Theatre et Balagan

Chronique ambulante d'un amoureux du théâtre, d'un amateur de l'Est et plus si affinités.

Histoire de famille et de Guelma, massacres oubliés

Publié le 13/02/2009 à 13h13


Passé-je ne sais où-qui revient (Hélène Bossi).

Dans le sas où attendent les spectateurs avant d’entrer dans la salle, des feuillets épars sur des tables basses. J’en saisi un : « Guelma, 8 mai 1945 » est son titre. Le titre d’un livre. Qui aurait pu être aussi celui du spectacle que je vais voir puisqu’il évoque les milliers de mort de Guelma, le même jour que le massacre de Sétif, un spectacle signé Lazare.

Non ça ne va pas. On ne peut pas commencer l’article comme cela. Bustelo, tu veux bien lire ? Bustelo, c’est ma mauvaise conscience, mon phénix à moi. Il lit.

-C’est un spectacle militant ?
- Non. Enfin oui, mais à la périphérie.
- Le centre, il est où ?
- A Guelma, justement. Tous ces morts algériens, victimes de l’armée française avec la complicité de l’administration, les corps brûlés pour qu’il n’y ait pas de trace.
- Cela fait penser à la Bosnie.
- Oui. Sauf que pour Guelma, c’est resté enfoui. Les livres d’histoire n’en parlent pas.

C’est le centre du spectacle mais c’est un centre absent. En fait c’est l’histoire d’une mère qui raconte à son fils que son jeune père -le père de la mère- est mort à Guelma, tué comme un chien.

Elle lui raconte ça dans un café et le fils se rend compte que son grand-père mort sera toujours plus jeune que lui. Alors dans sa tête ça vacille, il fait de drôle de rêves. Il se demande si son père à lui n’est pas un caïd de Barbès.

L’histoire d’une troupe qui joue à Guelma

-C’est par là que tu aurais dû commencer ton article, non ? Cette histoire de famille cela parle à tout le monde, tandis que Guelma...
- Oui, mais tout commence et finit à Guelma. Et puis, il y a autre chose. Le fils s’appelle Libellule et c’est un acteur.
- Evidemment puisqu’on est au théâtre.


Passé-je ne sais où-qui revient (Hélène Bossi).

- Tu ne comprends pas, dans la vie aussi Libellule est un acteur. Et un acteur joue ce rôle d’acteur. Et d’autres jouent un metteur en scène, une actrice et un acteur. Ils veulent faire un spectacle avec toutes ces histoires autour de Guelma et il le font tout en le répétant.
- C’est un peu ce que nous faisons, on discute de ton article et en même temps il s’écrit.
- Oui. Mais cela va encore plus loin. Par exemple, l’actrice qui joue le rôle de la mère joue aussi son propre rôle dans le passé, celui d’une petite fille de cinq ans qui a vu son père disparaître à jamais en mai 1945.
- Tout tourne autour de la mère, finalement, c’est elle le centre.

Une histoire qui se répète

- Oui. Mais c’est comme du sable. Cela coule entre les doigts. Il y a une scène étonnante où le metteur en scène vient se plaindre à la mère car son fils, acteur, ne vient pas aux répétitions. Alors elle propose de jouer à la place. Mais le metteur en scène hésite car elle ne parle pas bien le français. Et finalement elle répète.
- C’est quoi le titre ?
- « Passé-je ne sais où-qui revient ».
- Pas très vendeur.
- C’est fidèle au mouvement de la pièce et du spectacle. En fait, il faudrait surtout parler du texte et de la mise en scène –car l’auteur, Lazare est aussi le metteur en scène. Les personnages s’échangent des phrases comme des mots de passe et en glissant les uns sur les autres par l’écriture, ils se contaminent. Le sol se dérobe, on flotte dans les rêves de la nuit. Il y a des scènes dont on se demande si elles sont des cauchemars, des fantasmes ou des souvenirs reconstitués.
- Un gros décor ?
- Trois fois rien. Ce qui permet de rapides renversements. Un dialogue sec et puis soudain une coulée de mots (Il feuillette le texte). Tiens écoute ça, c’est Libellule qui parle, le fils, l’acteur. Un type vient de lui pointer un revolver sur sa tempe, il a tiré mais l’arme n’était pas chargée, il a fait « pan ! » comme au théâtre –et on y était au théâtre, alors Libellule, a continué sa phrase : « (…) Je cherche un appui, je ne trouve rien, j’avance, j’essaie d’avancer dans l’immensité et je ne trouve rien de solide, ma main ne ramène que des choses qui fuient et s’étalent et les autres continuent de poursuivre la chose que je redoute et qui, elle, vaut quelque chose et moi ils me laissent et tout se resserre sur moi (…) », etc.


Passé-je ne sais où-qui revient (Hélène Bossi).

