Theatre et Balagan

Chronique ambulante d'un amoureux du théâtre, d'un amateur de l'Est et plus si affinités.

A Poitiers, la nomination controversée d'Yves Beaunesne

Publié le 24/12/2010 à 16h49


Les chapiteaux du centre dramatique de Poitou-Charentes (DR)

La nomination imposée d’Yves Beaunesne au centre dramatique de Poitou-Charentes passe mal à Poitiers.

« Appel à candidatures », comédie en trois actes

Il y a douze ans, Claire Lasne-Darcueil prenait à Poitiers la direction du centre dramatique de Poitou-Charentes, entreprise laissée mal en point par son prédécesseur : un an de fermeture pour cause de déficit, équipe décimée.

Elle quitte aujourd’hui « une entreprise totalement saine, avec une marge artistique dès janvier 2011 rigoureusement intacte. Vous savez mieux que personne que c’est là un fait rare dans le paysage culturel national », écrivait t-elle le 9 décembre dans une lettre « aux tutelles », soit la région (présidée par Ségolène Royal), la ville et l’Etat. Une lettre et même deux, où elle s’inquiète de l’avenir de l’entreprise et de l’équipe qu’elle laisse derrière elle.

Comme il est d’usage, un appel à candidatures avait été lancé puis une sélection de sept candidats a avec été faite sur projets pour aboutir à une liste de trois noms par ordre de préférence. Yves Beaunesne arrivait en troisième position derrière Matthieu Roy et Véronique Bellegarde. Or, c’est lui que le ministère de la Culture (et un peu plus haut que ça, dit-on) a nommé.

Avec un projet aux antipodes de l’action menée depuis douze ans -ce qui a conduit six membres sur sept de l’équipe à demander à partir-, d’autant que les contacts avec le prétendant s’étaient, écrivent-ils dans une lettre aux tutelles, très mal passés. Quant à Claire Lasne-Darcueil, c’est par France 3 qu’elle a appris la nouvelle.

La fronde régionale

Une pétition signée par une centaine d’acteurs, techniciens et autres apporte son soutien à l’équipe qui a « fait preuve d’une activité exemplaire dans sa mission de service public. »

Pour l’heure, la région a ajourné le vote de sa subvention au centre dramatique et la ville, qui avait fini par accepter cette nomination, a le cul entre deux chaises et semble faire marche arrière. Le ministère de la Culture a dépêché sur place son directeur du théâtre pour essayer d’éteindre un feu qui faire désordre en période pré-électorale dans une région ô combien symbolique.

A dire vrai, deux logiques s’opposent.

Une logique de terrain

Claire Lasne-Darcueil a mené pendant douze ans un énorme et efficace travail de terrain, labourant la région, insistant sur les actions en milieu rural, plantant ses chapiteaux dans les villages où on lui lançait des « la patronne » ou « ma petite Claire » à tout va.

Un authentique travail de décentralisation, loin de Paris et, le plus souvent, de la presse parisienne. Claire Lasne-Darcueil va poursuivre ce travail non loin de Poitiers, mais autrement, puisqu’elle va prendre la direction de la Maison du comédien « Maria Casarès » à Alloue, au bord de la Charente (l’actrice avait fait don de sa demeure au petit village) où elle va succéder à Véronique Charrier qui a fait de cette maison une adresse indispensable.

Bref, Claire Lasne est une femme qui vit et travaille les deux pieds dans la terre régionale et qui aime ça.

Une logique de carrière

Tel n’est pas le profil d’un Beaunesne qui, comme d’autres, voit d’abord dans la direction d’un centre d’art dramatique en province une manne financière pour ses projets artistiques (manne plus élevée et plus assurée qu’une subvention de compagnie), un tremplin de notoriété avec des vues sur une couverture nationale et internationale.

A lire son projet écrit dans ce métalangage souvent creux et verbeux dont sont friands les dossiers culturels, on devine que Beaunesne semble peu soucieux d’une action journalière sur le terrain (les chapiteaux qui allaient dans les villages sont à louer).

Au demeurant, son calendrier dans les années qui viennent (quatre opéras à mettre en scène ici et là) le conduira souvent à travailler loin de la région, point ultrasensible pour la présidente de la région Poitou-Charentes qui, dans un fax adressé au ministère de la Culture à la veille de Noël, campe sur ses positions.

Un centre dramatique sur la sellette

En outre, Beaunesne vient avec une collaboratrice manifestant « une logique d’entreprise privée » et non de « service public » ; c’est du moins l’impression qu’ont eu les membres de l’équipe lorsqu’ils l’ont rencontrée et s’en inquiètent. Claire Lasne-Darcueil s’inquiète elle de l’étendue de ses compétences et conclut :

« Il existe beaucoup de manières de faire disparaître un centre dramatique et celle-ci peut être rapidement efficace. »

Il ya quelque temps, le ministère songeait à faire disparaître ce centre...

