Theatre et Balagan

Chronique ambulante d'un amoureux du théâtre, d'un amateur de l'Est et plus si affinités.

Gennevilliers : des amateurs et un économiste sur scène

Publié le 13/01/2010 à 11h20


Une micro histoire économique ph. Pierre Grosbois

En prenant la tête du théâtre de Gennevilliers, le metteur en scène, Pascal Rambert voulait « faire se rencontrer ce qui ne devait pas se rencontrer ». Il a poussé le bouchon jusqu'à ce que ces rencontres inattendues se passent sur la scène même du théâtre. Dans ses spectacles.

Un grand espace blanc

« Toute la vie » disait ce rêve et l'amorçait. Aujourd'hui, avec « Une (micro) histoire économique du monde, dansée », on y est. A mi-parcours de son premier mandat (de trois ans), Rambert effectue en acte une synthèse du chemin parcouru.

Il y a d'abord l'espace. Rambert a hérité d'un superbe outil de Bernard Sobel : deux plateaux que l'on peut réunir puisque disposés en enfilade. Une possibilité dont le directeur du théâtre profite pleinement.

On prend place sur des gradins devant un gigantesque espace où tout (sol, fond, côtés) est d'un blanc intense. Tout corps qui s'y inscrit, apparaît comme un signe à la fois humain et calligraphique, bref un corps qui danse même quand il ne bouge pas.

Le quidam amateur de théâtre invité sur scène

Il y a ensuite les amateurs. Chaque semaine, Rambert organise un atelier d'écriture. Vient qui veut, écrit sur ce que bon lui semble (aucune directive n'est donnée), puis ceux qui le souhaitent disent leur texte .Trente personnes issues de ces ateliers participent au spectacle. Le jour de la réprésentation, aucune consigne vestimentaire n'est donnée, chacun vient habillé comme cela lui chante.

Les amateurs façonnent l'écriture du spectacle selon trois modes de séquences :

  • aléatoires. Dans ces séquences muettes, chacun dessine dans l'espace des gestes de sa vie quotidienne sans le moindre objet.
  • réglées. Rambert assigne un positionnement ou un mouvement chorégraphique
  • mixtes. Par exemple, les trente personnes s'allongent pour écrire, à un signal, se relèvent. Là, ceux qui le souhaitent, viennent au micro devant le public dire ce qu'ils ont écrit.

Tandis qu'ils se succèdent devant le micro, dans leur dos, le chœur parti du fond du plateau s'approche en chantant. Très grand moment.

16 choristes de l'école nationale de musique de Gennevilliers

Troisième élément donc, le chœur. Les 16 choristes sont issus de l'école nationale de musique de Gennevilliers très réputée. Eux aussi viennent habillés comme ils l'ont décidés en se levant le matin, ils chantent pour autant ils jouent aussi un rôle important.

Par exemple, les choristes entrent avec les gens des ateliers d'écriture sur le plateau. Ils ont en mains un objet personnel aimé : une statuette africaine, une vieux disque, un réveil qui ne marche pas, une peluche, un premier livre d'astronomie, une partition fétiche, une lanterne de 19 ans d'âge, un chameau porte bonheur...

Chacun nomme son objet, le pose, puis tous s'éloignent sur le côté. Les objets restent seuls, éparpillés sur le sol blanc. Cimetière ? Installation ? Offrandes ? Champ de fouille ? Qu'importe. C'est un instant (trop bref) de bonheur suspendu, d'accord collectif. C'est magnifique.

Sur la scène du théâtre de Gennevilliers quatre actrices...

Rambert est aussi un metteur en scène qui aime les actrices, il y en a quatre sur le plateau, toutes ont travaillés avec lui ces dernières années. Ici, elles jouent de courtes saynètes avec une théâtralité coquine et enlevée.

Des saynètes qui fonctionnent comme d'agréables récréations, des contrepoints aux propos d'un philosophe-professeur. Les actrices disent aussi des mots d'amour (il n'y a pas un spectacle de Rambert on l'on ne dise « je t'aime » à quelqu'un).


