Theatre et Balagan

Chronique ambulante d'un amoureux du théâtre, d'un amateur de l'Est et plus si affinités.

Le saisissement « Dogon » au musée du quai Branly

Publié le 05/06/2011 à 13h24


Statuette Tellem aux bras levés (Hughes Dubois).

Quand on entre dans l’exposition Dogon au musée du quai Branly, on est saisi par le spectacle d’une étrange forêt qui émerge d’un miroitement de vitrines. Non des troncs d’arbres, mais des statuettes. Un hymne à la verticalité.

Eloge de la diversité dogon

Quand on s’approche, bien sûr, l’effet global se dissipe. Ici un cavalier N’duleri, là une figure double Bombou-Toro et autres superbes statuettes en bois montrent d’autres postures. Tout comme les extraordinaires bronzes, tel ce Hogon (homme élu parmi les anciens, en contact avec Amma le dieu tout puissant) tapant sur une cloche pour appeler les esprits, provenant d’une collection particulière parisienne. Ou cette figure agenouillée tenant une lance, provenant d’un musée suisse.

Beaucoup d’œuvres (mais pas trop) venues d’un peu partout, chacune choisie avec soin par la maîtresse d’œuvre de l’exposition, Hélène Leloup (tout à la fois galeriste, collectionneuse et chercheuse inlassable), à l’image du long texte aussi érudit que passionné qu’elle signe dans le catalogue.

Qu’on ait traîné ses pieds dans la poussière des routes et sentiers conduisant au Pays dogon et à la fameuse falaise de Bandiagara dont le nom a nourri bien des rêves, qu’on se soit laissé étourdir par la lecture de « L’Afrique fantôme » de Michel Leiris ou par « La Parole chez les Dogons » de Geneviève Calame-Griaule, ou encore que l’on porte en soi une vague mythologie attachée aux soudes sonorités du mot « Dogon » et au souvenir de quelques masques entrevus ici et là, cette exposition apportera à chacun son lot de surprises et son tribu de stupeurs.

Sous le vocable « Dogon » se dresse la multitude du divers. Et plus d’un peuple.

Les mystérieux Tellem

Il faut aller de vitre en vitrine comme on cabote d’île en île. On peut aussi rester pétrifié devant telle vitrine et après quelques détours, y revenir. C’est ce qui m’est arrivé : je suis resté fasciné par des figures en bois, à la fois simples et énigmatiques (Hélène Leloup parle de sculptures « presque abstraites »), des Tellem auxquels on accole invariablement l’adjectif de « mystérieux » et, de fait, ils le sont.

« Ceux d’avant » disait d’eux Marcel Griaule, ceux d’avant les Dogons, chassés par ces derniers, et qui vivaient là, dans la région de Sanga, entre le IXe et le XIIIe siècle. Un peuple qui serait quasi disparu quelques siècles plus tard. Hélène Leloup mentionne cependant « certains descendants Tellem » qui vivent « sur le plateau ou dans le Séno, dans un quartier de Koro ». Un peuple dont le nom « Tellem » n’était pas le sien mais celui donné par les Dogons, tout comme les Russes ont donné aux peuples de Sibérie des noms qui n’étaient pas les leurs.

L’attraction opérée par la riche culture dogon, les nombreuses études menées sur leurs mœurs et leurs masques, le fait que les Dogons aient recyclé certains objets Tellem en leur donnant de nouveaux pouvoirs sacrés, ont fait que la connaissance des Tellem fut tardive et demeurera toujours et sans doute à jamais parcellaire.

La fascination des bras levés


Statuette hermaphodite (Hughes Dubois).

Oui, quel saisissement devant ces figures effilées aux bras levés dans une verticalité aiguë et comme désespérée (et soudain on fait un insensé rapprochement avec cet enfant juif mains levées, cliché emblématique croisé plus d’une fois au coin d’un livre et on referme vite la parenthèse).

