Theatre et Balagan

Chronique ambulante d'un amoureux du théâtre, d'un amateur de l'Est et plus si affinités.

Expo : quand les affiches faisaient parler les murs...

J.-P. Thibaudat
chroniqueur
Publié le 02/01/2013 à 11h35

Dernière affiche signée Olympe de Gouges (Archives nationales)

Et si les affiches placardées sur les murs de la Révolution française ou de la Commune de Paris étaient les ancêtres des réseaux sociaux d’aujourd’hui ? C’est ce que suggère l’exposition « Affiche-action » sous-titrée « Quand la politique s’écrit dans la rue ».

Des affiches à lire ligne à ligne

On peut la voir à la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (Bdic), située dans l’Hôtel national des Invalides, juste à gauche en entrant. Ces affiches-là ne vantent pas un produit ou ne font pas la promotion d’une animal politique ou d’un film, elles s’écrivent avec des mots. Des affiches à lire.

Comme l’espace est restreint, les quatre commissaires de l’expo (Béatrice Fraenkel, Magali Gouiran, Nathalie Jacobowicz et Valérie Tesnière) ont préféré insister sur quelques points forts : la Révolution française, la Commune, Mai 68. Et compléter la visite par un très utile catalogue.

A l’entrée de l’exposition, un premier document rare et bouleversant : une affiche écrite par Olympe de Gouges en juillet 1793. Le texte est précédé d’un titre « Les Trois urnes ou la salut de la patrie » et d’une signature : « Par un voyageur aérien ». La révolutionnaire et première égérie des luttes féminines, y prône le vote populaire pour choisir la forme de l’Etat :

« Que chacun prononce librement sur le gouvernement qu’il prétend adopter. La majorité doit l’emporter. Il est temps que la mort se repose, et que l’anarchie rentre dans les enfers. »

Guillotinée pour une affiche

Ce n’est pas la première affiche qu’elle écrit. Mais celle-ci lui sera fatale. Dénoncée par la fille de l’imprimeur, on l’arrête au moment où elle s’apprête à la placarder. En prison, elle en écrit une autre titrée « Olympe de Gouges au tribunal révolutionnaire » qui, sur fond rouge (le blanc étant réservé aux autorités), va couvrir les murs de Paris :

« Vous esclaves des préjugés de l’ancien régime, valets gagés de la cour, républicains de quatre jours, il vous sied bien d’inculper une femme née avec un grand caractère,et une âme vraiment républicaine, vous me forcez à tirer vanité de ces avantages, dons précieux de la nature, de ma vie privée et de mes travaux patriotiques. »

Et il y en a deux longues colonnes comme cela en caractères serrés. Cette expression libre, hors de tout contrôle et de toute censure, lui vaudra de finir sur l’échafaud. Guillotinée pour une affiche.

Les 399 affiches de la Commune

En 1830, 1848, 1871, moments d’effervescence révolutionnaire, les affiches politiques pleines de mots et dépourvues d’images vont jouer un grand rôle. « L’affiche fait parler les murs », dira Louis Blanc. La Commune de Paris est sans doute le moment le plus exaltant.


L’adresse de la Commune aux soldats de Versailles (Bdic, Nanterre)

Aujourd’hui, quand une révolution ou un renversement de régime se profile, l’une des premières actions est de s’emparer de l’immeuble de la radio-télévision. On l’a vue en Roumanie et ailleurs. Au moment de la Commune, l’un des premiers actes sera de prendre le contrôle de l’Imprimerie nationale le 18 mars 1871 et de placer à sa tête Louis-Guillaume Debock, un ouvrier typographe.

Dès le lendemain, une première affiche est placardée sur les murs de Paris. Il y en aura 399, la plupart tirées à plusieurs milliers d’exemplaires et placardées par une cinquantaine d’afficheurs. Elles portent sur des tas de sujets comme l’interdiction des amendes ou retenues sur salaires, la restitution des objets engagés au Mont-de-piété, la taxation du pain, le règlement des halles ou des abattoirs de La Villette. Le 19 avril, est placardée une « Déclaration au peuple français », signée « la Commune de Paris » :

« La révolution communale, commencée par l’initiative populaire du 18 mars inaugure une ère nouvelle de politique expérimentale et scientifique.

C’est la fin du vieux monde gouvernemental et clérical, du militarisme, du fonctionnarisme, de l’exploitation, de l’agiotage, des monopoles, des privilèges, auxquels le prolétariat doit son servage, la Patrie ses malheurs et ses désastres. »

Et de conclure :

« Quant à nous, citoyens de Paris, nous avons la mission d’accomplir la révolution moderne, la plus large possible et la plus féconde de toutes celles qui ont illuminé l’histoire.