Une micro histoire économique ph. Pierre Grosbois

... et un philosophe

Dernier élément du puzzle, dès son arrivée à Gennevilliers, Pascal Rambert avait demandé à la philosophe Marie-José Mondzain d'organiser des rencontres philosophiques. Dans le prolongement de ce geste, Rambert fait appel au philosophe Eric Méchoulan pour parler d'économie.

Car tel était le but de Rambert à travers « Une (micro) histoire économique du monde, dansée » : entrer dans le monde de l'économie, opaque et compliqué pour le commun des mortels (et le spectateurs de théâtre sont souvent de simples mortels) via le théâtre.

Donc Eric Méchoulan, micro en main, sans texte appris par cœur, mais avec un scénario fixe, aborde dans le désordre des questions d'économie.

Cela va des premières coffee houses londoniennes où s'inventent les bourses d'échanges jusqu'au micro crédit de Muhammad Yunus en passant par Marcel Mauss, Blaise Pascal et sa « pascaline », Mallarmé et l'économie de son « Livre », Marx. Il faut suivre.

Les pièces d'un puzzle


Une micro histoire économique ph. Pierre Grosbois

Toutes les pièces du puzzle doivent se répondre, s'éclairer mutuellement. C'est limpide quand les objets rassemblés forment le « tas de merdes » entassées devant le pavillon d'une famille américaine (caricaturée par des quatre actrices) victime des « subprimes », là Méchoulan est clair, concret, vif. Mais ce n'est pas toujours le cas.

Souvent le philosophe s'adresse au public comme il le ferait aux étudiants de son séminaire. On lâche prise ou ne fait pas bien le lien. C'est l'os du spectacle. Et la rançon de sa fortune : pleinement embarqués par la beauté de l'immense plateau blanc, les amateurs, la grâce des actrices et les choix musicaux, on peine à suivre les méandres du cours de Méchoulan.

Théâtre de Gennevilliers : mercredi, vendredi, samedi à 20h30. Mardi et jeudi à 19h30, dimanche à 15h, Tarif : 22€, jusqu'au 22 janvier puis du 9 au 20 février. 01 41 32 26 26

Photos du spectacle : Pierre Grosbois

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  • contrelapenseeunique
    • Posté à 12h35 le 13/01/2010

    Vous n'allez pas vous y mettre aussi ! pas vous !
    Ce vieux mythe de « tout le monde peut faire du théâtre » ! ! ! !
    C'est la version prolétarienne de la Nouvelle star ou de la Star Ac.
    Le théâtre, c'est un métier, ce qui signifie un apprentissage, des qualités, une persévérance, un don même.
    Imaginez la même chose avec un orchestre. Bonjour la cacophonie ! En réalité, cela ne viendrait même pas à l'idée de qui que ce soit.
    Je ne connais pas Rambert, il est peut-être très bon mais ce sont justement des gens comme vous qui devraient lui conseiller de ne pas sombrer dans de tels errements.
    Cela me rappelle l'affreux et ridicule spectacle de « danse » du chorégraphe jérome Bel qui avait pris le parti de faire monter sur scène le public. La salle entière hurlait, sauf les invités des dix premiers rangs du th de la ville. j'ai adoré la soirée, mais uniquement pour ce qui se passait dans la salle.

    • juliette_p
      juliette_p answers to contrelapenseeunique
      public
      • Posté à 12h38 le 14/01/2010
      • Internaute
        public

      Quelle honte.
      Pourquoi nous faire le portrait d'un de ces croque-morts du théâtre, Monsieur Thibaudat ?
      Celui là est nul et prétentieux, snobinard à souhait.
      C'est d'autant plus consternant que monsieur Rambert, ne cesse de dire qu'il n'aime pas le théâtre, les acteurs, le jeu… Il aime parler de lui, de sa rencontre avec sa femme (présente sur la scène en « patronne des actrices » ? ), de ses ateliers. J'imagine qu'il ne verrait pas d'inconvénient à ce que ce théâtre s'appelle le Théâtre National Rambert.
      Ici, comme il n'a rien à dire, il demande à un philosophe et à des gens (très sympathiques par ailleurs) de remplir le vide son théâtre masturbatoire.
      Pas de quoi nous pondre ce blabla. Pourvu que votre plume retourne s'affairer auprès d'un théâtre plus sincère et audacieux.

