Theatre et Balagan

Chronique ambulante d'un amoureux du théâtre, d'un amateur de l'Est et plus si affinités.

Olivier Py auto-proclamé poète officiel de la République

Publié le 26/09/2009 à 15h41


Les enfants de Saturne Olivier Py, photo Alain Fontenay

Du verbe au verbiage il n’y qu’un pas que Py franchit avec dans sa dernière pièce « Les Enfants de Saturne ». Que s’est-il passé ?

La servante au grand cœur

Naguère, Olivier Py était un auteur dramatique. Il écrivait des petites pièces formidablement rapides et incisives publiées aux éditions Les solitaires intempestifs, maison fondée par son ami Jean-Luc Lagarce. Un ami dont, bien plus tard, il allait faire l’un de ses héros (Le poète mort trop tôt) de sa pièce « Les Illusions comiques » (Actes sud Papiers).

Entre « Les Aventures de Paco Goliard » et « Les Illusions comiques », Py aura écrit bien des choses à commencer par une saga inoubliable, les vingt-quatre heures de théâtre qui constituent le cycle de « La Servante ». Cinq pièces d’un coup et autant d’intermèdes. Jusqu’à aujourd’hui, sa meilleure œuvre au long cours. Mais il a également signé une tonique « Epître aux jeunes acteurs » adapté Eschyle, mis en scène « Le soulier de satin » de Claudel. Plutôt un beau parcours.

Et dans tout ça, Dieu

Entretemps il aura aussi fait une mauvaise rencontre. Pas ces jeunes garçons de hasard toujours prompts à se mettre torse nu qui peuplent son œuvre et sans doute sa vie. Non, il aura rencontré Dieu ou plutôt il aura étalé dans le domaine public (moi, mon œuvre) sa rencontre voire son dialogue avec Dieu, une affaire qui empoisse le langage de plusieurs pièces où la situation est plombée par le discours, le sermon, le prêchi-prêcha. Un magma qui tourne autour de Dieu comme une mouche autour d’une lampe jusqu’à en être aveuglé. A cela s’ajoute le précipité de pièces d’autant plus longues qu’elles sont écrites vite, semble-t-il. Des pièces qui prennent, non de l’épaisseur, mais de l’embonpoint.

Le miracle des « Illusions »

Miracle, dans « Les Illusions comiques », formidable comédie d’aujourd’hui « dédiée à la mémoire de Jean-Luc Lagarce », Py jetait tout cela à la trappe, dans un sac à malices. Entraient en scène maman, tante Geneviève, le ministre de la Culture, le président de la République, un directeur de théâtre, un spectateur de gauche et j’en passe. Py se faisait Aristophane. Il se moquait de lui-même, de son cul béni, des milieux culturels, c’était extrêmement drôle.

Cette pièce a été créée à Orléans où Py était encore directeur du centre dramatique national, puis elle a été reprise sur la grande scène de l’Odéon.

Une ombre grandissante

Py avait été nommé entretemps, avec un piston en haut lieu de Paul Claudel (celui qui a immortalisé des jeunes filles nommées Ysé ou Violaine à l’ombre d’un pilier de Notre Dame sur fond d’amour illicite) et avec l’aide du petit doigt de Fatima, à la direction du l’Odéon –théâtre de l’Europe. Une belle surprise.

Et là, à la tête d’un théâtre national et même du plus national des théâtres nationaux (hormis la Comédie française, maison du patrimoine théâtral), il a fait une autre mauvaise rencontre, bien plus redoutable que celle de Dieu. Olivier Py a rencontré Olivier Py, le poète officiel de la République. Une sorte d’ombre grandissante de son autre lui-même qui étouffe l’auteur dramatique qu’il fut pour mettre sa plume au service des pompes de la république.
C’est bien le poète officiel Py qui a écrit et mis en scène « Les Enfants de Saturne » actuellement à l’affiche à l’Odéon, dans ses ateliers Berthier.

Quel gâchis, mon Dieu quel gâchis

Le public est au centre, assis sur gradin tournant. Au sens propre comme au sens figuré, il tourne littéralement en rond. Et comme on tourne dans le sens contraire des aiguilles d’un montre et qu’on remonte donc le temps, l’ennui gagnant pendant le spectacle où une énumération chasse l’autre, où le concours de l’image la plus tarte bat son plein, je me suis remémoré ces heures passées au petit matin ou à l’heure de la sieste à Avignon, au gymnase Aubanel, dans les bras de « La Servante », et je me suis dit : « quel gâchis, mon dieu (tant qu’on y est allons-y) quel gâchis ! »


enfants de saturne py ph Alain fontenay

Voici l’argument de la pièce tel que le résume l’éditeur : « Saturne est contraint de déposer le bilan du journal qu’il a créé et qui constitue sa raison de vivre, La République. C’est l’échec de toute une vie. Son fils illégitime, Ré, le dépossède de tous ses pouvoirs et s’acharne contre ses deux demi-frères et sa demi-sœur, tous ruinés par le manque d’amour paternel. Victime d’une attaque, Saturne paralysé est à la merci de Ré. Seul espoir, son petit-fils, Virgile, pourrait reprendre le flambeau, grâce à Nour, jeune homme lumineux et providentiel porté par l’amour absolu qu’il voue à son propre père. »

