Theatre et Balagan

Chronique ambulante d'un amoureux du théâtre, d'un amateur de l'Est et plus si affinités.

Bonnaffé et Verheggen réveillent la langue à coups de canif

Publié le 29/11/2007 à 12h26


’L’Oral et hardi’ à la Maison de la poésie (DR JEV).

Cela commence comme une campagne électorale d’un candidat du cru, cela se termine torse nu en peignoir de boxeur sonné mais vainqueur : c’est à la Maison de la poésie, à Paris, le dernier spectacle solo de l’acteur Jacques Bonnaffé, mis en bouche et coaché par le poète de Namur et d’ailleurs, Jean-Pierre Verheggen, maître en uppercut langagiers, en facéties au dessous de la ceinture, en mots du genou, en inventaires dézingués et résolument décervelants.

« Rotule, as-tu du genou ? “ cette imputrescible saillie des premières heures de poétique verheggenneuse (né à la poésie en 1968 et en Belgique en 1942), l’auteur la recycle en l’attribuant désormais à ‘ Corneille, in The Cid internet’ dans son dernier ouvrage paru (il ya trois ans) chez Gallimard et joliment titré ‘ Du même auteur chez le même éditeur’ .

‘ Rotule , as tu du genou ? , cette régalade déboule dans le spectacle comme ça, sans crier gare ou au fou les pompiers, au débotté d’un roulé-boulé de l’acteur qui fonce dans la langue de son ami poète, bille en tête, escaladant le mont venteux de ses inventaires abracadabrantesques appris par coeur, mémorable exploit. L ’art de l’acteur est aussi un sport de combat, et Jacques Bonnaffé le sait mieux que beaucoup d’autres.

Verheggen, c’est le degré zorro de l’écriture’

Intitulé ‘ L’Oral et hardi’ (les deux larrons font effectivement la paire, entre gens du Nord on chuinte et tournicote la langue de concert), le spectacle pioche dans divers textes de l’auteur dont ‘ Artur Rimbur’ (repris dans la collection de poche Poésie-Gallimard) et nonobstant le renfort, en arrivant au port du spectacle, d’une phénoménale ‘ Litanie pour la bouche de Jacques Bonnaffé’ intitulée ‘ Les Grands Rêveurs’ (variante d’un texte paru dans son dernier livre recueil cité plus haut et sous-titré ‘ Nouvelles zuteries’ ).

Sous ce même titre , ‘ LOral et hardi’ , mêlant leurs voix, Bonnaffé et Verheggen avaient déjà enregistré un CD (Editions Thélème, 2001). Mais rien ne vaut la scène pour entendre cette écriture de cascadeur, casseur de cou du vocabulaire francophone.

Naguère Verheggen avait écrit dans la revue d’avant-garde ‘ TXT’ où oeuvrait Christian Prigent. Dans une collection éponyme, chez Christain Bourgeois, il publia l’un de ses premiers textes très vite gimmick emblématique : ‘ Le degré zorro de l’écriture’ , référence au ‘ Degré zéro de l’écriture’ de Roland Barthes.

Verheggen est un incorrigle détrousseur des juteux titres de la littérature mondiale, ainsi cet autre recueil de zuteries détourné de Rimbaud qu’est ‘ On n’est pas sérieux quand on a 117 ans’ (Arbalète, Gallimard).

Bonnaffé jouit à vue en récitant les chapelets de Verheggen

Là où la langue pionce dans ses poncifs ou ses habitudes, Verheggen la réveille d’un coup de canif. Piquée au vif, elle fait des zigs et des zags, Bonnaffé en scène la tague et la tacle. Cela vous rentre dans les pores, c’est physique, justement jubilatoire. Prigent (” Grand mère quéquette “ chez POL et à la scène), Verheggen et Pennequin pour ne citer que ces trois sont les coqs hardis d’une oralité merveilleusement débridée.

Et dans ce triumvirat improbable, Verheggen tient le rôle du fou, du bout-en train, du robinet intarissable. il faut entendre Bonnaffé jouir à vue en égrenant des chapelets comme celui-ci :

‘ Amants du borborygme et Bagouliers aux étoiles ;
Egarés au-delà des poules ;
Fondus et Jetés de la Creuse ;
Loufs du Gers et Stupides aux anges ;
Perdus magnifiques et Frapadingues grandioses ;
Débiles notoires ;
Drôles et Drôlières de Sologne ;
Hurluberlus d’arrière-cambrousse.
Naîfs géniaux...’

... la suite à la Maison de la poésie.

L’Oral et hardi de Jean-Pierre Verheggen et Jacques Bonnaffé - à la Maison de la poésie, passage Molière, 157, rue Saint-Martin, Paris IIIe - jusqu’au 21 décembre - mer. et sam. 19h, jeu. et ven. 21h, dim. 17h - 10€/20€ - Rens. : 01 44 54 53 00. - plan.

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  • pikasso02
    • Posté à 14h39 le 29/11/2007
    • Internaute 10134

    Réveiller une langue et pas la langue. Merci !
    Nécessaire et indispensable, mais devrait l’être pour toutes les langues (Orales, écrites, dessin, musique...) qui nous permettent d’écouter le monde et peut-être comprendre ce que nous faisons là.

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  • Valdo Lydeker
    Valdo Lydeker
    journaliste, auteur
    • Posté à 22h53 le 02/12/2007
    • Journaliste 7922
      journaliste, auteur

    Un régal. De langue et d’acteur. Une giurmandise rabelaisienne, une curiosité du verbe qui ne connait justment aucune frontière. Merci à JP Thibaudat de le rappeler sur rue 89, ce moment est un véritable antidépresserupar les temps qui courent.

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