  • manifeste
    manifeste
    spectateur
    • Posté à 21h43 le 14/01/2010
    • Internaute
      spectateur

    Personnellement, je suis sortie de la représentation consternée. J'étais pourtant venue avec un appétit débordant, ne connaissant pas le travail de Pascal Rambert. J'ai passé toute la représentation abasourdie par cette sorte d'imposture intellectuelle, qui prend le public pour un écolier, un otage ou pire un touriste en créant un mouvement soi-disant culturel et artistique qui tient plus de la mode que de la véritable recherche, avec juste ce qu'il faut folklorique pour émoustiller les amoureux du hipe, en espérant probablement que le public vienne visiter cela comme une curiosité qu'il faut avoir vue pour être dans le coup.
    Une grande nullité.

  • bille
    bille
    Spectatrice
    • Posté à 22h21 le 14/01/2010
    • Internaute
      Spectatrice

    Je m'interroge sur votre papier, car j'aime vos critiques : est-ce parce que vous écrivez pour le journal de ce théâtre, parce qu'il vous emploie, que vous vous faites l'écho d'une telle nullité ? Un prêté pour un rendu ?
    Que vous parliez de ça me donne l'impression d'un article flatteur sur Plus belle la vie dans Les cahiers du cinéma.
    Rambert, auteur de théâtre, est ce que Marc Lévy est au roman : ne le faites pas entrer votre Pléîade ! Par pitié, j'imaginais mal que vous vous compromettiez avec des gus comme ça.

  • Emi77
    Emi77
    Cadre
    • Posté à 11h53 le 15/01/2010
    • Internaute
      Cadre

    J'ai passé un super moment...Je suis passée de l'émotion (larmes aux yeux) au rire. J'ai déconnecté aussi par moment du texte de Méchoulan en me perdant dans l'éventail de couleur et de mouvements qu'offrent les corps. Le spectacle est aussi dans la salle. Certaines personnes quittent la salle, d'autres s'endorment, d'autres rient... C'est un mélange destabilisant et visuel qui je crois vaut largement la peine d'être vu. Ça plaît ou ça ne plaît pas, nous sommes libres d'aimer ou pas. Perso, je vous encourage à y aller pour vous faire une idée, oui. C'est une expérience qui se transforme au fil des représentations... et je crois qu'elle est bien loin du snobisme mentionné dans certains commentaires. Curieux et destabilisant : oui.
    Un moment suspendu : le choeur avance sur scène pendant que les amateurs lisent les textes écrits sur scène. Émouvant.

  • auto
    auto
    prof
    • Posté à 19h54 le 15/01/2010
    • Internaute
      prof

    Visiblement le metteur en scène n'est pas amateur de théâtre !
    Veux pas déceboir la dame d'avant mais j'ai vu (on m'a donné une place gratuite) et j'ai trouvé ça archinul.
    Qui peut payer pour voir ça ?
    A-t-on besoin d'un théâtre national pour montrer ce qui aurait parfaitement sa place dans un festival de théâtre amateur ? Pourquoi ne pas le faire à la salle des fêtes ?
    Ne suffisait-il pas que le philosophe donne une conférence dans la médiathèque ?

    Ne se souvient-on pas de l'intensité des plateaux de Monsieur Grûber, de Monsieur Blin, de Monsieur Dodine ?
    A-t-on laissé aux oubliettes le feu sacré des Clévenot, Fortineau, Chattot, Merlin ?
    A-t-on oublié ce qu'actrice veut dire, l'intensité de la présence des Maria Casarès, Dominique Blanc, Christine Fersen ?
    A-t-on oublié ce que mise en scène veut dire ?
    A-t-on perdu le sens de ce qu'écriture veut dire ?
    A-t-on oublié que le théâtre était un art ? Qu'il devait produire de l'émotion, de la vibration ?

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