American Ecolo

Les débats sur l'environnement vus par Hélène Crié-Wiesner, spécialiste française vivant en Caroline-du-Nord.

« Aux Etats-Unis, les immigrés sont mieux traités qu'en France »

Publié le 21/08/2010 à 10h18

Faisant écho aux débats français sur l'immigration, Hélène Crié-Wiesner partage son expérience de naturalisation américaine.


Ça y est, j'ai deux pays ! Au moment où Sarkozy menaçait certains Français de leur retirer leur nationalité, les Etats-Unis me reconnaissaient citoyenne à part entière. Moi, Française expatriée depuis dix ans, je suis désormais une Américaine d'origine étrangère. Vu ce qui se passe en France, ça me fait drôle.

Comme je parle anglais avec un lourd accent français -aucune chance de le perdre quand on a immigré à mon âge canonique-, ma nouvelle identité n'est pas évidente à revendiquer. Quand on me demande : « D'où êtes-vous ? », et que je réponds : « De Caroline du Nord », je sens bien que mon interlocuteur pense que je me fiche de lui.

Si celui-ci est malin, il va employer la flatterie pour obtenir son information : « Votre accent est si mignon ! » Le pire, c'est qu'ils sont sincères : les Américains adorent l'accent français, alors qu'entre Français, on meurt de rire en s'entendant parler anglais.

Cette curiosité satisfaite, on cesse de s'intéresser à mon cas, extrêmement banal dans ce pays où on peut acquérir la nationalité de trois à six ans après avoir obtenu la « carte verte » de résident. Laquelle est bien plus difficile à obtenir que la nationalité.

Quand il ne faisait pas bon être français aux USA

Il fut un temps où être français était limite dangereux aux Etats-Unis : juste après le discours de Villepin à l'ONU en 2003, quand la France avait refusé de s'engager auprès de l'armée de Bush en Irak.

Je ne voulais alors pas que mon petit garçon porte son pull à l'effigie des Bleus vainqueurs du Mondial 1998, craignant des insultes à l'école. Une copine francophone trouillarde exigeait qu'on parle anglais dans la rue par peur « d'offenser » les passants. Et la famille du consul général de France de Houston avait reçu des menaces de mort.

Sans compter qu'un honnête citoyen m'avait dénoncée au FBI pour avoir pris en photo une raffinerie de pétrole. Je ne vous raconte pas l'hystérie de l'enquête et la peur diffuse ressentie durant des années, surtout lors de mes fréquents passages de frontière.

Il ne reste rien de cette hostilité, à part une vague ironie de certains envers « notre » amour du « socialisme ». Lors de mon examen final dans le processus de naturalisation, avant de m'interroger sur mes connaissances linguistiques, historiques et constitutionnelles, mon examinateur m'a cependant félicitée pour « notre » système d'assurance médicale. Socialiste, peut-être, mais enviable.

Le jour de cet examen, qui signait la fin d'un processus bureaucratique assez simple de quatre mois, je partageais la salle d'attente avec des Latinos, beaucoup d'Asiatiques (Inde, Pakistan, Vietnam, Corée...), un couple de Norvégiens, et une famille africaine. Tous sont ressortis avec un grand sourire et une convocation pour la cérémonie de naturalisation.

Le processus de naturalisation revient cher

Je précise que les panneaux du bâtiment de l'immigration, ainsi que toutes les annonces orales, étaient rédigés en anglais et en espagnol. Je me demandais si les préfectures et les administrations françaises adopteront un jour l'arabe pour rendre service à ses usagers mal à l'aise en français.

Comme j'avais réussi l'examen, je me suis permis de demander à mon « officier » dans quelles circonstances je pouvais perdre cette nationalité chèrement acquise (675 dollars pour envoyer le dossier, sans garantie de résultat, plus 350 dollars d'avocat, non obligatoire, pour vérifier l'ensemble).

