American Ecolo

Les débats sur l'environnement vus par Hélène Crié-Wiesner, spécialiste française vivant en Caroline-du-Nord.

Le Texan climato-sceptique Rick Perry, menace pour Obama ?

Publié le 01/06/2011 à 13h00


Il est encore tôt pour s’exciter sur les futurs candidats à la présidentielle américaine. Mais puisque le gouverneur du Texas vient d’entrer dans la course, on ne va pas attendre des mois pour vous le présenter. Mi-BD, mi-ciné (quoique plus série télé), Rick Perry est un personnage surréaliste.

Comme des dizaines de milliers de Texans au bureau ou dans les champs, en costume-cravate ou en jean-Stetson, Rick Perry porte des bottes de cow-boy. Très belles, très chères, les siennes ont des noms incrustés dans leur peau d’alligator : « Freedom » (liberté) à droite, « Liberty » (autre mot pour liberté) à gauche.

Vendredi dernier à Austin, le gouverneur réélu en décembre pour un troisième mandat – un record historique national –, s’entendait demander pour la centième fois s’il pensait se présenter à l’élection présidentielle de novembre 2012. Depuis deux ans, il assurait que non. Mais pas cette fois :

« Oui, je vais y penser.... Mais je pense à beaucoup de choses. »

Il n’en a pas fallu davantage pour que le monde politico-médiatique entre en ébullition. Un prétendant de plus dans les rangs républicains, ça ne peut pas faire de mal, d’autant que ceux déjà en lice ont bien du mal à tenir la distance. A l’exception de l’habile Mitt Romney, déjà candidat à la candidature en 2006. Mais sa religion mormone et le fait qu’il ne soit pas assez conservateur embarrasse son parti.

Rick Perry sur l’avortement, les clandestins et la peine de mort


L’acteur Warren Beatty à un match de basket à Los Angeles, le 21 février 2011 (Danny Moloshok/Reuters).

Physiquement, l’ultra-chrétien Rick Perry ressemble beaucoup à l’acteur de gauche Warren Beatty.

Malgré ce défaut tout relatif aux yeux de ses admirateurs de droite, il est une idole pour les partisans des Tea Parties qui croient modérément aux chances de leur héroïne Sarah Palin. Et il ne déplaît pas aux caciques plus classiques du GOP, le Grand Old Party républicain.

Perry est à la tête d’un Etat immense et riche, peuplé de donateurs aux poches profondes. Il applique depuis dix ans et demi au Texas les recettes légales, fiscales et morales que la droite rêve d’imposer aux Etats-Unis. Car tout est génial, dans le bilan de Perry :

Arrêtons-nous un instant sur les positions écologiques du gouverneur, prétexte évident à un article sur ce blog.

Le changement climatique, c’est des conneries

D’autres républicains, tels John McCain et d’actuels candidats à la primaire, ont un temps flirté avec l’idée que, oui, tout de même, l’homme et les Américains avaient une responsabilité dans le réchauffement de la Terre, qu’il fallait faire quelque chose pour enrayer le phénomène. Ils ont opportunément fait marche arrière depuis. Perry, lui, a toujours été clair : tout ça, c’est des conneries !

Il s’est farouchement opposé aux projets de loi de 2009 et 2010 tendant à réguler les émissions américaines de gaz à effet de serre. En février, il a intenté un procès à l’Agence de protection de l’environnement pour l’empêcher de considérer ces gaz comme des polluants devant être quantifiés et réglementés.

Perry a tout fait pour accélérer l’autorisation de mise en service de onze nouvelles centrales au charbon au Texas. Alors que le pétrole s’écoulait à flot l’été dernier dans le golfe du Mexique, Perry a qualifié l’accident « d’acte de Dieu », fustigeant ceux qui accusaient BP de négligence.

Ces idées sont en gros celles de la droite aujourd’hui. Le seul républicain à s’en démarquer sérieusement est un autre candidat potentiel à la présidentielle, Jon Huntsman, ancien gouverneur d’Utah qui fut nommé ambassadeur des Etats-Unis en Chine par Obama, mormon lui aussi.

Huntsman reconnaît non seulement la réalité du changement climatique et la responsabilité de l’homme, mais appelle de ses vœux un vigoureux changement de politique énergétique.

Le climat ? Passé de mode dans l’opinion publique

A se demander si la religion mormone est pour quelque chose dans cette attitude, car Mitt Romney n’est pas non plus un climato-sceptique. Lui, en revanche, ne veut pas infliger de restrictions énergétiques aux Américains, ni les taxer pour leurs rejets de carbone. Il estime que ça ne ferait que déplacer les émissions vers les pays émergents, et nuirait gravement aux emplois du pays qu’il se propose de diriger.

A l’exception de ces deux ovnis, le GOP et ses encombrants alliés du mouvement du Tea Party sont tous d’accord pour ne plus s’encombrer de ce sujet climatique, de toute façon passé de mode dans l’opinion, lors de la campagne à venir.

Reste le sujet des énergies renouvelables, qui va resurgir au gré des empoignades sur la diversification des ressources énergétiques des Etats-Unis. Aujourd’hui, les débats sur les forages off-shore trustent l’actualité. Mais nul ne peut plus nier que les renouvelables peuvent aussi créer des emplois et des richesses.

A ce jeu de « qui-est-le-meilleur-républicain-pour-damer-le pion-à-Obama-sur-les-renouvelables », devinez qui l’emporte ? Rick Perry ! Rien à voir avec un quelconque enthousiasme pour l’écologie et la protection de l’environnement. « Business, strictly business ». J’ai écrit un polar western texan sur ce sujet, pour ceux que ça intéresse.