Bonjour inceste

Entre la référence implicite à des patrons de quotidien contraints de quitter le journal qu’ils ont créé (suivez mon regard) et des histoires de familles avec déchirements intestins et incestes comme on les aime depuis les Grecs, et, en prime, des petits clins d’œil ici à Claudel, là à Genet, Py semblait être à son affaire.

Mais l’enjeu qu’est la vente du journal s’estompe vite, la pièce perd sa tension, la saga familiale prend le dessus avec son lot d’incestes, etc). Tout devient prétexte à des tirades interminables, écrites on imagine sans ratures (pas le temps) par le poète (sérieux comme un pape, le diction tombe à pic), lequel poète, sentencieux et définitif (paré par les dictionnaires de citations), donne du gosier depuis la première scène.

A la lecture cela peut s’écouler mollement comme une tisane accompagnée d’un loukoum. A l’épreuve de la scène, c’est autre chose.

Passé un agréable prologue où Py emperruqué en bonne à tout faire (alias Monsieur loyal) d’un directeur de journal vieillissant (l’homme et le journal) passe l’aspirateur -à défaut, on le comprendra, d’être inspiré-, la suite se gâte très vite. Le temps se gâte toujours chez Py quand il tombe sur un filon (une tournure de phrase récurrente, un mot qui fait tilt, tels les imputrescibles et vedettes maison que sont « joie » et « amour ») qu’il déploie tant et plus dans un robinet dont il arrête difficilement le flot.

Quand les spectateurs tournent

Entre l’axe Claudel-Vauthier-Guyotat (vues imprenables sur les gouffres et les gorges du Verbe) et l’axe Giraudoux-Anouilh (comment accommoder les plats de nouilles de l’Antiquité), Py à sa manière fait la synthèse : il rêve du premier axe mais accouche du second. A moins qu’il ne cherche une troisième voie (on cherche toujours une troisième voie) entre Cocteau et Guitry. On a beau tourner cela dans touts les sens, on est loin du compte.
Un exemple ? Un exemple. C’est Virgile qui parle, page 46 :

« Alors tue-moi ! Qui nous juge ? Qui juge ? Qu’est-ce que l’amour ? Qui a la connaissance ? La raison peut-elle interrompre le printemps ? Les libres sont-ils un rempart à l’océan ? Qui a écrit la loi ? Est-ce qu’il y a une loi ? Où ? En nous ? Hors de nous ? Les étoiles rient de nos lois ! Les étoiles rient de nos routes ! La terre tremble, tu entends ? Tout sera anéanti ! Viens, fais ce que tu désires avec mon corps ! Je suis ton seul juge. Dieu ne nous regarde pas ! Dieu n’arrêtera mon bras ! »

La mort du poète

On n’arrêtait pas Py, pisseur de copie, on n’arrête plus le poète devant l’éternel (« la raison peut-elle arrêter le printemps » ! On croirait une message de la Résistance diffusé par Radio Londres), c’est désormais officiel. Parfois, le jeu théâtral des miroirs identitaires où Py excelle fonctionne comme un heureux appel d’air. Mais cela ne suffit pas au spectacle.

On a connu Pierre-André Weitz (décors, costumes, maquillages), collaborateur attitré de Py, plus inspiré. Les vieux routiers du métier (Pierre Vial et son cadet Bruno Sermonne) font leur boulot, Michel Fau (Ré) et Philippe Girard (le fils aîné), comédiens talentueux, fidèles à Py, le demeurent. Le reste de la distribution est d’honnête facture bien qu’inégalement. Et ça crie tant et plus.

« Si vous voulez voir un monde qui meurt, vous êtes aux premières loges. » C’est la première réplique de la pièce, lancée par Py, à la tête du public. Remplacez le mot « monde » par « poète ». Et vous y êtes.

► Les Enfants de Saturne - d’Olivier Py - Théâtre de l’Odéon, ateliers Berthier - du mardi au samedi 20 heures, dimanche 15 heures - jusqu’au 24 octobre - de 12 à 32€. Tél : 01-44-85-40-40. Le texte est publié chez Actes sud papiers, 68p, 11,50€.

Photos : « Les Enfants de Saturne » (Alain Fontenay).