Nous avons le devoir de lutter et de vaincre ! »

L’atelier des Beaux-Arts de Mai 68

Les murs entretiennent l’enthousiasme et font l’information au jour le jour. La plupart des mairies d’arrondissement ont leur propre imprimerie. Les deux grands mémorialistes de la Commune, Louise Michel et Prosper Lissagaray, diront toute l’importance de cette voie murale d’information. Mais aussi la façon dont ces affiches décrassent le langage officiel à travers « une langue vigoureuse, fraternelle, inconnue au pouvoir bourgeois », à la « vibration si neuve » (Lissagaray).

Mai 68 avec ses innombrables affiches sera comme l’apothéose et sans doute le chant du cygne de l’affiche politique libre et inventive. L’exposition se concentre à juste titre sur l’atelier populaire des Beaux-Arts en particulier à travers un petit film savoureux où l’on voit l’assemblée voter à main levée pour valider (ou pas) une affiche. Affiches anonymes signées « Atelier populaire ». Le rapprochement avec la Commune s’impose : même fièvre, même effervescence, même travail sur la langue, même pouvoir de l’imagination.

L’exposition s’achève par l’expression de deux artistes d’aujourd’hui qui ont choisi de s’exprimer par voie d’affiche en jouant avec les mots et les caractères d’imprimerie : Pierre Di Sciullo et Vincent Perrottet.

Infos pratiques
"Affiche-action, quand la politique s'écrit dans la rue"
Exposition à la Bdic
  • Bibliothèque de documentation internationale contemporaine, Hôtel national des Invalides (Paris), tous les jours de 10 à 17h (sf. le premier lundi du mois) - de 3 à 5 € - jusqu'au 24 février - Rens. : 01-44-42-38-39.
  • Catalogue coédité par la Bdic et Gallimard, 144 pages très illustrées, 24€.
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  • Communisty Manager
    Communisty Manager
    Franc-Tireur
    • Posté à 08h11 le 03/01/2013
    • Internaute 196465
      Franc-Tireur

    Merci.

  • Germana Samonà
    Germana Samonà
    35° 35′ 00″ N 27° 08′ 00″ E (...)
    • Posté à 10h11 le 03/01/2013
    • Internaute 190077
      35° 35′ 00″ N 27° 08′ 00″ E (...)

    Le texte est précédé d’un titre « Les Trois urnes ou la salut de la patrie » et d’une signature : « Par un voyageur aérien ».

    Dommage qu’on ne puisse voir, par le même, celle datée du 5 novembre 1792 intitulée « Pronostic sur Maximilien Robespierre », « Par un animal amphibie ». très lucide sur la suite des événements, tout comme celle écrite au même moment et parue dans le Patriote français, intitulée : Réponse à Jérôme Pétion, président de la Convention :

    Robespierre, tu viens de m’édifier : tu nous appends que tu as renoncé à la juste vengeance du droit que tu as contre tes accusateurs. Tu ne demandes que le retour de la paix, l’oubli des haines particulières et le maintien de la liberté. quelle subite métamorphose ! Toi désintéressé ? Toi philosophe ? Toi, ami de tes concitoyens, de la paix et de l’ordre Je pourrais citer cette maxime : quand un méchant fait le bien, il prépare de grands maux...

    Et de conclure...

    Je te propose de prendre avec moi un bain de la Seine ; mais pour te laver entièrement des taches dont tu t’es couvert depuis le 10 août nous attacherons des boulets de seize ou de vingt-quatre à nos pieds et nous nous précipiterons ensemble dans les flots. Ta mort calmera les esprits et le sacrifice d’une vie pure désarmera le ciel.

    Une scène fantasmatique qui n’est pas sans faire penser au mariages républicains, encore à venir, de Carrier dans la Loire.

    Robespierre, dira-t-elle courageusement devant ses juges aux ordre du saint homme, m’a toujours paru un ambitieux, sans génie, sans âme, je l’ai toujours vu prêt à sacrifier la nation entière pour parvenir à la dictature ; je n’ai pu supporter cette ambition folle et sanguinaire et je l’ai poursuivi comme j’ai poursuivi les tyrans. La haine de ce lâche ennemi s’est longtemps cachée sous la cendre, et depuis, lui et ses adhérents attendaient avec avidité le moment favorable de me sacrifier à sa vengeance.

