Theatre et Balagan

Chronique ambulante d'un amoureux du théâtre, d'un amateur de l'Est et plus si affinités.

Makeieff au théatre de la Criée, choix encore imposé par l'Elysée

Publié le 06/01/2011 à 16h39

Tout le monde semblait d’accord. La ville, la région, le département, la Drac et même le ministre. Tous avaient choisi Catherine Marnas pour diriger le Théâtre de la Criée à Marseille. C’était fait, plié. Et patatras.

Une injonction venue d’en haut a balayé tout ça en fin d’année : c’est Macha Makeïeff, en cour à l’Elysée, qui est finalement nommée sur ordre par l’obéissant ministre à la tête de ce gros centre d’art dramatique (CDN).

Se reproduit donc à Marseille le scénario qui avait conduit à la nomination d’un directeur au théâtre de Treize-Vents à Montpellier (autre CDN) d’un proche du ministre de la Culture, et récemment à Poitiers, d’un homme choisi sous pression de l’Elysée, et contre l’avis des instances municipales et régionales.

Une consultation est menée... puis superbement ignorée

A chaque fois, c’est la même parodie de démocratie. Officiellement, le poste de directeur d’un centre dramatique national est déclaré vacant (à l’échéance d’un mandat ou au non-renouvellement du prédécesseur). Les candidats postulent, une « short list » se dégage (trois à Poitiers et autant à Marseille).

Chaque prétendant défend son projet devant les tutelles. Ces dernières font part de leur choix. On réunit les points de vue, on tranche. Mais tout cela c’est du pipeau, une comédie du pouvoir, pas drôle du tout, qui entraîne des dégâts humains considérables.

Si le choix ne va pas dans le sens souhaité en haut lieu, on fait fi de la décision. La procédure que l’on croyait souveraine (décisionnaire), ne l’est pas. L’Elysée s’en contrefiche ouvertement, la rue de Valois tout autant.

Le ministre envoie son ineffable directeur des spectacles faire taire les mécontents, tel un majordome aux ordres des caprices du toutou de madame, veillant à ce que les chiens éconduits n’aboient pas

On n’est certes pas dans une république bananière mais ce sont les principes de la République qui sont ici une fois de plus bananés.

Même scénario à Montpellier et à Poitiers

Quand le ministre de la Culture avait autoritairement nommé une personne de son choix au CDN des Treize-Vents à Montpellier, la plupart des candidats déçus et d’abord bernés s’étaient mobilisés (d’autres s’étaient tus, silence acheté à coups de promesses).

Ils croyaient que la profession se mobiliserait derrière eux, ce ne fut pas massivement le cas. Le Syndeac, qui regroupe la plupart des directeurs de théâtres subventionnés, s’était fendu d’un communiqué de protestation molle. (Traduit en Hessel : le Syndeac s’était indigné, mais n’avait pas agi.) Et tout s’était tassé.

Mais les couleuvres sont de plus en plus difficiles à avaler. A Poitiers, la résistance passe par la région (Ségolène Royal) qui, devant l’outrecuidance de la nomination imposée, a décidé de geler la subvention habituellement accordée.

« Il y avait un consensus sur le nom de Catherine Marnas »

A Marseille, le dossier est encore plus explosif, alors que la ville a été choisie pour être capitale culturelle de l’Europe en 2013 en perspective.

L’enjeu est aussi politique. Interviewé par La Provence dans son édition du 28 décembre, Patrick Mennuci (PS, chargé de la culture au Conseil régional) juge la « méthode inadmissible ». Et il commente :

« Depuis des mois, il y avait consensus sur le nom de Catherine Marnas, artiste que la Région soutient à hauteur de 130 000 euros et pour qui nous aurions réorienté une subvention vers La Criée. Frédéric Mitterrand validait aussi ce choix.

La désignation, finalement, de Macha Makeïeff est politique, imposée, y compris au maire de Marseille, par l’Elysée. Ce qui ne remet pas en cause, évidemment, les qualités artistiques de madame Makeïeff. »

Le conseil régional comme la région avaient promis d’entrer dans le financent du CDN, séduits par le dossier Marnas. Ils camperont probablement sur leurs positions.