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  • kronprintz
    • Posté à 21h40 le 26/09/2009
    • Internaute 30522

    Bonsoir à tous. J’écris de Province et je n’ai pas vu la pièce d’Olivier Py.
    Difficile par conséquent de me prononcer. Mais je sais que J.P. Thibaudat est quelqu’un de fiable. Je lui fais par conséquent confiance.
    La dérive d’un mec comme Py est en tout cas inquiétante. Un nouvel ordre théâtral semble se dessiner. Au secours Mnouchkine !
    Au fait, vous autres internautes parisiens qui êtes si prompts à réagir à tout propos, qu’attendez-vous pour nous donner votre avis.
    K. (de Metz).

    • CommeCa
      CommeCa répond à kronprintz
      Précaire (nouveau mot pour (...)
      • Posté à 22h19 le 26/09/2009
      • Internaute 40344
        Précaire (nouveau mot pour (...)

      Nous (je) n’aurons pas d’avis sur la chose, puisque nous nous abstiendrons d’y faire un tour ... (et ce n’est pas l’article de JPT qui y incite : -) ... mais, m’enfin ! en appeler à Ariane pour sauver tout cela ... Est-ce bien sérieux ?

  • General Subverciòn
    General Subverciòn
    viva Makhnovchtchina
    • Posté à 00h35 le 27/09/2009
    • Internaute 47117
      viva Makhnovchtchina

    Py est égale à 3,14 ou 22/7ème en fraction...pas grand chose en fait...

  • michel 13
    • Posté à 00h36 le 27/09/2009
    • Internaute 49378

    Je ne lis pas assez souvent les papiers de JP Thibaudat, et c’est dommage car celui-ci me semble remarquablement écrit. Un style à la fois clair et incisif qui donne un texte très agréable à lire. Ce n’est pas très courant ...
    A travers ses mots JPT exprime ses regrets de voir la « dérive » d’un auteur qui certainement le passionnait.

  • Valdo Lydeker
    Valdo Lydeker
    journaliste, auteur
    • Posté à 09h06 le 27/09/2009
    • Journaliste 7922
      journaliste, auteur

    Rien de tel que d’officialiser un poète pour le tuer... La même chose est arrivé à Wajdi Mouawad, auteur de trés bonnes pièces : artiste invité du Festival d’Avignon, il a livré un pathétique remake théâtral de Da Vinci Code avec Ciels...

  • Laffreux Jojo
    Laffreux Jojo
    penseur libre
    • Posté à 14h14 le 27/09/2009
    • Internaute 60376
      penseur libre

    Pour une fois n’est pas coutume, je suis d’accord avec vous, Jean-Pierre Thibaudat... Ce qui est affligeant c’est que tout ce que vous avez écrit, vous l’auriez pu écrire sur tous les précédents spectacles de Py. Le verbiage, la bêtise, la platitude, la pseudo-théâtralité (ah ce pauvre cabaret, usé et re-usé jusqu« ’à la corde, le cabaret du “rien dire”... suffit pas de se mettre une plume au cul pour faire cabaret), le pseudo-poésie, tout ça est présent dans son théâtre depuis le début... il eut été plus judicieux de ne pas se laisser embobiner au départ, et qui sait l’Odéon ne serait peut-être pas dans un tel état et aurait un vrai créateur à sa tête.
    Mais bon, mieux vaut tard que jamais.

  • matrasov
    • Posté à 23h58 le 27/09/2009
    • Internaute 20420

    Je ne vois pas ce qu’il y a de nouveau. La Servante c’était déjà un verbiage indigeste. Olivier Py est un acteur. Pas un auteur. C’est aussi un génial public relation. En France, où on aime pas le théâtre il a été accueilli comme le messie. Il incarne donc parfaitement le théâtre français.

    • Laffreux Jojo
      Laffreux Jojo répond à matrasov
      penseur libre
      • Posté à 05h49 le 28/09/2009
      • Internaute 60376
        penseur libre

      Je dirais même que c’est un très gentil garçon, qu’on adore dans les couloirs du ministère de propagande... euh de la Cul-ture, car Py ne fait pas de mal à une mouche. Du théâtre canada dry : ça ressemble à du théâtre, ça ressemble à du théâtre, mais ce n’en est pas.
      Demandez-vous qu’aucune des grandes institutions n’est dirigée par quelqu’un d’envergure ou disons d’un tant soit peu courageux ou polémique (on peut rêver)
      Mayette au Français (je pisse de rire...)
      Schiaretti au TNP (il a déjà fait un spectacle qui n’était pas chiant à en mourir celui là ? La plus grande carrière avec un talent aussi limitée)
      Braunschweig à la Colline (le soi-disant temple du théâtre contemporain dirigé par un type qui à vingt ans déjà faisait des spectacle pour grand-mères, l’incarnation de l’art bourgeois « at its worst »)
      Olivier Py à ’Odéon’...
      C’est à pleurer.

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