Au fond à gauche

Trotskistes, anarchistes, libertaires, autonomes, écologistes radicaux... Ils sont à gauche de la gauche de la gauche. Révolutionnaires, souvent. Anticapitalistes, volontiers. Révoltés, toujours. Du NPA aux Tarnacois, le blog "Au fond à gauche" de Christophe Payet rend compte et décrypte l'actualité de la gauche radicale.

« Les femmes voilées ont leur place au NPA »

Christophe Payet
Journaliste
Publié le 02/12/2010 à 11h45


Après la démission collective des douze militants du comité « quartier populaire » du NPA d’Avignon -dont Ilham Moussaïd, la candidate voilée aux dernières élections régionales-, le débat sur le port du voile fait de nouveau des remous au sein du parti anticapitaliste.

Certains préfèrent ne plus s’exprimer sur le sujet et laisser la discussion interne suivre son cours jusqu’au congrès, reporté en février. C’est ainsi la seule chose qu’a voulu me répondre Alain Krivine, pourtant opposé au port du voile chez les représentants du NPA :

« Il y a un large débat en cours au sein du parti, et il ne sera pas clos avant le congrès. Ils auraient dû attendre ce moment-là avant de partir. C’est une question que le NPA n’a encore jamais tranché, même si elle nous a beaucoup secoués. »

Alain Pojolat, membre du comité exécutif (organe de direction) du NPA, favorable à la présence de femmes voilées dans son parti, est profondément déçu par ce départ. Il explique sa position.

Christophe Payet : Comment avez-vous réagi à la démission des militants du Vaucluse ?

Alain Pojolat : Je suis très étonné, déçu et consterné. Je pensais que l’on avait beaucoup avancé sur le sujet et que le débat avait fait un saut qualitatif depuis l’université d’été. Il me semblait que l’on était sorti de la diabolisation réciproque pour aller vers une compréhension mutuelle des vrais problèmes posés.

Il est dommage qu’ils n’aient pas eu la patience d’attendre le congrès. Ce n’est pas un choix judicieux. Mais ils peuvent toujours revenir. A partir du moment où ils restent anticapitalistes et féministes, ils ont leur place au NPA.

Une femme voilée a-t-elle sa place dans le NPA ?

Il est désormais acquis que les croyants ont leur place au NPA. La question qu’il reste à trancher est de savoir si une fille voilée peut nous représenter. Même si je suis complètement athée, je pense que l’on doit accepter le port du voile dans nos rangs. Nous sommes un parti d’émancipation, nous ne pouvons pas obliger quelqu’un à le retirer.

Le NPA doit se battre pour défendre les femmes voilées de force, mais aussi protéger celles qui ont fait le choix de le porter. Toutes ont leur place dans le parti.

Vous n’avez pas peur d’une récupération religieuse ?

Il y a en effet la question de savoir si, du fait de son signe affiché, la propagande religieuse passe avant le message politique. Pour moi, les croyants et les croyantes peuvent représenter le NPA, mais à une seule condition : que leur appartenance religieuse ne soit pas mise en avant par rapport à leur engagement anticapitaliste et féministe.

Chacun a sa propre énergie pour assumer sa révolte. Nous avons tous plusieurs facettes, nous ne sommes pas uniquement matérialistes. L’aspect religieux ne me pose pas de problème tant que c’est l’anticapitalisme qui prime.

Je considère Ilham avant tout comme une anticapitaliste. Quand je la vois se battre pour des valeurs féministes, en luttant contre des fermetures de centres IVG ou contre l’imposition du voile, alors j’ai confiance en elle pour me représenter.

Nous ne sommes plus un vieux parti communiste fermé. Il y a une rigidité de la part de certains camarades qui me rappelle, toutes proportions gardées, le problème de la représentation des homosexuels dans les années 70, quand il n’étaient pas forcément les bienvenus à l’extrême gauche.

