American Ecolo

Les débats sur l'environnement vus par Hélène Crié-Wiesner, spécialiste française vivant en Caroline-du-Nord.

Climat : fronde des chercheurs américains contre les sceptiques

Publié le 15/11/2010 à 13h49


Des participants à un concours de lutte ordinairement enneigé dans le nord de la Turquie (Umis Bektas/Reuters)

La guerre a repris aux Etats-Unis sur le front du climat. Dopée par ses résultats électoraux, la droite veut laminer tout ce qui reste des projets du pays pour diminuer ses émissions de CO2. Des scientifiques ont décidé d’investir les médias pour contrer les « négationnistes ».

Le coup a été préparé la semaine dernière par 39 scientifiques précisément identifiés, chercheurs universitaires pour la plupart, appartenant à la Société américaine de géophysique. Dans un article tonitruant paru le 8 novembre dans le Los Angeles Times, repris par l’ensemble des journaux d’est en ouest, ils criaient leur ras-le-bol de la mise en doute du réchauffement climatique :

« On s’engage parce qu’on est fatigués de prendre des coups. L’idée que la vérité triomphera forcément un jour ne tient plus la route. La vérité est connue depuis deux décennies, et rien n’a changé. »

Ce coup de gueule collectif -ils annoncent 700 soutiens parmi leurs collègues membres de la Société de géophysique- dénote une vraie colère chez les scientifiques du climat, qui ont cultivé jusque là une discrétion à toute épreuve, fuyant les projecteurs, se contentant de répondre aux questions sans s’investir dans le débat politique.

Des experts, des vrais, pas des amateurs

Changement de braquet : ils vont combattre pied à pied ceux qu’ils qualifient de désinformateurs, lesquels sont désormais majoritaires à la Chambre des représentants. Des centaines de spécialistes se sont portés volontaires pour parler du climat et du rôle de l’homme dans la pollution de l’air en tant qu’experts.

« Expert ». Le mot devrait signifier quelque chose de précis : un scientifique spécialiste de ce dont il parle. Or, en matière de climat, c’est loin d’être toujours le cas (et pas seulement aux Etats-Unis).

Ces mêmes scientifiques qui crisent aujourd’hui se souviennent avec amertume de l’automne 2005, quand la commission Environnement du Sénat avait choisi d’auditionner « l’expert » Michael Crichton, médecin et auteur entre autre de « Jurassic Park » et de « Etat d’urgence », « techno-roman » sur le réchauffement climatique qui avait beaucoup plu au Président Bush.

Les deux hommes partagent en effet la même certitude, ainsi exprimée par l’ancien Président (revenu depuis sur cette déclaration) :

« Le réchauffement climatique est le plus gros canular perpétré à l’encontre du peuple américain. »

Les dernières années de la présidence de Bush avaient pourtant vu une prise de conscience grandissante des citoyens et des politiques pour les questions environnementales en général, pour les changements climatiques en particulier. Et Obama avait promis de tout faire pour que son pays ne soit plus le mouton noir des pays industrialisés dans les négociations internationales.

La gauche a contribué à faire capoter le projet

Obama et son équipe ont appuyé les deux projets présentés au Congrès, des démocrates de bonne volonté se sont battus pour que celui-ci adopte rapidement une loi énergie-climat assortie de pénalités pour les grands émetteurs de CO2, mais tout a échoué.

Pas uniquement à cause de républicains dévoués aux intérêts des industriels : nombre d’élus démocrates se sont couchés par peur de déplaire à leurs électeurs.

Et aujourd’hui, les climato-sceptiques ont à nouveau le vent en poupe. En octobre, le New York Times racontait comment les Tea Partiy avaient érigé la lutte contre les théories environnementales en « article de foi ». Cette semaine, Newsweek brosse un tableau... glaçant de « l’hiver » qui attend le mouvement écologiste américain.

John Abraham, de l’université Saint-Thomas dans le Minnesota, est un des physiciens actifs dans le nouveau mouvement. Il détaille une partie du projet :

« Mettre rapidement sur pied une équipe capable de répondre du tac au tac aux controverses climatiques, composée notamment de scientifiques capables d’affronter des audiences potentiellement hostiles, tant en radio qu’à la télévision. »

Contrer ceux qui attaquent la science

Pas évident quand il s’agit de talk-shows organisés par des chaînes aussi orientées politiquement que Fox News ou certaines radios ultraconservatrices. Scott Mandia, professeur de physique au Suffolk Community College dans d’Etat de New York, ajoute :

« Notre groupe est profondément conscient que la science et les politiques publiques ne peuvent pas être déconnectées, elles sont intimement liées.

On doit prendre des mesures radicales pour non seulement communiquer efficacement sur les questions scientifiques, mais aussi pour contrer les négationnistes et les politiciens qui attaquent la science et les scientifiques. »

On a un peu l’impression d’être revenu des années en arrière. Beaucoup de gens ont entre-temps changé d’avis, d’autres s’accrochent à leurs certitudes d’origine. Ce qui fait dire au groupe des physiciens prêts à en découdre :

« On ne va pas essayer de convaincre ces gens-là. Notre but est d’atteindre ceux qui n’ont pas d’idée définie, ou qui en ont une basée sur des informations parcellaires. »

Juste après la publication de l’article du L.A. Times, la Société américaine de géophysique a publié un communiqué précisant qu’elle n’était pas, en tant que telle, à l’initiative de l’appel des physiciens :

« Nous sommes une société scientifique, pas une organisation militante. »

Le communiqué rappelle cependant que, pour éclairer le travail des journalistes au moment du sommet de Copenhague, elle avait ouvert un site de questions-réponses alimenté par ses membres. Et que le site sera rouvert avant le sommet de Cancun, pour ceux que cela intéresse.

