Theatre et Balagan

Chronique ambulante d'un amoureux du théâtre, d'un amateur de l'Est et plus si affinités.

Jean Bois, éternel amoureux, revient sur la pointe des pieds

Publié le 10/01/2008 à 13h35

Dominique Constantin et Jean Bois dans ’C’était moi’ (Laurent Bissara).

La première réplique du spectacle sonne comme un aveu : « Si je ne vous donne aucun signe de vie, c’est fini. » L’homme qui parle (et qui a écrit ces mots), c’est Jean Bois, un acteur rare puisqu’on le voit rarement. Il ne joue que dans les pièces qu’il écrit, et ne s’entoure que des acteurs qu’il aime, surtout deux actrices, Elisabeth Maby, qu’il a rencontrée à l’école de la rue Blanche à Paris (aujourd’hui « décentralisée » à Lyon ) où elle était élève, tout comme lui, en 1968.

Et surtout Dominique Constantin, « l’égérie de toutes ses pièces », dit le mince programme, et c’est vrai. C’est pour elle qu’il a écrit cette nouvelle pièce, « C’était moi », qu’on peut aussi orthographier « cet émoi », comme le fait l’auteur, qui a ses coquetteries (d’auteur). L’histoire d’une femme qui boit, par Jean Bois. Sa vingt-cinquième pièce. Mais qui le sait ? Tous les spectacles de Jean Bois sont des discrets signes de vie. Hep, j’existe, je joue, venez me voir, venez écouter ma romance.

A chaque pièce, un fragment de son discours amoureux

Ses pièces, aux titres souvent jolis (« Etrange pâleur », « Comme un bruissement d’elle », « Roses de Picardie »), racontent toujours peu ou prou la même histoire d’amour, un fragment de son discours amoureux. Dans « C’était moi », deux hommes, l’un jeune et beau (Rémi Préhac), l’autre qui fut jeune et qui a quelques beaux restes (Jean Bois) aiment la même femme (Dominique Constantin), la femme qui boit et qui n’a plus vingt ans depuis un certain temps. Ritournelle.

Les fidèles (j’en suis) entrent dans un spectacle de Jean Bois comme dans un roman de Modiano pour se lover dans un temps incertain, un vague à l’âme en marge des modes, un pianissimo de l’enfance des cœurs, ouvrant le livre ou entrant dans une salle sachant que l’on va retrouver une atmosphère faites de signes de reconnaissance, une femme nommé Mado comme ici.

La voix grave et les yeux d’éternel amoureux de Jean Bois, le phrasé et le corps chaloupés de Dominique Constantin, des mots qui passent sans s’attarder, des petits trésors comme cela. Une petite musique maison. Un théâtre sans âge, sans prétention, sans attaches autre que l’étrange attachement qu’il suscite.

Le théâtre public l’ignore, le théâtre privé ne le connaît pas

« Je vous manquais », c’est la seconde réplique du spectacle. Oui, Jean Bois nous manquait. Sa modestie, sa discrétion, sa douceur. L’homme a cette élégance suprême de revenir sur la pointe des pieds quand on commence à l’oublier. Le théâtre public l’ignore, le théâtre privé ne le connaît pas.

Alors il nous revient où il peut, cette fois dans un théâtre dont le nom lui ressemble : « Le passage vers les étoiles », une salle mal fichue située au fond d’un impasse du XIe arrondissement de Paris. Cette nouvelle pièce n’est pas sa meilleure, mais qu’importe. Jean Bois nous donne un signe de vie, il n’est pas fini, il est toujours amoureux.

C’était moi de Jean Bois - au Passage vers les étoiles, 17, cité Joly, Paris XIe, Métro Père-Lachaise ou Rue-Saint-Maur - jusqu’au 23 février - à 21h - 12€/18€ - Rens. : 01 43 38 83 45 - plan.

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  • octobre
    • Posté à 14h20 le 14/01/2008
    • Internaute 28494

    j’ai vu jean bois dans les années 70 dans un petit théâtre vers Pyramides/Palais royal, il parlait déjà d’amour, il n’a jamais cessé.
    juste pour vous dire cher jean pierre thibaudat que je regrette vos chroniques russes qui m’enchantaient comme celle de la statue qui émergeait d’une plaque d’égout dans une ville improbable ou d’une mise en scène au bord de l’Amour.
    à propos je voulais envoyer à ma fille qui vit à moscou depuis quelques années le bistrot de routier vers magnitogorsk - elle m’enmène du côté de tchéliasbinsk en mars - mais je ne trouve plus la photo sur votre site. dommage - auriez vous quelque part un best of de vos photos russes consultable ?

  • Jean-Pierre Thibaudat
    Jean-Pierre Thibaudat
    Journaliste
    • Posté à 01h11 le 15/01/2008
    • Journaliste 8215
      Journaliste

    Non, hélas, pas de best of, mais c’est une idée. En attendant, je mettrai sous peu en ligne une série de photos prises dans l’Oural. La statue au bord de l’égout c’est à Omsk et le théâtre au bord de l’Amour c’est le théâtre Khnam à Komsomolsk sur amour.

  • Dugland
    Dugland
    pénard
    • Posté à 09h10 le 17/01/2008
    • Internaute 11579
      pénard

    Merci d’avoir rendu compte de ce bijou remarquable qu’est la dernière pièce de Jean Bois. Le texte, ciselé, émouvant, prenant, vous fait rire, et vous fait pleurer dans le temps de la représentation. Chaque scène, est un instant précieux, le produit d’une fine distillation de la vie qui nous donne à prendre un elixir de réalité. Les rôles sont investis par les acteurs avec une passion si généreuse qu’elle nous entraine sans peine dans l’univers délicat de l’auteur. Pas un instant d’ennui,face à la scène, on oublie complètement la salle kitsch, en pure style 1949, carrelée comme la demeure du Facteur Cheval et dont on a rien à foutre.

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