Theatre et Balagan

Chronique ambulante d'un amoureux du théâtre, d'un amateur de l'Est et plus si affinités.

Au théâtre Bastille, un coup de jeunes pour « Les Justes »

Publié le 05/11/2008 à 19h33



’Les Justes’ mis en scène par Gwénaël Morin (DR).


Pour tout décor, un ruban de scotch comme la police en tend pour déterminer un périmètre de sécurité lors d’un attentat. Avec la mise en scène de Gwénaël Morin et une distribution emmenée par la phénoménale Stéphanie Béghain, la pièce de Camus sonne étonnamment… juste.

Le décor du spectacle -fond jaune et « les justes » écrit en lettres noires- délimite le plateau considéré comme un périmètre d’insécurité. Un plateau quasi vide : côté droit une table où enfoncer les clous de l’histoire ou à marteler ses convictions, côté gauche un grand carton de récupération posé sur deux tréteaux formant une instable table de réunion où les certitudes vacillent. Et des chaises où asseoir des vies et les foutre en l’air.

C’est autour de la table précaire que les acteurs sont déjà assis, attendant que les spectateurs soient tous entrés. Pas de costume, mais des habits d’aujourd’hui qui sont les leurs. Personne ne signe les costumes et les décors puisqu’ils sont inexistants ou presque. On est dans un espace de travail, celui d’acteurs se coltinant bille en tête une pièce du répertoire étudiée dans les écoles, « Les Justes » de Camus.

Une pièce qui parle du terrorisme révolutionnaire

Sujet de la pièce bien résumé dans le programme distribué à l’entrée : « en février 1905 à Moscou, un groupe de terroristes appartenant au parti socialiste révolutionnaire organisait un attentat à la bombe contre le Grand Duc Serge, oncle du tsar. Cet attentat et les circonstances particulières qui ont précédé et suivi font le sujet des “Justes”. »

Pourquoi avoir choisi cette pièce ? Parce qu’elle parle aux acteurs de personnages dont leurs préoccupations leur sont proches et qui ont grosso modo leur âge, parce qu’elle parle de terrorisme, de suicide, d’amour et du regard innocent d« un enfant, parce qu’elle pose la question de la révolte et de son rapport à la violence, parce qu’on en finit jamais avec l’adolescence. “Comme eux nous nous exposons, comme eux nous fondons notre action dans l’espoir de changer la vie”, écrit le metteur en scène Gwénael Morin. Mais les personnages “tuent et meurent” tandis que les acteurs ne font que du théâtre.

On n’oublie jamais qu’on est au théâtre

C’est dans cet écart que la mise en scène s’inscrit : on n’oublie jamais qu’on est au théâtre (une actrice ajoutée à la distribution dit en scène les didascalies et fait la régie lumière) mais on joue la pièce débarrassée de ses oripeaux historiques, dans sa nudité (au besoin on coupe dans le texte quand ça patine). Un équilibre difficile à tenir.

Gwénaël Morin et ses acteurs n’ont pas (encore) la dextérité et la finesse du groupe TG Stan dont ils ont certainement vu les spectacles donnés au théâtre de la Bastille où ils se produisent. Ils cherchent, ils se cherchent. A vue. Ils sont déterminés, entiers comme les personnages de Camus, ils regardent droit devant et cela emporte notre adhésion.

Jouer tout le temps pour tous

Remplacez le Grand duc par un grand patron et la pièce vous parlera sans détour de groupes terroristes révolutionnaires comme Action directe. C’est probablement sous-jacent au travail mais cependant jamais dit et c’est bien ainsi. N’empêche, le visage de Stépanie Béghain (Dora, la seule femme du groupe) fait violemment penser à celui de Nathalie Ménigon (au moment de son arrestation). Et c’est bouleversant.

Toute l’année 2009, le metteur en scène et cinq acteurs (dont Stéphanie Béghain, Julian Eggerickx et Grégoire Monsaingeon qui jouent dans “Les Justes”) vont investir les laboratoires d’Aubervilliers pour un “Théâtre permanent” selon cinq lignes de travail : “jouer tous les soirs, répéter tous les jours, transmettre en continu, intégrer d’autres formes de théâtre, ouvrir le plus possible”. A suivre.

Les Justes au Théâtre de la Bastille - jusqu’au 23 novembre - 21h sf les 6, 11 et 17 nov, dim 17h - 13 à 22€ - Réservations : 01 43 57 42 14.

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  • Monk
    Monk
    Musicien
    • Posté à 19h52 le 05/11/2008
    • Internaute 44230
      Musicien

    Je vais aller le voir, ça devrait m’intéresser.

    (Rue 89 en voie de guérison... le premier atricle du jour à ne pas parler d’Obama !)

    • La mouche du coche-
      La mouche du coche- répond à Monk
      diptère
      • Posté à 20h19 le 05/11/2008
      • Internaute 45466
        diptère

      Je suis aller voir cette pièce. Elle est très bien, sauf le monstrueux moment d’anti-américanisme primaire où l’on nous montre des soldats américains (je ne vous raconte pas ce qu’ils nous demandent de faire à cet instant).

      Je suppose que ce passage est là pour obtenir des subventions du ministère de la communication, que l’on sait de gauche ;
      ou bien pour faire un « effet de podium » propre à satisfaire les journalistes qui vont faire un papier sur cette pièce.

      Mais à part cet horrible moment, la pièce est vraiment étonnante et bourrée d’idée.

  • Tinhinane
    Tinhinane
    Médiatrice scientifique
    • Posté à 20h02 le 05/11/2008
    • Internaute 4901
      Médiatrice scientifique

    Vous écrivez : « Un plateau quasi vide : côté droit une table où enfoncer les clous de l’histoire ou à marteler ses convictions, côté gauche un grand carton de récupération posé sur deux tréteaux formant une instable table de réunion où les certitudes vacillent. Et des chaises où asseoir des vies et les foutre en l’air.

    C’est autour de la table précaire que les acteurs sont déjà assis, attendant que les spectateurs soient tous entrés. Pas de costume, mais des habits d’aujourd’hui qui sont les leurs. Personne ne signe les costumes et les décors puisqu’ils sont inexistants ou presque. »

    Et la suite (de votre texte)c’est pour quand ?

    J’espère que je vais réussir à trouver une soirée pour aller voir la pièce même car « Gwénaël Morin et ses acteurs n’ont pas (encore) la dextérité et la finesse [...]Ils cherchent, ils se cherchent. A vue. Ils sont déterminés »

  • zénon denon 84
    • Posté à 16h37 le 06/11/2008
    • Internaute 30028
      Bonne

    Un coup de jeunes !
    Ouf ,on respire un
    peu mieux ,c’est quand même le but
    du théatre que de proposer
    du nouveau avec du « passé qui nous parle “. Toujours ! ...

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