Nanotechnologies : la réponse du Dr Mark Wiesner
Chère Madame,
Les termes « nanotechnologie » et « nanomatériaux » sont des définitions arbitraires. N’importe quoi dont la taille est inférieure à 100 nanomètres est officiellement un nanomatériau. Si vous voulez voir un bon exemple de nanotechnologie, regardez dans le miroir. L’auto-organisation des molécules pour créer des structures complexes (comme des gens) est un truc que la nature fait tout le temps.
La plupart de ce qu’on nomme nanotechnologies aujourd’hui a à voir avec les nanomatériaux. Ces petites particules sont intéressantes parce que les propriétés de la matière peuvent changer quand la taille du matériau diminue. C’est connu depuis longtemps, et c’est pourquoi il est si intéressant de fabriquer des poudres fines. La peinture de votre maison ou les particules de votre dentifrice sont deux exemples d’un type de petites particules de titanium qui entrent dans la catégorie des « nanoparticules usinées ».
Depuis qu’ils ont senti les premières effluves de fumée, les hommes ont été exposés aux nanoparticules, précisément les mêmes qui ont fait l’objet de recherches récentes. La molécules C60, qui a la forme d’un ballon de football, a été découverte par Rick Smalley et ses collaborateurs dans les années 80, ce qui lui a valu un prix Nobel pour avoir découvert cette « nouvelle’ forme de carbone, auparavant connue exclusivement sous forme de diamant ou de graphite. Mais à partir du moment où les chimistes ont su quoi chercher, ils ont commencé à la trouver partout, y compris dans les dépôts géologiques. Ma spéculation personnelle est que cette C60 – la molécule qui a été à l’origine de l’essor des recherche en nanotechnologie – est sans doute présente dans la fumée des feux de forêt, des feux de cheminée et de tous les produits de combustion.
Est-ce que ça veut pour autant dire que c’est inoffensif ? Non. L’arsenic est parfaitement naturel, mais pas inoffensif. L’impact réel des fines particules de matière telles que la fumée et les nanoparticules usinées n’est pas encore entièrement connu. Certains ont observé que C60 agit comme un antioxydant, et ont comparé ses propriétés à celles de la vitamine E. D’autres chercheurs ont montré qu’il est toxique pour les bactéries et les cellules humaines. Il y a un an, j’aurais dit qu’on ne pouvait encore être sûr de rien, mais aujourd’hui je pense qu’on a assez d’informations pour dire que C60 est toxique dans certaines conditions.
Mais chaque nanomatériau sera différent, et ce n’est pas simplement parce que c’est petit que ça va présenter un danger. En d’autres termes, ce n’est pas parce que quelque chose est vert ou rouge que c’est dangereux ou inoffensif. Pourtant, quand des gens (y compris des chercheurs) essaient de simplifier la question en prétendant que tous les petits objets présentent un risque, c’est comme si ils disaient que toutes les trucs verts sont dangereux. Certains nanomatériaux sont probablement inoffensifs, d’autres probablement dangereux.
Bon, pour répondre à votre question : si un membre de votre famille présentait de graves problèmes immunitaires et une santé fragile, je dirais de ne pas s’inquiéter quant à la venue de quelqu’un travaillant au contact de nanomatériaux… à moins qu’il n’ait un nuage de poussière en auréole comme Pigpen dans les Peanuts. C’est plutôt l’étudiante qui doit se faire du souci. Si elle est au contact de nanomatériaux, j’espère qu’elle les manipule avec toutes les précautions requises par le travail en laboratoire : lunettes de protection, gants et masque, et qu’elle travaille sous une hotte aspirante. Il faudrait vérifier que ces procédures standard sont efficaces pour protéger les gens dans les labos, mais, pour ce que j’en sais et ce que je connais des matériaux avec lesquels je suis en contact (la plupart du temps dans l’eau), ces procédures devraient être suffisantes et votre étudiante ne devrait présenter aucun résidu susceptible de vous poser problème, à vous ou à d’autres.
J’espère vous avoir aidée. Si vous désirez davantage d’informations techniques à ce sujet, vous en trouverez plein sur mon site web. Ah, une dernière précision : j’ai personnellement une femme et des enfants, et je rentre chez moi chaque soir sans la moindre inquiétude.
Dr Mark R. Wiesner.
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Il s’agit du même style de considérations superficielles que celles qui ont servi comme arguments aux promoteurs des OGM :
- Les nano/OGM font partie de la nature depuis la nuit des temps,
- Il convient de considérer chaque nano/OGM spécifiquement, on ne peut pas tirer de conclusion générale du concept nano/OGM.
Il y a tout d’abord une confusion entre résultats et procédés. Ces arguments se bornent à ne considérer que les « produits finis » sous l’éclairage des instruments de mesure en vigueur dans les sciences considérées.
Ils occultent ainsi deux aspects :
- Ce qui est spécifique aux nanotechniques par rapport aux autres techniques ou sciences existantes d’une part,
- Et d’autre part ce qui est porté par le projet nanotechnologique de manière plus générale, coincidant d’ailleurs sur certains plans avec le projet OGM.
Ces arguments ne sont donc absolument pas en mesure de répondre à des inquiétudes légitimes, mais en plus ils sèment une confusion sur le discours « nano » qui ne peut être que nuisible.




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