American Ecolo

Les débats sur l'environnement vus par Hélène Crié-Wiesner, spécialiste française vivant en Caroline-du-Nord.

Les Etats-Unis ne manquent pas de cerveaux durables

Publié le 28/04/2007 à 02h25

Des activistes écologistes en Norvège le 25 avril (François Lebon/Reuters).

Pour ce qui est de donner l’exemple au monde d’un mode de vie respectueux de l’environnement, les Américains ont encore du chemin à parcourir. En revanche, ils auraient tort de s’en faire pour la qualité de leur potentiel théorique : aucun autre pays, sans doute, ne dispose d’une telle puissance de recherche, d’autant d’outils analytiques, ni surtout d’une telle confiance en ses propres pouvoirs : si on veut, on peut (y compris sauver la planète), telle est la devise. Cette « self-esteem » qu’on insuffle aux citoyens américains tout bébés est parfois surdimensionnée (il n’y a qu’à voir l’Irak), elle est quand même justifiée dans certains domaines.

Admettons donc que l’Amérique décide de s’y mettre pour de bon : l’administration fédérale devrait légiférer, renforcer sérieusement l’arsenal des règles et normes en vigueur pour la gestion de l’eau, de l’air, des matières premières, de l’énergie, de la construction, de l’agriculture, etc.

Sur quelle expertise scientifique s’appuierait-elle ? Elle n’a que l’embarras du choix sur son propre territoire. Dans ce pays de 300 millions d’habitants, un maillage serré d’universités plus pointues les unes que les autres sert de Think Tank aux politiciens et aux agences fédérales. Ces dernières lancent en permanence des appels d’offres thématiques généreusement rétribués ; des chercheurs, seuls ou en collaboration inter-universitaire, luttent pour démontrer qu’ils seraient les meilleurs destinataires de ces juteux contrats ; au bout de quelques années, ces équipes publient leurs résultats, éventuellement déposent des brevets ; le Congrès et les agences touillent le tout, en utilisent une partie, gardent le reste sous le coude, quitte à dissimuler ou travestir des résultats politiquement gênants. Au bout d’un moment, certains scientifiques se rebellent, ce qui peut leur coûter cher (lire les déclarations du chercheur James Hansen sur le site de CBS) en terme de carrière.

Ce processus est en principe le même en Europe, sauf qu’en matière d’environnement -désolée-, le gros de l’info, des données, des expériences, des publications, vient des Etats-Unis. On peut d’ailleurs se demander si les scientifiques américains si prolixes n’ont pas quelquefois des doutes sur leur utilité dans leur propre pays. Bref, ce futur leadership environnemental que l’Amérique appelle de ses vœux (voir ma précédente chronique) est à portée de main, pour peu que le pays s’en donne les moyens politiques.

Prenons (au hasard) les changements climatiques. L’Institut environnemental de l’université de Princeton a lancé en 2004, en partenariat avec BP et Ford (plus l’université est connue, plus les grosses boîtes donnent des sous, la visibilité médiatique en est accrue) un projet baptisé Carbon Mitigation Initiative. Objectif : « Développer des stratégies de réductions de CO2 de manière sûre, efficace et bon marché ».

Les deux profs responsables du projet expliquaient dans la revue Science ; qu’on pouvait parfaitement « résoudre le problème du climat d’ici cinquante ans en utilisant les technologies actuelles ». Ils ont mis au point un petit jeu : un camembert découpé en quinze tranches, certaines représentant une technologie faible en CO2 ou sans émission du tout, d’autres des programmes d’économie d’énergie. Pour gagner la partie, c’est à dire pour autoriser les nations pauvres à augmenter leur croissance tout en maintenant un niveau de vie correct dans les nations riches, le monde doit jongler avec les différentes tranches afin d’enrayer le changement climatique.

C’est le genre de gadget qu’on aimerait voir présenté à Davos ou aux réunions de l’OMC. En attendant, tout ardu qu’il est, le travail du groupe de Princeton commence à être connu et diffusé, sur les sites militants et dans la presse généraliste.

Quoique l’objectif de cette colonne made in USA soit de fouiller dans les coffres des hyperspécialistes qui ont tendance à rester trop souvent entre eux, voici quelques initiatives nettement plus fun qui concourent au même objectif (ben oui, le fameux leadership environnemental américain) : un clip musical issu du Earthman Project, que les collégiens américains se refilent sur leurs forums ; et ce site Ecorazzi qui détaille, au jour le jour, les initiatives des peoples (celebs en anglais) en faveur de l’environnement.

• Rectificatif 28/04/2007 : chiffre de la population des Etats-Unis.

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  • 13 réactions
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  • Anonyme

    c’est plein d’infos et le renvoi vers les sites est tres utile. Merci

  • Anonyme

    C’est vachement bien ce papier ! Quel talent !

  • Anonyme

    entre la théorie et la pratique il y a un président. Si la situation est comme au canada, le peuple veut quelque chose et le gouvernement fait ce qu’il veux. c’est tres frustrant

  • jul.f
    • Posté à 06h57 le 12/05/2007
    • Internaute 1248

    Oui d’accord sur le leadership intellectuel.