Les ministres Michel Guy et Jack Lang, eux, assumaient leur choix

Naguère, les grands locataires de la rue de Valois, comme Michel Guy et Jack Lang, assumaient ouvertement leurs choix. Pour citer deux exemples, l’un nomma Georges Lavaudant à Grenoble, l’autre Patrice Chéreau à Nanterre.

Cela se fit en accord avec les autorités locales et régionales mais sans la mascarade d’une « procédure » bidon. Ces choix ne souffraient pas d’ambiguïté (ni d’ailleurs de contestation pour les cas cités) et avaient le mérite de la clarté. Le fait d’un prince éclairé. Ils engageaient le ministère et au moment des arbitrages budgétaires ce n’était pas négligeable.

Rien de tel aujourd’hui. Où, loin de monter au front pour défendre les artistes, le ministre louvoie, agit en loucedé, attend la trêve des confiseurs pour poignarder dans le dos sur ordre l’infortunée Catherine Marnas.

Prédomine un système de courtisans et de plan com qui court-circuitent sans vergogne les apparentes voies de la démocratie. Un jeu de dupes.

Les atouts de Makeïeff : sa notoriété et ses amis

On retrouve d’ailleurs à Marseille le même clivage qu’à Poitiers : le maire, la région optent pour un(e) candidat(e) très implanté(e) dans la région et ayant une solide carrière professionnelle.

A Marseille (où sa compagnie est implantée depuis 1997), Catherine Marnas a défendu un projet très ambitieux, assurant une large implantation régionale radicalisant celle qui est déjà la sienne (à Gap, Martigues, Cavaillon, etc.), une troupe permanente, une collégialité, un artiste associé à l’aventure en la personne de Marcial di Fonzo Bo, un rayonnement national et international, etc.

De l’autre côté, l’Elysée opte pour un choix mi-parisien, mi-com. Macha Makeïeff, qui ne vit pas à Marseille mais qui y est née, a mis en avant sa carrière auprès de son mari Jérôme Deschamps (« Les Deschiens », etc.), le parcours international de leurs spectacles, leurs différentes activités : télévision, opéra, etc.

Elle avait aussi connu avec son mari une expérience de direction d’un théâtre à Nîmes, expérience qui s’est soldée avant terme : le couple a été remercié, étant trop peu présent dans l’établissement.

Bref aucune implantation régionale mais une notoriété incontestable, et, point non négligeable, « ses amis habitent les hautes sphères de notre pays », comme l’écrit joliment Philippe Foulquié, directeur du théâtre Massalia à Marseille et fondateur de la Friche La Belle-de-Mai.

Confier les nominations à une commission indépendante ?

Que faire ?

  • Demander le respect d’une procédure de toute façon consultative ?
  • Laisser faire et se taire devant l’autorité suprême d’un état mécène décidant selon son bon vouloir de nommer copains, coquins et courtisans en se foutant ouvertement de la procédure tout en soignant son plan com ?
  • Ou encore faut-il continuer à « tonner contre » (comme disait Flaubert), pousser un coup de gueule de plus car les subventions que verse l’état « c’est pas son pognon c’est celui des contribuables » (comme dirait Mélenchon) ?
  • Ou bien, faut-il se creuser les méninges pour inventer autre chose ? Une commission professionnelle indépendante qui serait souveraine comme l’est la commission d’avance sur recettes au cinéma ?

Qu’en pense le Syndeac ? Bien qu’il ait tenu une réunion plénière lundi, il a attendu jeudi après midi pour réagir. Le Syndeac « dénonce la tournure prise par la procédure », s’interroge sur le « revirement » opéré suite au choix initial de nommer Catherine Marnas. Constatant « une nouvelle fois » que les modes de décisions sont « bouffés » , sujets à des « remises en cause » et autres « coups de force », le Syndeac conlut vivement : « il est temps que des professionnels soient chargés de veiller au bon déroulement de ces recrutements ». Il est temps en effet.

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  • Rémim
    Rémim
    .
    • Posté à 16h47 le 06/01/2011
    • Internaute 107704
      .

    Vu la gestion des différentes collectivités marseillaises dès fois on se dit qu’une intervention extérieure n’est peut-être pas plus mal.