Des figures souvent solitaires, parfois groupées par deux ou même une fois par quatre, comme cette œuvre provenant du musée Drapper qui, ici, prend tout son sens dans le voisinage d’œuvres proches. Et d’autant plus que chaque œuvre induit l’identité d’un artiste dont on ne sait rien.

Fascination pour ces bras qui sont quelquefois comme le miroir renversé des jambes, bras séparés pointant le ciel ou bien accolés, l’union faisant leur force, ce bras énigmatiquement orphelin, ou encore cette étrange figure aux genoux légèrement fléchis, au dos cambré où le visage comme souvent se brouille dans la croûte qui recouvre le bois.

Fascination pour ces corps à peine esquissés comme suggérés par le bois dont ils semblent sourdre, quelque part entre l’effroi et l’élévation.

Autant de statuettes qui ont probablement longtemps reposé à mi-falaise dans des grottes tenant lieu de sépulture, à coté des squelettes. Bras levés pour obtenir la pluie ? Sans doute. Mais tout le monde n’est pas d’accord sur cette interprétation. « Nous ignorons presque tout de ces statuettes Tellem » soupire Hélène Leloup. Elle s’interroge :

« Avaient-elle été fabriquées par les habitants ou s’agissait-il de pièces patrimoniales apportées par des envahisseurs ? »

Du cheval au carbone 14


Statuette Tellem au bras levé (Hughes Dubois).

Dans le texte qu’elle signe dans le catalogue, elle raconte les personnalités qui jalonnent la découverte des Dogons. Avec une affection particulière pour l’une des premières, le lieutenant d’infanterie Louis Desplagnes qui, parti de Tombouctou, arriva à cheval en janvier 1905 sur le plateau et ne se conduisit pas avec les habitants comme un malotru. Hélène Leloup souligne :

« Pour nous, il reste le fondement de toute étude du plateau de Bandiagara. »

Plus d’un siècle après ce premier galop, le catalogue s’achève par un état des lieux des études scientifiques qui ont été menées pour dater les œuvres au carbone 14 et déterminer la composition des croûtes qui recouvrent certaines statuettes. Du sang ? Oui, mais pas toujours. Et bien d’autres ingrédients.

Mieux que les statuettes des Dogons, finement ouvragées et allant vers un certain réaliste, les simples statuettes Tellem semblent porter en elles le temps qu’il a fallu pour qu’elles viennent jusqu’à nous. Comme si le vent de l’histoire chargé de sable avait légèrement érodé le relief de leur croûte, voire jusqu’à amputer certaines d’un bout de bras levé. L’émotion gît là aussi, dans cette caresse du temps qui les habite.

On s’éloigne et voici que dans une autre salle se dressent les masques dogons. Mais c’est une autre histoire. Souvent commentée et mieux connue.

Exposition « Dogon » - musée du quai Branly - mardi, mercredi et dimanche de 11 heures à 19 heures, jeudi, vendredi et samedi de 11 heures à 21 heures - jusqu’au 24 juillet - entrée : 7 euros.

Catalogue « Dogon », 418 pages, Editions musée du quai Branly/Somogy, 39 euros.

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  • mioumiou
    • Posté à 13h28 le 05/06/2011
    • Internaute 34943

    Très beau.

    PS : First again

  • Zeki
    Zeki
    Curieux de tout
    • Posté à 15h29 le 05/06/2011
    • Internaute 64085
      Curieux de tout

    Mr Thibaudat, que pensez vous de la discussion aujourd’hui oubliée au sujet de la riche et complexe cosmogonie dogon ?
    Doit on admettre l’idée de la contamination culturelle européenne ou peut on accepter l’idée de connaissances astronomiques transmises au travers de la mythologie ?
    Le travail du psychiatre Velikowsky (mondes en collision, 1952) illustre que le matériel mythologique a pu permettre de précéder la science de 40 ans pour la queue de plasma de venus observée en 1992 par un satellite européen...