N’y a-t-il pas une contradiction avec votre héritage marxiste et laïque ?

En quoi le NPA devrait-il avoir peur de la religion ? Nos positions politiques dépassent ces divisions. D’ailleurs, le fameux texte de Marx sur l’opium du peuple précise également que la religion est un combustible qui peut permettre aux gens de se révolter.

Par ailleurs, notre idéalisme est complètement empreint de tradition judéo-chrétienne. Dans le marxisme, il n’y a pas que du matérialisme, et parfois la liturgie respectée par certains groupes marxistes léninistes fleure l’expression religieuse.

Les sans-papiers sont par exemple croyants à 95%, certains sont polygames, mais ce n’est pas écrit sur leur front : est-ce que l’on doit les refuser pour autant ? Evidemment, il ne s’agit pas de tourner le dos à ces contradictions mais de faire évoluer la conscience des uns et des autres dans le cadre commun que constitue le parti.

Le SWP [Socialist workers party, ndlr] en Angleterre accepte bien des Sikhs avec leur turban. Le PTB [Parti du travail de Belgique, ndlr] a présenté des femmes portant le foulard à des élections nationales.

La gauche, et en particulier la gauche révolutionnaire, a perdu sa capacité à représenter un schéma global de la société et a laissé une partie de ce terrain à la religion.

Il y a en plus une islamophobie qui touche les enfants issus de l’immigration. Les esprits ne sont pas décolonisés et ces jeunes ne parviennent pas à obtenir une reconnaissance autrement que par l’affirmation religieuse ou par la référence à une « patrie » d’origine mythique, par exemple en supportant leurs équipes de football nationales. La démarche identitaire est là. Il faut faire avec.

N’est-ce pas un moyen détourné de toucher les quartiers populaires ?

Cette idée-là est totalement erronée ! On ne peut pas user de subterfuges pour s’implanter dans les quartiers. L’acceptation du voile n’a pas à être un cheval de Troie pour entrer dans les banlieues. Il ne faut pas être opportuniste sur ce sujet-là. Si nous ne sommes pas bien représentés dans les quartiers, c’est qu’on ne mérite pas d’y être, que nous n’avons pas encore accompli un travail politique suffisant.

Aujourd’hui, la composition sociologique naturelle du NPA est fortement marquée par le personnel enseignant et les professions du tertiaire. La seule solution pour faire avancer les idées anticapitalistes et féministes dans les couches populaires, c’est de trouver les bons médiateurs. Avec ou sans voile.

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  • -Candide-
    -Candide-
    Jardinateur
    • Posté à 12h15 le 02/12/2010
    • Internaute 40778
      Jardinateur

    La déclaration officielle et courageuse de Alain Pojolat a du mal à cacher les tensions importantes qui existent au sein du NPA sur le sujet.

    Amusant d’être obligé de ressortir Marx pour tenter d’expliquer aux intransigeants que « la religion est un combustible qui peut permettre aux gens de se révolter. »

    Du coté des « sortants », la prise de décision collective de quitter le navire a du mal à cacher le manque de volonté d’intégration.
    De tout temps à gauche les gens ont claqué la porte des partis, que ce soit avant au PC ou maintenant au NPA, mais au moins cette décision se faisait en générale individuellement après réflexion personnelle.

    En résumé :
    Dommage que l’intégration de ces musulmans ne puisse se faire au sein du NPA car leurs convictions personnelles ne sont pas nécessairement incompatibles avec l’idéologie collective.
    Maintenant, si les fondamentaux de leurs convictions les poussent à réagir collectivement, alors qu’ils fondent leur propre parti de la « gauche islamique fondamentaliste »
    Indiquant par là qu’il ne sont pas islamiste, mais que leur croyances personnelles est une des source de leur vision de la société
    (un peu comme pour les « Démocrates Chrétiens », ou tout parti qui affirme l’origine de leur croyance comme la source de leur réflexion)

  • GWERN
    GWERN
    Ex militant du vaste mouvement (...)
    • Posté à 12h17 le 02/12/2010
    • Internaute 60684
      Ex militant du vaste mouvement (...)

