Theatre et Balagan

Chronique ambulante d'un amoureux du théâtre, d'un amateur de l'Est et plus si affinités.

La ruée vers les arts de la rue, quarante ans d'histoires

Publié le 28/10/2009 à 15h50


Au festival d’Aurillac en 2007 (Jean-Pierre Thibaudat)


On ne compte plus aujourd’hui les compagnies qui ont fait les arts de la rue et la gloire de festivals de plus en plus nombreux dont une journée Rue libre, qui, samedi, vivait sous la pluie sa troisième édition (comme le raconte ici même Charles Mouloud) .

L’appel du macadam

Mais comment ce boxon commença ? Et qui sont ceux qui ont fait cette histoire ? C’est ce que raconte en deux ouvrages Floriane Gaber, qui « cogne le trottoir » depuis vingt ans.

Dans « Comment ça commença » sous-titré « les arts de la rue dans le contexte des années 70 », l’auteur remonte aux sources, évidemment multiples. Elle se promène sans trop classer ce qui est inclassable, se contentant d’insister sur trois vecteurs : l’engagement, l’expérimentation et les saltimbanques -données poreuses dès lors que l’on sort des salles confinées et que l’on opère sur le macadam.

Des compagnies recomposées

Quand Klaus Grüber investit un stade ou un immeuble à Berlin et une chapelle à Paris, le théâtre prend l’air, la rue est proche. Elle l’est aussi quand Luca Ronconi lance ses chars à roulettes dans les halles Baltard, quand le Festival de Nancy invite des troupes qui vont jouer jusque dans les vitrines. Les écrits de Guy Debord sur la société du spectacle ont aussi joué un rôle explique Gaber sans trop s’attarder.

Elle est plus à son affaire quand elle parle des gens qui ont fait cette histoire. Elle aime décrire les généalogies à rebondissements, les compagnies des arts de la rue étant souvent des compagnies recomposées, comme on le dit des familles.

Le temps des pionniers

Gaber voit une impulsion fondatrice dans la création au début des années 70 de la manifestation « Aix, ville ouverte aux saltimbanques » par Jean Digne qui dans la foulée va créer une école d’été des arts de la rue de tradition populaire, premier d’une série de jalons institutionnels.

Elle voit aussi dans le cirque Bonjour de Jean-Baptiste Thierrée et Victoria Chaplin, « le premier des cirques contemporains » et dans le Palais des merveilles de Jules Corbière « la première troupe de théâtre de rue, véritablement constituée et pouvant se revendiquer comme telle ».

Un foisonnement d’informations

Corbière comme Digne, Michel Crespin, ou Jacques Livchine (le Théâtre de l’Unité) sont des noms qui reviennent souvent au fil des pages de ce premier ouvrage et que l’on retrouve, avec des évidemment des redites, dans le second, « 40 ans d’arts de la rue », qui fait un inventaire non exhaustif (il y a des oubliés) des troupes, des lieux, des festivals et des institutions.

A travers des récits où Gaber met en scène la spectatrice-témoin qu’elle est. Un foisonnement d’informations qui aurait mérité un index rigoureux. Et avant tout une histoire de personnes singulières. D’Ilotopie à Komplex capharnaüm en passant par Jo Bithume, le spectre est large.

L’inventeur du Palais des merveilles

Revenons à Jacques Cordière qui d’ailleurs s’appelle Claude Jégo, Un ancien du Grand Magic Circus où il s’adonnait aux effets pyrotechniques. Quand il crée Le palais des merveilles en 1971, il puise le nom dans un des spectacles de son ami Savary.

Ce dernier va bientôt s’enfermer dans les théâtres avec ses animaux tristes, Cordière ne jure que par la rue. Un rêveur qui ne veut pas de billet d’entrée, un beau bonimenteur. Floriane Gaber le décrit :

« Tantôt en perruque grise semée de fleurs, redingote d’or et pantalon bouffant d’où s’échappent des plumes, tantôt simplement torse nu, il fait la corde molle, crache le feu et joue de la batterie, posé sur un fil accroché dans les arbres. »

Il a une formation d’acrobate et a fait les Arts décoratifs, sa compagne ; Caroline Simonds alias Miss Lili Ratapuce, une américaine, a été formée au mime et à la composition musicale (chez Betsy Jolas). Ils seront rejoints par d’autres comme Paillette.