    • jmax
      jmax répond à Rémim
      • Posté à 16h55 le 06/01/2011
      • Internaute 3111

      Cela parait évident que dans le contexte marseillais où tout le monde se fréquente sur les bancs des écoles communales puis au conseil municipal puis à la prison des Baumettes, il n’est pas mauvais d’amener un peu d’air frais. Une personne qui ne doit pas sa nomination à la salade marseillaise du CG13, communauté de communes, mairie de Marseille pourra peut-être un peu éviter les copinages et ouvrir un peu plus vers l’extérieur

    • in girum
      in girum répond à Rémim
      • Posté à 17h40 le 06/01/2011
      • Internaute 8170

      mais on finit par se dire que pas d’intervention venant l’élysée ce serait beaucoup mieux.
      on peut se demander si ce ne sont pas les deschiens/champs qui ont aidé leur protecteur présidentiel à se débarrasser du style naturellement amphigourique qui le faisait souffrir ? c’est réussi, on dirait du tergal.

  • aumusee
    aumusee
    en direct de l'élysée Montmartre (...)
    • Posté à 16h50 le 06/01/2011
    • Internaute 6663
      en direct de l'élysée Montmartre (...)

    Eh bien il n’y a rien à dire.
    Toopty nomme les patrons des télés, des radios, pour la presse pas la peine : aux mains de ses copains.
    Donc désormais il nomme les dirlos de théâtre, parce qu’il est avant tout un homme de culture.
    Devant le roi, les manants se taisent et se couchent.

  • Ptit Louis
    Ptit Louis
    Ni dieu, ni maître
    • Posté à 16h56 le 06/01/2011
    • Internaute 123012
      Ni dieu, ni maître

    Un peu plus d’un an à tenir et nous reviendrons en démocratie, peut-être....

    Une petite remarque juste en passant, cela fait sourire (jaune) ce président complètement inculte qui se mêle de culture....

    Plus que 486 jours avant de pouvoir nous libérer de notre ravisseur de libertés. Dehors les talonnettes, nous voulons un État honnête.

  • kiki le chien
    kiki le chien
    observateur
    • Posté à 16h57 le 06/01/2011
    • Internaute 130584
      observateur

    un jour il va choisir la marque de mes slips !

  • Blue_tail_fly
    Blue_tail_fly
    Dans l'Air du Taon
    • Posté à 17h32 le 06/01/2011
    • Internaute 123618
      Dans l'Air du Taon

    Faudrait-il fréquenter les théâtres des petites bourgades pour échapper à la pensée unique ? Et comment sont sélectionnés les programmes musicaux sur les grandes chaînes de radio ? Mmh ... ? ! Mmmmh ? ! !

    • jmax
      jmax répond à Blue_tail_fly
      • Posté à 17h34 le 06/01/2011
      • Internaute 3111

      Il y a plein de petits théâtres également à Marseille et beaucoup sont excellents.

      • Blue_tail_fly
        Blue_tail_fly répond à jmax
        Dans l'Air du Taon
        • Posté à 17h38 le 06/01/2011
        • Internaute 123618
          Dans l'Air du Taon

        En effet, et dans d’autres grandes villes. Mea culpa.

    • Blue_tail_fly
      Blue_tail_fly répond à Blue_tail_fly
      Dans l'Air du Taon
      • Posté à 17h36 le 06/01/2011
      • Internaute 123618
        Dans l'Air du Taon

      Pourquoi il y a plus de dix ans on n’a brusquement plus entendu Pierre PERRET et RENAUD par exemple mmmh ?

  • Lascience
    • Posté à 22h28 le 06/01/2011
    • Internaute 70592

    Ben, y continue quoi. Après avoir émasculé France inter, y place des amis, redevables, pour le défendre. La liste est longue.

  • FredPoty
    FredPoty
    Metteur en scene
    • Posté à 12h47 le 09/01/2011
    • Internaute 139944
      Metteur en scene

    Il serait interressant également de se pencher sur la nomination aux tréteaux de France du successeur de Marcel Maréchal et sur les intentions de ce nouveau directeur si tant est qu’il entre un jour dans les bureaux de sa nouvelle maison...

  • FredPoty
    FredPoty
    Metteur en scene
    • Posté à 12h50 le 09/01/2011
    • Internaute 139944
      Metteur en scene

    a suivre...

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