American Ecolo

Les débats sur l'environnement vus par Hélène Crié-Wiesner, spécialiste française vivant en Caroline-du-Nord.

Télétravail et shopping en ligne mauvais pour l'environnement ?

Publié le 08/10/2010 à 11h11


Un ordinateur branché (orijinal/Flickr)

Mauvaise nouvelle : télétravail et shopping en ligne aggravent nos émissions de gaz à effet de serre. Des scientifiques britanniques ont effectué un calcul précis, contrariant ceux qui pensaient ainsi ménager l’environnement.

Dans le rapport rendu en septembre par le groupe Intelligent Transport Systems de l’université de Newcastle, le professeur Phil Blythe déclare :

« On a beaucoup mis en avant l’intérêt pour l’environnement de travailler chez soi. A l’issue d’un examen approfondi, il apparaît que les bénéfices ne sont pas au rendez-vous. »

Ces calculs ont été permis par un modèle mathématique baptisé Telework, mis au point en 2003 par l’université de Berkeley, un de ceux utilisés par les scientifiques de Newcastle.

30% de consommation énergétique en plus

Travailler à domicile au lieu de se rendre chaque jour au bureau peut augmenter jusqu’à 30% la consommation énergétique liée initialement à son activité professionnelle. Paradoxalement, il y aurait aussi davantage de déplacements en voiture, et forcément un accroissement de la pollution automobile.

D’abord, les télétravailleurs doivent forcément équiper leurs bureaux personnels, dupliquant de fait les ordinateurs et imprimantes qu’ils auraient partagé avec des collègues. L’étude rappelle que le processus de fabrication des appareils électroniques est particulièrement polluant.

Ensuite, la consommation électrique supplémentaire, due à l’éloignement, générée par l’usage d’un matériel de travail électronique produit de grandes quantité de d’oxyde nitreux et de méthane. Deux gaz respectivement 300 et 25 fois plus dangereux pour l’atmosphère que le CO2.

S’ajoute à cela une consommation accrue de chauffage l’hiver et de climatisation l’été (peut-être pas partout dans le monde). Il semble qu’un travailleur soit plus sensible aux variations de température chez lui qu’au bureau, où chaleur et air conditionné sont réglés une fois pour toute, pour tout le monde, et pour un seul bâtiment.

Les télétravailleurs compensent en sortant plus souvent

Il est exact qu’en restant chez lui au lieu de conduire pour aller au bureau un travailleur ne brûle pas d’essence, et n’émet donc pas de CO2. C’est important car, aux Etats-Unis, 86% des travailleurs prennent leur voiture pour aller bosser, et les trois quarts sont seuls dans le véhicule. La distance moyenne parcourue chaque jour est de 52 kilomètres.

Sauf qu’il a été constaté que, privés de contacts sociaux quotidiens, la plupart des télétravailleurs compensent en sortant plus souvent :

  • virée au supermarché,
  • récupération des enfants à l’école au lieu de les laisser rentrer en bus,
  • envie de déplacements le week-end...

Par-dessus le marché, l’excuse du télétravail justifie pour certains le choix d’un domicile très éloigné de la ville. Au bout du compte, ce phénomène favorise l’expansion infinie des centres urbains sur la campagne, surtout aux Etats-Unis où les familles aiment habiter dans des banlieues neuves et proprettes.

« Pas une excuse pour baisser les bras »

Autre enseignement de l’étude de Newcastle, faire ses courses en ligne peut économiser du C02 à la condition expresse :

  • d’acheter au moins 25 marchandises d’un coup,
  • de commander autant que ce que vous auriez acheté en 3,5 déplacements au centre commercial,
  • d’acheter votre produit unique à moins de 50 km.

Le rapport pointe clairement les « effets rebond » d’activités économiques réputées plus « vertes » que d’autres. Dommage, disent les scientifiques, mais sur ce coup-là, la société s’est plantée.

Des politiques publiques et des aménagements concédés par les entreprises, censés améliorer les choses, ont au contraire un impact négatif, ou du moins nul, sur l’environnement.

Le professeur Phil Blythe conclut son rapport en s’adressant aux décideurs politiques et économiques :

« Premièrement, la menace climatique est réelle pour notre planète, on ne doit pas se sentir impuissant face aux efforts demandés pour la combattre. Les effets secondaires inattendus d’efforts louables ne doivent pas être une excuse pour baisser les bras.

Deuxièmement, les décideurs doivent veiller à ce que les conséquences de leurs décisions ne se résument pas à transférer les émissions de carbone d’un secteur d’activité à un autre. »

Sur le site américain Slate, on peut lire (en anglais) un article ultra-précis, très approfondi, sur les impacts environnementaux réels du télétravail. Sa conclusion est la suivante :

« D’abord, vous abandonnez votre voiture pour aller bosser. Ensuite seulement, vous vous demandez ce qui est le mieux : prendre le bus ou travailler chez vous. »

Photo : un ordinateur branché (orijinal/Flickr).

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  • speedy38-
    speedy38-
    Ingénieur des travaux finis
    • Posté à 16h53 le 08/10/2010
    • Internaute 124689
      Ingénieur des travaux finis

    Le télétravail : Une belle arnaque surtout.

    Il est aussi connu que les personnes qui travaillent à domicile font plus d’heures et travaillent globalement plus que ceux qui bossent dans un bureau...

    En plus, pour l’employeur, c’est tout bénéf :
    - Pas besoin de local à mettre à disposition.
    - Pas de consommation d’énergie.
    - Pas d’investissement mobilier.
    - Etc, etc.

