Theatre et Balagan

Chronique ambulante d'un amoureux du théâtre, d'un amateur de l'Est et plus si affinités.

Terzieff joue « Philoctète » à l'Odéon : jeu du corps et pouvoir des mots

Publié le 28/09/2009 à 11h15


terzieff dans philoctete

On l'attend. Mais au théâtre, qui attend-on au juste ?

On l'attend. Ulysse et le fils d'Achille, Néoptolème, ont chauffé la salle. Ils n'ont cessé de nous parler de lui. De cet homme au corps pourrissant (morsure de serpent) abandonné sur une île, dix ans auparavant, par Ulysse et ses compagnons, mais possédant l'arme nucléaire : un arc invincible.

Il arrive enfin, venant du noir, tel un fantôme. C'est Philoctète. Et avec lui, en lui, le fantôme de ce fantôme, Terzieff. Laurent Terzieff, de retour sur la scène du théâtre de l'Odéon après un demi-siècle d'absence (1959, « Tête d'or » de Claudel, auprès d'Alain Cuny).

Alchimie de l'acteur rare

Terzieff possède, lui aussi, une arme redoutable, insaisissable et indéfinissable, cet alliage rare et résistant fait d'une présence scène sidérante d'humanité, d'un jeu du corps inqualifiable, riche en cassures, en allongement du cou façon échassier, en mains nouées et noueuses, en creusement abyssal du visage, riche encore d'un phrasé aussi magnifique qu'imprévisible dans ses accentuations et ses changements d'octave qui font toujours mouche.

Tout ce qui fait de l'acteur qu'il est, un grand acteur. Alors le théâtre et la pensée sont à la fête.

Ulysse, qui a abandonné Philoctète dix ans plus tôt, veut récupérer l'arc magique pour gagner la guerre. Philoctète le hait, évidemment. Alors Ulysse envoie Néoptolème au charbon, en lui demandant d'user des pouvoirs de la parole -« C'est la parole/ la parole pas l'action qui mène le monde“- de ruser, de mentir au besoin.

Combat de mots avec coq

Philoctète, qui depuis dix ans n'a rencontré personne, fond de plaisir quand il entend le son de la langue grecque, quand il entend une voix avec laquelle il peut dialoguer. Toute la pièce oscille entre l'apprentissage de l'usage de la parole (et de son art) chez le jeune Néoptolème et le réapprentissage en vitesse accéléré des pouvoirs du dialogue chez Philoctète.

Terzieff donne à entendre cette reprise de la parole chez un homme qui s'est si longtemps tu. Lui dont la gorge n'émettait que cris et râles réapprivoise la langue jusqu'à la faire chanter. C'est magnifique.


terzieff répète philoctete

La scénographie de Fanny Gamet donne un juste espace à cette parole qui revient de loin et la mise en scène de Christian Schiaretti orchestre ces combats de mots avec sobriété, mais autour de Terzieff, le reste de la distribution manque souvent de finesse.

Guibolles en fil de fer

Dans son adaptation, Jean-Pierre Siméon, poète et patron du Printemps des poètes, suit la pièce de Sophocle sans transfigurer l'histoire de ‘ Philoctète ’ comme l'a fait à sa manière (forte) Heiner Müller. Il en reprend le fil, parfois jusqu'à coller aux répliques, il offre à cette histoire un écrin de vers bien tempérés qui domestiquent la tragédie.

Sa version est dédiée à Laurent Terzieff.

Il faut remercier Christian Schiaretti d'avoir su convaincre l'acteur (qui n'aime guère la notion de théâtre subventionné) de jouer sur la scène du TNP qu'il dirige, présentement sur celle de l'Odéon et prochainement sur d'autres scènes subventionnés ici et là en France.

Au salut, avec ses guibolles en fil de fer, Terzieff sautille comme un enfant. Au terme de bien des tours et détours de la parole, Philoctète vient de triompher en acceptant ce qu'il refusait jusqu'alors (revenir et mettre son arc à la disposition des Grecs), et Terzieff triomphe à son tour après avoir mis son art au service de Philoctète.

