Theatre et Balagan

Chronique ambulante d'un amoureux du théâtre, d'un amateur de l'Est et plus si affinités.

Christophe Perton monte « Zucco » en pièce testamentaire de Koltès

Publié le 27/04/2009 à 11h49


Bernard-Marie Koltès (DR).

Assis à une table, Bruno Boeglin lit l’une des lettres que Bernard-Marie Koltès envoya du Nicaragua lorsqu’il y séjourna. Il est là, au Centre dramatique de Valence, à l’invitation du directeur, son cadet Christophe Perton qui se souvient avoir vu « Roberto Zucco » lorsque Boëglin créa la pièce. Et aujourd’hui, à son tour, Perton la met en scène.

Christiane Cohendy tient lieu de passage de témoin puisqu’elle jouait chez Boëglin le rôle de la grande sœur de la gamine (celle qui offre sa virginité à Zucco) et qu’elle interprète maintenant (et magnifiquement) le rôle fulgurant de la mère de Succo puisqu’à la fin de la scène où elle apparaît (l’un des premières de la pièce), Zucco l’étrangle tendrement.

Le prisme biographique

Koltès est mort il y a vingt ans, le 15 avril 1989, à 41 ans, du sida. Valence avant Metz (sa vile natale) lui rend hommage (expositions de photos, spectacles, lectures,etc.) en l’honorant. Et c’est avec « Zucco » que Perton met un terme aux neufs années qu’il aura passées à la tête du CDN de Valence.

Perton lit la pièce à travers la biographie de l’auteur. « Il s’agit pour Koltès, conscient de sa mort prochaine, de convoquer une dernière fois sa famille fictionnelle, prostituées, dealers, flics, adolescentes, mères, grandes sœurs… ces personnages si singuliers qui l’ont accompagné durant toutes ses années d’écrivain », lit-on dans le programme. A quelques mots près, on croirait que ce propos évoque la dernière pièce de Jean-Luc Lagarce, « Le Pays lointain », un auteur qui mourra lui aussi du sida, quelques années après Koltès.

Quoi de plus beau qu’un théâtre pour dire adieu au théâtre (que Koltès disait ne pas aimer mais dont il ne pouvait pas se passer) ? C’est le décor qu’ont choisi Perton et son scénographe Christian Fenouillard. Un théâtre à l’ancienne dont il ne resterait que le cadre de scène et quelques fauteuils, une scène qui est celle du monde, dixit Shakespeare.

De Sophocle à Jean-Pierre Melville

Si la première scène fait irrésistiblement penser à la première d’« Hamlet » (les sentinelles devenant des gardiens de prison et le spectre, l’ombre d’un évadé), c’est plutôt vers les ressorts de la tragédie grecque que la pièce puisse sa noire énergie.

L’univers spatial très « ciné » de Koltès (on se croirait dans un film de Jean-Pierre Melville) a plus de mal à trouver constamment sa place dans ce dispositif. Un écran vidéo tient lieu de roue de secours. Mais cela n’empêche pas certaines scènes de trop se tordre comme celle où Zucco entre dans une cabine téléphonique, décroche et parle. A qui ? A personne sinon à lui même, puisqu’il « parle à un téléphone qui ne marche pas », nous dit une pute qui l’observe. Dans le spectacle de Perton, Zucco parle dans un micro et regarde le public. La scène prend un tout autre sens, testamentaire. Mais quand les scène se passent dans le « petit Chicago », l’espace respire mieux.

La beauté comme morale

Distribution solide où se mêlent les comédiens permanents de l’embryon de troupe qu’avait réussi à constituer Perton à Valence et d’autres venus d’ailleurs. Zucco c’est Olivier Werner, un des comédiens permanents. Il donne au personnage la force toute intérieure d’un homme qui sait que ses jours sont comptés et veut finir, comme on dit, en beauté. Cette beauté dont parle si bien Koltès dans un de ses entretiens (éd. de Minuit comme toute son œuvre) :

« Je crois que la seule morale qui nous reste est la morale de la beauté. Et il nous reste justement plus que la beauté de la langue, la beauté en tant que telle… sans la beauté, la vie ne vaudrait pas la peine d’être vécue. »

Roberto Zucco - Comédie de Valence, Bel Image - 20 heures - sauf dim - jusqu’au 30 avril - tél. : 04 75 78 41 70.

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  • noroît
    noroît
    autre
    • Posté à 17h44 le 27/04/2009
    • Internaute 51578
      autre

    Super article (comme d’hab) !

  • Mouloud Akkouche
    Mouloud Akkouche
    Ecrivain
    • Posté à 19h07 le 27/04/2009
    • Internaute 49213
      Ecrivain

    Bonjour,

    Merci pour ce papier qui donne envie de voir la pièce. L’extrait en fin d’article sur la « beauté “ est très fort ! Une beauté sans bling bling...

    Cordialement,

    Mouloud

  • MimiCharabia
    MimiCharabia
    auteure à son compte
    • Posté à 19h48 le 27/04/2009
    • Internaute 54946
      auteure à son compte

    dommage, la coquille dans le titre...

    • Marie-Sophie Keller
      Marie-Sophie Keller répond à MimiCharabia
      Ex-Rue89 mais toujours fan
      • Posté à 20h58 le 27/04/2009
      • Internaute 26936
        Ex-Rue89 mais toujours fan

      Rhaalalala, oui… désolée, c’est réparé.

  • matrasov
    • Posté à 19h54 le 27/04/2009
    • Internaute 20420

    Bref, Thibaudat s’est bien fait chier

  • Jean-Michel Plouchard
    Jean-Michel Plouchard
    réalisateur
    • Posté à 12h37 le 28/04/2009
    • Internaute 78187
      réalisateur

    Malheureusement, il semble que cette pièce ne tourne pas, en dehors de Valence et Genève. Dommage !

    Pour connaître un peu mieux Koltès, lire, « Une part de ma vie », aux éditions de Minuit :

    « Pour ma part, j’ai seulement envie de raconter bien, un jour, avec les mots les plus simples, la chose la plus importante que je connaisse et qui soit racontable, un désir, une émotion, un lieu, de la lumière et des bruits, n’importe quoi qui soit un bout de notre monde et qui appartienne à tous. » (p 15)

    De très riches entretiens sur le théâtre, l’écriture, et la pensée en général.

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