    Petite contribution supplémentaire voici le texte de départ d’un des ex-militants concernés :
    « Ami-e-s et camarades,
    a Salem Alykoum (que la paix soit sur vous)
    C’est avec beaucoup de tristesse et d’amertume que je vous annonce mon départ du NPA.
    Un départ qui n’est motivé ni par la haine ni par la colère mais l’aboutissement d’une longue réflexion.
    Construire un parti anticapitaliste n’est pas une mince à faire, et j’ai conscience que les difficultés sont nombreuses, cependant pour moi la désillusion est trop forte et le coeur n’y plus.
    J’ai rejoins le NPA parce que j’avais entendu et apparemment mal compris l’appel de la LCR.
    J’avais cru que les exploités, les prolétaires, les classes populaires étaient les bienvenues. Force est
    de constater que ce n’est pas tout à fait le cas pour toutes et tous ;
    la manière dont certain-e-s ont agi à notre égard jusqu’à lancer une véritable chasse aux sorcières où nous sommes montrés du doigt comme des pestiférés et l’attente d’un congrès(qui paraît
    ne jamais arriver) pour trancher si nous avons notre place au sein de ce parti n’est ni à la hauteur ni digne d’un parti de masse révolutionnaire. Si on y rajoute certaines pratiques scandaleuses et les carences démocratiques, que nous reste-il vraiment ? Notre souhait était de créer un outils de lutte, pas de se justifier en permanence.
    Heureusement tout n’a pas été négatif ; j’ai rencontré des camarades sincères, mené des débats très intéressant, et bien d’autres.... J’espère d’ailleurs que cette expérience me servira pour la suite.
    Je vous souhaite beaucoup de courage et de patience pour la suite et vous remercie encore pour votre soutien qui était précieux et très important. Nous avons encore beaucoup de lutte à mener
    ensemble donc je vous dit à bientôt.

    BON COURAGE “

    Livré ici juste comme élément de débat et en espérant que celui-ci évite ‘a minima’ des ‘dérives’ trop marquées.
    Je ferait remarquer juste à Pojolat qu’il confond militer et représenter car autant il est normal qu’ Ilham soit militante telle qu’elle est dans une organisation même située très à gauche autant le problème se pose vis à vis de la laïcité en cas de représentation après élection !
    Il dit aussi que la ‘croyance politique fleure l’expression religieuse’ en parlant des marxistes léninistes (maoïstes pour parler plus clair ) ; allusion je suppose au ‘Principe espérance’ de Ernst Bloch ) mais c’est un autre débat que celui-là.
    C est le débat du rapport du militant- électeur à son organisation ‘chapelle’ et elle touche peu ou prou tout les courants politiques.

  • Enogabalo
    Enogabalo répond à Pas tripette.
    Photoshopeur
    • Posté à 12h25 le 02/12/2010
    • Internaute 90424
      Photoshopeur

    Oui, mais le NPA (du moins son noyau issu de LA LCR) se veut trotskyste (et dans trotskyste, il y a kyste*).

    « Il est de nos jours parfaitement évident et incontestable que nous ne pouvons pas mener notre propagande anti-religieuse par la voie d’un combat direct contre Dieu. /.../ La lutte contre une religion donnée, ou contre la religion en général et contre toutes les formes de mythologies et de superstitions, n’est ordinairement couronnée de succès que si l’idéologie religieuse entre en conflit avec les besoins d’une classe donnée dans un nouvel environnement social. /.../ les méthodes formalistes de critique anti-religieuse, la satire, la caricature, etc. ne peuvent pas faire grand chose. Et si l’on y va trop fort, on risque d’obtenir un résultat inverse. /.../ En fermant simplement les églises, comme il a été fait en quelques endroits, ou par d’autres excès administratifs, non seulement vous serez incapables d’atteindre un succès décisif, mais au contraire, vous préparerez la voie pour un retour en force de la religion. “

