Theatre et Balagan

Chronique ambulante d'un amoureux du théâtre, d'un amateur de l'Est et plus si affinités.

Le mur de la Cour d'honneur est très bien dans « Richard II »

Publié le 22/07/2010 à 12h08


La Cour d’honneur avant les magies de la nuit orchestrées par André Diot pour « Richard II » (Jean-Pierre Thibaudat/Rue89).

Les rois et les princes shakespeariens sont chez eux au palais des Papes d’Avignon dont Jean Vilar faisait remarquer que les premiers locataires vivaient à la même époque que Richard II.

« Une semaine d’art en Avignon », premier Festival d’Avignon, est organisée au début du mois de septembre 1947. Vilar signe la mise en scène de « Richard II » et interprète le rôle titre. Une exposition à la Maison Jean Vilar, rue Mons à Avignon, rappelle l’événement.

Ce mois de juillet, Denis Podalydès lui succède dans le rôle titre, acteur attachant et populaire « de la Comédie Française », dirigé par le metteur en scène Jean-Baptiste Sastre. Dirigé ?

Jean Vilar le régisseur et Jean-Baptiste Sastre le communiquant

Vilar résumait cette pièce d’un mot, celui de « légitimité ». Après quoi, il passait des semaines à la table avant d’affronter le plateau. Les temps changent.

Comme les hommes politiques les metteurs en scènes new wave soignent leur communication. Sastre est un super communicant. Sa « note d’intention » est alléchante. Il voit dans l’Angleterre du temps de la pièce un « pays imaginaire, fantasmé, un jardin rêvé comme un paradis perdu », un monde qui « rappelle à la fois “ L’Enfer ” de Dante et le monde merveilleux d’un jardin de Lewis Carroll dans lequel les apparences se renversent, les miroirs disent la vérité ».

Moyennant quoi, « le spectacle doit s’attacher à restituer l’étrangeté poétique de ce monde perdu ». Il « doit » mais Sastre en est bien incapable. Modeste comme tous les plongeurs -comme disait Labiche-, le metteur en scène ajoute :

« D’où l’importance de tenter de sauver cette pièce sombre et austère des clichés habituels en faisant apparaître tout autant sa brutalité, sa douceur, sa mélancolie, sa tendresse. »

Passez muscade.

De la troupe de Jean Vilar au casting de Jean-Baptiste Sastre

Les écrivains Jean Echenoz et Pierre Michon étaient annoncés dans la distribution. Ils ne sont pas là, mais on note la présence de Florence Delay « de l’Académie française » ainsi que celle de Frédéric Boyer, le traducteur qui, à en croire Sastre -mais pas nos oreilles- a écrit un « long poème en prose qui s’attache à faire entendre les paradoxes, les jeux de mots, les renversements du langage ».

Le dossier de presse vante aussi une « mise en espace sonore » de l’Ircam, qui faisait merveille dans l’exposition Beckett au Centre Pompidou, mais a bien du mal à se frayer un chemin cohérent dans la Cour d’honneur.

Les acteurs de Vilar formaient une troupe, les acteurs de Sastre résultent d’un casting, moyennant quoi chacun joue dans son coin. Même des très bons acteurs comme Nathalie Richard et Vincent Dissez ne peuvent rien contre une mise en scène qui se préoccupe plus des effets que des faits. Quant à Podalydès, il fait du Podalydès et il fait ça très bien.

Le spectacle sans aspérités, moutonne à l’infini : quand l’ennui gagne, on regarde le mur, le fameux mur éclairé de main de maître par André Diot. Il est impressionnant ce mur où se superposent les ombres ! Et on se dit que la petite Angélica Liddell, à elle toute seule, dans la modeste chapelle des Pénitents blancs, en dit plus sur Richard II que ce grand machin exsangue.

Mur ou pas mur ?

Membre de la troupe du TNP en 1947, Léone Nogarède, qui interprétait le rôle de la reine dans le « Richard II » de Vilar, raconte que la troupe descendit en Avignon en autocar. Dès l’arrivée, le soir très tard, malgré la fatigue, Vilar entraîna ses acteurs dans la Cour d’honneur alors dépourvue de gradins. « C’était très impressionnant », se souvient-elle. Ça l’est toujours.

Christoph Marthaler, l’un des metteurs en scène les plus décapants de la scène européenne, et invité d’honneur du Festival -avec l’écrivain Olivier Cadiot-, a -t-il eu raison de s’y mesurer ? Son univers fait souvent de réminiscences, d’effluves, appelle un espace fermé. Au pied du mur, sa création « Papperlapapp » ne manquait pas de tenue mais faisait pâle figure face à ses autres spectacles. Et on peut supposer que le second spectacle qu’il présente au Festival remettra les pendules à l’heure.

