« Kolik » : les mots ivres de Rainald Goetz au bar d'Hubert Colas
Si Hubert Colas est un auteur qui aime monter ses propres textes, c’est aussi un metteur en scène curieux d’écritures fortes, souvent éloignées de la sienne, et qu’il a à cœur de faire connaître. Ce fut le cas avec la remarquable trilogie « Chto », trois textes de Sonia Chiambrietto, qui contribua à faire connaître cette auteure qui ne venait pas du théâtre et qui vient de publier « Polices ! » aux éditions grmx.

Thierry Raynaud dans « Kolik » par Sylvain Couzinet Jacques.
C’est à nouveau et avec brio l’écriture théâtrale de l’allemand Rainald Goetz qui est traduit par Olivier Cadiot et Christine Seghezzi. Ils ont su trouver une transposition sonore et rythmée de son « Kolik ».
« Couché truc-merde »
Voici comme cela commence :
« Cerveau
Crasse
Homme
Vas-y
Fonce
(allez) vite
Vite
Dehors
Humain
l’homme
Allez vas-y
Couché
Truc-merde
Cerveau chien crasse
Crasse
Crasse
Crasse de putain de chien de putain
Couché-là
Cerveau-merde
Putain de Dieu de putain de crasse
Dehors chien de merde »
La langue dégueule de l’homme plus qu’elle ne sort de la bouche de l’acteur. C’est un déversoir. Une vie que se crache, qui se crash aussi bien. Des lèvres humides qui éructent des viscères, dégobillent du cerveau. C’est un homme qui boit comme il respire comme si le boire ponctuait le dit. Les mots raclent sa gorge, écument ses jours et ses nuits en salves et rafales. Ecoutez :
« Nuit
Je
Tombe
M’en fous
Me relève
Retombe
M’en fous
Me relève
Je
Il boit
Saloperie d’homme chien
Engrosser fabriquer merde
Pulsion Viande-enfant
Rester
Là
Par terre
Fabrication
De trucs
Pour rien
Il boit »
Goetz, un personnage contreversé
En 1983, alors qu’on venait de lui remettre en Autriche le prix Ingeborg Bachmann, Rainald Goetz lit un texte en se tailladant la peau avec un scalpel. De fait, son écriture au « scalpel » saigne les mots à la gorge en cassant leur solidarité syntaxique. Chaque mot est un slogan. Un aboiement et fuse d’un trait comme une insulte sèche.
Son premier roman, « Irre », traduit chez Gallimard en 1983 quand il allait avoir trente ans, avait pour exergue un mot d’ordre : « Don’t cry, work » (pleure pas, bosse). Goetz ne chôme pas. Des romans, des essais, un journal sur Internet. Et des pièces dont l’une a pour titre « Jeff Koons », écrite en 2000.
Si son apparition sur une scène française a tardé, c’est sans doute à cause de la difficulté que suscite la traduction de ses textes, qui a dû en décourager plus d’un. Et puis, outre Rhin, Goetz est un personnage controversé. Bête en cage ? Prisonnier dans une cellule ? Maître et esclave ? Mots de maudit ? Où situer cette écriture qui dit autant la soumission que la révolte, le dégoût de soi que l’abjection des autres ? Allez, encore un petit extrait pour la route :
« Il boit
Moi
Encore
Mais pourquoi
Question pourquoi Mot
Réponse ordre rigoureux
Question pourquoi ordre rigoureux des mots
Réponse rigueur maximum dans exercice du test matériau
Question pourquoi Test de résistance Mot
Réponse Haine
Mot-réponse tais-toi
Mot tais-toi aï aï
Mot-réponse Discipline
Je répète Haine
Je ne demande pas Pourquoi
Je dis Matériau je dis c’est bien
Mot-réponse Haine
Je dis haine
Haine haine
Il boit »
Des verres pleins que l’acteur vide
L’Arche, l’agent théâtral de l’auteur en France, n’a pas jugé urgent de publier ce texte. On peut heureusement l’entendre, dit avec force par l’acteur Thierry Raynaud qu’Hubert Colas a mis en scène dans une scénographie simplement juste comme à son habitude. Une table sur laquelle sont disposés de nombreux petits verres pleins que l’acteur vide au gré des injonctions de l’auteur.
Créé au centre Pompidou de Metz, « Kolik » est passé au festival Via. Le Manège de Maubeuge, l’Onda (office national de diffusion artistique) et l’Institut français (ex Culturesfrance) se sont associés dans cette manifestation pour présenter aux acheteurs du monde entier des créations « réalisées par des jeunes artistes français et belges francophones ».
Leurs choix pouvaient sembler curieux mais on ne regretta pas d’avoir vu « Kolik » dans la gare de Jeumont devenu centre d’art. Pour l’heure, le spectacle s’installe durant deux semaines à Paris dans un lieu qui a pour habitude de ne pas avoir froid ni aux yeux ni aux oreilles : la Ménagerie de verre.
► Kolik de Rainald Goetz - mis en scène Hubert Colas - Dans le cadre de Ocoral11 au Théâtre de la Criée (Marseille) les Mar 27 et mer 28 sept à 19H,, les jeu 29, ven 30 et sam Ier oct à 20h. 04 91 37 14 04
► Mis à jour le 15/06/2011 à 16h10. L’Arche n’a pas publié ce texte à l’époque car le traducteur n’avait pas donné son feu vert pour la publication.
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intermittent
intermittent
oh ! c’est très mauvais les poemes de bukowski ou de jim harrison pour ne parler que des auteurs un peu contemporains et romanciers comme ce gars sont meilleurs, et une pensée aussi pout Gil Scott Heron au passage...




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