    L. Trotsky, ’Sens et méthodes de la propagande anti-religieuse’ (1925)

    * : provocation mesquine et gratuite

  • Tofraziel
    Tofraziel
    Orwellien
    • Posté à 12h50 le 02/12/2010
    • Internaute 42678
      Orwellien

    Femmes voilées au NPA, en tant que militantes pourquoi pas ? Même si ce n’est guère cohérent avec les thèses de base de cette partie de la gauche...

    Ce qui a revanche le plus choqué, c’est le fait qu’une candidate soit voilée. Et puisse ainsi virtuellement siéger à un poste d’élue voilée, et donc en manifestant ostensiblement sa religion. On sait que ça arrive dans certains conseils municipaux (des kippas par ex), mais ce n’est pas une raison.

    Si les gens veulent que les signes religieux entrent dans les instances publiques, en particulier les élus, et pourquoi pas jusque dans l’Assemblée Nationale, il faudra ensuite assumer les revendications religieuses qui vont très souvent avec. A ce moment, on ne pourra plus critiquer les délires d’une Boutin brandissant sa Bible en plein hémicycle.

    C’est seulement malheureux que cette initiative vienne de la gauche, mère de la laïcité.

  • chinazki
    chinazki
    citoyen du monde
    • Posté à 13h39 le 02/12/2010
    • Internaute 70462
      citoyen du monde

    Bonjour
    Je suis membre du NPA Girondin et cette histoire dans le Vaucluse avec notre camarade arborant ( à mon avis ) ce sinistre foulard ( et pas voile ) divise le NPA et rien n’est réglé le concernant.
    Franchement j’ai l’impression que le NPA bascule dans le clientélisme et cela me mets en colére. Oui je suis en colére , car porter le foulard c’est ne plus être solidaire des femmes en luttes dans les pays musulmans, qui risquent d’être lapidées, torturées, enterrées vivantes , exilées, bannie, enfermées, car elles veulent la liberté…et refusent ce statut et ces déguisements imposés par le machisme des hommes et des religions. C’est pareil pour la croix et la soutane.

    Porter le foulard symbole d’enfermement ( se cacher les cheveux qui font la beauté, nier l’esthétisme, nier les joies de la rencontre du visage de l’autre etc…) c’est nier aussi toutes les luttes révolutionnaires qui ont mis en avant la libération des femmes.

    Etre à a fois révolutionnaire ou altermondialiste ou pire, féministe sous un foulard, c’est être skizo…car le foulard est un SIGNE un SIGNAL et de plus religieux , de la soumission des femmes . il FAUDRAIT QUE LES FILLES QUI PRETENDENT RELIER TOUT , AILLENT FAIRE LE POINT SUR UN DIVAN ; Il faudrait un peu de vision globale et historique ! ! !
    Tout ce cirque me fait chier et c’est au NPA que nous devons discuter de ce probléme,car probleme il y a !

    Thierry De Munico.

  • Garamond
    Garamond répond à Dorsal-
    Olé
    • Posté à 14h12 le 02/12/2010
    • Internaute 124450
      Olé

    Dans mon commentaire précédent, je n’essayais pas de défendre ou pas le port de voile, ni de prendre position, je voulais simplement souligner le paradoxe qu’il y a à s’engager dans une formation politique féministe qui prône l’émancipation tout en portant le voile.

    Il me semble (peut être que je me trompe), que la gauche et le féminisme défendent des idées progressistes, or il me semble également que le port du voile, même si c’est un choix personnel, est une attache à la tradition religieuse, qui de tout temps, n’a jamais été progressiste mais plutôt conservatrice.

    Là on ne parle pas de foulards Hermès qui est un accessoire de mode, et non pas un signe d’appartenance religieuse.

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