Theatre et Balagan

Chronique ambulante d'un amoureux du théâtre, d'un amateur de l'Est et plus si affinités.

Le monde tourne mal, le manège du Dromesko, au poil

Publié le 22/02/2009 à 13h33


’Arretez_le_monde’ au Théâtre Dromesko (Christian Berthelot).

C’est un rêve forain, un tournis de cages à musicos et de manèges à songes. C’est aussi bien un daguerréotype du troisième type, une machine à jouer qui semble avoir été dessinée par Léonard de Vinci. « Arretez le monde je voudrais descendre » est une merveille aux airs tziganes, une soirée de théâtre qui vous embarque comme le regard intense d’un(e) inconnu(e) sur votre nuque vous fait vous retourner.

C’est beau et insaisissable comme un amour furtif, c’est le nouveau spectacle du Théâtre Dromesko, paré pour tourner des années durant dans le monde entier.

Le monde ne tourne pas bien rond, le moteur du libéralisme est plein de sable, alors opposons-lui un manège huilé au coude de l’enfance et à l’élixir des contes, nous dit Igor (le maître de maison), retournons aux sources, mettons Cioran, Dubillard, la poésie, la magie, les animaux et l’humour de notre côté et en avant la zizique…


Croquis préparatoire d’’Arretez_le_monde’ au Théâtre Dromesko (Igor).

Dans ce spectacle qui ne se raconte pas comme on ne raconte pas ses secrets, tout n’est qu’apparitions et disparitions. Derrière les panneaux aux ailes d’albatros d’un manège qui ne ressemble à aucun autre manège et qui rappelle ces boites à musique où, sur un pied, danse une danseuse rouge en tutu. Ou encore ces boites d’avant la photographie et le cinéma qui par le jeu combiné de leurs fentes et de leurs figures donnaient l’illusion du mouvement.

Fragments d’un théâtre amoureux

Les panneaux se baissent la lumière se renverse sur les deux zigues (Monique Le brun et son invité du jour, ce soir-là Charlie Nelson, en alternance avec Marcial di Fonzo Bo, Jean-Michel Mouron, Jean-Marc Stehlé et David Bursztein) qui, sur le devant, assis sur des chaises rouges miniatures, s’interrogent sur la philosophie du pipi, l’âme des poissons rouges, la poule qui pond des œufs durs ou la question dubillardienne de savoir si c’est la pluie ou l’eau qui mouille.

Tandis qu’ils argumentent, derrière sur le manège aux volets baissés, on entend se préparer une nouvelle scène. La lumière se renverse à nouveau, la pochette surprise s’ouvre. Et c’est un doux saisissement, une atmosphère chopée au vol entre deux portes, une virgule ironique. Comme un carnet de notes et de croquis que l’on feuillette, une collection d’aphorismes scéniques. Beautés du presque rien, fragments d’un théâtre amoureux.

Les mascottes sont au rendez-vous

Verra-t-on le marabout de Lili, mascotte de tous les spectacles de Dromesko ? Oui, on le verra. La chèvre et le cochon aussi. Et tout finira en musique autour d’un verre comme toujours. Car ce spectacle est aussi comme un caravansérail où les anciens spectacles se sont donné rendez-vous.


’Arretez_le_monde’ au Théâtre Dromesko (Christian Berthelot).

La magie première de la Volière Dromesko est là, de même que l’ambiance sans pareille de la baraque où le théâtre arrivait sur un coin de table comme par inadvertance, entre deux verres de vin, l’accordéon d’Igor et le cymbalum et les violons de l’orchestre tsigane, tous présents. Tout comme les facéties des derniers spectacles. Tout est là, le temps d’un tour, sans jamais se figer, ni s’installer, c’est un spectacle qui passe.

N’en dévoilons rien de plus que les photographies du spectacle et les dessins préparatoires d’Igor qui accompagnent cet article. Disons que chemin faisant, au terme de ce bel opus qu’est « Arrêtez le monde je voudrais descendre » (quel beau titre !), l’humanité aura gagné quelques jetons de présence.

« Arrêtez le monde je voudrais descendre » Détails sur le site de Dromesko - reprise au Monfort, tlj sf dim et lun 20h30, 18-26€, 01 56 08 33 88 , puis Grenoble (24-28 fév), Chambéry (10-14 mars), Dina (26-28 mars), puis Le Havre, Reims, Dijon, Luxembourg…

Photos : ’Arretez_le_monde’ au Théâtre Dromesko (Christian Berthelot). Croquis préparatoire (Igor).

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  • le Rat de bibliothèque
    • Posté à 18h26 le 22/02/2009
    • Internaute 35021
      thésarde

    Merci ! Quelle bouffée d’air frais ! Utiliser le mot « tsigane comme synonyme de fête, de couleur, d’amour, pas seulement de fanfare, à l’heure où le ministre de l’intérieur italien recommande la création de milices, où les terrains rroms sont attaqués par des skins armés de barres de fer ou jettent en toute quiétude des cocktails Molotov, à l’heure où on les acuse de tous les maux (ex : faire trop d’enfants et voler des enfants) à l’heure où on jette à la rue comme des chiens tous ceux qui n’ont pas eu la chance comme mon papa d’être des citoyens nationaux d’un pays relativement prospère (certains dirons comme dans la chanson de la Cagoule “chassons l’étranger ça f’ra travailler”) sans se dire que puisqu’ils veulent venir ici c’est qu’ils crèvent là-bas, ces voleurs de poules sans pays..... Merci journaliste, te oves baxtalo !
    (en langue romani : “Que la chance soit avec toi !)

    Le Rat de Bibliothèque, thésarde (sur la langue romani, bien sûr)

  • ras-la-patience
    • Posté à 19h31 le 22/02/2009
    • Internaute 10027

    vous donnez vraiment envie d’aller les voir, merci...

  • umpognon
    • Posté à 22h11 le 22/02/2009
    • Internaute 70964

    « La Volière Dromesko ». J’ai une grosse mais alors là énorme tendresse pour le nouveau cirque. Et s’il est un spectacle que je n’oublierai jamais c’est La Volière Dromesko à La Villette.
    Pour vous dire, c’était beau, c’était beau, comme, comme, comme un monde sans Sarko ! C’est vous dire. Si, à ce point-là et au delà. Un rêve. Le rêve. Un monde léger comme une plume où l’âme et l’homme s’envolent. C’était quoi déjà, un héron ? Un héron qui s’prenait pour un homme et qui marchait les mains dans le dos comme s’il pensait à des trucs ! J’ai jamais vu un machin pareil. Peut-être parceque je ne savais pas regarder alors. Maintenant quand je croise un héron dans Paris, je peux vous dire que je m’en aperçois...

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