Le Hublot de Colombes en passe d’être coulé par l’Etat
Il arrive au Hublot de Colombes ce qui est arrivé au Studio-théâtre de Stains : la DRAC Ile de France veut lui couper les vivres.
En termes ministériels ces choses là ont été dites une première fois en décembre dernier. Comme c’est l’usage, l’équipe du Hublot emmenée par Véronique Widock était venue faire faire le point en fin d’année. Et là ce fut la douche froide. « De manière brutale et sans qu’aucune discussion soit envisagée » on leur a annoncé à l’équipe du Hublot le retrait de son « conventionnement ». Et partant de toute subventioin.
Autrement dit un désengagement de l’Etat vis-à-vis du Hublot. Dit autrement : d’un côté votre compagnie ne fait pas assez parler d’elle (sous entendez ; dans les médias) et ne mérite donc pas de considération et, de l’autre, le Hublot ne nous intéresse pas (ou plus), voyez ça avec les collectivités locales et régionales.
Le conventionnement c’est un contrat de trois ans renouvelable qui assure à un lieu, une équipe, une assurance financière sur plusieurs saisons. Widock et le Hublot en ont déjà signé trois. Ce n’est pas la seule source de financement mais, dans l’économie fragile de ce type d’établissement, toute source qui se tarit, menace l’ensemble.
Mépris et arrogance d’Etat
On retrouve là le mépris, l’arrogance de la direction de la DRAC (Direction régionale des affaires culturelles) Ile de France rencontrés précédemment par l’équipe du Studio-théâtre de Stains et dont peuvent témoigner nombre de directeurs d’établissements.
A Stains, la mobilisation des élus, des artistes, une pétition largement signée par des rappeurs de Stains devenus célèbres et même, cerise sur le gâteau, par Jean Dujardin, avait fini par payer. Le 28 mars dernier, suite à une entrevue avec le ministre, le ministère reconsidérait sa position, le Studio-théâtre était sauvé.
La veille, le 27 mars (jour de la fête mondiale du théâtre, cruelle ironie), voulant croire à un malentendu, une geste de mauvaise humeur ou je ne sais quoi, l’équipe du Hublot et une délégation d’élus (ville, département, région) était reçues par la direction de la DRAC Ile de France pour demander de reconsidérer sa position. Une fin de non recevoir.
On en est là.
Stains et Colombes, même combat
Ces deux dernier mois, le journal « Le monde » a publié une remarquable série évoquant une cinquantaine de lieux de culture dont les journaux parlent habituellement peu ou pas. Des initiatives individuelles ou émanant d’un petit groupe, avec ou sans lieu, avec ou sans subventions. Le Studio-théâtre de Stains et le Hublot de Colombes, par bien des facettes, font partie de ce discret mais ô combien précieux tissu, les beaux confettis de la décentralisation culturelle et la démocratisation de la culture qui va avec.
Par ailleurs, et là on sort du cadre de l’enquête du Monde, dans les deux cas de Sains et de Colombes, ce sont aussi et tout autant des lieux de création, une compagnie ayant été à l’origine de l’aventure et en restant le moteur. On appellle ça une synergie.
Les grands établissements que sont les Centres Nationaux darmatiques installés en banlieue, comme celui de Genenvilliers ne peuvent être l’arbre qui cache la forêt des arbustres vigoureux que sont les compagnies implantées dans des lieux plus modestement dotés mais non moins précieux. C’est le cas à Colombes pour la compagnie Les Héliades de Véronique Widock créée en 1989. C’este elle qui en 1993 a investi une ancienne usine métallurgique de Colombes pour en faire le Hublot.
De Witkiewicz à Dario Fo
Année après année, Véronique Widock s’est attelée à un répertoire on ne peut plus choisi – Stanislaw Witkiewicz, Stig Dagerman, Grégory Motton, Dario Fo & Franca Rame- tout en accueillant d’autres équipes (plus de 80 dont celle, alors inconnue, de Joël Pommerat) et tout labourant avec son équipe les rues et les cités de la ville de Colombes et d’autres villes de Hauts-de-Seine, multipliant les initiatives comme « la caravane » (un théâtre ambulant), faisant du « spectacle à domicile », intervenant dans les hôpitaux et bien sûr menant un compagnonnage de longue haleine avec les établissements scolaires.
Des créations à part entière qui trouvent leur raison d’être dans l’inscription dans un lieu, une ville, une région, ce qui n’empêche pas les spectacles de tourner ailleurs.
Et Jean Dujardin dans tout ça ?
C’est cet ancrage social, ce maillage culturel, ce visage à deux têtes du Hublot que l’Etat veut mettre à bas. Sans discussion. Sans concertation. Sans argumentation.
Devant ce mur d’incompréhension de la DRAC Ile de France agissant sur les ordres du ministère, le maire de Colombes, Philippe Sarre (PS), et deux sénateurs (Marie-Christine Blandin, gauche écolo, et Philippe Kajtenbach, PS) ont demandé un rendez-vous au ministre de la culture Frédéric Mitterrand. Pour l’instant resté sans réponse.
Faut-il que Jean Dujardin signe la pétition en faveur du Hublot de Colombes pour que le ministre daigne se pencher sur ce dossier ?
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patatoïde
patatoïde
Dans le domaine de la culture, les subventions sont des oboles distribuées par fait du prince à des entrepreneurs culturels qui estiment y avoir droit, par reflet de leur ego et de leur entregent.
Ces entrepreneurs culturels sont spécialisés dans la transformation du capital symbolique propre au monde culturel en capital financier, par le truchement des subventions.
Ce qui rétroagit en terme d’image : dans le monde actuel de la culture, ce n’est pas parce qu’on est bon qu’on reçoit des subventions, mais parce qu’on reçoit des subventions qu’on est regardé comme bon.
Cet article s’inscrit parfaitement dans une telle stratégie.
La nature et la qualité des projets est un pensum expédié en un paragraphe, rien sur la qualité créative, rien sur l’inscription dans les objectifs de l’Etat en matière de politique culturelle. En gros, ce qu’on pourrait penser être des critères déterminants et objectifs en matière d’attribution de subventions.
Tout le reste est sur la mise en valeur du capital symbolique (critique virulente, mise en avant de la capacité de mobilisation politique, utilisation de l’image d’un people, invocation d’un précédent conflictuel). Et l’article est lui-même un instrument de mobilisation de ce capital symbolique. Ce qui choquant tellement c’est fait crument.
Bref, tout pour continuer à être oint du saint chrême des subventions étatiques (les soussous des collectivités locales sont trop bas de gamme) et continuer à être considérés comme de « vrais » artistes.
Je ne vois pas en quoi ce Jean Dujardin est plus légitime que d’autres pour savoir à qui l’Etat doit distribuer des subventions. Je ne sais pas le montant des sommes en jeu, mais cela doit vraisemblablement tourner à moins d’1% de l’argent qu’il va tirer de son dernier film. Plutôt que de signer une pétition pour faire payer les autres, il serait tout à fait légitime à sortir lui-même son carnet de chèques s’il y tient tant.




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