American Ecolo

Les débats sur l'environnement vus par Hélène Crié-Wiesner, spécialiste française vivant en Caroline-du-Nord.

Climat : le scepticisme, un nouveau poujadisme ?

Publié le 08/12/2009 à 11h33

L'unanimisme qui entoure le sommet de Copenhague a mis à la mode les théories climato-sceptiques.


Dessin de Mykaïa pour Rue89

La crise d'urticaire anti-écolo qui accompagne le début du sommet de Copenhague est un de ces phénomènes typiquement franchouillards dont notre pays a le secret. L'important, c'est d'être sceptique, de ne surtout pas laisser croire aux autres qu'on est naïf. Peu importe si l'on se retrouve à combattre une « pensée unique » dont on accusait les autres il y a vingt ans.

L'article publié lundi sur Rue89, « L'édito climatique unique, une démonstration de force efficace ? », ainsi que les réactions qu'il a suscitées, est l'archétype de la propension française à la volte-face idéologique, à la méfiance systémique, à la singularité à tout prix.

Ainsi, l'éditorial commun proposé par 56 journaux dans 44 pays serait un vecteur de pensée unique ? Une entrave à la liberté de conscience des citoyens ?

Comment ose-t-on s'offusquer - ou railler fielleusement -, à l'instar d'Anthony Bellanger, chef des informations à Courrier International, de ce que ces journaux « ne représentent pas la presse à gros tirage mais plutôt des quotidiens de référence, des journaux de l'élite bien pensante, assez chic » ?

Pour être crédible, la presse intello devrait être épaulée par les journaux populaires

Implicitement, les torchons populaires que sont le Sun ou le Daily Telegraph sont parés de toutes les vertus parce qu'ils ont gardé leurs distances. Il aurait été étonnant que ces même journaux, qui crachent à longueur d'année sur les écolos, qui flattent les instincts populistes de leur lectorat, s'associent à un appel « pour changer le monde », pour reprendre le titre du Monde.

Bref, cet édito commun a été publié par des journaux intello-bobo-chics, achetés par des lecteurs friqués qui ont les moyens de se nourrir bio, de rouler en voiture hybride, qui s'extasient sur les livres de Gore, les films d'Arthus-Bertrand et de Hulot. Si ces gens-là, méprisables évidemment, approuvent la grand-messe de Copenhague, s'ils espèrent un accord, c'est que tout est suspect, pipeau, pipé, joué d'avance. Donc Copenhague est à jeter, CQFD.

Que signifie cette allergie grandissante au « consensus » autour du changement climatique ? C'est mauvais par nature, un consensus ? Apparemment oui, quand il s'agit de Sarko, la droite, la gauche, les Verts, les ONG... qui devraient continuer à se taper dessus éternellement pour rester crédibles.

Y a-t-il danger automatique quand les scientifiques sont majoritairement d'accord ?

Comment peut-on employer le terme péjoratif de « groupe dominant » pour qualifier le Giec et la majorité des scientifiques climatologues ? Le Giec est un groupe international des scientifiques mandaté par l'Onu pour faire le point depuis 20 ans sur l'évolution du climat et ses causes.

Même si le fameux « climategate » - la révélation des correspondances escamotées - pose des questions sur la manière dont le Giec a géré les relations entre ses contributeurs, il ne fait aucun doute que des évolutions climatiques gravissimes sont en cours, dont les effets se font déjà sentir sur les plus pauvres habitants de cette terre.

Certains craignent que les problèmes de la faim dans le monde et de l'accès à l'eau ne soient délaissés par les instances internationales au profit de la lutte climatique ? Qu'ils attendent de voir comment tout va encore s'aggraver lorsque la montée des océans, l'augmentation des sécheresses et l'avancée des déserts va accélérer les phénomènes déjà l'œuvre.

Ceux qui voient du danger dans la situation actuelle de la planète sont donc devenus majoritaires dans la communauté scientifique. Bien. Que je sache, les opposants aux thèses du changement climatique n'ont jamais été privés de tribune, ni dans la presse scientifique, ni dans la presse traditionnelle.