Le Texas produit plus d’électricité d’origine éolienne que n’importe quel autre Etat américain. Presque le triple de l’Iowa, son plus proche rival. A l’époque où Rick Perry n’était encore que le « lieutenant-gouverneur » du gouverneur George W. Bush, la législature du Texas avait voté une loi de dérégulation de l’énergie.

Les écolos voient en Perry un bouffon dangereux

En échange de cette liberté commerciale, la loi imposait aux sociétés productrices un pourcentage important – qui a crû avec les années sous la pression de Perry – d’énergies renouvelables à atteindre. Soit 5 880 mégawatts avant 2015. Or, grâce à l’éolien, le Texas a atteint cet objectif dès 2009. Pour le coup, la cible est passée à 10 000 mégawatts, ce qui ravit les électriciens, et l’Etat qui voit croître ses recettes fiscales et les emplois créés.

Pour autant, les environnementalistes n’aiment toujours pas Rick Perry, considéré comme un bouffon dangereux. Pourquoi bouffon ? Sa dernière initiative parle d’elle-même. Le contexte en est l’épouvantable sécheresse qu’a connue le Texas au début du printemps, débouchant sur les plus gigantesques incendies que l’Etat ait jamais connus.

Morts, dévastation de terres agricoles et forestières : les habitants ont beaucoup souffert. Le 22 avril, le gouverneur édicte la « proclamation » suivante :

« Moi, Rick Perry, en vertu de l’autorité qui m’est conférée par la Constitution du Texas, déclare la période de trois jours allant du vendredi 22 avril au dimanche 24 avril 2011 comme devant être des Jours de prière pour la pluie dans l’Etat du Texas.

Je recommande aux Texans de toutes fois et traditions d’offrir leurs prières pour le bien de notre Terre, la reconstruction de nos communautés, et la restauration de notre mode de vie. »

Les feux ont fini par s’éteindre, évidemment. Quand il n’y a plus rien à brûler... La piété et le prosélytisme du gouverneur n’ont surpris personne. Il est le genre d’homme politique à commencer ses réunions en exigeant que tout le monde s’attrape les mains et prie avec lui. C’est une habitude bien ancrée chez les méthodistes et les baptistes, majoritaires dans le sud des Etats-Unis.

Il va falloir s’habituer, cet homme sera peut-être élu président des Etats-Unis à la place d’Obama.

Correction le 01/06/2011 à 13h40. Dans le titre, « Texan » au lieu de « mormon ».

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  • kevangel
    kevangel
    Chercheur
    • Posté à 13h14 le 01/06/2011
    • Expert 24356
      Chercheur

    En fait c’est bien des types comme ca, ca risque de faire changer d’avis beaucoup de climato-sceptiques de gauche. Ceux qui voient dans le réchauffement climatique un mensonge des gouvernements vont peut-etre enfin s’apercevoir que combattre les climatologues revient à soutenir les gros pollueurs.

  • stabylau
    stabylau
    invertebré
    • Posté à 13h39 le 01/06/2011
    • Internaute 64783
      invertebré

    Que peut on lui souhaiter ? Un foudroyant cancer des couilles peut-être ? ! un « acte de dieu » en quelque sorte.

  • 101.7
    101.7 répond à Hélène Crié-Wiesner
    Promeneur
    • Posté à 14h24 le 01/06/2011
    • Internaute 59121
      Promeneur

    « et des choses géniales dans ce pays. »

    Absolument !

    Kérouac, Dylan, Hemingway, Burroughs, Miller...
    Miles Davis, Duke Elligton, Chet Baker...

    j’en passe et des meilleurs, dans la peinture, la danse, l’architecture, la pensée.

    Mais, on se mettra d’accord facilement tous les deux pour constater qu’ils n’ont rien de commun avec ce Perry. :)

    Comme en France, l’immensité qui sépare un Jean-François Copé (ou même son mentor adoré) avec un Voltaire, un Brassens, un Renoir (le peintre ou le cinéaste), un César, un Hugo, un Zola ou un Aragon.

    Ce n’est plus une immensité, c’est l’infini. :)

  • evanligus
    evanligus répond à goldorak
    Skullkid
    • Posté à 14h40 le 01/06/2011
    • Internaute 111964
      Skullkid

    Il faudrait peut être tout simplement que vous vous ouvriez un peu l’esprit. C’est toujours plus vendeur pour un journal de parler du tea party que des choses bien qui se passent aux Etats-Unis.
    Ce serait du même niveau pour un journal américain de ne parler que du fn et de marine...

    Il y’a aux Etats-Unis pleins de personnes formidables et très ouvertes. On y est d’ailleurs beaucoup mieux acceuillis qu’en France. Si en plus vous avez l’accent frenchie c’est bingo ;)

  • joisey_boy
    joisey_boy répond à goldorak
    expat
    • Posté à 15h42 le 01/06/2011
    • Internaute 99008
      expat

    Ça ne risque pas d’arriver.

    La frange de l’électorat qu’il représente est beaucoup trop minoritaire.

    Il faut savoir que depuis quelque temps ce sont les électeurs « indépendants » qui font pencher la balance. Or, ces indépendants ont tendance à être pragmatiques.
    Ce qui les intéresse c’est un candidat qui puisse résoudre les problèmes.

    Ce sont eux qui ont majoritairement contribué à l’élection d’Obama... mais ce sont les mêmes qui ont aussi contribué à l’élection d’une majorité républicaine à la Chambre des Représentants.

    Que Perry se lance dans la course est en fait une bonne chose. J’espère aussi que Sarah Palin et Michele Bachman vont suivre son exemple.

    Pendant que ces allumés vitupèrent, les candidats républicains qui pourraient avoir une chance de battre Obama (Pawlenty, Huntsman, Romney) sont complètement éclipsés et perdent du temps.

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