Theatre et Balagan

Chronique ambulante d'un amoureux du théâtre, d'un amateur de l'Est et plus si affinités.

« Combat de nègre et de chiens » : une version très noire de Koltès

Publié le 01/06/2010 à 11h32


« combat de nègre et de chiens » à la Colline ph E. Carecchio

« Dans un pays d’Afrique de l’Ouest, du Sénégal au Nigéria, un chantier de travaux publics d’une entreprise étrangère ». Ce sont les premiers mots que l’on lit lorsqu’on ouvre « Combat de nègre et de chiens », la pièce de Bernard-Marie Koltès.

Une scénographie abstraite, une machine à jouer

L’entreprise construit un pont « blanc et gigantesque » sur fond de « sable rouge » mais le chantier est arrêté. On se souvient de la scénographie monumentale de Richard Peduzzi que ces lignes inspireront lors de la création de la pièce à Nanterre-Amandiers par Patrice Chéreau.

Rien de tel avec le scénographe Olaf Altmann travaillant en osmose avec le metteur en scène allemand Michael Thalheimer qui monte cette pièce au Théâtre de la colline.

La scénographie ne représente rien d’immédiatement identifiable : une coursive qui cerne le fond du plateau et descend de chaque côté vers l’avant de la scène en délimitant au centre le creux d’une pente inversée qui s’enfonce vers le fond du plateau. Espace incertain et obscur. Un dispositif abstrait, machine à jouer et réceptacle de tous les fantasmes.

Délimiter un territoire d’inquiétude et de solitude

Quatre personnages :

  • Horn, le chef de chantier, des longues années africaines dans les pattes.
  • Léone, la femme qui vient d’arriver pour le rejoindre.
  • Cal, plus jeune, ingénieur toujours sur le qui-vive.
  • Et enfin, un Noir, Alboury, Koltès précise que c’est le nom d’un roi qui, au XIXe siècle « s’opposa à la pénétration blanche ».

Alboury s’est introduit sur le chantier pourtant bien gardé pour réclamer le corps de son frère. Meurtre ou accident, il lui faut le corps pour en faire le deuil mais Cal a jeté le cadavre dans un égout. Il y a donc cette intrusion d’Alboury et, en parallèle, l’intrusion de Léone, fraîchement débarquée d’Europe. C’est le double moteur de la pièce.

Koltès a connu ce type de chantier en rendant visite à des amis. La pièce est née, dit-il, de « bruits très bizarres » que les gardes « faisaient avec la gorge » la nuit pour s’appeler et ne pas s’endormir. C’est ce qu’il a voulu raconter : « le cri de ces gardes entendu au fond de l’Afrique, le territoire d’inquiétude et de solitude qu’il délimite ».

Un chœur de dix Noirs et trois Blancs


« combat de nègre et de chiens » à la Colline ph E. Carecchio

La mise en scène de Thalheimer semble être fondée sur cette phrase. Dans la pièce il n’y a pas de cri, mais son écho rôde partout. Thalheimer en donne une traduction scénique : un chœur de dix Noirs dont Alboury est le protagoniste.

Dix Noirs d’un côté, trois Blancs de l’autre. Dont une (seule) femme qui dit « Je ne suis pas vraiment une blanche », qui ajoute « ô noir couleur de tous mes rêves, couleur de mon amour ! » et qui pour commencer croit avoir été enterrée là naguère.

Thalheimer pousse la lecture de Koltès dans le remugle de son écriture. Il matérialise le rêve de Léone : elle se passe le corps au noir. Et il en va ainsi des autres Blancs : Cal, bête apeurée par les Noirs autant que par les femmes, se branle devant la femelle blonde Léone avant de finir recouvert de merde de la tête aux pieds. Horn, lui, a une seule arme en main : la bouteille de whisky.

La solitude de trois personnages face à une armée des ombres

Dix Noirs donc. Un chiffre au demeurant suggéré par Koltès, à travers Horn qui, en cas d’accident mortel d’un ouvrier (tous Noirs il va sans dire) dit négocier habituellement avec les « 8 ou 10 frères du mort ».

Dix Noirs, une force qui va, une armée des ombres. Dix nègres et trois chiens (Blancs) sur la scène d’un théâtre national français subventionné par les contribuables, « ça a de la gueule » (spéciale dédidace à l’impayable député Lionnel Luca, thuriféraire notoire de la colonisation).

Ce dispositif volontairement déséquilibré (espace et distribution) de la mise en scène radicalise ce qui est à l’oeuvre dans la pièce : la solitude des trois Blancs. Un sentiment fait d’incompréhension (Horn), de peur (Cal) et de fascination (Léone). Et autant de soliloques.

Le seul vrai et bref dialogue de la pièce est celui où Alboury parle en wolof à Léone qui, elle, parle en allemand (elle est fille d’Alsaciens). Les acteurs Jean-Baptiste Anoumon (Alboury), Cécile Coustillac (Léone), Stefan Konarske remplacé pour la présente rrprise Claude Duparfait (Cal) et Charlie Nelson (Horn) portent haut et fort cette mise en scène, la plus intense que l’on ait vue de cette pièce de Koltès.

« 
Combat de nègre et de chiens »
, pièce de Bernard-Marie Koltès sur une mise en scène de Michael
Thalheimer
, au Théâtre de la Colline, 15 rue Malte-Brun, Paris XXe. du 10 sept au 20 oct. Le mardi à 19h30, du mercredi au samedi à 20h30, le dimanche à 15h30. Tarif : de 13 à 27€. Tél. : 01 44 62 52 52.

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  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 13h30 le 01/06/2010
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    Une histoire de cons qui montre à quel point les blancs sont méchants !

    ¤ Et nous, on plonge dedans...
    ....parce qu’on est un peu con aussi.

    (le principal étant que ça marche, le contenu important peu)
    PARDON / PARDON / PARDON / PARDON...et puis Merde aussi !

    • zorbeck
      • Posté à 22h54 le 02/06/2010
      • Internaute 9110

      Pour ecrire une connerie pareille, vous n’avez jamais vu une piece de Koltes, ou alors rien compris, ou bien tout simplement ne mettez jamais les pieds dans un theatre...

      • Yvon le Zébulon
        Yvon le Zébulon répond à zorbeck
        L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
        • Posté à 07h40 le 03/06/2010
        • Internaute 65781
          L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

        De temps en temps, il faut écrire une connerie aussi.

        Heureusement qu’il existe des gens comme vous pour permettre aux autres de réaliser ce qu’est l’intelligence suprême, infaillible...
        ....et qui n’écrivent que des commentaires pétillants de génie.

        (4, 5 ou 6 cerveaux dans un seul crâne, en quelque sorte).

        PS : Trouver une insulte en post d’ouverture, ça fait plaisir.

  • ogareff
    • Posté à 21h10 le 01/06/2010
    • Internaute 26906

    Magnifique mise en scène, le choeur des blacks en personnage collectif produit un effet puissant et le décor tout en pente et en béton donne le vertige.

  • brothe
    brothe
    chercheur Postdoc
    • Posté à 02h40 le 02/06/2010
    • Expert 53510
      chercheur Postdoc

    Koltes est un des plus grand theaturge (sic) contemporain.

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