Les dissidents sont intéressants, et on a l'occasion de les entendre

Rien qu'en France, tant Claude Allègre que Vincent Courtillot ont pu s'expliquer à loisir. Sans oublier Serge Galam, qui a notamment eu accès au Monde et... à Rue89 (entre autres). Tant mieux, parce qu'ils soulèvent des points fort intéressants (sauf Allègre, qui débloque). Mais pourquoi faudrait-il privilégier leurs points de vue plutôt que celui du Giec ? Parce que le Giec est trop puissant ? Parce qu'être petit, c'est mieux qu'être gros ?

Ce qualificatif de « dominant » m'indigne. Tant pis si cela met en évidence mon âge canonique, mais à ceux qui ont commencé à s'intéresser récemment à la question, je précise que dans les années 80 les écolos, ou les scientifiques qui alimentaient les thèses écolos, étaient très mal vus. Tant par le grand public que par les politiques.

Sans parler de la presse qui, globalement, se contrefichait de ces sujets. Si les médias ont changé, tant mieux, je ne vais certainement pas regretter le bon temps où l'environnement n'intéressait que les marginaux. Si le Giec est désormais une autorité reconnue, ce n'est pas parce que Sarko, les jurés du Nobel, ou les multinationales l'ont décrété pour des raisons inavouables, mais parce que ses travaux ont fini par convaincre.

Ceux qui voient Al Gore comme un suppôt du grand capital avide de retombées médiatiques et de gloire oublient qu'il était présent et actif au Sommet de la Terre de Rio de Janeiro, en 1992, qu'il avait déjà écrit un livre très inconfortable pour son pays, que c'est seulement après qu'il s'est présenté à l'élection présidentielle aux côtés de Clinton.

A une époque, le méchant Américain était Bush, aujourd'hui c'est Gore

Peut-être qu'en France on ne s'en rend pas compte, mais si l'Amérique a enfin bougé, c'est largement grâce à Al Gore. Georges W. Bush n'aurait pas évolué d'un iota sur la reconnaissance du phénomène de l'effet de serre et sur la reconnaissance d'une part de responsabilité américaine sans l'influence de Gore sur ses compatriotes.

Bush, parlons-en. A-t-il été vilipendé, celui-là, pour ses refus de reconnaître la part des Etats-Unis dans le réchauffement climatique ? S'il y avait bien un méchant, à l'époque, c'était lui. Et voilà qu'aujourd'hui, il deviendrait un héros pour avoir été écolo-sceptique avant la grand-messe de Copenhague ? Il doit bien rigoler, dans son ranch texan, en train d'écrire (de faire écrire) ses mémoires...

Puisqu'on parle de rigolade, toujours en réaction à ce fameux article et aux commentaires qu'il a suscités, parlons des clips vaguement ridicules des associations militantes.

Elles tentent de sensibiliser le grand public aux réalités écologiques, et leurs messages parfois simplets ne me font pas sourire, non. Ce type de mini-films est la conséquence directe de la simplification du monde imposée par les médias populaires depuis des décennies.

Par la télé autrefois, par YouTube et consorts aujourd'hui : « Un message rapide, coco, pas compliqué, avec une idée forte, pas plus, sinon les gens vont décrocher. Un gimmick, c'est encore mieux. » On ne peut pas reprocher aux groupes militants d'essayer de toucher le public, mais que voulez-vous faire passer de sérieux en une minute ?

Ah, au fait, les climato-sceptiques viennent de recevoir du renfort : l'Arabie Saoudite doute officiellement, depuis lundi, de l'utilité du sommet de Copenhague.

Illustration du 18 novembre dernier de Claude Allègre par Mykaïa, sur son blog Rue89.

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  • slave1802
    slave1802
    Technicien telecom
    • Posté à 11h44 le 08/12/2009
    • Internaute
      Technicien telecom

    Le doute fait partie intégrante de la culture scientifique dites vous. Soyez logique, laissez nous le bénéfice du doute...

    Quand par exemple, je regarde ma facture d'électricité avant le passage aux ampoules basse consommation et après, que je la rapproche de mon budget achat, j'ai un GROS doute !

  • ThePhysicist
    • Posté à 12h06 le 08/12/2009

    Hélène, avez vous une quelconque formation scientifique ?

    Si je vous dis que les mails mettent en évidence un biais systématique dans les méthodes de reconstruction des températures, ça vous dit quelque chose ?