    PS : le rapprochement avec l’enfant aux bras levés est surprenante (après chacun y voit e qu’il veut)... j’y vois simplement le symbolisme extrêmement répandu dans l’iconographie dogon-tellem (comme sur le drapeau du mali).
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    • Kobal
      Kobal répond à Zeki
      Cultiste
      • Posté à 17h56 le 06/06/2011
      • Internaute 140776
        Cultiste
  • Laurentenne
    • Posté à 14h35 le 05/06/2011
    • Internaute 128509

    Faire la promotion d’une expo d’objets pillés par un État colonialiste, moi ça me fait gerber.

    • Vincent.de.riga
      Vincent.de.riga répond à Laurentenne
      Etudiant
      • Posté à 15h54 le 05/06/2011
      • Internaute 57083
        Etudiant

      Alors on voit que vous n’êtes pas allé à l’exposition...

  • Charles Mouloud
    Charles Mouloud
    Bras gauche de la Vénus de (...)
    • Posté à 16h23 le 05/06/2011
    • Internaute 12542
      Bras gauche de la Vénus de (...)

    Je déteste le Quai Branly , avec son architecture « nouvelle “ digne des catacombes .
    Mais , je dois dire que cette exposition est remarquable de richesses.
    Bravo au commissaire qui a su réunir des oeuvres provenant autant de musées nationaux, que de collections privées.

    Spéciale dédicace au musée de Bamako...que j’affectionne tout particulièrement.

    • Anonyme répond à Charles Mouloud

      Je déteste le Quai Branly , avec son architecture « nouvelle “ digne des catacombes .

      D’autres orantes dans d’autres catacombes...

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      Catacombe de Sainte-Priscille à Rome.

      L’effort de stylisation du Dogon est total, c’est magnifique.
      Je connaissais un peu mais pas assez, j’irai voir cette expo.
      Tu as bien de la chance d’avoir visité le musée de Bamako.

    • PIT LE CHIEN
      PIT LE CHIEN répond à Charles Mouloud
      Wouaooouh!
      • Posté à 12h19 le 06/06/2011
      • Internaute 25924
        Wouaooouh!

      Pas d’accord sur la première phrase. Ce lieu, ses jardins labyrintes, emplis de graminées et bien sûr les oeuvres exposées en font un endroit où l’on a envie d’aller encore et encore.

      AFROSAPIENS, Le défilé du styliste-rassembleur de talents sénégalais Mike Sylla (BAÏFALL DREAM /Slam Opéra...), dimanche 29 Mai, dans le cadre du Festival « L’Afrique dans tous les sens » , auThéâtre de verdure était un enchantement, un moment d’échange et de grande sérénité.

    • Vivrelibre
      Vivrelibre répond à Charles Mouloud
      Améliorateur
      • Posté à 11h00 le 07/06/2011
      • Internaute 152090
        Améliorateur

      « des oeuvres provenant autant de musées nationaux, que de collections privées »

      Ces œuvres proviennent du pays dogon il me semble... Elles sont avant tout le fruit du travail des gens de là-bas, de leur culture aussi.

      • Charles Mouloud
        Charles Mouloud répond à Vivrelibre
        Bras gauche de la Vénus de (...)
        • Posté à 11h08 le 07/06/2011
        • Internaute 12542
          Bras gauche de la Vénus de (...)

        « L’exposition DOGON présente l’histoire de l’art et de la culture dogon, depuis le 10ème siècle jusqu’à nos jours, à travers plus de 330 oeuvres exceptionnelles issues de collections du monde entier et rassemblées pour la première fois en France. »

        Site du Quai Branly.

  • Inquisiteur
    Inquisiteur
    Chanteur de charme
    • Posté à 16h41 le 05/06/2011
    • Internaute 132321
      Chanteur de charme

    Il suffit de voir ces photos pour constater que les arts premiers ou issus de peuples bien éloignés de nous savent bien mieux remettre en question notre présent que nombre d’oeuvres désesperément modernes.

    La pureté des lignes, des postures, des courbes et l’esthétique inaltérable de ces oeuvres démontre que l’art n’est jamais aussi beau que lorsqu’il se fait humble, mais visant l’éternel.

    Les mains de ces hommes lointains ont encore beaucoup de choses à nous apprendre.

