Theatre et Balagan

Chronique ambulante d'un amoureux du théâtre, d'un amateur de l'Est et plus si affinités.

Au quai Branly, la beauté ne perd pas le Grand Nord

Publié le 26/10/2008 à 12h20

Du Grand Nord arctique nous viennent d'énigmatiques merveilles exposées comme en apesanteur au musée des arts premiers du quai Branly.

Tête Okvit 6,3 X 3,3 X 3 cm) (DR)

Ce sont des masques, des effigies le plus souvent en ivoire, des animaux ou êtres informes petits formats sculptés par des mains anonymes, cela date parfois de plus de deux mille ans mais c'est comme sans âge tant la matière polie par le temps, le climat extrême, brille d'amicalité.

Cela tient souvent dans la main. Exposés au bout d'une discrète pique et disposés dans des cubes translucides en Plexiglas formant une niche de froideur rappelant leur origine, ces objets flottent dans un ciel blanc, en bande comme des oiseaux à l'heure de la migration.

Il faut louer la scénographie de cette exposition consacrée aux anciennes cultures esquimaux. Elle est le fruit d« une collaboration entre le commissaire de l'exposition Edmund Carpenter, fin connaisseur du sujet depuis des lustres, l'artiste américain Doug Wheeler et la scénographie des architectes de Jean de Gastines. Aucun mot, aucune légende, aucune explication ne vient entraver le rapport à l'oeuvre, donnée comme telle et non comme objet, dans sa belle énigme.

Une guide de l'exposition que l'on peut lire ou pas en regardant les œuvres donne utilement toutes les informations. Mais souvent on reste dans le vague, l'hypothétique ; on lit des phrases comme : “Les relations entre les humains et les animaux semblent avoir été une préoccupation vitale du peuple du Dorset.” (Population vivant sur l'île de Baffin)…

L'exposition est justement titrée “Les Arctiques” (on circule entre le Nord Est du Groenland à la Sibérie via le Canada) et stupidement sur-titrée “Upside down”, snobisme de l'anglais que l'on retrouve dans une partie de l'exposition consacrée aux cultures du détroit de Béring, soit l'Alaska américain et la Tchoukotka russe, et qui apparaît on ne sait trop pourquoi sous le vocable “Old Bering sea”, pourquoi pas en russe ou en tchouktche ?

Les forts impressionnants masques Yup'i k » esquimaux du Sud Ouest de l'Alaska ont eux gardé leur nom venant de « Yuk » (personne) et de « pik » (vrai , authentique), désignation identitaire dont on retrouve le même principe dans les langues de peuples du Grand Nord. Et il en va de même pour les œuvres du peuple ipiutak (découvertes en 1939 en Alaska) dont un fascinant masque funéraire trouvé sur un squelette d'enfant.

Les sculpteurs travaillaient les défenses de morse comme d'autres la pierre il y a bien des siècles, comme les fouilles du site d'Ekven en Tchoukotka l'on montré (l'exposition en offre de beaux exemples). Et certains artistes poursuivent aujourd'hui ce travail comme on peut le constater en se rendant à Anadyr, la capitale de la Tchoukotka.

Dans le catalogue qui accompagne l'exposition, Edmund Carpenter raconte en préambule l'histoire de Sedna ou Nulia juk (la jeune fille), un mythe fondateur dont chaque conteur ou chaman détient la bonne version.

A un moment de l'histoire, le père de la jeune fille qui ne s'attendait pas à la voir dans la grande barque en peau de morse, la jette par-dessus bord. Elle s'accroche, alors son père lui coupe une à une les phalanges. S'enfonçant dans la mer glaciale et déchaînée, les phalanges deviennent des morses, des phoques, des baleines. Plus tard le chaman -l'angakok- chantera cette histoire…

Exposition « Les Arctiques » jusqu'au 11 janvier 2009, musée du quai Branly, Paris, de 11 à 19h00 les mar., merc. et dim., jusqu'à 21h00 les jeu., ven. et sam., 5 à 7 €, 01 56 61 71 72. Catalogue en co-édition quai Branly et RMN, 228p, 39€. Site web

Photo : tête Okvit 6,3 X 3,3 X 3 cm) (DR)

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  • A déménagé le 13-01-2012
    • Posté à 15h11 le 26/10/2008
    • Internaute

    Trop court cet article, beaucoup trop court ! : )

    Merci, en tout cas, de signaler cette expo. J'espère être sur Paris la semaine prochaine et y faire un tour...