L’histoire d’un article qui se cherche

- C’est quoi cette « chose » dont il parle ? La vérité ? L’art ? La vérité de l’art ?
- Quelque chose comme ça.
- Qui c’est ce Lazare ?
- Un drôle de type avec des yeux et un chapeau noirs. La trentaine. Attachant. Il a fait l’école de théâtre de Rennes avec Nordey. Il joue, fait des performances, du slam. Il a fondé la compagnie « Vita Nova ! » pour ce spectacle monté sans un sou. Il faut absolument que tu ailles le voir.
- Ce que tu dis, donne envie.
- Et je n’ai rien dit des acteurs, ils sont bien, tous.
- Bon, ben je crois qu’on y est.
- Où ?
- A la fin de ton article.

Passé-je ne sais où-qui revient -au Festival « impatience » orpanisé par le théâtre de l’Odéon, aux ateliers Berthier le sam 19 juin à 21h, le dim 20 à 15h, 01 44 85 40 40

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Ailleurs sur le Web :
Sur les massacres de Guelma

Photos : Passé-je ne sais où-qui revient (Hélène Bossi).

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  • 9 réactions
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  • sup. à la demande du riverain 29 juin
    • Posté à 13h31 le 13/02/2009
    • Internaute 58127
      bye bye ...

    Hors internet, des livres d’Histoire en parlent... par exemple :

    « les massacres de Guelma » de Marcel Reggui
    préface de Jean-Pierre Peyroulou
    ed. La Découverte poche.+ 8€

  • mioumiou
    • Posté à 13h42 le 13/02/2009
    • Internaute 34943

    Un bilan total variant de 8000 à 45 000 morts parmi les Algériens. C’est digne d’un génocide ! Qu’attend la France pour présenter ses excuses et reconnaître ce terrible massacre ?

  • perdudvu
    perdudvu
    citoyen
    • Posté à 14h07 le 13/02/2009
    • Internaute 43418
      citoyen

    lire « le boucher de Guelma » de Francis Zamponi editions du Seuil

  • mamane
    mamane
    le futur c'était mieux avant
    • Posté à 14h36 le 13/02/2009
    • Internaute 44657
      le futur c'était mieux avant

    Il n’y avait pas que des militaires ! Mais aussi des colons qui allaient en famille « chasser la perdrix ».

    Ce qui a déclencher ce massacre, qui a eu lieu le 8 mai 1945, dès la fin de la 2e guerre mondiale. Il y avait des manifestation de joie dans les rue. Et dans la foule on pouvait voir des drapeau algérien. Alors on s’est dit qu’il fallait massacrer les arabes.

    Ce massacre a été gommé des livres d’histoires en France, une sorte de sous-négationnisme officiel. ça a eu lieu mais on le fera oublier. Le jours même où les nazis sont défaits, un massacre raciste est perpétré. Tout un symbole !

    Tout les 8 mai, une marche a lieu à barbès.
    Lien si vous voulez en savoir plus

    • mioumiou
      mioumiou répond à mamane
      • Posté à 16h34 le 13/02/2009
      • Internaute 34943

      Mais là pas un BHL, pas un Vals ou un Finkel-crottes pour dénoncer ce négationnisme ! Vive la France

      • mamane
        mamane répond à mioumiou
        le futur c'était mieux avant
        • Posté à 23h31 le 13/02/2009
        • Internaute 44657
          le futur c'était mieux avant

        Mais se sont des vendeurs de papiers. ils vont dénoncer les massacres si la majorité les dénonce. Sinon quel intérêt pour eux ?

  • Servais-Jean
    • Posté à 17h40 le 13/02/2009
    • Internaute 4591
      43

    Aprés une pièce de théatre censurée sur les massacres de Madagascar une pièce qui arrive à passer la censure sur les massacres algériens.
    Algérie, Madagascar, deux mesures ?

    • zamponi
      zamponi répond à Servais-Jean
      journaliste/ecrivain
      • Posté à 21h35 le 13/02/2009
      • Journaliste 69990
        journaliste/ecrivain

      J’ai beaucoup apprécié qu’au moins un internaute ait lu mon bouquin sur Guelma en mai 45. Thibaudat aurait pu me citer ! (j’ai travaillé avec lui à Libé). Donc pour ceux que cette période intéresse, lisez moi !
      Ceci dit, il vient de paraître aux éditions La Découverte un nouveau livre (d’un historien et pas d’un romancier) : Jean-Pierre Peyroulou sur cet épisode peu glorieux de la présence française en Algérie.
      je vais le commencer ce soir...

      • Jean-Pierre Thibaudat
        Jean-Pierre Thibaudat répond à zamponi
        Journaliste
        • Posté à 10h37 le 14/02/2009
        • Journaliste 8215
          Journaliste

        Désolé Zamponi, j’ignorai l’existence de ton bouquin. En revanche le lien en bas de l’article renvoie à celui récent de Peyroulou. Bonne lecture et salutations fraternelles.

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