  • Crapaud froid
    • Posté à 17h17 le 05/06/2011
    • Internaute 69828

    Excellent texte mais pourquoi ce « rapprochement » avec « cet enfant juif » ? Dans Luky Luke aussi on lève les bras, beaucoup, z’avez pas fait le « rapprochement » ? Ou bien vous n’avez jamais lu les aventures de Luky Luke. Pas assez « classe » sans doute... Les « rapprochements » arbitraires, sans valeur ni saveur, je déteste. C’est de l’absurdité.

  • castor74
    castor74
    auxiliaire de vie
    • Posté à 18h45 le 05/06/2011
    • Internaute 76554
      auxiliaire de vie

    L AFRIQUE as beaucoup a nous apprendre le PEUPLE DOGON ET LES MASSAI ENPARTICULIER bien que n ayant vu de l afrique ce que nous en montre les films documentaires et les films tout cours, si dame chance daigne me sourire j aimerais aller voir sur place ce qu il en est...

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 18h47 le 05/06/2011
    • Internaute 82025
      non connue

    Bien envie d’y aller, à la première occase.
    A part ça, à chaque fois que j’entends « anthropologue », je pense à ça :

  • Autodéfense_Intellectuelle
    • Posté à 20h25 le 05/06/2011
    • Internaute 87535
      ingénieur

    Article très poétique, mais est-ce que la verticalité n’est pas avant tout la représentation du pouvoir phallique, comme chez les Grecs Anciens (et pas seulement chez eux, loin de là...) ?

  • A.T.swey
    • Posté à 09h45 le 06/06/2011
    • Internaute 112034
      *

    Ces Dogons avaient un don de prémonition, voici une statuette retrouvée en 1958, ça avait fait le buzz à l’époque....

    Lien

  • Anonyme

    Oui, quel saisissement devant ces figures effilées aux bras levés dans une verticalité aiguë et comme désespérée (et soudain on fait un insensé rapprochement avec cet enfant juif mains levées, cliché emblématique croisé plus d’une fois au coin d’un livre et on referme vite la parenthèse).

    Rapprochement pas du tout insensé et même plus que licite à condition, toutefois, de ne pas s’en servir pour masquer d’autres « orant(e)s » d’autres contrées, d’autres temps.

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    Ce dont, évidemment, je ne vous accuse nullement, .

    Merci pour cet article passionnant, et n’hésitez pas à visiter, s’il vous plaît, pour notre plus grand plaisir, des expos plus souvent.

    Edit : Quelques orantes de partout : -)...

    Lien

    Chez Pierre Bonnard, perdu dans la verdure d’un jardin de 1901.

    Lien

    Du IVème siècle, au musée de la nécropole romano-chrétienne de Tarragone et qui provient probablement de Carthage, ma photo n’est pas très bonne car il est normalement de marbre blanc veiné de bleu.

  • Paresh
    Paresh
    Critique
    • Posté à 21h37 le 05/06/2011
    • Internaute 135770
      Critique

    Pour les intéressés de la culture Dogon, vous trouverez ci-dessous un lien avec le film de Jean Rouch sur les Dogons et leur rituel mortuaire.

    Cimetières dans la falaise (1951)
    Lien

    Merci ubu.

  • la caméléone
    la caméléone
    (intermittente du spectacle)
    • Posté à 22h54 le 05/06/2011
    • Internaute 159035
      (intermittente du spectacle)

    Magnifique collection, certes. Statues belles et impressionnantes, oui. Mais décidément, j’ai toujours autant de mal avec ce musée qui ne donne presque pas d’explications ethnographiques. Ces statues ne sont pas des objets d’art qui servaient à ornementer une maison ou un château, et encore moins à spéculer sur le marché des collectionneurs, mais des objets de cultes. A part les textes présentant les différents « styles », aucune statue n’est présentée dans son contexte (encore faudrait-il le connaître ce contexte, certes, mais on a quelques idées sur la signification et l’utilisation de ces objets). Ah si, on m’a dit après coup que si on louait l’audio-guide en plus, on avait quelques explications. Mais encore faut-il le savoir au départ et vouloir dépenser plus. Aucun but pédagogique donc dans cette expo.
    De toutes façons, dès la première phrase de présentation de l’expo à l’entrée, il est écrit le mot « marché ». Ça veut tout dire...