    Sans augmentation de salaire, sous prétexte que le salarié « fait l’économie du trajet »...

    Ben voyons...

    Personnellement, je vais bosser en vélo, environ 13 à 15 bornes aller-retour par jour, je ne sais pas exactement et je m’en fous.

    C’est bon pour la santé, ça pollue pas, et c’est plus rapide que de poireauter comme un con dans les embouteillages...

    Bon, quand il pleut ou qu’il neige, c’est pas top, mais il suffit de prévoir des vêtements de rechange au boulot...

  • rue89thom
    rue89thom
    technirien
    • Posté à 23h10 le 08/10/2010
    • Internaute 128110
      technirien

    Recentrer le travail sur son lieu d’habitation, quelle belle idée ! !
    surtout pour cesser de bouffer de l’énergie pour les transports, et donc limiter la conso d’énergie fossile non renouvelable, moins polluer, moins réchauffer la planète...
    Dans l’hypothèse tout à fait probable qu’une réduction de consommation d’un côté libère notre propension à re-consommer ailleurs, tout cela, et j’en suis désolé n’abouti qu’à peu de progrès, et peu d’impact en comparaison du bénéfice accru provenant d’un mode de vie autre.
    éliminez tous les boulots superflus, et ils y en a ! ! ! : les métiers du sur-service, les métiers de la communication, du marketing, de la pub, éliminez toute cette branche de métiers qui visent à créer du besoin, qui encourage à surconsommer, éliminez tous les boulots qui n’ont d’autre dessein qu’alimenter la croissance (même avec un bilan négatif en terme de mieux être) ou l’enrichissement et vous n’aurez plus besoin de ces économies de bouts de chandelle.
    La réflexion à mener, pour infléchir la tendance du réchauffement climatique, doit se porter sur notre mode de société ultraconsommatrice et les métiers qui y sont liés, notre mode de vivre et non pas sur ces ajustements dérisoires qui ne riment à rien.

  • Humain
    • Posté à 00h52 le 09/10/2010
    • Internaute 21387

    Le mieux est donc de supprimer de travail !

    Il n’y a pas d’inquiétude à avoir, notre gouvernement fait tout son possible pour diminuer les emplois.

    Et sans emploi du tout, c’est tout bon pour l’environnement.

  • zvince
    zvince
    Informaticien
    • Posté à 00h53 le 09/10/2010
    • Internaute 106509
      Informaticien

    « D’abord, les télétravailleurs doivent forcément équiper leurs bureaux personnels, dupliquant de fait les ordinateurs et imprimantes qu’ils auraient partagé avec des collègues. »

    Donc on suppose que celui qui fait du télétravail a aussi un ordinateur au bureau, allumé même quand il n’est pas là. Idem pour l’imprimante. J’ai pratiqué le télétravail, et le « bureau » était le domicile de mon patron, j’y ai été 2 fois en 6 mois. Et je n’ai pas vu un pc avec mes initiales, allumé pour chauffer la pièce ...

    « Ensuite, la consommation électrique supplémentaire, due à l’éloignement, générée par l’usage d’un matériel de travail électronique produit de grandes quantité de d’oxyde nitreux et de méthane ».

    Ah bon, le même pc pollue plus si il est chez moi qu’au bureau ?

    « S’ajoute à cela une consommation accrue de chauffage l’hiver et de climatisation l’été (peut-être pas partout dans le monde). Il semble qu’un travailleur soit plus sensible aux variations de température chez lui qu’au bureau »

    Quand j’ai froid chez moi je mets un pull (que je n’aurais pas emmené au taf parce que c’est pas beau) et quand il fait chaud, j’ouvre des portes et fenêtres que je ne pourrais pas ouvrir au boulot, parce qu’il y en aura toujours un qui ne supporte pas les courants d’air. En plus je n’ai pas la clim ...

    « Les télétravailleurs compensent en sortant plus souvent »

    C’est vrai que je vais le soir au supermarket pour faire une coupure. A 5 mn de chez moi (et pas à 42mn comme le trajet moyen des travailleurs français). Si j’avais des gosses (j’en ai un, mais il a 25 ans), à l’heure de la sortie d’école je serais en plein rush, donc ils prendraient le bus. Surtout si je dois aller au supermarket 2h plus tard ... Et pour le week-end, c’est surtout madame qui veut bouger. Mais quand je bossais au bureau, je sortais 3 fois par semaine ...

    On va s’arrêter là ...

  • bobnet
    bobnet
    webaddict
    • Posté à 06h23 le 09/10/2010
    • Internaute 56072
      webaddict

    Cette étude prouve surtout que les gens et les entreprises n’ont rien compris au télétravail et le font surtout pour se donner bonne conscience.
    Le vrai télétravail c’est :
    - suppression du poste de travail dans l’entreprise (1 seul ordinateur pour le travail et les loisirs au lieu de 2), suppression de surface de bureau, ...
    - suppression des réunions physiques (visioconférence, tchat, ...)
    - si vous habitez à la « campagne », il faut accepter de vivre comme à la campagne et pas comme à Paris. Si vous voulez sortir, allez faire un tour en forêt...
    - il faut accepter d’avoir moins de contact et pas compenser (sauver l’environnement implique quelques efforts et sacrifices)
    - de ne pas avoir de voiture
    - etc etc
    Pour pratiquer le télétravail depuis plusieurs années, je peux vous dire que le vrai télétravail est vraiment très bon pour l’environnement.

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