Theatre et Balagan

Chronique ambulante d'un amoureux du théâtre, d'un amateur de l'Est et plus si affinités.

« We are l'Europe » ou les affres de la « p'tit » bourg' » : on kiffe total

Publié le 21/11/2009 à 14h25


« we are l’europe » photo dr

On en est où au niveau « des envies, des projets tout ça, des idées pour un av’nir plus ou moins commun » ? Bienvenue au cœur de « We are l’Europe » alias le projet WARE, un spectacle de Benoît Lambert sur des textes de Jean-Charles Massera, au Théâtre 71. Le tout résultant de « plusieurs mois d’échanges ».

« Y s’passe un truc »

- « Putain, tu tombes direct dans le panneau, ce côté clicheton des journalistes, avec cette formule à la con, “Bienvenue au..”, on lit ça partout, marre !

- OK. J’vais t’là faire autrement :

  • On en chie
  • Massera, un mec à l’affût, ouvre une entreprise de papiers hygiéniques très productiviste
  • Lambert et ses acteurs nous torchent avec. Et on en redemande. Ça t’va ?

- Qui, “on” ?

- Le “petit bourgeois blanc occidental”, qui vit dans l’Europe postcoloniale de la mondialisation, qui n’a pas connu les guerres, Mai 68, tout ça. Il est panne de désirs, de projets, cherche à construire sa “life” [anciennement “vie”, NDLR], mais manque de matos dans un monde en crise qui connaît la crise. Tu vois c’que j’veux dire ?

- Avant, on parlait de “doute”.

- Ringardos’, aujourd’hui on s’interpelle au niveau du vécu, du comment on se positionne au niveau du système, du boulot qu’il y a à faire, des questions à poser. Faut qu’on en cause.

- Et leur truc, là, le spectacle, il en cause ?

- Y fait qu’ça. »

… difficile de ne pas être contaminé par Massera quand on sort de sa douche à mots. Ecoutez Lambert parler de son projet à deux acteurs en costumes. (Voir la vidéo)

Reprenons. Sur scène, ils sont sept, des gars, des nanas, jeunes et vieux trentenaires. On ne sait pas trop ce qu’ils foutent là. Ils parlent d’un projet WADE. Un spectacle ? Une parodie de spectacle ? Un truc pour les arbres de noël des entreprises ? Ils s’interpellent par leurs vrais prénoms.

« Qu’ess’tu veux qu’ça nous foute ? »

Il y a la brune intello, celle qui sait parler compliqué à toute vitesse. Il y a la petite à couettes qui se lâche à cœur ouvert et qui aura le mot de la fin. Il y a le grand dadais qui voit bien que « le système part en sucette » (leitmotiv qui passe de bouche en bouche) -ce qui ravit la petite à couettes- et avoue :

« Bah moi, j’suis désolé, mais j’pense que c’était pas si con comme système (...) si on compare avec le communisme par exemple. »

Il y a le petit râblé qui s’achète des rollers et prend son pied face aux vent côté sensations, et en vient quasi aux mains avec le dadais qui fait l’éloge du capitalisme, voyant en lui un type « clair’ment d’droite »

Il y a le type qui joue de l’orgue électrique et la fille qui chante joliment comme une chanteuse d’expression française.

Et il y a celui que l’on attend, Manu, le moins jeune du groupe, qui vient de se faire entuber par des « cuisinistes » et raconte interminablement tout par le menu. Alors l’une des filles le cueille :

« Ecoute je sais pas, mais est-ce que ça s’rait pas mieux pour ton développement personnel de t’projeter un peu ailleurs que dans des coloris, des portes, des plaques à induction… dans quelque chose d’un peu plus… je sais pas. Riche. Tu vois ? »

Manu réplique qu’elle n’y est pas du tout, que la cuisine c’est à cause du plan de travail :

« Stéphanie adore se faire prendre sur tout squ’est murets, plans d’travail, tables de jardin, tout ça. En fait, on a découvert ça quand on a loué l’année dernière au Cannet ! »

Pour être drôle, c’est souvent drôle, comme les miroirs déformants de la foire du trône.

« Ah bah là carrément »

De l’hétéro qui bande peu à l’homo qui vit en couple sans se cacher, en passant par le mec de droite, la fille qui connaît Deleuze par cœur ou le gus qui a lu Debord avec la méthode Assimil, Massera, ce capteur, capte toute la néo « p’tit’ bourg’ » urbaine génération.

Au besoin, il pousse le bouchon jusqu’à rêver d’un string qui laisse voir la chatte, fabriqué avec le coton du commerce équitable. (rires).