Sa réponse : même si je rentrais dans un gang, si je tuais un policier, si je crachais sur la bannière étoilée, ou prenais un second mari, je resterais Américaine. Des cas sont prévus pour retirer cette nationalité, mais ils n'ont rien à voir avec le comportement social, et s'appliquent aussi bien aux natifs qu'aux nouveaux citoyens dans mon genre.

Pourtant, le jour où je suis allée prêter mon « serment d'allégeance », j'ai tiqué sur plusieurs phrases, dont celle-ci :

« Je déclare, sous serment, que je renonce entièrement et absolument, et que j'abjure toute allégeance et fidélité à quelque prince étranger, potentat, Etat ou souveraineté, dont j'aurais auparavant été sujet ou citoyen. »

Gloups ! Je veux bien être américaine, mais je veux rester française. D'un autre côté, autant que je sache, je n'ai jamais juré allégeance à la France, j'y suis née, c'est tout. Si j'abjure, c'est du vent. Abjurons donc.

Impossible de perdre sa nationalité française

De toute façon, la France ne permet pas qu'on renonce de son propre chef à sa nationalité, n'est-ce pas ? Si on me prend mon passeport, le consulat m'en fera un autre sur le champ. Le gouvernement américain le sait, c'est pour cela qu'il ne réclame plus les passeports des Français naturalisés.

J'ai donc prononcé la phrase à haute voix en même temps que les autres, debout et la main sur le cœur, face au drapeau. J'ai juste gardé les dents serrées au moment de ce passage, car j'ai des limites personnelles infranchissables :

« One nation, under God [Une nation sous Dieu]... »

Pourquoi la désirais-je, cette citoyenneté américaine ? Parce que je paye mes impôts ici, et que je voulais pouvoir voter. Je me suis assez reprochée d'avoir fait la fine bouche sous le règne de Bush, ce qui m'a privée des urnes en novembre 2008. Cette fois, je vais pouvoir voter en novembre, et participer ainsi au renouvellement de la moitié du Congrès.

Aux Etats-Unis, les élections régissent davantage la vie publique qu'en France. On ne choisit pas seulement ses sénateurs et ses représentants à la Chambre, mais aussi, dans son Etat, son comté, sa ville, les juges, les shérifs, les conseils d'administration des académies qui choisissent les manuels et les programmes scolaires...

Combattre l'insupportable caricature du peuple américain

Je voulais la nationalité pour une autre raison, encore plus importante : pour démontrer aux Français que tous les Américains ne sont pas des purs réacs, des gens sans culture, des gaspilleurs d'énergie, des avaleurs compulsifs de junk food, des va-t-en-guerre, des « gros c.... », ainsi que je le lis souvent sous la plume de certains riverains.

Si moi, Américaine, je suis différente de cette caricature, c'est que des dizaines de millions d'autres Américains le sont aussi. Pas tous, c'est vrai, mais qui prétend que les 65 millions de Français sont tous coulés dans le même moule ?

Je sais que le chemin pour obtenir cette fameuse nationalité a été moins dur pour moi que pour un pauvre Mexicain. Mais ils sont cependant des centaines de milliers d'immigrants chaque année à devenir citoyens : 463 204 en 2003, 702 589 en 2007, légèrement moins l'an dernier.

Un débat est en cours aux Etats-Unis sur l'immigration, sur une éventuelle réforme de l'obtention de la nationalité. Rien n'est joué. Pas plus qu'en France, où les projets Sarko-Hortefeux ne se sont pas encore concrétisés.

Quelle que soit l'idée qu'on se fait des Etats-Unis, je maintiens que les immigrés légaux et les nationaux d'origine étrangère y sont mieux traités que leurs homologues français.

  • 37451 visites
  • 431 réactions
Vous devez être connecté pour pouvoir commenter : ou créez un compte
  • alberich
    • Posté à 10h28 le 21/08/2010

    Les naturalisations en France sont de l'ordre de plus de 100 000 par an, rapporté à la population il n'y a pas trop de différence avec les US.

