Theatre et Balagan

Chronique ambulante d'un amoureux du théâtre, d'un amateur de l'Est et plus si affinités.

A Aurillac, les candidats à la présidence victimes d'un crash

Publié le 25/08/2007 à 15h57


La compagnie Générik Vapeur à Aurillac (J.-P. Thibaudat/Rue89).

Il était quasiment l’heure de l’ouverture du journal télévisé quand, sur la place de la paix d’Aurillac, un avion a percuté une urne gigantesque où venaient de ses précipiter tous les candidats aux élections. S’en suivit une énorme explosion qui mit fin à la campagne électorale.

Tout avait commencé par une autre explosion, dans l’avenue des Pupilles-de-la-Nation, au cœur du périmètre névralgique d’un festival de théâtre de rue qui a fait la réputation de la ville. L’explosion d’une camionnette blindée cher aux transporteurs de fonds et, de fait, c’est une pluie de billets de banque aux effigies des candidats qui s’abattit sur la foule.

On assista alors, en différentes stations et déambulations, à une féroce campagne électorale qui vit le président en place baisser dans les sondages et finir par s’immoler dans un bain de sang commandé par Médiamétrie, avant l’explosion final de l’avion.

En campagne est le dernier né des spectacles « chauds » de Générik Vapeur. Même si l’un candidat tient des propos rappelant le ton et les tics larmoyants d’un certain Sarkozy et qu’il est brocardé (et entartré), le but de l’opération, résolument citoyen festif, n’est pas de s’en prendre à tel ou tel candidat, mais de se moquer des travers de toutes les campagnes électorales en France et ailleurs (tel candidat parle en allemand, tel autre en espagnol, etc.). Pierre Berthelot, maître d’œuvre de la troupe, et ex de Royal de Luxe, explique :

« Ce qui m’intéresse c’est de parler à la ville. Je me suis retrouvé dans la rue car j’aime bien savoir le temps qu’il fait dehors, le temps météorologique et le temps politique. »

Le temps politique n’est pas au beau fixe, mais les acteurs ont pu mener leur campagne électorale avec la complicité objective du soleil, lequel a décidé de soutenir le festival jusqu’à son terme.

Cela fait plus de vingt ans que Générik Vapeur promène ses spectacles dans les rues des villes, les uns éphémères nés de colères, les autres durables formant une sorte de répertoire. Sans s’assagir, aimant toujours travailler dans le bordel de l’urgence, la troupe est l’une des plus professionnelles dans le monde du théâtre de rue.

Mais est-ce un monde à part ? C’est une question que (se) pose le festival d’Aurillac, vingt-deux ans d’âge. Un festival qui a commencé petit avec une poignée de compagnies aujourd’hui célèbres, comme la Volière Dromesko.


David Burley fait jouer le public d’Aurillac (J.-P. Thibaudat/Rue89).

Le festival a grandi et a fait ailleurs de nombreux petits, le off s’est mis de la partie : plus de 500 spectacles off cette année avec, comme à Avignon, beaucoup de n’importe quoi, quelques pépites (telle la déglingo-rurale Rosie Volt) difficilement repérables (la rumeur sied mal à un festival qui dure moins d’une semaine) et quelques gais lurons comme le Jamaïcain David Burley (photo ci-dessus), qui, chaque jour sur la place du Square, sait y faire en faisant jouer des spectateurs, parfois bien plus doués que certains jongleurs ou acteurs qui se produisent quelques mètres plus loin, rue des Carmes.

Le théâtre de rue n’a pas quitté la rue, mais il a multiplié ses tanières : on ne compte plus ses chapiteaux comme celui où se produisent non sans émotion les merveilleux fildeféristes des Colporteurs. Le metteur en scène, Antoine Rigot, un jour d’entraînement au bord de la mer, a chuté, il est depuis lourdement handicapé, le spectacle « Le fil sous la neige » noue son histoire à celle de ses camarades.