Philoctète au théâtre de l'Odéon, place de l'Odéon, Parix VIe - jusqu'au 18 octobre- du mar au sam 20h, dim 15h - 7€/32€ - Rens. : 01 44 85 40 40 - Le spectacle sera donné du 18 nov au 23 déc au Nouveau Petit théâtre du TNP-Villeurbanne, avant une tournée de janvier à mars 2010 à Sceaux (Hauts-de-Seine), Marseille, Chambéry, Valence, Genève et La Rochelle.

Philoctète dans la version de Jean-Pierre Siméon - éd. Solitaires intempestifs - 92p. - 10€.

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  • Adéménagé le 3 janvier 2011
    • Posté à 13h00 le 28/09/2009

    Vous avez réussi à me donner envie de voir cette pièce (ce qui est-croyez moi- rarissime).

    Il ne passera malheureusement pas par ici...

  • Photine
    • Posté à 13h10 le 28/09/2009

    J'ai vu cette pièce samedi soir. Elle est magnifique.

    Le texte est superbe et ne fait pas du tout pastiche (j'ai vraiment pensé à une traduction).
    L'histoire peu connue, est passionnante.

    Terzieff est halucinant et ceux qui jouent avec lui sont aussi très bien.

    J'en suis vraiment bouleversée.

  • Alexad
    • Posté à 22h03 le 28/09/2009
    • Internaute

    Voilà un article qui me donne très envie d'aller voir cette pièce et surtout ce grand comédien si rare !

  • Laffreux Jojo
    Laffreux Jojo
    penseur libre
    • Posté à 08h31 le 29/09/2009
    • Internaute
      penseur libre

    Encore une mise en scène à dormir debout de Christian Schiaretti.
    Mais, comme cet homme n'est pas bête, il a su convaincre Terzieff. Bien joué, comme ça on ne parle plus de ses lacunes de metteur en scène, l'absence totale de direction d'acteurs (ouf car Terzieff,lui, n'en a pas besoin,il fait du Terzieff et tout le monde est content - moi compris- on ne peut pas en dire autant des autres comédiens).
    Mais quand même : j'hallucine qu'on puisse s'enthousiasmer d'un spectacle aussi ennuyeux, d'un manque aussi flagrant d'originalité (faire « sobre » ou entrer les acteurs de la salle, c'est quand même bien peu...).
    Pour les aficionados de Terzieff. Personellement, je me sentais regarder une pièce de musée (entendons-nous, la pièce de musée c'est Terzieff) et cela m'a bien mis mal à l'aise.
    En vérité, j'aurais bien voulu voir cet acteur pour une fois dans une vraie mise en scène. Car ses spectacles à lui n'était pas à la hauteur de son talent.
    Occasion manquée.

    • léon le citron
      léon le citron answers to Laffreux Jojo
      vivant
      • Posté à 19h38 le 01/10/2009
      • Internaute
        vivant

      il semblerait, cher affreux jojo, que Brigitte Salino, dans l'édition du « monde » de ce soir, soit du même avis que vous ! il est vrai que monsieur Schiaretti semble se goberger beaucoup depuis qu'il a récolté quelques Molière cette année en montant des pièces de... Molière ! et qu'il ait confondu tragédie et farce. Enfaisant son intéressant à force de la jouer épuré mais éventé, ses spectacles résonnent comme des coquilles vides. C'est malheureux pour Terzieff et j'ai quitté la partie hier soir, regrettant de ne pas avoir pris un billet pour un autre spectacle. C'est chiantissime au possible et les mots de Monsieur Jean Paul Siméon ne font pas mouche du tout. Quant aux jeunes acteurs, ils braillent à vous faire souhaiter de devenir sourd. La prochaine fois j'irai voir une pièce jouée en langues des signes : au moins il y aura de la magie ! ; -)

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