  • SoeurSourire
    SoeurSourire
    En voyage
    • Posté à 02h09 le 06/06/2011
    • Internaute 141052
      En voyage

    Du snobisme, encore du snobisme, toujours du snobisme...

    On expose l’art dogon au musée, on le met sous cloche, on s’extasie et au Mali on pille, on méprise, on se comporte en sauvage.

    Quel fossé !

    L’art dogon au musée, mais le Mali (au-dessus de Bamako, donc quasiment tout le Mali, pays dogon inclus, ça va sans dire), le Mali décrété donc terre de dangereux terroristes (la bonne blague).

    Les statuettes et masques du Mali au musée, mais les maliens expulsés du territoire français.

    Votre musée, j’y foutrai jamais les pieds ! Au Togo, j’ai visité un petit musée et à un moment je me suis retrouvée face à une photo d’une oeuvre d’art.
    L’original m’a dit le gardien était je ne sais plus où au Musée qui se branle il me semble.

    Si vous aimez tant la falaise de Bandiagara, allez-y ! C’est beau à vous laisser sans mots. Et la nuit, c’est le silence et le nombre des étoiles qui vous laisseront sans voix

  • ManDooYow
    ManDooYow
    Winter Is Coming
    • Posté à 03h24 le 06/06/2011
    • Internaute 122432
      Winter Is Coming

    Pas question j’imagine d’affréter un avion pour les ramener chez eux ces africains là hein ?

    ... que je suis bête, ils ont des papiers... eux !

  • yankel
    yankel
    Professeur de sciences sociales
    • Posté à 08h03 le 06/06/2011
    • Expert 159052
      Professeur de sciences sociales

    Désolé je n’aime pas. Je conteste le parti pris esthétique de collectionneurs à l’égard d’un peuple dont on ne sait rien à la sortie de l’expo. Que signifient les bras levés ? Comment ces collectionneurs se sont procurés ces objets ? Que signifiaient-ils pour le vendeur et l’acheteur ? Autant de questions sans réponse ! Ce musée est le cimetière de l’ethnologie,le fantôme du Musée de l’homme, la restauration du musée colonial pour des bobos dégoulinants de bons sentiments, le bonheur des pillards culturels. J’ajoute que l’expo ne dit rien sur l’architecture Dogon qui est pourtant liée aux sculptures.

    • Vivrelibre
      Vivrelibre répond à yankel
      Améliorateur
      • Posté à 10h55 le 07/06/2011
      • Internaute 152090
        Améliorateur

      « Comment ces collectionneurs se sont procurés ces objets ? »
      Pillages, vols, transactions financières illicites dans le droit coutumier.

      « Que signifiaient-ils pour le vendeur »
      ... autant qu’un Christ, des reliques... pour le vendeur, c’est parfois un déchirement de s’en séparer mais certaines années sans récoltes, il en va de sa survie.
      Elles sont également volées dans le cercle clanique par un des membres du clan puis revendues à un intermédiaire sur place puis à un intermédiaire occidental. Les acheteurs occidentaux n’ont plus vraiment à aller loin dans le pays pour être fournis.

      « et l’acheteur ? »
      ... de quoi gagner de l’argent, beaucoup beaucoup plus que ce que cela lui a couté. Un fantasme aussi parfois peut-être...