    Mais pour que ca se concretise il faudra un changement d’administration et de style de gouvernement.

    Le gvt Bush et les republicains ont meticuleusement ignores les 95% des climatologues qui parlaient du global warming et ont prefere ecoutes ceux qui sont payes par les compagnies petrolieres. Bush a aussi reduit drastiquement le budget de l’EPA, l’organisme de surveillance de l’environement et de la surete sanitaire.

    On ne le sait peut etre pas en France, mais avant le film d’Al Gore, la population US etait aussi partagee sur l’existence du rechauffement climatique ou l’influence de l’homme dans ce rechauffement, qu’elle l’est encore sur la realite de l’evolution darwinienne ( ! ! !).
    Malgre les brillants resultats de la recherche US, la population americaine vivait donc jusqu’il y a environ 2 ans dans le flou sur ce sujet. Et le recent rapport international sur le global warming est ce qui les a finalement convaincus de cette realite.

    Exemple amusant de cette desinformation financee par les petroliers : Michael Crichton (oui, Jurassique Parc) a ete edifie en specialiste du climat par l’association americaine des geologues petroliers et a, en cette qualite, temoigne devant le congres US qu’il pense que le rechauffement est une manipulation des climatologues pour obtenir plus de financement (voir un article de l’association US des geologues Lien)

    Enfin, les solutions preconisees par Bush (maintenant qu’il a admis il y a qq mois que le climat se rechauffait) les biofuels, ne sont qu’un autre moyen de financer des filieres industrielles et ne peut etre qu’une solution tres partielle qui ne suffira pas a reduire significativement l’emission de CO2.

    Je n’ai pas lu l’article de Science, mais attention, les auteurs sont payes par BP, et l’argument selon lequel « la technologie va tout regler, pas besoin de s’inquieter » est le cheval de Troie habituel de l’industrie petroliere.

    le blog des climatologues :
    Lien

    • Anonyme répond à jul.f

      Vous avez raison pour le « flou » dans lequel flotte le peuple américain. C’est d’ailleurs toujours le cas pour beaucoup, tant cette histoire d’effet de serre relève encore davantage de la « croyance » que d’une réalité scientifique. Comme l’évolution versus la Bible.

      En revanche, je pense qu’il ne faut pas considérer que des chercheurs sont systématiquement à la botte des compagnies qui donnent de l’argent à leur université. C’est bien plus compliqué que ça. Il s’agit toujours de dons à l’institution (détaxés, bien sûr, et largement médiatisés, c’est le but !), et ce n’est pas lié aux résultats. Si c’était le cas, nombre de résultats dérangeants pour l’industrie, notamment dans le domaine des nanotechnologies, n’auraient jamais été publiés.

      C’est précisément parce que l’université française n’est pas assez financée par l’industrie privée qu’elle est derrière son homologue américaine. J’ai vraiment découvert cette réalité en émigrant aux US. Quand j’étais jeune, je brandissais des pancartes « Les patrons hors des facs » dans les manifs. J’ai changé d’avis depuis. Notamment dans ce cas précis, ce n’est que justice que les entreprises crachent au bassinet pour réparer les dégâts qu’elles génèrent.

      Hélène

      • Anonyme

        Mais à ce que j’ai compris (et peut être pourriez vous m’éclairer si je me trompe...), concernant le fonctionnement des États Unis, environ 80% des campagnes sont financées par les grands groupes pétroliers, qui font aussi du lobbying. Dès lors, même pour Clinton, lorsqu’il était Président, et Al Gore son vice-Président, il était impossible de déroger à certaines règles. En d’autres termes (et pour que ce soit plus clair !) Al Gore avait, avant même qu’il obtienne ce poste de vice-pdt, fait état des problèmes de réchauffement climatique, de même que de l’éventualité du drame causé par Katrina. Cependant, une fois au gouvernement, lui, comme certains autres, pleins de bonne volonté, se sont trouvés pieds et poings liés et dans l’incapacité de prendre des mesures efficaces pour protéger l’environnement, du fait de la pression des groupes pétroliers en question.

        Cela semble soulever une question : est ce qu’un jour un homme politique américain pourra engager des politiques sérieuses et déplaisantes aux yeux de certains pollueurs, et accepter ainsi de prendre le risque de ne pas être réélu, ou renommé (car sans argent : pas de campagne) ? Je pose cette question pour les gouvernants américains, mais elle est valable pour -plus ou moins- l’ensemble des dirigeants...

        Maria

         
        • jul.f
          • Posté à 18h51 le 12/05/2007
          • Internaute 1248

          oui le lobbying americain, on appellerait ca de la corruption dans un autre pays... ils ont chnange les lois recemment, c’est un peu mieux, mais pas beaucoup.

          Le systeme de financement est un peu complique et je ne le connais pas tres bien, les dons directs par les compagnies sont limites. Mais comme une election se gagne par spots TV, le moins riche ne gagnera jamais.