La mère y joua , la fille y dansa

Un matin sur le coup de 11 heures, Léone Nogarède était présente avec sa canne -84 ans- sur la scène du Jardin de la vierge du lycée Saint-Joseph, rue des Lices. Répondant à une commande de la SACD, sa fille, la danseuse et chorégraphe Olivia Grandville, naguère membre de la compagnie Dominique Bagouet, l’avait entraînée dans un impromptu aux biographies croisées, avec la Cour d’honneur pour scène commune. L’une y joua, l’autre y dansa.

La tendresse, qui n’est qu’un mot abstrait chez Sastre, était ici un bouquet de noms dessinant des méandres entre une mère et sa fille, le tout assorti de quelques regards furtifs. Un de ces instants de côté au secret partagé comme les aimait Alain Crombecque -récemment disparu) dont le Festival -qu’il dirigea pendant huit ans- eut à cœur, avec France Culture, de raviver la mémoire. Aurait-il confié la Cour d’honneur à un metteur en scène aussi peu assuré que Jean-Baptiste Sastre ? On peut en douter.

Crombecque aimait cette anecdote : Jean-Pierre Jorris, qui avait été le premier Cid de Vilar avant Gérard Philipe, y revint quand Antoine Vitez le distribua dans « Lucrèce Borgia » de Victor Hugo en 1985. Jorris entrait en scène, se retournait et, genou en terre, épée au flanc, saluait le mur.

La tragédie du roi Richard II spectacle à la Cour d’honneur du palais des Papes - 22 heures - jusqu’au 27 juillet - Festival d’Avignon (le spectacle sera diffusé sur Arte le 23 juillet)

Aller plus loin
  • 7182 visites
  • 6 réactions
Vous devez être connecté pour pouvoir commenter : ou créez un compte
  • chapman
    chapman
    www.quaidesvalses.fr
    • Posté à 12h40 le 22/07/2010
    • Internaute 17863
      www.quaidesvalses.fr

    juste un commentaire pour vous dire que j’ai toujours plaisir à vous lire. Continuez.

  • GWERN
    GWERN
    Ex militant du vaste mouvement (...)
    • Posté à 13h33 le 22/07/2010
    • Internaute 60684
      Ex militant du vaste mouvement (...)

    Vu que la pièce sera diffusée Vendredi soir 23 Juillet sur antenne 2, on pourra se faire notre idée nous aussi !

  • Lohiel
    Lohiel
    http://twitter.com/Lohiel
    • Posté à 19h23 le 22/07/2010
    • Internaute 38391
      http://twitter.com/Lohiel

    joli... tiens, vous devriez nous faire un petit dossier sur le nombre de catastrophes théâtrales invraisemblables qui se sont déroulées dans la Cour, c’est assez rigolo (même si sur le moment c’était forcément tragique pour les acteurs)...

    ce n’est franchement pas un endroit facile, il est capable d’écraser sans pitié tout ce qui n’est pas profondément inspiré, déjà porteur d’une puissante magie intrinsèque - et beaucoup s’en souviennent plutôt comme de la « Cour d’Horreur » ^^

  • Valdo Lydeker
    Valdo Lydeker
    journaliste, auteur
    • Posté à 19h14 le 23/07/2010
    • Journaliste 7922
      journaliste, auteur

    Entre Vilar et Sastre, il y eut le Richard II de Mnouchkine, avec Georges Bigot en Richard, dont je garde un beau souvenir...

  • zénon denon 84
    • Posté à 18h09 le 24/07/2010
    • Internaute 30028
      Bonne

    J’ai en effet regardé _et donc écouté-bien sûr _
    attentivement sur Fr Télé
    la version donnée en direct ...
    Que dire ?
    Certes c’est une version de plus ,
    mais je dois dire qu’en effet le mur si
    bien éclairé ,en impose plus que
    ce qui se passe en dessous _j’exagère _à peine,
    le boulot est là ,même en largeur.
    .Mais j’ai quand même
    l’impression qu’il manquait qq chose .
    Ne me demander pas quoi ! je ne saurais
    le dire ...
    Un manque !
    qui ne venait pas de l’Ecrivain .Non pas !
    Surtout pas .

    Cette cour d’Honneur est un ogre .

    J’avoue que l’intimité d’un cloître ... ?
    Mais bon la ,de quoi je me mêle .

  • Efim
    Efim
    metteur en songes
    • Posté à 22h41 le 26/07/2010
    • Internaute 49049
      metteur en songes

    j’ai vu par petits bouts sur écran plat.
    Pas de vrai personnage pas de respiration dans le texte.

    j’étais content de pas y être.

    Paperlappap, quel ennui, mais c’est pas déprimant, c’est osé

Retour sur Rue89

Note Les notes de blogs ne sont pas toutes mises en forme par l'équipe de Rue89 contrairement aux articles du site.