    Si je vous dis que la courbe en crosse de hockey de Mann&al présentée notamment en pleine page du rapport du GIEC 2001 pour montrer l'influence de l'homme sur le climat peut-être obtenue avec des courbes purement aléatoires, ça vous dit quelque chose ?

    Si je vous dis que les mails mettent en évidence la collusion de scientifiques pour empêcher la publication de papiers n'allant pas dans leur sens, ça vous dit quelque chose ?

    Si je vous dis que des proxys sont utilisés à l'envers dans les reconstructions de températures, ça vous dit quelque chose ?

    Si je vous dis que les codes informatiques utilisées par les climatologues sont bourrés de bugs et d'erreurs, ça vous dit quelque chose ?

    Si je vous dis que le seul scénario réaliste en terme d'émissions totales -la répartition par émetteurs est fausse- de CO2 (en se basant sur les réserves prouvées de fossiles) est le scénario B1 (~550ppm), ça vous dit quelque chose ?

  • Plouc Le Bouc
    • Posté à 12h13 le 08/12/2009

    Merci, merci, mille fois merci ! J'ai beau me dire que les réactions sont souvent hystériques et velléitaires (les miennes aussi), j'en ai assez de ce poujadisme à deux balles.
    Le fait est que la rhétorique est inversée par les extrêmistes décomplexés : être anti-raciste, c'est la pensée dominante, être contre les rafles, c'est la pensée dominante, être écolo, c'est la pensée dominante, être pour la réduction du temps de travail, c'est la pensée dominante, être pour l'égalité des sexes, c'est la pensée dominante, etc... Les cerbères décomplexés ont bien appris leur trois mots de vocabulaire.
    Le fait est que les scientifiques moqués dans les années 80 avaient raison, c'est la communauté scientifique qui le dit.
    Le fait est que les alter radicaux et les black blocs qui pourrissaient les sommets économiques avaient raison, c'est le G20 qui le dit.
    Et ceux qui les ont dé-crédibilisés en permanence ont une grosse part de responsabilité.
    Alors merci d'essayer de faire taire ceux qui dénigrent l'ensemble de la communauté scientifique parce que l'essence est trop chère.

  • ericaro
    • Posté à 12h14 le 08/12/2009
    • Internaute

    Où est le problème ?

    1/ votre illustration l'illustre bien. La plupart des « sceptiques » sont sceptiques sur la part humaine du réchauffement climatique. Donc l'illustration est fallacieuse. Qui nie que la terre s'est réchauffée jusqu'en 1998 ? personne ! ceci est un strawman ( Lien )

    2/ En philosophie politique on apprend que la « science » ne doit pas décider des « actions ». La science n'est JAMAIS (et ne le sera jamais d'ailleurs) qualifiée pour prendre des décisions d'actions. Exemple farfelue : en épidémiologie on sait que le travail est mauvais pour la santé, vous entendez, vous, un concert de médecin qui réclament l'abolition du travail ? Bien sur que non. Et pourtant le travail est bel et bien dangereux. Comment on gère alors ? les politiques « trouvent » un compromis fait de rapport de force syndical/patronal etc.

    3/ l'écologie, en se parant d'un nom scientifique fait dans le totalitarisme. (oui oui). On peut faire du totalitarisme en mélant pouvoir religieux et politique, on peut le faire également en mélant politique et scientifique. (c'est bon pour vous puisque c'est dieu (heu pardon) la science qui le dit).

    4/ l'écologie est en train de construire des dogmes (je pèse mes mots).
    Le premier d'entre eux qui commence à prendre est :
    La nature est en équilibre. L'homme vient perturber cet équilibre.

    C'est grave un dogme pareil. Une fois admis, tout devient facile : hooo, y a moins de requins en mer de cortes, c'est la faute des hommes qui les chassent, hoooo y a trop de calamar en mer de cortes, c'est la faute des hommes qui ont chassé les requins !

    Ergo, tout changement (en plus, ou en moins) est FORCEMENT la faute de l'homme. (s'en déduit directement du dogme 1er)

    Mais non, malheureusement ce dogme est FAUX ! La nature est mouvement perpétuel, et l'homme appartient à ce mouvement. Si on accepte ce fait, on peut commencer à discuter des responsabilités que l'homme s'attribue vis à vis de son environnement (sujet intéressant d'ailleurs), Sinon, ce ne sera que flagellation sur la méchante humanité.