    Donc ..

    Pour dire que les immigrés sont mieux traités aux US, dites nous s'ils ont des HLM financés par les APL, le RSA et la CMU et cie ^^

  • Phil2922
    Phil2922
    Retraite invalidité
    • Posté à 10h32 le 21/08/2010
    • Internaute
      Retraite invalidité

    Les Etats-Unis ont connu des relations difficiles avec leur immigration tout au long de leur histoire mais l'édito vindicatif du New-York Times à l'égard de Sarko montre que ce pays mérite d'avoir un mec comme Obama comme président. Bien sûr, il reste de nombreux racistes, surtout parmi les Républicains..., mais contrairement à la France avec son ignoble ministère de l'Immigration et de l'identité nationale et son quota annuel d'expulsés, l'Amérique sait qu'elle a besoin de nombreuses naturalisations pour rester un grand pays...

    Bien sûr, ce pays reste présent en Afghanistan, mais d'un autre côté, il accélère le retrait de ses troupes en Irak... !

    Lien

  • odalage
    • Posté à 10h39 le 21/08/2010

    Ce n'est pas tout-à-fait vrai : un Français peut perdre sa nationalité s'il acquiert une autre nationalité d'un pays qui ne reconnaît pas la double nationalité et qui exige une renonciation préalable à la nationalité française. Il y a eu aussi le cas de ce Français homosexuel qui s'était marié avec un Néerlandais et qui avait découvert que la France lui avait retiré la nationalité (elle lui a finalement été rendue).

  • mygalon
    mygalon
    mamiatempspartiel
    • Posté à 10h57 le 21/08/2010
    • Internaute
      mamiatempspartiel

    Les US pays d'immigrés, la France aussi. rares sont les français de souche, ce qui ne veut pas dire grand chose en fait. Le problème c'est que la France stigmatise plus facilement certaines populations. Les juifs pendant la guerre, certains français n'ont pas hésité à dénoncer des juifs. Ensuite racisme latent à l'égard des arméniens, des italiens, des réfugiés espagnols, des arabes et maintenant les roms. Mis à part dans certains Etats du sud des US racistes à l'égard des noirs, les autres populations sont je pense moins stigmatisées qu'en France par le pouvoir et une majorité (malheureusement) de « français ».

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 10h59 le 21/08/2010
    • Internaute
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    « Moi, Française expatriée depuis dix ans, je suis désormais une Américaine d'origine étrangère. Vu ce qui se passe en France, ça me fait drôle ».

    Juste une question Hélène, mais elle est essentielle.

    Avez vous désormais la double nationalité, ou aura-t-on exigé de vous que vous renonciez totalement à votre nationalité d'origine ? .
    (seriez vous « radiée » du listing des citoyens de nationalité française)

    En d'autres termes, êtes vous totalement libre (et sans avoir le moindre problème administratif) de pouvoir aller-venir entre ces deux pays, vous y installer, choisir de vivre où bon vous semble...
    ...que ce soit de façon épisodique ou sur le plus long terme.

    « Une copine francophone trouillarde exigeait qu'on parle anglais dans la rue par peur “ d'offenser ” les passants ».

    Cette simple petite phrase ▲ montre quand même qu'aux USA aussi, certains sont complêtement coincés quelque part...question tolérance.
    Si « le Français » passe encore, je ne suis pas certain qu'il en soit de même pour les arabes « et donc musulmans » auxquels on associe le traumatisme du 11.9.

    ► « Quelle que soit l'idée qu'on se fait des Etats-Unis, je maintiens que les immigrés et les nationaux d'origine étrangère y sont mieux traités que leurs homologues français. »

    J'adhère bien volontier votre conclusion !
    ...à condition que vous ne soyez pas obligée de planter un drapeau US sur votre pelouse, juste pour faire comme beaucoup, et être acceptée des autres.