D’autres optent pour le théâtre en salle, comme Illimitrof’company, qui se produit au Parapluie (lieu de travail et de résidence pour les troupes de théâtre de rue). En Chine et à Aurillac, cette jeune compagnie (créée en 2000) a tenté l’aventure difficile de la coproduction internationale, elle s’y noie dans ce qui peut apparaître comme un océan de prétention mais qui n’est peut-être que de la maladresse. Espérons qu’elle saura rebondir.

Au milieu de ces propositions, la compagnie 2rien merci avance sa yourte couleur café. Une boîte à merveille conçue pour leur « Gramoulinophone » . Trois hurluberlus (Jérôme Bouvet, Mika Bouvier, Stéphane Eudes) formant une pauvre fanfare nous introduisent dans leur tanière (l’entrée coûte une noix).

Leur dégaine n’est pas sans rappeler le look clochard à chapeau melon imposée naguère par les créateurs de « En attendant Godot » dans la mise en scène de Roger Blin (on pense d’autant plus à la pièce que l’un de personnages est le souffre douleur des autres).

On s’assoit sur deux rangs (jauge de 60 places), autour d’une rustique et modeste scène circulaire et de trois perchoirs où se tiennent parfois les personnages à la fois complices et ennemis. Ils avancent dans la vie avec des choses ordinaires comme des caisses de bois nu et des bâtons, des instruments et des lumières relevant du bricolage visuel et sonore.

On ne vous racontera pas ce qui s’y passe dans la chaude pénombre, d’ailleurs les personnages se passent de mots ou presque pour le faire. Contentons nous de dire que le quatrième acteur est un animal, une tortue, qui semble avoir servi de modèle dramaturgique aux trois lascars : elle leur a communiqué sa belle lenteur, sa stupeur d’être au monde et la philosophie de sa carapace.

Le monde peut changer, le théâtre de « Gramoulinophone » est sans âge et sans frontière. La compagnie 2rien merci est chez elle à Aurillac. Elle vient du cirque, du théâtre forain, de la rue. Mais ce spectacle aurait aussi sa place au festival d’Avignon ou au festival d’automne.


Jean Georges Tartare(s) à Aurillac (J.-P. Thibaudat/Rue89).

De même, l’une des piliers du festival et comme sa mascotte, l’attachant Jean Georges Tartar(e) ne serait pas en terre incongrue sur la scène des Bouffes du nord à Paris, même si l’air frais lui sied mieux. Chacun de ses derniers spectacles raconte un voyage. En Guinée, en Inde, et récemment à Haïti.

Corps d’ascète, il est chez lui en Inde, conteur-né, il a sa place sur le continent des griots, homme soucieux des charivaris et absurdités du présent, il avait de quoi faire à Haïti. Pour chaque spectacle, l’acteur se revêt d’un habit qui fait couleur locale, mais il a tôt fait de se retrouver torse nu : c’est le costume qu’il préfère.

L’homme est nu comme un vers. Nu comme un poète. Sa barbe blanche rappelle celle de Gaston Bachelard, la netteté de ses gestes plairait à Dario Fo et sa façon d’avancer à coups de digressions ravirait Peter Brook. Il aime raconter ses voyages à l’ombre d’un arbre bien plus vieux que lui mais très attentif à ce qu’il dit tout comme les oiseaux.

Il le fait à 9h du matin, on ne saurait mieux commencer la journée. Il lui arrive de passer de l’Inde à l’actualité du jour et de nous emmener en avion derechef. Jean Georges (tout le monde l’appelle ainsi à Aurillac) raconte qu’un jour un corbeau lui a demandé pourquoi les gens battaient des ailes en faisant du bruit quand il avait fini de leur parler, puisque cela ne les faisait pas avancer. « Oui, mais moi, cela me transporte » , a répondu Jean Georges à l’oiseau. Ce théâtre-là aussi est sans frontière.