    5/ Quant à délaisser les autres « causes », quel chef d'état était présent au sommet de lutte contre la faim dans le monde ? aucun.
    1 Milliard de gens souffrent de la faim, ici et maintenant, versus quelques hypothétiques degrés de plus d'ici 100 ans, et quelques milliards de gens qui souffriront peut-être de la faim... y a pas photos, tout le monde est à copenhague ( le soleil et les plages de sable blanc sans doute )

  • Slovan
    Slovan
    Baroudeur
    • Posté à 12h36 le 08/12/2009
    • Internaute
      Baroudeur

    « L'article publié hier sur Rue89, “ L'édito climatique unique, une démonstration de force efficace ? ”, ainsi que les réactions qu'il a suscitées, est l'archétype de la propension française à la volte-face idéologique, à la méfiance systémique, à la singularité à tout prix. »

    Exact.

    Et ça se décline en :
    - « le vaccin contre la grippe A est recommandé par le gouvernement, il faut donc être contre ».
    - « les experts ont présenté une explication de ce qui s'est passé le 11 septembre 2001, explication soutenue par le gouvernement américain, c'est donc qu'elle est fausse et que la Vérité est ailleurs »
    - « le gouvernement dit que la présence de radars sur les routes a réduit le nombre d'accidents, mais c'est le gouvernement qui le dit, c'est donc qu'il ment ».
    - etc.

    « Je suis d'un avis contraire de vos “experts”, donc j'existe (surtout sur internet). »

  • Laurien
    • Posté à 12h36 le 08/12/2009

    Après le journalisme d'investigation, celui de proposition, voici le journalisme de débat contradictoire : merci de nous donner la possibilité de croire que le débat est encore possible, publiquement.

    Quelques remarques (adressées au deux protagonistes du débat, Sophie et Hélène) :
    La nouveauté, comme sujet d'actualité, de la préoccupation du devenir de cette planète et de ses ressources, est une avancée extraordinaire, c'est indéniable, et, en ce sens, vous avez bien raison de le souligner, Hélène. Ne serait-ce que l'arrivée du sujet « écologie » au cours des dernières présidentielles dans ce pays, était un évènement remarquable. Les ainés marginaux qui, dans les early seventies, militaient dans ce sens ont du se réjouir. De même que l'arrivée de la bio sur la grande scène de la consommation.
    Cependant...
    Sophie a-t-elle tort de rester vigilante, de ne pas se laisser emporter par l'émotion (même si elle est positive) d'une telle apparence de progrès. La société du spectacle, vous avez sans doute entendu parler ?
    De l'autre côté de l'écran, il y a ça par exemple :
    Lien

    Est-il pertinent de noter que, de même que la notion de malthusianisme s'est faite entendre de la bouche d'anciens détracteurs, nouvellement convertis à un « écologiquement correct », en même temps que la notion de décroissance commençait à émerger, de même, le terme de complotisme se fait de plus en plus entendre, au fur et à mesure que se révèlent les sombres conséquences et dessins d'accords marchands à l'apparence pourtant si bien soignée ?

    Sans vouloir être un briseur (ou une briseuse) d'un élan de conscience nouveau, il est difficile de ne pas rester conscient que l'élan d'une logique ancienne, celle de la conquète pour assouvir une insatiable soif de consumérisme, continue d'entraîner les évènements dans sa course devenue folle.

    L'autre soir, sur France Culture, la secrétaire d'état chargée de l'environnement, mme Jouanno, débattait avec Cécile Duflot, secrétaire nationale des verts : d'accord sur bien des points, elles divergeaient cependant sur une question cruciale que mon petit entendement restituerait de la manière suivante : Jusqu'à quel point les pays occidentaux, dont l'expansion a entrainé le monde dans ce qu'il est actuellement, sont-ils prêts à renoncer à la cause fondamentale du catastrophisme environnemental, à savoir notre consumérisme effroyable et dévastateur.

    Pour ma part, je continue de penser que c'est lorsque nous aurons mis à jour nos intentions, les miennes, les leurs, les vôtres, les nôtres, que nous pourrons réellement progresser.

    Un sage indien, du nom de Shantideva, posait,il y a déjà quelques siècles, le problème de la façon suivante :
    « Tout le bonheur du monde vient du cœur altruiste,
    Et tout son malheur, de l'amour de soi. »

    Vôtre.

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