  • Phil2922
    Phil2922
    Retraite invalidité
    • Posté à 15h23 le 26/10/2008
    • Internaute
      Retraite invalidité

    Un message pour les Collectivités locales : Surtout, ne confiez pas la construction d'un musée, d'un autre grand bâtiment aus architectes qui ont conçu le musée du quai Branly. En effet, on s'est aperçu en juin 2006, lors de son inauguration, que plus de la moitié des rampes d'accès n'étaient pas accessibles aux handicapés voulant, seuls en fauteuil, faire une visite.

    Les rampes avaient un pourcentage trop important et il a fallu les casser et faire la modification adéquate pour permettre à TOUT LE MONDE de profiter des oeuvres d'art qui y sont présentées...

    Lien

  • mensch
    mensch
    pioupiou
    • Posté à 16h49 le 26/10/2008
    • Internaute
      pioupiou

    Sans vouloir lancer une polemique et d'apres ce que j'avais pu vivre en etant aller a Iqaluit - capital du Nunavut canadien - les dits « esquimaux » n'aimaient pas etre nommes esquimaux mais Inuits.
    Peut etre me trompe je. Si tel n'est pas le cas, est il possible de remplacer ce mot par Inuit ?

    • Alain Pacifique
      Alain Pacifique answers to mensch
      la V2 est naze...
      • Posté à 04h54 le 27/10/2008
      • Internaute
        la V2 est naze...

      @ Mensch,
      c'est aussi le cas au groenland. ce sont des inuits et non des esquimaux. j'ai passé quelques jours a Naarsaq et Naarsasuaq ( sud du groenland ) où on trouve des traces ( plus récentes ) du passage d'Erik le Rouge . à l'époque ils appelaient cet endroit Greenland.
      souvenirs d'un pays grandiose mais malheureusement les Inuit vivent dans la dépendance totale des Danois. la sédentarisation y a été forcé, leur mode vie traditionel y est quasiment interdit.
      et tous ca pour quoi ? les ressources minières, une fois de plus !

  • Bob M.
    Bob M.
    Entre deux
    • Posté à 17h50 le 26/10/2008
    • Internaute
      Entre deux

    Ce n'est pas une bonne idée d'écrire en rouge.

  • Firenze
    • Posté à 18h09 le 26/10/2008

    Énigmatique est un mot bien adapté pour ce qui est exposé au Quai Branly... A mon avis, votre article est d'autant plus intéressant, voire nécessaire, que ce n'est pas du musée que nous tiendrons une seule information à propos de ces merveilles, sinon de leurs catalogues, mais je crois que c'est comme pour le problème de l'accès aux handicapés que soulevait Phil2922, la culture doit être accessible à tous dans son entier, et non pas présentée là-bas comme l'info le serait dans le journal Metro.

    Lors de mon premier et dernier passage, chaque objet présenté n'était pourvu que d'une maigre plaquette avec la provenance approximative, une époque globale, et... rien d'autre, la plupart du temps. Je cherchais à l'époque quelques renseignements sur la divination dans les pays africains. Après avoir été très désagréablement dirigée par une employée qui tenait à me faire passer le concept de « boîte » pour les zones du musée - et non pas de salle, ou autre terme novice -, je découvre un échantillon de ce qu'est désormais pour moi le Quai Branly. Dans une « boîte », donc, en carton-pâte de manière à recréer une minuscule grotte, on vous diffuse une vidéo d'une cérémonie d'un chaman. Ce dernier n'est aperçu qu'à quelques instants, preuve qu'un support vidéo a bien pu être obtenu, d'une durée totale de 20 secondes, au grand maximum. La traduction de ses paroles, quant à elle, occupe le reste du temps. Elle est affichée mot par mot, à une vitesse qui aurait de quoi en énerver plus d'un.
    La manière dont sont traitées les cultures là-bas a vraiment tout d'un musée colonial.