Dans une lettre adressée aux salariés du centre dramatique, Beaunesne manifeste sa « surprise » , il dit garder, lui, « un souvenir chaleureux » de ses rencontres avec l’équipe et en propose une nouvelle « tout aussi fructueuse ». On croirait du Laurent Gbagbo.

La rencontre est programmée début janvier mais il est fort probable que d’ici là, six salariés sur sept ne seront plus dans les murs. Vous avez dit gâchis ? Comme c’est fâcheux.

Beaunesne avait connu un premier succès avec sa mise en scène de « Un mois à la campagne » de Tourgueniev.. Par la suite, il dirigea à Lausanne la nouvelle école théâtrale de la Manufacture, Jean-Yves Ruff lui avait succédé. Il suffit de mettre un jour les pieds dans ce bel établissement pour savoir que Beaunesne n’y a guère laissé de bons souvenirs.

Mais qu’importe. Les nominations culturelles sont désormais souvent l’objet de tractations où l’entregent, le carnet d’adresses, les amitiés politiques et autres jouent un rôle clef. Il arrive que la nomination d’un directeur à la tête d’un centre d’art dramatique ne fasse pas exception.

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  • egide
    egide
    Littéral
    • Posté à 18h52 le 24/12/2010
    • Internaute 45067
      Littéral

    La nomination du nouveau directeur du Centre dramatique du Poitou-Charentes est une farce ubuesque.

    Tous les ingrédients dont les conservateurs abusent quand ils ont le pouvoir sont là :
    Cynisme, mensonges, copinages, mauvaise foi, haine féroce de la culture, des intellectuels et des artistes, misogynie, mépris de l’opposition, idéologisme entrepreneuriale jusque’à la crétinerie.

    Là, il s’agit d liquider une institution bien gérée, efficace mais dont on veut sans doute récupérer le budget pour des opérations aussi opaaques que stupides et dont le ministère de la Communication culturelle a le triste secret de fabrication.

    Là, c’est du pur vandalisme avec l’aide un type dont les travaux précédents tiennent de l’enflûre vulgarisatrice, on y trouve de tout sauf du talent.

    La palme de la tartuferie revient au préfet de région qui a osé déclarer, sans rire, que la nomination du nouveau directeur c’est faite dans la concertation avec les partenaires locaux.

    C’est la méthode présidentielle, on consulte les partenaires sociaux, juste pour l’effet démocratique et on décide, sans tenir compte de leurs avis, avec l’impudence tonitruante et cette suffisance inouïe des autoritaires compulsifs et intéressés.

  • Waldeck
    Waldeck
    Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)
    • Posté à 18h53 le 24/12/2010
    • Internaute 36864
      Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)

    - Valeria Bruni-Tedeschi l’aurait pistonné ?

    Non ...

  • Valdo Lydeker
    Valdo Lydeker
    journaliste, auteur
    • Posté à 19h32 le 24/12/2010
    • Journaliste 7922
      journaliste, auteur

    L’homme a de plus une réputation bien établie d’autoritarisme névrotique... Mais on serait naÏf de s’étonner de la situation. Casser tou ce qui ressemblait à du service public de la décentralisation culturelle en propulsant des vedettes du théâtre privées, et leurs bras droits managers voulant appliquer les recettes du privé, c’est déjà ce qu’on a vu à Montpellier et c’est la ligne de ce ministère.
    Ségolène Royal n’est pas ma tasse de thé mais merci à elle de résister.

  • no register
    • Posté à 23h26 le 24/12/2010
    • Internaute 120050

    do not disturb , sont tous en vacance les politiques ,veuillez attendre leur retour

  • Ysengrin
    Ysengrin
    Lecteur
    • Posté à 09h40 le 27/12/2010
    • Internaute 130239
      Lecteur

    Une rapide recherche sur Google permet de nuancer le propos, en tous cas quant à la personne. Sans connaître le fond de l’histoire, je ne m’étonne pas que l’ancienne directrice, débarquée de force, tire sur son remplaçant. C’est humain, et on comprend son désarroi.
    Mais je comprends moins qu’on ne donne pas la parole à celui-ci. Ni aux 6 des 7 présumés démissionnaires.

    J’ajoute qu’Yves Beaunesne est un ami d’enfance de ma famille, soyons de bon compte. Je souligne seulement l’apparente partialité de l’article...

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