          L’efficacite avec laquelle les resultats scientifiques sur le rechauffement ont ete discreditees s’apparente a mon sens a un denis de democratie.

          Les grandes compagnies n’acceptent les resultats scientifiques qui les derangent que lorsque l’opinion publique excerce assez de pression, lorsqu’il y a un risque pour leur image. Il n’y a aucune ethique, c’est juste la preservation du profit (mais c’est le role de toute entreprise apres-tout).

          Alors est-ce qu’un jour un gvt americain pourra agir contre ces interets industriels ? la reponse est claire, non, ca n’arrivera jamais.

        • Hélène Crié-Wiesner
          • Posté à 21h50 le 12/05/2007
          • Internaute 57
            Binationale

          Maria, vous ne vous trompez pas sur le financement des compagnes électorales aux US. Al Gore s’est en effet retrouvé dans la situation que vous décrivez après son élection comme vice-président. Il se retrouverait extament dans la même situation (pieds et poings liés par l’industrie) s’il par hasard il était élu président l’an prochain. C’est pourquoi je pense que les Démocrates ne prendraient pas le risque de le choisir, lui, si toutefois il était candidat. Mais je ne suis pas experte de politique américaine !

          En revanche, l’environnement, la recherche, les universités, je connais un peu mieux. Et je maintiens : il ne faut pas croire que ce qui se passe en politique s’applique pareil dans les facs et les labos. Les institutions scientifiques dépendent en effet du fric donné par les compagnies, les responsables financiers (les fund raisers) et les autorités universitaires sont parfois gênées aux entournures par les travaux de leurs professeurs, mais au final, ces derniers sont les boss (du moins quand ils sont titulaires de leur poste). Après, tout dépend jusqu’où ces chercheurs ont envie d’aller, ce qu’ils ont envie de secouer comme cocotier, etc...

        2 autres commentaires
      • jul.f
        • Posté à 19h11 le 12/05/2007
        • Internaute 1248

        certains chercheurs ne sont pas a la botte des compagnies qui financent leur recherche. Mais les compagnies font la communication qui les arrange, et une publication scientifique serieuse ne pese pas lourd dans l’opinion publique par rapport a une campane de communication/marketing basee sur des resultats biaises.

        C’est vrai que le financement prive aide beaucoup la recherche, mais il y a tellement de difference entre les sytemes universitaires US et francais...

        par contre je ne peux pas laiser passer votre « ... relève encore davantage de la “croyance” que d’une réalité scientifique. Comme l’évolution versus la Bible. »

        NON, l’evolution est un principe scientifique demontre, avec certes des incertitudes sur les mecanismes, mais le principe de l’evolution darwinienne n’est plus une hypothese, c’est en fait.

        Il n’y a pas d’evolution contre la bible, il y a des gens qui se basent sur des faits scientifiques contre ceux qui, dans une posture presque pre-copernicienne, refuse d’admettre que l’homme n’est pas le centre du monde et que l’homme descend du singe.

         
        • Hélène Crié-Wiesner
          Hélène Crié-Wiesner répond à jul.f
          Binationale
          • Posté à 21h57 le 12/05/2007
          • Internaute 57
            Binationale

          Euh, je ne comprend pas ce que vous dites : est-ce que pour vous l’effet de serre n’est pas assez démontré scientifiquement ? Quand je dis qu’il relève de la « croyance » pour beaucoup d’Américains, c’est parce que j’ai constaté chez eux le même refus de croire les climatologues et autres spécialistes de l’air que chez les fondamentalistes chrétiens qui refusent de croire en la validité scientifique de l’évolution.
          Hélène C-W

          • jul.f
            • Posté à 00h31 le 13/05/2007
            • Internaute 1248

            helene,
            OK, j’aime mieux ca, on est d’accord, votre precedent post etait juste un peu equivoque

        2 autres commentaires
      • jul.f
        • Posté à 19h16 le 12/05/2007
        • Internaute 1248

        certains chercheurs ne sont pas a la botte des compagnies qui financent leur recherche. Mais les compagnies font la communication qui les arrange, et une publication scientifique serieuse ne pese pas lourd dans l’opinion publique par rapport a une campane de communication/marketing basee sur des resultats biaises.

        C’est vrai que le financement prive aide beaucoup la recherche, mais il y a tellement de difference entre les sytemes universitaires US et francais...

        par contre je ne peux pas laiser passer votre « ... relève encore davantage de la “croyance” que d’une réalité scientifique. Comme l’évolution versus la Bible. »

        NON, l’evolution est un principe scientifique demontre, avec certes des incertitudes sur les mecanismes, mais le principe de l’evolution darwinienne n’est plus une hypothese, c’est en fait.

        Il n’y a pas d’evolution contre la bible, il y a des gens qui se basent sur des faits scientifiques contre ceux qui, dans une posture presque pre-copernicienne, refuse d’admettre que l’homme n’est pas le centre du monde et que l’homme descend du singe.

  • Anonyme

    A noter cependant que les Etats-Unis sont largement en avance sur l’Europe en matière de traitement des eaux. La recherche est soutenue et les normes suivent.

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