  • aimable
    aimable
    plasticien
    • Posté à 09h31 le 06/06/2011
    • Internaute 70198
      plasticien

    Merci JP Thibaudat, grace à vous je me coucherais ce soir un peu moins con ( j’avoue que le peuple Tellem ..., connaissais pas !).
    Par contre pas jojo certains riverains anti tout , contre les bobos ( mais plus bobos que les bobos ) , les rabats joies de l’anti-colonialisme, les anti expo du genre « c’est mieux sur place “
    Banane...tu crois que du fin fond de l’Aveyron et de ses mystèrieuses statue menhir à porter de mains, j’ai les moyens d’aller jouer les ethnologues amateurs au Mali ?
    Alors oui pour le musée Branly et ses intelligentes expos, et je me fous de l’architecteur ( à raison fort discutable ) du lieu. que devons nous voir dans un musée ? le contenant ou le contenu ? Pour ma part je privilégie le contenu.
    Pas pédagogique le quai Branly ..., c’est vrai... sont un peu avare d’explications. Et alors ! Faut vraiment vous apporter tout sur un plateau. Lorsque je visite une expo je ne lis jamais les murs de textes qui les accompagnes, je ne suis pas non plus adepte de l’audio-guide etc.... Je suis avec moi-même , j’essaye de comprendre, à défaut je suis mes propres émotions, mes ressentis, puis de retour chez moi je continue l’expo, en rêvant, en faisant qq recherches, en lisant sur le sujet, bref en étant CURIEUX.
    Et maintenant de ce pas, en route pour plus d’infos sur Tellem....

  • salvia
    salvia
    artiste
    • Posté à 12h26 le 06/06/2011
    • Internaute 153725
      artiste

    on peut être partagé :
    les pillages sont, ou ont été, une réalité, y compris de la part de quelques fameux ethnologues ( je n’ai pas de preuve, je ne donne pas de nom !) ; l’absence de considération du musée pour la culture proprement dite et de place faite au sens, à ce que signifient ces sculptures pour les peuples concernés, me gêne également ; je l’avais remarqué au quai Branly qui est ..une vitrine, point barre, de ce qui plaît aux occidentaux et a une certaine valeur marchande.

    à l’inverse cela peut nous amener à constater la force de ces objets : hors tout, sans explication, ils existent, frappent le visiteur, procurent une émotion profonde. c’est vraiment de l’art, au sens le plus fondamental du terme et quoiqu’on en pense. je me demande ce qui se passerait si on amenait à des gens qui n’ont aucune idée du judéo-christianisme une oeuvre occidentale majeure comme la descente de croix de Van der Weyden, est-ce qu’ils seraient touchés ? la difficulté est peut-être de dégotter des populations restées à l’abri du prosélytisme chrétien !

    quant au pays Dogon, il est de plus en plus envahi, et l’argent qui s’y déverse par le tourisme pourrit beaucoup de choses. on s’y promène comme dans un musée à ciel ouvert, les fêtes sont factices pour le visiteur/voyeur, les hôtels poussent sur le rocher et il faudra amener l’eau, qui manque cruellement, pour que les riches se douchent, à dos d’homme, ou de femme. bref c’est moche.

    • MèreEvé
      MèreEvé répond à salvia
      témoin
      • Posté à 22h31 le 06/06/2011
      • Internaute 10713
        témoin

      Moi je me permets de donner des noms car je suis d’autant plus choquée que le pilleur est mis en valeur dans le musée, il s’agit de Jacques Kerchache, auquel est dédié le salon de lecture. C’est d’un cynisme ! Et il s’est fait prendre en flagrant délit de vol au Zaïre et a dû remettre les pièces au représentant (belge) travaillant pour l’Institut des Musées Nationaux du Zaïre, Joseph Cornet. Toujours à propos de Kerchache, il y a aussi une histoire d’un cadeau d’une statuette d’un cheval ou cavalier, déclarée volée au Mali (ou Sénégal, j’ai un doute) qu’il remet à qui ? Je vous le donne en 1000 : Jacques Chirac, son grand ami. Il a d’ailleurs été emprisonné pour vol au Gabon : Lien

      En effet, le Quai Branly présente mal les œuvres, dans le sens où elles manquent énormément de précision dans les explications et une guide m’a précisé un jour, très contente, avoir bénéficié de la part du commissaire d’une expo précédente, de 2 jours de formation ! Bien entendu, en 2 jours, on peut devenir expert... : -\ Et j’ai constaté le peu de connaissance de cette jeune femme pleine de bonne volonté.
      Alors oui, nous avons une chance d’aller découvrir des objets magnifiques, mais pillés, fournis par des pilleurs.

