transposer le modèle des start-up :

« Le déploiement du business Internet est instantané, alors que pour distribuer un biocarburant, il faut aussi penser aux raffineries, à la construction des infrastructures, à la concurrence avec les cultures agricoles. »

Certains y laisseront leur chemise, d'autres deviendront très riches. Tous ces gars-là (il y a quelques femmes aussi engagées dans l'aventure, même si Nora n'en cite qu'une) ont en commun un désir de monde meilleur. Ou du moins plus propre :

« Un rêve ? Peut-être. Mais qui mérite d'être poursuivi avec ténacité. Le parti pris de cette enquête est de suivre ceux qui, au Etats-Unis, l'incarnent avec le plus de conviction. »

Embarquer les multinationales dans la révolution

A la fin de son livre, Nora parle de révolution environnementale. Elle ne revendique pas la décroissance : si je l'ai bien entendue sur Europe 1, elle est même opposée à ce concept, pensant qu'on peut aménager notre mode de vie actuel dans un sens plus durable.

« (Cette) révolution ne se concrétisera que si les multinationales s'y mettent. Car seuls ces grands acteurs peuvent conférer aux changements une échelle suffisante pour qu'ils soient significatifs.

C'est leur savoir-faire industriel et leur puissance marketing qui permettront aux “produits verts” de ne pas coûter plus cher que les autres, et aux biens et aux services “décarbonisés” de sortir de leur niche “bobo” pour conquérir le marché de masse. »

Nora a raison, et on ne peut qu'applaudir ses « visionnaires » californiens. N'empêche qu'on peut avoir envie de se replonger dans le livre d'Hervé Kempf, « Pour sauver la planète, sortez du capitalisme », dont j'avais parlé dans ce blog. Juste pour vérifier si un modèle radicalement différent n'est pas envisageable.

► Article déjà publié le 26/10/2009.

Aller plus loin
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  • vol19
    • Posté à 20h37 le 26/10/2009
    • Internaute

    Ce qui m'intéresse dans cet article, c'est cette illustration de la capacité Américaine, surtout Californienne de s'enthousiasmer, pour des utopies, des expérimentations sociales, scientifiques et techniques et de tenter de les inscrire très vite dans le « dispositif » capitaliste, illustrant bien les travaux de Boltanski sur la capacité de récupération du capitalisme de la critique artiste.
    Il n'empêche que certaines utopies techniques ont parfois émergé dans le cadre de la contre-culture, avec des aspirations démocratiques, libertaires. Il semble que ce ne soit pas trop le cas, ici ou transparait d'emblée un certain réalisme (il y aura des gagnants et des perdants)... ceci par rapport à la musique des précédents rêves technologiques ou sociaux américains.
    Aussi, je suis frappé comme la démarche est empirique, on essaye un dispositif, çà marche ou pas... sans nécessairement aller sur une analyse du contexte très fouillé (logique hypothéticodéductive à la française). Et semble t-il on ne se donne pas de limite. Hier, le site « airliners » relevait un projet qui semble a priori fou de construire une plateforme flottante, en fait piste flottante à 10 km des côtes pour étendre l'aéroport de San Diego et relier la ville avec... un train sous-marin coût estimé 20 millard de dollars et ils espèrent trouver des investisseurs... Les internautes de airliners américains sont pessimistes... Ils n'empêche que ce type de projet puisse s'afficher et se revendiquer publiquement, ce qui est inconcevable ici actuellement.
    Assurément, de l'autre côté en France, la faiblesse de coopération, innovation, développer des expérimentations, tenter de les industrialiser est à pleurer. Rien que sur les matériaux et techniques de constructions, il n'y a pas plus conservateur de l'industrie du batiment. Cette vie organisationnelle, inventive elle n'est nulle part.
    Enfin, ce que je trouve personnellement dommage mais, c'est la réalité il semble, que ces nouvelles technologies ne s'inscrivent pas avec de nouvelles formes organisationnelles, coopération, secteur associatif, social qui s'inscrivent bien dans un contexte de croissance faible.

  • Enki
    • Posté à 20h40 le 26/10/2009

    Addiction à l'or jaune
    Addiction à l'or noir
    Addiction à l'or vert

    « La plus grande rupture de l'histoire du capitalisme »

    Guérir l'humanité de la couleur de son addiction ?

  • Jean-Jacques Louis
    • Posté à 21h58 le 26/10/2009
    • Internaute

    Les Américains, Californiens ou autres, n'ont pas le monopole de l'idée géniale pour produire de l'énergie propre. Avec des projets aussi anciens que le four solaire de Montlouis et l'usine marémotrice de la Rance, la France occupe depuis longtemps une position enviable dans la création de machines énergétiques propres.

    Pour rester plus actuel, je citerai la société française GUAL qui produit et commercialise une stato-éolienne à axe vertical qui peut même être installée en ville sur le toit d'une maison. Les riverains intéressés peuvent trouver de l'information à ce sujet sur Lien . Une telle machine résout le problème des pertes dues au transport de l'électricité. GUAL apporte la preuve qu'il n'est pas nécessaire d'être américain pour avoir des projets et surtout pour les concrétiser.

    Une autre solution est l'utilisation de piles à combustible qui peuvent être utilisées comme source locale d'électricité (domestique et/ou pour recharger les batteries classiques d'un véhicule électrique) ou même sur le véhicule électrique lui-même. Le Belge Van Hool produit et commercialise un bus électrique produisant son énergie à partir de pile à hydrogène dont les gaz d'échappement ne sont que de l'eau. Un de ses clients n'est autre que la ville de Los Angeles. Tiens ! Même du point de vue commercial, il n'est pas nécessaire d'être américain. Où allons-nous ? (Lien ) Sur cette page, un PDF en anglais décrit bien le bus en question.

    Photo du bus à hydrogène sur Lien

  • Boutauvent
    Boutauvent
    Testeur de temps libre
    • Posté à 16h40 le 04/12/2009
    • Internaute
      Testeur de temps libre

    Merci à tous !
    Il y avait bien longtemps que j'avais pu lire un article et des commentaires ou s'expriment des opinions aussi variées d'aussi bonne tenue.
    Comme le précise l'auteur, elle n'est pas très pointue en « économie », ce qui lui « interdit » de proposer une analyse plus critique du contenu de ce livre de Dominique Nora que je n'ai pas encore eu le bonheur de lire... mais je constate que plusieurs commentaires débattent du modèle social à mettre en parallèle de ces développements technologiques sans que ça tourne à la foire d'empoigne.
    On y lit même le mot « décroissance » sans que fusent les noms d'oiseaux, et que s'en expriment plusieurs conceptions.
    La civilisation serait-elle en marche ?

  • fantome de la nuit
    • Posté à 01h16 le 05/12/2009

    Tout ce Green Business néglige quelque chose : dans 60 ans, plus d'uranium ; dans 90 ans, plus de métaux du tout... Et j'en passe... Cela ressemble encore à du bluff de l'Empire Capitalisto-Spectaculaire Intégré de la Matrix du Contrôle, ou je ne m'y connais pas...

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