Ainsi va l’Europe très française de « We are l’Europe ». Les sept nains ont des problèmes avec leur 3C (cul, cœur, conscience), mais côté boulot, ça va.

Dans un récent portrait publié par Le Monde, Laurence Vichnievsky, ex-juge devenue candidate écolo, se définissait comme une « septique active » qui veut « remettre du lien social ». Les personnages de Massera pourraient dire la même chose.

« J’crois qu’on s’rend pas compte là... »


« we are l’europe » le livre

Dans un dialogue (non retenu pour le spectacle) du livre « We are l’Europe », deux types font la liste des choses à garder ou pas.

  • On garde « Finnegan’sWake », le bikini, les Blacks panthers, le MLF, la déclaration des droits de l’homme, Wall Street, le Coca Cola, Rosa Luxembourg, Marcel Duchamp, « Le Capital ».
  • On jette Mickey, « La Marseillaise », Les Jeux olympiques, la Révolution russe, L’Organisation mondiale du travail, le premier homme dans l’espace, « En attendant Godot ». A chacun son caddie.

Et le projet WARE dans tout ça ? Il accouche d’un spectacle qui, forcément, « passe à côté du truc ». Quelques chansonnettes genre Renaud (« Mistral gagnant »), des costumes bleu et verts moulants avec cape de héros galaxiques échappés d’une BD ou feuilleton télé, un final à la chorégraphie minable.

La tchatche a le dernier mot. « La nana qui trouve qu’il y a quand même des super trucs dans la mondialisation » éructe son espoir d’un monde meilleur. « Bon ben voilà y a des choses qui sont en train de changer, y a d’autres modèles qui arrivent. »

En bonne héroïne post-tchékhovienne, elle est « sûre que ça va l’faire. »

We are l’Europe au Théâtre 71, 3, place du 11-Novembre, Malakoff (Hauts-de-Seine) - les mar, ven, sam à 20h30, mer et jeu 19h30, dim 16h- 9/23€ - rens : 01-55-48-91-00 ou par mail.

Le spectacle a été créé au théâtre Granit de Belfort et va beaucoup tourner (12 déc à Auxerre, 6-7 jan à Evry, 1é-16 jav à Dijon, 20-22 janv à Châteauroux, 2 fév à Dôle, etc. jusqu’en juin à Lyon).

We are l’Europe de Jean-Charles Massera - éditions Verticales - 244p. - 20€.

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  • Duc du Granlac
    Duc du Granlac
    Républicain
    • Posté à 17h08 le 21/11/2009
    • Internaute 86373
      Républicain

    Ah encore un truc post moderne que je n’irais pas voir ...

    Mais peut importe qu’il y ai du monde ou non puisque que tout le monde paye vu que c’est subventionné à mort .

    Et sinon la concrétude c’est quoi ?

  • Zineb Dryef
    Zineb Dryef
    Journaliste Rue89
    • Posté à 19h01 le 21/11/2009
      rédacteur
    • Journaliste 24
      Journaliste

    J’ai lu, j’ai aimé, je vais aller voir

  • Valdo Lydeker
    Valdo Lydeker
    journaliste, auteur
    • Posté à 10h27 le 22/11/2009
    • Journaliste 7922
      journaliste, auteur

    Ah les hurlements de ceux qui ne vont pas voir contre l’art « subventionné » ! Un concert de Harpagon « ma cassette, ma cassette ! “
    La culture : moins de 1% du budget de l’Etat (équipements mastodontes compris) Le spectacle vivant là dedans ? Peut-être un ou deux euros sur votre feuille d’impôt.
    Mais ça suffit à faire hurler les poujadistes .
    Au fait,combien coûtent les expulsions de sans-papiers ? La vidéo surveillance généralisée ? L’école privée catholique ?

  • Mouloud Akkouche
    Mouloud Akkouche
    Ecrivain
    • Posté à 20h32 le 22/11/2009
    • Internaute 49213
      Ecrivain

    Bonjour,

    J’ai vu le spectacle « We Are la France ’’ de JC Massera : très beau spectacle. Si cette nouvelle pièce est aussi bonne, ça vaut le coup d’aller voir....

    Cordialement,

    Mouloud

  • ErwannR
    ErwannR
    Consultant
    • Posté à 22h53 le 24/11/2009
    • Internaute 83421
      Consultant

    Très bonne pièce, à mourir de rire, et bien décrite dans cet article en restituant l’esprit du spectacle.

    Mais c’est quoi le nom du projet au final. WADE ou WARE ? Moi dans mes souvenirs c’est plutôt WALE (comme We Are L’Europe)...

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