  • Schaub JF
    • Posté à 21h32 le 26/10/2008
    • Internaute

    L'exposition des Arctiques est, en effet, d'une extrême beauté par les pièces exposées, et d'un charme raffiné par la scénographie imaginée. Cependant, l'absence totale de repères, régions ( ? ), périodes ( ? ), populations ( ? ), croyances ( ? ), langues ( ? ), provoque une profonde révulsion. Ce n'est pas tant le mépris que ce silence renvoie au visage des visiteurs -contemplez sans comprendre et ouste ! dehors ! à la boutique ! vite vite- mais le mépris à l'égard de ceux qui ont façonné et créé ces pièces. Ils n'ont aucun ancrage historique, aucune coordonnée géographique, pas de traits culturels explicites.
    Après que plusieurs sociétés se sont émues l'an dernier, à juste titre, des phrases présidentielles sur l'Afrique hors histoire, ces Inuits hors histoire méritent qu'on leur rende leur temps et leurs espaces.
    Mais ce sera sans le Musée du Quai Branly. Dommage.

    • Galletas
      Galletas answers to Schaub JF
      • Posté à 10h31 le 27/10/2008
      • Internaute

      Merci JF pour ton commentaire.

      Le pillage du Musée de l'Homme pour alimenter celui du quai Branly laissait présager ce genre de dérives : en ne sélectionnant que les pièces les plus intéressantes esthétiquement, on transforme des objets usuels et chargés d'histoire en objets d'art (« premiers »... ! ! ).

      Les musées d'histoire, d'archéologie ou d'ethnologie ne sont pas des cabinets de curiosités !

  • PANCH
    PANCH
    Cadre
    • Posté à 13h47 le 27/10/2008
    • Internaute
      Cadre

    Le hazard fait aujourd'hui doublement bien les choses.

    Premièrement, parceque mon père et moi avons convenu d'aller au musée du quai Branly Dimanche prochain. Ainsi, ce bon artcile tombe à point nommé.

    Deuxièmement, parcequ'à la lecture du sublimissime ouvrage génialement titré « Le jour avant le lendemain » de Jorn Riel, nul ne peut rester insensible à la culture inuït et à sa disparition.

    Merci donc à M. Jean-Pierre Thibaudat de nous inviter au voyage. J'en ai les papilles qui papillonent.

    Et merci à ceux qui font vivre la culture, la font ou la vulgarisent et qui finalement l'amènent à tout un chacun (malgré les imperfections dont certains font à juste titre le rapport ici) pour que le simple badaud puisse l'entendre (par leur travail de terrain, leurs articles, leurs oeuvres, leurs politiques ou leurs engagements).

    Enfin, quel plaisir d'arriver sur des pages non polémiques... ou presque... car il est sûr qu'en période de crise l'art et la culture sont rarement à l'honneur.

    Inch Allah, grâce à Thibaudat ; -) , cette veine là ne connaitra pas la crise.

    Ca fait un grand bien. Merci.

    PS : J'encourage tout un chacun à lire « le jour avant le lendemain » de Jorn Riels. Je ne lis que très peu et pourtant ce livre m'a beaucoup ému et fait voyager. J'ai le souvenir d'avoir « lutté » pour lire les premières quarantes pages mais ensuite j'ai été pris dans le tourbillon des sentiments humains exacerbés et dans la grande aventure des inuïts (comme celle de tout ces peuples tribaux), faite de migrations et de survie. La fin de l'ouvrage est un chef d'oeuvre qui ne peut laisser le cinéaste indiférent. N'y a-t-il pas d'adaptation cinématographique ? Une erreur à résoudre au plus vite.

  • Jean-Pierre Thibaudat
    • Posté à 15h06 le 27/10/2008

    Le catalogue de l'exposition est précédé d'un avertissement au lecteur où il est dit que « les peuples contemporains de la région arctique, désignés sous le nom d'Esquimaux , ne représentent pas une seule et même culture ». Il est en outre précisé que les Yup'ik du littoral de la Sibérie et de l'Alaska et les Inuits de l'Arctique canadien et du Groenland forment deux branches qui ne sauraient être confondues même si leur origine est commune. Bref « il n'existe donc, à l'heure actuelle, aucun consensus sur un terme désignant à la fois tous les peuples de l'Arctique ». Pour les Inuits le terme « esquimau » est péjoratif, alors qu'il ne l'est pas pour les Yup'ik. L'exposition est consacré aux un et aux autres. Soit dit en passant, on retrouve ce casse-tête linguistique chez la plupart des peuples du Nord en Russie, entre le nom qu'ils se sont donnés et le nom dont les Russe les ont affublés.

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