L’Amérique dans la peau

Comment incarner l'Amérique en 2012 ? Chaque candidat use et abuse de son corps. Décryptage politique et culturel d'une campagne

Gingrich (en difficulté) nous promet la Lune

Thomas Snegaroff
non connue
Publié le 28/01/2012 à 12h39

Le drapeau amércain sur la lune

Newt Gingrich est en difficulté. L’état de grâce après la victoire en Caroline du Sud n’a pas duré très longtemps.

Les sondages donnent aujourd’hui une nette avance à Mitt Romney qui, s’il l’emporte en Floride le 31 janvier, pourrait bien d’être l’adversaire d’Obama en novembre.

Vendredi soir à Jacksonville se tenait donc un débat particulièrement important pour les deux favoris républicains.

Outre une prise de bec sur la question de l’immigration, Newt Gingrich a tenté un coup d’éclat en revenant sur promesse d’envoyer des Américains sur la Lune, ou plus précisément d’y créer des colonies. L’enjeu est, pour lui, crucial :

« Je ne veux pas être le pays qui est arrivé le premier sur la Lune, qui rebrousse chemin et dit : “Ça n’a pas vraiment d’importance, laissons les Chinois dominer l’espace...” C’est la voie du déclin national, et je suis pour que l’Amérique soit un grand pays, pas un pays en déclin. »

Passe d’arme sur la lune entre Newt Gingrich et Mitt Romney

Débat de la primaire républicaine à Jacksonville, en Floride, le 26 janvier 2012

La conquête spatiale, et surtout ici en Floride où se trouve la base de Cap Canaveral, est devenue dans les années 60 la « chose » du président américain.

L’envoi d’un satellite soviétique, Spoutnik, en orbite en 1957 puis d’un homme, Youri Gagarine, avait été une humiliation sans nom pour l’Amérique.

Depuis, la puissance américaine s’est toujours mesurée à son avance dans ce domaine. Même en 1986, alors que la navette Challenger vient d’exploser en plein vol sous les yeux de millions d’Américains, Ronald Reagan prend bien soin de rassurer la Nasa sur la poursuite des efforts dans le domaine.

Surtout, Reagan rappelle alors que ceux qui sont morts sont des « pionniers ». Le mot, qui évoque les migrants débarqués d’Europe pour bâtir l’Amérique, est lancé.

Une manie qui a commencé avec Kennedy

Quelques années plus tôt, John Kennedy avait fait de l’envoi du premier humain sur la Lune une « nouvelle frontière » à conquérir, évoquant la « fronteer », la ligne séparant les territoires où les colons s’étaient installés et ceux encore inconnus.

John Kennedy lors de son discours d’investiture en 1960

Gingrich ne fait pas autre chose. En promettant le retour d’un Américain sur la lune, il s’inscrit dans cette grande tradition qui fait de la conquête spatiale la quintessence de l’excellence américaine et plus encore de ses valeurs.

En 1969, Armstrong explique certes que son alunissage est « un grand pas pour l’humanité », mais quelques instants plus tard, c’est bien un drapeau américain qu’il plante.

Aller sur la Lune, c’est à l’image des fondateurs de la nation américaine, repousser la frontière. En difficultés, Gingrich en revient aux fondamentaux.

La peur du déclin face aux ambitions chinoises

Alors si en plus, les Chinois les prennent de vitesse, le déclin est une évidence. Les Chinois sont en passe de devenir le nouveau démon de l’Amérique, après les disparitions de Ben Laden et de Kadhafi – un thème présent dans le récent discours sur l’état de l’Union de Barack Obama.

De fait, les Chinois ne sont pas en reste et rêvent de la Lune. Ils ont en effet prévu d’y envoyer des hommes vers 2025 à l’aide de leur Chinese Lunar Exploration Program. Dans le même temps, Barack Obama avait annoncé en février 2010 l’annulation du programme Constellation qui devait en faire de même à partir de 2020.

Une décision qui avait alors été sévèrement critiquée par les Républicains, pourtant demandeurs de réductions de dépenses publiques…

La réponse de Mitt Romney à la proposition de Mitt Gingrich est sans appel, ancrée dans le réel d’une crise économique qui n’en finit pas :

« J’ai passé vingt-cinq ans dans les affaires. Si un cadre dirigeant était venu me voir pour me dire qu’il voulait dépenser quelques milliards de dollars pour installer une colonie sur la Lune, je lui aurais dit : “Vous êtes viré.” »

Il sera très intéressant de savoir lequel des deux arguments séduira le plus les Américains. Le rêve de Gingrich ou la réalité de Romney ?

Aller plus loin
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  • Lemmy_Nothor
    Lemmy_Nothor
    - Gone fishing !
    • Posté à 12h57 le 28/01/2012
    • Internaute 12434
      - Gone fishing !

    .

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 14h21 le 28/01/2012
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    Si les USA ne font plus rêver avec leurs pionniers de l’espace, c’est la fin de l’american way of life et de la domination idéologique, autrement dit la fin des haricots . Bref, après avoir couru et gagné contre l’URSS ils sont a bout de souffle pour entamer la compétition avec la Chine et quand bien même, ils auront du mal parce qu’avec 4000 ans de civilisation, les chinois ont appris la patience et la pugnacité.

  • Slyos42
    Slyos42
    consultant réseaux et télécoms (...)
    • Posté à 15h44 le 28/01/2012
    • Internaute 109877
      consultant réseaux et télécoms (...)

    Newty, comme sa maman l’appelait, est un sacré garnement et, exactement, le genre de type « Faites ce que je dis....mais ne faites pas ce que je fais ».....comme par exemple abandonner sa seconde épouse atteinte d’un cancer pour se marier avec sa femme actuelle, la « corniste du fond des bois » qui l’a converti au catholicisme, ce qui n’a rien de choquant en soi, sauf que c’était pour sauver les apparences à leur mariage. Elle a environ 30 ans de moins que lui et profite bien, quoi qu’elle en dise, il est assez fortuné, moins que Romney son concurrent, c’est sûr, mais c’est bien confortable. Le plus curieux dans doute ces primaires, c’est de constater que toutes les « harpies » et les farfelus de tout poil des Tea partys se sont gentiment évaporés ou plutôt dissous dans les jus traditionnels des personnalités bien ancrées dans le parti de l’éléphant, je veux dire celles qui ont les sous pour mener campagne. En tout cas, lors du discours sur l’état de l’Union, Obama leur en a mis plein les gencives avec ses propositions « à l’européenne » (signifiant « socialiste ») comme certains journalistes l’ont fait remarquer ! Avec Gingrich, pas de souci, on revient aux « fondamentaux » bien compris des Etats Unis qui, à présent, sont dépassés, comme la course à la Lune ou d’autres chimères du même tonneau mais qui reste comme un leitmotiv aux USA. Dans cette perspective, Romney paraît moins conservateur. Attendons « Super Tuesday » pour voir.

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