  • Vico
    • Posté à 12h32 le 21/08/2010

    J'ai dût mal à croire au titre de cet article :

    « “ Aux Etats-Unis, les immigrés sont mieux traités qu'en France ” »

    Rien qu'en voyant comment sont chassés les immigrés clandestins par les milices légales dans le sud du pays, ça fait froid dans le dos.

    Et dans tous les cas, la proportion croissante d'immigrés Latinos créer depuis quelques années un vif débat au sein de l'opinion, au moins dans le camp républicain.

    Et dans la façon dont ils sont traités, ils sont à égalité, avec nos travailleurs quasi-esclave de la RATP, et les travailleurs Latinos des champs aux USA.

    Personnellement, ayant côtoyer des immigrés dans mon entourage, il me semble que l'aide à la famille en France, et l'accès au travail n'est pas aussi difficile, pour tous immigrés en situation régulière du moins.

    Dans la dimension sociale la France demeure supérieur aux états-unis, et c'est pas ce systéme embryonnaire de sécurité sociale aux USA qui va démontrer le contraire, ni cet article d'ailleurs, qui je trouve : manque d'une dimension plus réelle, et qui prend une prise de position nette qui la noie alors dans un manque cruelle d'objectivité.

  • dad-ô-space
    • Posté à 15h14 le 21/08/2010

    C'est vrai que les Etats-Unis sont vraiment magnifiques dans leur conception de la politique d'immigration, leur guantanamo, leur système social inexistant, leurs meurtres journaliers en rapport à leur liberté constitutionnelle, leurs agissements à l'étranger sous l'égide de leur supériorité économique et militaire, leur bon Dieu omnipotent justifiant les pires vices, leur incohérence entre leurs actes et leurs pensées puritaines, leur acceptation des sectes religieuses, leur population lésée par le système capitaliste...
    c'est vrai que par rapport à la France, c'est magnifique.

    Une question : les deux pays sont-ils réellement comparables ?

  • GilD
    GilD
    universitaire
    • Posté à 16h20 le 21/08/2010
    • Expert
      universitaire

    Vivant une large partie de mon temps aux USA, je confirme que les immigrés y sont mieux traités. Pendant des années, j'ai parlé en anglais à mon poissonnier de Stop and Shop (grande surface) de Watertown (Massachusetts). Il m'a parlé en français plusieurs années après notre premier conversation. Il était d'origine algérienne. Je lui ai demandé pourquoi il ne m'avait pas parlé plus tôt en français. Il m'a répondu, avec un ton de fierté dans la voix, qu'il était Américain. Suite à mes questions, il m'a déclaré qu'il se sentait bien aux USA et parfaitement Américain. Un example parmi d'autres. Je suis toujours surpris de voir les foules hétéroclites de par leur origine s'émouvoir en chantant l'hymne national et se passionner pour l'histoire des USA racontée, sous diverses formes, dans de nombreux lieux, où l'aspect immigration est très important, sans cesse rappelée et glorifiée. Cet aspect est sans cesse rappellé. Il constitue une part fondamentale de l'identité américaine. A Boston, par exemple, tout en haut du building Prudential Center, d'où l'on peut voir toute la ville, se trouve une exposition glorifiant tous les immigrés, depuis les pilgrims jusqu'aux arrivants actuels. Un film raconte cette histoire et finit par « Nous sommes une Nation de Nations. » On y trouve un espace pédagogique invitant à l'accueil des étrangers et se moquant des formalités douanières (voir photo jointe). Lorsque mon fils a commencé son 1st grade (CP) à l'école primaire publique américaine, comme tout enfant d'immigré, il avait des cours particuliers d'anglais. La première chose qu'il lui a été appris est une chanson qui présente toutes les régions des USA. Après chaque région, le refrain est « Ce pays qui est le mien, est maintenant le tien. » Je me laisse parfois aller à imaginer que nous puissions faire la même chose chez nous...

Retour sur Rue89

Note Les notes de blogs ne sont pas toutes mises en forme par l'équipe de Rue89 contrairement aux articles du site.