C’est aussi que l’ami Tartar(e) est un écrivain. Le texte, c’est souvent là la faiblesse des spectacles d’Aurillac, et l’improvisation, qui s’y pratique comme un sport, n’est pas une panacée. Théâtre de rue, celui de Jean Georges ? Théâtre de ruelle, de rage, de rêve, de rire aussi bien. Appelez le comme vous voudrez. Le théâtre de rue, dans ce qu’il a de meilleur, est moins une forme qu’un état d’esprit. Rebelle. Sans doute. Jamais assis, sûrement. Debout.

► Festival international de théâtre de rue d’Aurillac, jusqu’au 25 août.

A lire :
Le festival de théâtre de rue commence, Aurillac est en rut
Premier bilan de l’édition 2007

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  • Anonyme

    c’est bien cela ? hé bien visiblement ça vaut le détours fin août.

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    • Anonyme

      Froide,c’est vite dit : 21°5 à 23heures30 cette nuit-même, c’est pas mal pour une ville de pingouins,non ? (En fait,la température à Aurillac -635 mètres dans le ciel d’Arcachon au-dessus du bassin- et dans le Département est une légende soigneusement entretenue par les Cantaliens pour éviter d’être envahis par le tourisme de masse.De toutes façons ce pays est fait pour des hommes, des vrais,pas pour les mauviettes !).
      Bon,à part ça il aurait été bien de dire un mot -élogieux- sur une bonne demi-douzaine de compagnies « in » (et une petite poignée de compagnie « off »).Tiens : Les Alamas Givrés et leur « Pic de Hubbert », très poilant et... bien flippant aussi car les problèmes posés (la fin du pitroule,bande de fesse molles ! et pire encore la guerre de l’eau : faudra boire pur son pastaga,les p’tits gars !).Ou encore Théâtre Group qui avec « Elu » nous a régalé d’une superbe reconstitution d’un de ces banquets républicains comme les aiment nos faux-culs d’élus (de tous poils et de tous bords) : fausse fraternelle jovialité,cour empressée auprès des bailleurs de fonds (avec, pour ceux-ci, retour sur investissement),petits meurtres -politiques- entre « ami(e)s », tout y est on s’y croirait.Souvenirs, souvenirs... Et Opéra Pagaï,tu connais ? Si tu habites Milhas (31)ne rate surtout pas -12 et 13 Octobre- « Safari intime »,tu t’y reconnaîtras : sous la conduite d’un guide assermenté de l’Observatoire des Comportements Humains, le public silencieux et attentif se presse à ta fenêtre (ouverte)et te mate dans ton intimité.C’est pas le moment de te gratter le nez ou...si tu tiens à ton « image » ! Bon, c’est pas tout ça,faudrait peut-être que j’aille dormir,moi. Six jours de fiesta (eh oui : il y a aussi « les préalables » éparpillés un peu partout dans la pampa)ça vous lessive son festivalier. Mais qu’est-ce que ça fait du bien partout aussi ! Allez,température ou pas,viens (ou reviens) l’année prochaine,ça vaut en effet le voyage !

  • Anonyme

    « qu’il est brocardé (et entartré) »

    je lui conseille Destop ou Cilit Bang pour rester dans l’explosif

  • Anonyme

    pas terrible cet article il faut un moment avant de comprendre de quoi on parle : /

  • Anonyme

    Bon et bien pour une fois je vais flatter un journaliste (je suis sectaire, je préfère les internautes) :)
    J’ai trouvé votre article emballant, énergique, drôle et sérieux, bref, il m’a donné envie d’aller voir un truc et des spectacles, que je n’aurai sans doutes jamais l’occasion d’aller voir.

  • yan
    yan
    loin
    • Posté à 02h09 le 27/08/2007
    • Internaute 9191
      loin

    je retourne à la mine demain matin pousser les wagonnets... triste de ne pouvoir y être.

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