      Imaginez-vous devoir aller à Bamako pour découvrir les tombeaux des rois de France qui sont à Saint-Denis ? Imaginez simplement le scandale qu’on en ferait. Pourquoi y a-t-il toujours cette difficulté à transposer un principe à l’Autre ? Pourquoi minimise-t-on ainsi ? Et pourquoi ce qui a été objet de culte, avec une valeur spirituelle, doit perdre cette dimension au profit du curieux qui ira payer pour voir pendant que les descendants de cette culture sont privés de leurs racines ?

    • Vivrelibre
      Vivrelibre répond à salvia
      Améliorateur
      • Posté à 10h46 le 07/06/2011
      • Internaute 152090
        Améliorateur

      « je n’ai pas de preuve, je ne donne pas de nom ! »
      Lire simplement « l’Afrique fantôme », de Leiris.

      « les fêtes sont factices pour le visiteur/voyeur »
      Pas toutes, loin de là. Les spectacles pour touristes sont même minoritaires. Les danses des masques sont annoncées (à Tiogou par exemple) comme étant une réplique parfaite des danses traditionnelles, le sens religieux en moins. Et elles procurent un revenu appréciable pour leurs acteurs, pour mieux scolariser ou plus facilement soigner leurs enfants..
      Et dans certains villages, la considération des touristes pour ces manifestations leur a redonné une valeur certaine dans les traditions locales.

      « le tourisme pourrit beaucoup de choses »
      ... il empêche les abcès de pourrir les dogons malades.

      « les hôtels poussent sur le rocher »
      Un seul hôtel digne de ce nom sur la falaise. Il est à Sangha. Les autres sont plus loin vers l’intérieur, à Bandiagara.

      « faudra amener l’eau, qui manque cruellement, pour que les riches se douchent, à dos d’homme, ou de femme »
      L’eau est portée sur la tête. Ce portage traditionnel fait l’objet d’un apprentissage. Les femmes (les hommes exécutent rarement un tel travail) sont rémunérées pour ce travail. Un seau, c’est 20 litres d’eau.

  • mick69
    • Posté à 12h31 le 06/06/2011
    • Internaute 2907

    A quand une expo sur les Çéfrans ? Peuple avec une culture très riche qui a commencé à disparaitre à partir des années 80

  • glenmor
    glenmor
    retraité
    • Posté à 15h04 le 06/06/2011
    • Internaute 158292
      retraité

    Les Dogons sont un peuple qui vie sur les Hauteurs,pour préservés leurs cultures et la connaissance.En-bas ce sont les peuls,en pays Malien.Vous saviez que les Dogons savaient depuis des milénaires que l’étoile Sirius avait deux compagnes qui tournent autour d’elle,une a un cycle d’une cinquantainne d’année,et l’autre je crois 36 ans environ.Et, nous les occidentaux,les scientifiquent ne les croyaient pas,et c’est ,quand les occidentaux ont réussi à fabriqués un téléscope en 1946,un peu plus performant que ceux qu’ils avaient déjà,ils sont dù admettrent que les Dogons avaient raison,et quelques années plutard ils ont découvert la deuxième.Et,aprés,ils ce posaient une autre question « Mais comment pouvaient-ils savoir sans télescope,où alors,par quel moyen ?

  • Vivrelibre
    Vivrelibre
    Améliorateur
    • Posté à 10h28 le 07/06/2011
    • Internaute 152090
      Améliorateur

    Très belle expo... ceci étant dit, lorsqu’on connait la réalité des conditions de vie en pays dogon, et la façon dont ces œuvres arrivent en France, on a envie de pleurer. J’ai passé 10 ans en pays dogon :

    - réflexions de mes amis dogon du Mali après que je leur aie eu signalé l’existence de cette expo :
    « Mais on nous a tout pris ! » ou encore « Très bien, pour aller voir nos merveilles, il ne me reste plus qu’à aller me faire humilier au consulat pour trouver un visa (le dossier à présenter constitue une belle petite liasse), payer 150 euros d’assurance rapatriement, 600 euros de billet d’avion, un gros budget pour mon logement sur place... »)

    - oui, le pillage existe toujours aujourd’hui. Sur place, j’ai moi-même été contacté par un français, qui recherchait de tels objets.
    Il existe toujours un matériel cultuel. Même s’ils sont en majorité musulmans, les dogon utilisent toujours ces objets. Le syncrétisme est une réalité.

