Theatre et Balagan

Chronique ambulante d'un amoureux du théâtre, d'un amateur de l'Est et plus si affinités.

Un « Oncle Vania » peut en cacher un autre

Publié le 22/03/2009 à 09h25

Il est rare que deux théâtres parisiens programment en même temps la même pièce. C’est le cas actuellement au Théâtre des Bouffes du Nord et au Théâtre de la Bastille avec deux versions d’ « 0ncle Vania » d’Anton Tchékhov.

Mises en scène dans la même traduction (celle de Markowicz et Morvan) respectivement par Claudia Stavisky (une production du théâtre des Célestins qu’elle dirige à Lyon) et par Rodolphe Dana et Katja Hausinger, membres à part entière du collectif Les Possédés (les membres de compagnie étant « artistes associés » à la Ferme du Buisson, scène nationale de Marne-la-vallée, coproducteur).

Dans la distribution de Stavisky, la présence de Philippe Torreton dans le rôle d’Astrov a favorisé une couverture médiatique people. Ce n’est pas tous les jours que l’ex-compagnon de Claire Chazal joue un médecin écologiste avant l’heure.

Je gardais en mémoire sa monocorde, égocentrique et accablante prestation à Chaillot dans « Le malheur d’avoir trop d’esprit » (autre pièce russe). Rien de tel aux Bouffes du Nord, car il n’y a pas de rôle principal chez Tchékhov. De fait, le rôle titre, Vania, n’est pas plus important que celui d’Astrov.

Torreton s’en tire honorablement comme d’autres acteurs (pas tous), mais sans aspérités, sans supplément d’âme, sans surprise. La seule qui apporte son grain de sel à un personnage c’est Agnès Sourdillon, dans le rôle de Sonia dont elle offre une interprétation au rebours de tout sentimentalisme, une sorte de rage avec un brin d’illumination.

Sonia, c’est celle qui reste avec Oncle Vania quand la pièce s’achève et que les autres s’en vont, les cœurs étant en miettes et les rêves fracassés. Celle qui dit « il faut vivre » (il y a toujours un personnage dans les pièces de Tchékhov pour dire cela) et qui a le mot de la fin : « Nous nous reposerons, nous nous reposerons. »

Ajoutons que le décor de Christian Fenouillat, conçu pour le Théâtre des Célestins entre mal et se ratatine sur la scène très particulière des Bouffes du nord.

A la Bastille, une scène devenue ring

Rien de tel au théâtre de la Bastille puisqu’il n’y a pas du tout de décor. Disposé sur trois côtés, le public (le quatrème est un mur) cerne la scène devenue ring. On est accueilli par les acteurs en tenue décontractée (c’est auissi leur tenue de jeu comme toujours), on vous offre un jus de fruit ou mieux quelques grammes de vodka, vous prenez place et c’est parti.

Seul accessoire notoire, la longue table de l’apéro dont les mouvements et les accessoires qui y sont disposés (bougies pour l’acte II, qui se passe la nuit) rythment la représentation.

Ce qu’aiment faire Dana et les Possédés, c’est de prendre une pièce qui met en présence un collectif cohérent. Principe qui les amène parfois à tordre les pièces. C’est ainsi qu’en montant « Derniers remords avant l’oubli », de Jean Luc Lagarce, ils avaient supprimé un personnage pour avoir un ensemble d’une seule génération.

Ici, c’est Marina, la vieille nourrice (il y a toujours un vieux serviteur dans les pièces de Tchékhov) qui est passée à la trappe, ses répliques étant confiées à Téléguine, dit la Gaufre (Nadir Legrand), non par souci d’économie mais de cohérence collective.

Astrov, c’est Dana, Sonia c’est Marie-Hélène Roig et ainsi de suite : la distribution fait front commun. On est dans une proximité de corps et de cœur avec les acteurs qui abordent Tchékhov en gommant tout tchékhovisme et en accentuant les rapports de force. La pièce y gagne une sorte d’étrange clarté et le final « nous reposerons, nous nous reposerons » tonne avec force.

► Théâtre de la Bastille, 21h00 sf lun dim 17h00, jusqu’au 28 mars, 01 43 57 42 14
► Théâtre des Bouffes du Nord, du mar au ven 20h30, sam 15h30 jusqu’au 3 avril, 01 46 07 34 50

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  • Guy Valte
    Guy Valte
    Parisien abonné au gaz
    • Posté à 19h02 le 22/03/2009
    • Internaute 24462
      Parisien abonné au gaz

    je ne suis qu’un spectateur lambda, j’aime sortir plus intelligent que je suis entré après avoir vu un spectacle. j’ai eu le sentiment que ça c’était produit après avoir vu la version aux bouffes du nord. Ce que Claudia Stavisky sait vraiment bien faire : c’est diriger des comédiens, et je sais que c’est pour ça que j’ai trouvé le discours de la pièce limpide et transparent, il y a effectivement des gens connus sur scène, et c’est possiblement un petit peu inquiétant, pourtant c’est le texte que j’ai entendu.
    J’ai aimé aussi le coup de la « véranda » au sol coulissant qui concrétise des prises de distances entre des personnages, j’ai aimé le soin avec lequel a été réalisé la bande son. J’ai bien aimé ce spectacle.J’aurai confiance en C.Stavisky pour les spectacles suivants

  • Winston Montag
    • Posté à 21h05 le 22/03/2009
    • Internaute 53372
      scribe

    « ET MAINTENANT JE VAIS DIRE UNE CHOSE qui va peut-être stupéfier bien des gens.
    Je suis l’ennemi
    du théâtre.
    Je l’ai toujours été.
    Autant j’aime le théâtre
    autant je suis, pour cette raison-là, son ennemi.

    Le théâtre est un débordement passionnel,
    un épouvantable transfert
    de forces
    du corps
    au corps.
    Ce transfert ne peut pas se reproduire deux fois.
    Rien de plus impie que le système des Balinais qui consiste après avoir une fois produit ce transfert
    au lieu d’en rechercher un autre
    de recourir à un système d’envoûtements particuliers
    afin de priver
    la photographie astrale
    des gestes obtenus. »
    Antonin Artaud

    Lien

  • Winston Montag
    • Posté à 21h07 le 22/03/2009
    • Internaute 53372
      scribe

    « ET MAINTENANT JE VAIS DIRE UNE CHOSE qui va peut-être stupéfier bien des gens.
    Je suis l’ennemi
    du théâtre.
    Je l’ai toujours été.
    Autant j’aime le théâtre
    autant je suis, pour cette raison-là, son ennemi.

    Le théâtre est un débordement passionnel,
    un épouvantable transfert
    de forces
    du corps
    au corps.
    Ce transfert ne peut pas se reproduire deux fois.
    Rien de plus impie que le système des Balinais qui consiste après avoir une fois produit ce transfert
    au lieu d’en rechercher un autre
    de recourir à un système d’envoûtements particuliers
    afin de priver
    la photographie astrale
    des gestes obtenus. »
    Antonin Artaud

    Lien

  • baslespattes
    • Posté à 22h35 le 22/03/2009
    • Internaute 48803
      prof

    je ne sais pas qui est derrière le blog Lien
    mais c’est impeccable ! et comme on ne peut pas laisser de message sur le blog... et qu’il faut bien le dire qq part !

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