    Son exécution, avec celle de Mme Roland, inaugure la Terreur.
    Les clubs de femmes sont dissous.

    • Communisty Manager
      Communisty Manager répond à Germana Samonà
      Franc-Tireur
      • Posté à 12h52 le 03/01/2013
      • Internaute 196465
        Franc-Tireur

      Dommage qu’on ne puisse pas voir non plus sa défense du bon roi Louis XVI devant la Convention, qu’elle avait préparée pour aider Malesherbes.

      Ou sa demande à Marie-Antoinette de protéger « son sexe ».

      Textes qui vont parfaitement bien avec son « Pour sauver la patrie, il faut respecter les trois ordres », dont je ne doute pas que vous approuviez le moindre de ces termes.

      « Les femmes n’ont jamais eu de plus grands ennemis qu’elles-mêmes... »

      Comme les Bro, en somme : D

      • Germana Samonà
        Germana Samonà répond à Communisty Manager
        35° 35′ 00″ N 27° 08′ 00″ E (...)
        • Posté à 22h48 le 03/01/2013
        • Internaute 190077
          35° 35′ 00″ N 27° 08′ 00″ E (...)

        « Les femmes n’ont jamais eu de plus grands ennemis qu’elles-mêmes.. ».

        A lire cet article adressé « aux républicaines » parues dans Le Moniteur le 17 novembre 1793, rien, mais alors vraiment rien n’indique que le journal soit dirigé par une femme, ma pauvre Druuna : D

        En peu de temps, le Tribunal révolutionnaire vient de donner aux femmes un grand exemple qui ne sera sans doute pas perdu pour elles ; car la justice, toujours impartiale, place sans cesse la leçon à côté de la sévérité.

        Marie-Antoinette... fut mauvaise mère, épouse débauchée, et elle est morte chargée des imprécations de ceux dont elle aurait voulu la ruine...

        Olympe de Gouge, née avec une imagination exaltée, prit son délire pour une inspiration de la nature... Elle voulut être homme d’Etat et il semble que la loi ait puni cette conspiratrice d’avoir oublié les vertus qui conviennent à son sexe.

        La femme Roland, bel esprit à grands projets, philosophe à petits billets, reine d’un moment... fut un monstre sous tous les rapports... le désir d’être savante la conduisit à l’oubli des vertus de son sexe, et cet oubli, toujours dangereux, finit par la faire périr sur l’échafaud.

        Femmes ! Voulez-vous être républicaines ? Aimez, suivez et enseignez les lois qui rappellent vos époux et leurs enfants à l’’exercice de leurs droits... soyez simples dans votre mise, laborieuses dans votre ménage ; ne suivez jamais les assemblées populaires avec le désir d’y parler... « 

        On ne peut pas faire menace tellement plus explicite.

        La Terreur, c’est l’ordre moral qui triomphe.

        La mise au pas des femmes.

         
        • Communisty Manager
          Communisty Manager répond à Germana Samonà
          Franc-Tireur
          • Posté à 12h59 le 04/01/2013
          • Internaute 196465
            Franc-Tireur

          Parce qu’avant, du temps de la monarchie qui plaisait tant à de Gouges et à Roland (sans parler de Marie-Antoinette) l’ordre moral ne régnait pas ?

          Il n’a triomphé qu’avec la Terreur ?

          Quel comique, ce Bro...

          « Je chéris ces fers où il m’est libre de t’aimer sans partage », voilà ce que disais la Roland quand elle était en prison.
          Mais l’Histoire ne dit pas si son mari disait ça à Louis XVI quand il était son ministre...

          Sinon, la loi du 3 brumaire an II (octobre 1793) précise « les filles apprendront à lire, écrire, compter, les éléments de la morale républicaine, elles seront formées aux travaux manuels de différentes espèces utiles et communes ». (Visible en haut de la page 94 Lien)

          La Terreur, c’est l’ordre moral qui vacille, même s’il est encore bien ancré dans les mentalités les plus progressistes de l’époque.

          Ces femmes monarchistes ou girondines n’ont pas péri parce que femmes, mais parce que reine pour l’une, girondines pour les deux autres. Le roi et les autres girondins n’ont pas été épargnés, ces femmes ont été traitées comme des hommes.

        1 autres commentaires
  • ThoMiCroN
    ThoMiCroN
    Étudiant québécois
    • Posté à 23h06 le 06/01/2013
    • Internaute 196957
      Étudiant québécois

    Si les affiches vous amusent, informez-vous sur l’École de la montagne rouge. Ils ont repris des idées de mai 68 pour le appliquer au Québec.

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