    - oui ce pillage déstabilise les sociétés locales. La pression des « chercheurs » est forte (et le porte-monnaie bien rempli comparé au faible niveau de revenu des cultivateurs dogons). Le dogon qui vend des pièces qui appartiennent à son clan peut être mis au ban de la société (défense de lui adresser la parole, confiscation des terres agricoles, puisage de l’eau au puits uniquement la nuit. Cela existe). Cette pression est d’autant plus forte les années sans pluies qui amènent les disettes. Ces années-là, les aventuriers louches venus des pays occidentaux sont nettement plus nombreux sur le plateau et dans la falaise.

    - dans l’expo, les fragments rocheux du auvent de Songho ont été arrachés à la falaise. Que penserait-on si des maliens été venus récupérer des morceaux de la grotte de Lascaux pour les exposer à Bamako ?

    - au Mali, l’exportation des œuvres d’art est soumise à réglementation, mais dans un pays où l’État est peu puissant, et où l’argent peut facilement corrompre, il est malheureusement facile de se passer des déclarations réglementaires.

    Et on continue à s’extasier devant ces belles pièces derrière des vitrines proprettes et baignant dans l’air climatisé du musée, alors que là-bas, les producteurs de ses œuvres vivent dans le plus grand dénuement, d’autant plus grave que depuis quelques mois, le Ministère des Affaires Étrangères français a déclaré de manière fort peu nuancée l’ensemble du pays comme risqué pour le blanc. Ceci a détruit l’activité touristique, qui permettait entre autres bénéfices, un bien meilleur accès aux soins (un contributeur nous explique ici que le tourisme pourri la société dogon. Et à St Trop’ ou au Mont Saint Michel, il a enrichi la culture traditionnelle ? Et puis bon, j’ai vu des corps d’enfants et d’adultes pourris par les maladies ou les abcès mal soignés, là justement où le tourisme n’existait pas).

    Alors oui, j’ai beaucoup aimé ce que j’ai vu, mais bien gêné par mes pensées. Et je suis parti en courant, consterné par ce déballage indécent.

    • salvia
      salvia répond à Vivrelibre
      artiste
      • Posté à 12h13 le 08/06/2011
      • Internaute 153725
        artiste

      je suis bien d’accord avec vous sauf que je suis peu convaincue de l’intérêt du tourisme tel qu’il est pratiqué et développé pour améliorer la vie des gens (un autre tourisme est-il possible ?).
      j’ai vu chez les habitants devant lesquels les étrangers passent en file indienne les plaies non soignées, et les conditions de l’hôpital local ; est-ce pire ailleurs, là où il n’y a pas de touriste ? c’est possible.
      un hôtel assez vaste était en construction pour répondre aux demandes croissantes

      le pillage est là aussi : prendre et montrer d’un pays seulement ce qui nous arrange, et déblayer le reste. en ce qui concerne l’Afrique, » le reste » se réduit à souvent une vision misérabiliste d’un continent qu’on va « aider ».

      mes réflexions sont peut-être superficielles, car je n’ai pas la prétention de connaître le pays Dogon, n’ayant fait qu’y passer, mais dont je garde un souvenir vif entre éblouissement et malaise.

      sur le pillage, je lis ici : Lien
      des choses stupéfiantes...extraites du livre de Leiris,notamment.

  • Rancky
    Rancky
    vindjousse ! !
    • Posté à 12h21 le 07/06/2011
    • Internaute 120537
      vindjousse ! !

    Superbe ! Ça me donne envie de voyager.

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