Paillette et compagnies

« Notre plafond est la rue, notre décor le ciel », dit Cordière. L’ego, la mégalomanie ou le côté écorché vif vont souvent de paire avec l’utopie au pays des arts de la rue. Cordière rêve de rester longtemps dans une ville, que les gens deviennent des baladins, vivent leur rêve de personnages et ce faisant se révèlent à eux-mêmes.

Dans les arts de la rue, les magiciens et les militants se rejoignent à l’heure de transformer l’autre.

Le Palais des merveilles n’existe plus mais on retrouve ailleurs ceux qui l’ont traversé. Ainsi Zoé et Paillette qui ont débuté chez Cordière rejoignent le Petit cirque fondé par les frères Branlo et Igor avec Fanchon et Bruno Privat et qui deviendra le cirque Aligre en 1979. Ils seront bientôt rejoints par un certain Martex.

Après un dernier tour de piste au Sigma de Bordeaux (beau festival aujourd’hui disparu), le cirque Aligre éclate. Chacun suit sa route. Igor va créer la Volière Dromesko, Branlo et sa compagne Nigloo passeront par le Théâtre du radeau avant de partir sur les routes avec leur tonneau, Zoé est restée sur son trapèze, Paillette « est passé de l’autre côté du décor » et Martex est devenu Bartabas.

Comment ça commença ? et « 40 ans d’art de la rue » de Floriane Gaber - 282p. et 192p - 22€ et 17€ - éd. Ici & Là.

  • 3665 visites
  • 7 réactions
Vous devez être connecté pour pouvoir commenter : ou créez un compte
  • framboise92
    framboise92
    je choisis la campagne, la (...)
    • Posté à 22h25 le 28/10/2009
    • Internaute 24519
      je choisis la campagne, la (...)

    Intéressant cet article.
    Faut tout de même pas le laisser sans aucune réaction.

  • Charles Mouloud
    Charles Mouloud
    Bras gauche de la Vénus de (...)
    • Posté à 23h26 le 28/10/2009
    • Internaute 12542
      Bras gauche de la Vénus de (...)

    Cet éclairage nous permet de resituer le contexte et l’histoire des Arts de la Rue, de façon claire, référencée et toujours aussi instructive ....et encore une fois, si agréable à lire..
    Merci .

  • Lua
    Lua
    attachée de com
    • Posté à 11h19 le 29/10/2009
    • Internaute 94388
      attachée de com

    ça fait du bien de lire un article sur les arts de la rue, on en veut plus encore !

  • Ratapuce
    Ratapuce
    Directrice Le Rire Medecin
    • Posté à 12h48 le 29/10/2009
    • Internaute 94404
      Directrice Le Rire Medecin

    Pas mal mais quelques petits corrections à faire :
    -C’est JULES Cordiere ( pas Jacques !)
    -Il ( Jules) a egalement etait diplomé de Normale Sup
    et
    -Moi, ( Ratapuce) et toujours Caroline a fondé et dirige LE RIRE MEDECIN depuis 1991

  • Efim
    Efim
    metteur en songes
    • Posté à 01h19 le 30/10/2009
    • Internaute 49049
      metteur en songes

    ce n’est pas Martex, mais Bartex. Je n’ai pas lu le livre, c’est trop touffu, mais je dois comprendre pourquoi il y en a deux qui racontent pareil mais pas avec le même titre.

    Cette Floriane a l’air de tout connaître, c’est du genre encyclopédie

  • Efim
    Efim
    metteur en songes
    • Posté à 01h19 le 30/10/2009
    • Internaute 49049
      metteur en songes

    ce n’est pas Martex, mais Bartex. Je n’ai pas lu le livre, c’est trop touffu, mais je dois comprendre pourquoi il y en a deux qui racontent pareil mais pas avec le même titre.

    Cette Floriane a l’air de tout connaître, c’est du genre encyclopédie

  • Chtou
    Chtou
    comédien
    • Posté à 16h44 le 30/10/2009
    • Internaute 70371
      comédien

    Enfin un article sur les arts de la rue, bien écrit qui plus est, merci beaucoup et donnez nous en d’autres, cette culture est la notre et personne n’en parle ! Pourtant ces artistes parcourent la France entière à longueur d’année... pour notre plus grand bonheur !
    Vive les arts de la rue !

Retour sur Rue89

Note Les notes de blogs ne sont pas toutes mises en forme par l'équipe de Rue89 contrairement aux articles du site.