Theatre et Balagan

Chronique ambulante d'un amoureux du théâtre, d'un amateur de l'Est et plus si affinités.

Vincent rencontre Massera, l'alliance entre deux as du décalage

Publié le 27/10/2009 à 14h56

L’écrivain Jean-Charles Massera et le metteur en scène Jean-Pierre Vincent étaient faits pour se rencontrer au coin d’un espace public. C’est fait, et friendly à mort, avec « Meeting Massera ».

« United emmerdements of New Order » et autres « United problems of coût de la main d’œuvre » (pour ne citer que ceux-là) : les titres des livres de Massera (auteur publié chez POL et désormais chez Verticales) sont à même de faire craquer tous les managers de plus de 50 ans (et de moins, car Massera est un adepte du manteau réversible).

Tout en séduisant aussi, par ses OPA langagières, le club informel des ex-soixantehuitards (tendance Marx-Mao-Maxiton) et leurs enfants plagistes au NPA, écolos-cools, humanitologues en herbe « and so on ».

Cause toujours tu m’intéresses

D’un autre côté, Jean-Pierre Vincent, metteur en scène buriné sous le soleil des institutions (TNS, Comédie-Française, Amandiers de Nanterre), après une jeunesse frondeuse (au temps de la compagnie Vincent-Jourdheuil), vit un troisième âge hyper actif en remettant sur le marché de son produit maison (AOC en cours).

Ce dernier, c’est l’observation entomologiste de la société, de préférence française, à travers ses spectres et ses mythes, par une exploration, raisonnée et si possible débridée, de son langage.

Du « Palais de justice » au « Silence des communistes », de « Vichy-Fictions » à « Karl Marx inédit », une ligne dure se dessine avec acuité.

Vous avez dit transmission ? Comme c’est...

L’Adami lui a confié sa manifestation « Paroles d’acteurs » -un Post-it de la transmission traduisant une « volonté de mettre la mémoire et l’expérience des aînés au service des jeunes », « en participant à la construction d’une identité professionnelle commune entre des comédiens de générations différentes » (c’est écrit dans le programme bel exemple de ces langues creuses dont Massera fait son miel).

Vincent a pensé à l’auteur de « A cauchemar is born » dès lors que dans une librairie, il est tombé dessus. Ce qui prouve qu’il est plus un grand lecteur qu’un consommateur de spectacles, car Massera a un certain passé théâtral derrière lui.

L’affront sino-irakien et la fondue suisse

Le décalage-détournement est à la base de bien des ritournelles (comme disent les philosophes) de Massera. Le décalage sied au théâtre et cela fonctionne à merveille sur la scène, et d’autant mieux quand l’actualité cogne à la porte de la politique-fiction.

C’est ainsi que le spectacle commence par des dépêche des l’agence Reuters annonçant les raids sino-irakiens sur la France en février 2011.

Le gouvernement français est alors dirigé par le président « Gilles de Compiègne junior » lequel impute ces raids dans une impeccable langue de bois à un « complot sino-arabe » et promet de combattre « jusqu’à la victoire », etc.

La salle, qui a en tête l’histoire de l’Epad et de Sarko junior, se gausse. De même quand les Suisses se protègent de l’invasion des Français à coups de faux vrais décrets évoquant le statut « d’un ressortissant d’un pays à monnaie faible qui essaie de voir ce que ça fait en euros la perte de sa propre identité », le vertige identitaire est au rendez-vous.

La scène prolonge le plaisir humoristique de la lecture en lui donnant de la voix, d’autant que les (plus ou moins) jeunes acteurs rassemblés par Vincent sont à leur affaire.

Après « We are la France » et en attendant « We are l’Europe »

A la longue cependant, un certain effet de tassement se produit tout comme à la lecture. On ne lâche pas un roman, mais on préfère lire les montages de Massera à petites doses pour mieux les savourer en y revenant.

United problems of durée des répétitions : en un mois (durée payée par l’Adami), Vincent et ses acteurs ne pouvaient guère pousser plus avant les jetons de présence du théâtre. La régalade est là, n’empêche.

Un apéro de choix en attendant la prochaine excursion du Tour operator Massera : « We are L’Europe », dans une mise en scène de Benoît Lambert (création en novembre au Granit de Belfort avant de venir à Malakoff et de faire le tour de la France), tandis que « We are la France » (même tandem) continue de tourner.

Meeting Massera au théâtre de la Cité internationale dans le cadre du Festival d’automne - jusqu’au 31 oct. - à 20h30, le jeu. à 19h30 - 10/21€ - Rens. : 01-43-13-50-50.

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  • Valdo Lydeker
    Valdo Lydeker
    journaliste, auteur
    • Posté à 16h35 le 27/10/2009
    • Journaliste 7922
      journaliste, auteur

    Ça manque en effet de force théâtrale et les comédiens sont sous-exploités. Mais une bonne entrée dans les textes savoureux de Massera !

  • Ronceveaux
    Ronceveaux
    Sonne du cor
    • Posté à 18h44 le 27/10/2009
    • Internaute 85180
      Sonne du cor

    Jean-Pierre Vincent, bon, on connaît depuis longtemps, qu’on l’apprécie beaucoup, ou moyennement, ou non, et il lui est arrivé de commettre des choses marquantes. Mais ce qui est sûr, c’est que Jean-Charles Massera gagne vraiment à être connu et que dans le paysage littéraire et théâtral contemporain il faut absolument faire connaître des auteurs de cette trempe. Donc, rien que pour cela, merci Jean-Pierre !

    PS : Pour en savoir plus sur cet énergumène de grand talent il y a notamment ce numéro d’une revue qui vient de sortir, qui montre un peu qui il est : Lien

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