Theatre et Balagan

Chronique ambulante d'un amoureux du théâtre, d'un amateur de l'Est et plus si affinités.

Avignon : Jan Karski, héros malgré lui d'un spectacle sentencieux

Publié le 09/07/2011 à 17h50

Le roman « Jan Karski » de Yannick Haenel (Gallimard) porte le nom d’un Polonais bien réel, mort « juste » aux Etats-Unis, après avoir tu pendant 35 ans tout un pan de sa vie : témoin des horreurs du ghetto de Varsovie et impuissant à convaincre les grands de ce monde de l’existence des camps d’extermination nazis. En Pologne plusieurs biographies racontent la vie de Jan Karski qui lui même avait écrit « Histoire d’un secret d’état » dès 1944 (quatre ans plus tard en traduction française). Claude Lanzman avait retrouvé ce témoin aux Etats-Unis et c’est l’une des figures les plus étranges de « Shoah ». Dans son spectacle « Jan Karski (mon nom est une fiction) » Arthur Nauzyciel reprend la structure du roman.
Première partie : le narrateur relate le témoignage de Karski dans « Shoah » y ajoutant le grand de sel de ses commentaires. Nauzyciel est ce narrateur mais c« est acteur qui semble sans visage tant ce dernier est fuyant, et qui parle d’une voix monocorde. Pesant début. A la fin, Nauzyciel s’adonne à un numéro de claquettes dont on comprendra le sens dans la troisième partie (Karski aimait le music hall, c’est là qu’il rencontra sa femme). Passons.
Seconde partie : à l’instar du livre, la voix off et doucereuse de Marthe Keller raconte la vie de Karski à partir de son livre publié en 1944. La scène est occupée par un écran sur lequel est projeté un film où une caméra tremblante suit, sur un plan de la Varsovie d’aujourd’hui, le gros trait qui suit les limites du ghetto juif dont il ne reste quasi rien hormis ce tracé. Second moment monocorde. A quelques rangs devant moi, un directeur de théâtre parisien en profite pour tomber dans les bras de Morphée. Il n’est pas le seul.
Troisième partie : Haenel fait de l’introspection-fiction, prêtant à Karski des pensées qui sont les siennes ce qui avait attiré la fureur de Lanzman à la sortie du livre. Sans rouvrir cette polémique, ce qui frappe en entendant le texte dit par ce pro hors pair du monologue qu’est Laurent Poitrenaux, c’est son côté boursouflé, ses envolées moralisatrices dans une langue surannée qui semble vouloir être celle d’un Thomas Bernhard rewrité par Chateaubriand . A l’oreille, malgré le talent de l’acteur et la splendeur du décor (un couloir de l’Opéra de Varsovie signé Ricardo Hernandez), cela frise le galimatias. A quoi ressemblait le vrai Jan Karski ? Une bouffée de “ Shoah ” nous en dit plus que ces deux heures quarante sentencieuses.
Festival d’Avignon, Opéra-théâtre, jusqu’au 16 à 18h, le 14 à 15h.

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  • pemmore
    pemmore
    geek
    • Posté à 12h45 le 10/07/2011
    • Internaute 121073
      geek

    La résistance fin 1943 ,ça j’en suis certain ,mais surement avant était parfaitement au courant des camps d’extermination nazis ,donc de Gaulle et Churchill aussi.

  • Olivier Favier
    Olivier Favier
    On ne dormira jamais
    • Posté à 16h00 le 10/07/2011
    • Internaute 138854
      On ne dormira jamais

    Ce que vous écrivez montre une fois de plus combien il est difficile de sortir de l’ère des témoins. Sans doute aurait-il mieux fallu s’en tenir aux écrits de Karski. Un autre auteur d’origine polonaise, Kazimierz Moczarski, a écrit un livre absolument incroyable, Conversations avec le bourreau, où il raconte comment, ancien résistant taxé de collaborationnisme, il s’est retrouvé plusieurs mois en cellule avec le général Jürgen Stroop, qu’il avait par ailleurs projeté d’assassiner peu avant la liquidation du ghetto de Varsovie. Un troisième « personnage » vient compléter cet improbable échange, un sous-officier SS, manière de Sganarelle qui en veut beaucoup aux grands du régime qui l’ont mené là où il est, lui, qui, on s’en rend compte assez vite, n’a jamais fait que des non-choix, par lâcheté ou par confort. Ce livre a été adapté plusieurs fois au théâtre en Pologne, il semble fait pour cela. Il a cette force du vécu qu’on ne peut pas recréer -on peut faire autre chose, mais on ne peut pas le recréer.

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