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  • davdav
    davdav
    Oui
    • Posté à 14h15 le 15/11/2010
    • Internaute 119233
      Oui

    Ce qui est drôle, c’est que si les climato-sceptiques gagnent et qu’ils se trompent, on va tous prendre cher.

    Il faut faire une matrice avec le nombre prévus de morts si l’un ou l’autre gagne et a raison ou se trompent. Le pire cas de figure, c’est celui la : une erreur des climato sceptiques. Dans ce cas la l’humain est vraiment responsables et ne fait rien...

    C’est pas grave, la terre, elle, s’en remettra...

  • Benkebab
    Benkebab
    Salarié du grand capital !
    • Posté à 14h32 le 15/11/2010
    • Internaute 87225
      Salarié du grand capital !

    C’est une bonne chose que les scientifiques, les vrais, trouvent leur voix dans le débat sur le climat, qui est trop souvent laissé aux dilettantes, journalistes et pseudos scientifiques (Chrichton aux USA, Cabrol et Hulot chez nous pour citer des porte-parole des deux bords).

    On avait un peu abordé le sujet suite au rapport de l’Académie des Sciences (et le demi-soufflé infligé à ce cher M. Allègre)

    Lien

    Je me répète, mais : les scientifiques peuvent se passer des politiques, pas l’inverse...

  • Vert_de_Terre
    Vert_de_Terre répond à davdav
    pirate > robot > ninja
    • Posté à 14h39 le 15/11/2010
    • Internaute 105517
      pirate > robot > ninja

    A propos du raisonnement, c’est Blaise Pascal qui a inventé ça, dans « le Pari », à propos de l’existence de Dieu.

    « Vous avez deux choses à perdre : le vrai et le bien, et deux choses à engager : votre raison et votre volonté, votre connaissance et votre béatitude ; et votre nature a deux choses à fuir : l’erreur et la misère. Votre raison n’est pas plus blessée, en choisissant l’un que l’autre, puisqu’il faut nécessairement choisir. Voilà un point vidé. Mais votre béatitude ? Pesons le gain et la perte, en prenant croix que Dieu est. Estimons ces deux cas : si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc qu’il est, sans hésiter. »

    — Pensées, Blaise Pascal (1670)

  • davdav
    davdav répond à Benkebab
    Oui
    • Posté à 14h44 le 15/11/2010
    • Internaute 119233
      Oui

    A mon sens, c’est faux, le combat sera médiatique et politique avant tout.
    Allègre s’est peut être trompé, mais il a sans doute eu plus d’echos auprès du grand public que les vrais scientifiques, grâce à son passé politique et à sa caution scientifique.

    Regardez le mal que 1 ou 2 mails ont fait à tous les vrais scientifiques, à cause des politiques qui ont utilisé cet argument pour faire passer leurs idées climato sceptiques...

    Hulot n’a peut être aucun apport scientifique, mais il fait sans doute plus auprès du grand public et de la classe politique que des scientifiques incompréhensibles et incapables de se mettre à la portée du commun des mortels (c’est pas ce qu’on leur demande d’ailleurs). Conservez ces portes paroles, chacun son métier !

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 15h20 le 15/11/2010
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Crichton en expert du climat, tous au abri !
    Parce que ce mec n’a pas honte de parler de voyage dans le temps malgré le total illogisme de la chose.
    Parce que ce mec n’a pas honte de raconter que des gros lézards foutent une pilée à la seule espèce qui est capable d’éradiquer toutes les créatures qui lui font peur ou qui sont juste plus grosse que lui.
    Enfin Crichton c’est surtout l’auteur dont la spécialité est d’écrire des histoires où des gens bricolent un truc scientifique qui a chaque fois part complètement en couilles.

    Enfin je leur souhaite bien du courage, parce que la rigueur scientifique ne leur servira à rien s’ils doivent convaincre le troupeau. Là il faut utiliser la démagogie, le populisme, les bonnes vieilles peurs et les raccourcis bien courts. Mais ça peut se faire en se basant entièrement sur des faits avérés.

    Et puis même si c’est la cabale canado-sibérienne qui gagnent, c’est pas grave. Ca fera de superbe cyclone et on pourra se baigner en Janvier.

  • davdav
    davdav répond à Numerosix
    Oui
    • Posté à 15h43 le 15/11/2010
    • Internaute 119233
      Oui

    Et bien moi, je suis plutôt climato neutre : je n’ai pas d’avis sur l’évolution du climat.

    Mais en appliquant à moi même mon principe de matrice du pire cas, je me dis qu’on risque plus en ne faisant rien qu’en faisant attention à minima (oui, je n’ai pas de toilette sèche, je prends des douches et utilise mes appareils électriques quand je veux). Donc je fais attention.

    Ceci dit, si tout le monde s’en fout, je vais pas faire des efforts pour tout le monde ! Finalement, je suis pas en bord de mer donc peu concerné par la montée des eaux. Il fera chaud en été et bien j’achèterais une clim. Il fera froid en hiver : pas grave, j’ai les moyens de me chauffer. Et puis à 70 ans, j’essaierais de mettre fin à mes jours avant de finir mort de chaud dans un hôpital public délabré entassé à 15 dans des chambres de 5...

    Je veux bien faire attention, mais si les 3/4 de la population s’en fout, je vais pas arrêter de vivre pour eux...
    Au pire, si la catastrophe arrive, on pendra les pollueurs par leurs boyaux, pour l’exemple... Ca fait moins enfantin je trouve.

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